Side Story
La Chute de l'Étoile du Matin
Le Roi est tombé le premier sur le sol de poussière, certains racontent qu'il se serait brisé une aile en rencontrant le sol. Quand il s'est relevé, fièrement, sans aucune tristesse sur son visage, nous étions déjà derrière lui. L'air vicié nous étouffait et opressait nos poumons, l'atmosphère était lourde, chaude, insupportable. Rien ne vivait autour de nous, juste de grands lacs de feu et de larges étendues de pierre grise. La vue de se spectacle de pénitence est gravé dans la mémoire de chaque ange déchu. L'image mémorable du Prince des ténèbres, debout, immobile et froid devant le spectacle sinistre, stérile et obscur de son nouveau royaume. Muet face à sa défaite, mais toujours immuable dans sa glaciale beauté.
Alors que nous tous, plus faibles, constations déjà les dégats de notre chute, les conséquences de notre trahison : mutations, défigurements, blessures, folie pour certains, lui était là, sans mot dire. Il restait, malgré toute l'ampleur de sa traitrise, d'une beauté éthérée. Seules ses quatre magnifiques ailes s'étaient teintées de noir, comme les nôtres.
Des soldats Xezbeth fut le premier à saluer le nouveau Roi. Lucifer, car c'était maintenant ainsi qu'il fallait l'appeler, prit la parole.
« Nous sommes tombés, mais dans cette Chute se trouve notre nouvelle liberté. Vous, anges déchus, êtes le berceau de cette liberté et il n'en tient qu'à vous de la vivre dorénavant, sans contraintes »
Nous installament un campement sur une colline qui surplombait une large plaine de poussière. Trois jours plus tard, le quart de nous tous avaient succombé dû aux conditions du milieu.
Un soldat s'écria « Nous allons tous périr dans cet enfer, voilà le prix de notre liberté »
Mais le Roi s'était levé et marcha jusqu'à la falaise. Le silence régnait parmis nous.
Alors, un grand vent s'est levé, le Roi avait déployé ses ailes et il nous semblait que les bourrasques emportaient avec elles la fumée, la poussière et le feu. Quand le vent tomba, l'air était plus sain et, autour de nous, il nous sembla que le sol devenait plus clément, prêt à accueillir cultures et terres.
Nous entendîmes le roi pousser un soupir et tomba à genoux sur le sol, des soldats accourrurent pour l'aider à se relever.
Une goutte de sang s'était échappée de ses lèvres et toucha le sol. Soudain, une large colonne de pierre s'éleva, de deux fois la taille du souverain. On entendait la pulsation de la vie à l'intérieur de la roche.
Le Roi avait donné vie et pouvoir à la terre. On baptisa notre nouveau monde Sheol.
Le monolithe de la Chute peut toujours être admiré en plein centre de la cité de Dys, dans la grande place publique.
Mémoires de Fénistias le Borgne
Chroniqueur de l'Empire des Ténèbres
Projeta00 – Chapitre 4
Le parc de statues
La chaleur de l'après-midi était particulièrement pesante ce jour-là. Les démons autour de lui travaillaient à la sueur de leur front qui perlait abondamment sur leur peau. Avec les nombreuses générations qui n'avaient pas vu le soleil, la peau des démons avait pris une teinte pâle et grisonnante. Leurs corps aussi s'étaient modifiés pour prendre des carrures plus musclées et une ossature plus massive dû aux nombreux travaux manuels et au conditionnement militaire. Il avait toujours été surpris de voir comment les enfants des anges déchus avaient su s'adapter rapidement aux conditions extrêmes du milieu, petit à petit, une génération après l'autre, il avait pu remarquer leurs traits devenir plus marqués, le cuir de leurs ailes s'épaissir, leur vision devenir de plus en plus fine dans l'obscurité, leurs capacités physiques en général s'étaient amplifiées. Ils étaient bien loin des grand-pères de leurs grand-pères, des anges chétifs et fragiles aux traits fins et aux ailes de plumes noires.
Seul lui avait conservé cette forme, rappel de ce qu'ils avaient été autrefois. Seule image d'un paradis perdu dans un enfer sévère et sans pitité. Différent mais vénéré tout de même par des milliers de démons qui étaient prêts à donner leur vie pour son règne.
Les démons s'affairaient autour de lui à transporter les pierres pour reconstruire une partie de la muraille sud qui s'était effondrée au petit matin. La vieille muraille, bâtie quelques temps après la Chute, avait définitivement fait son temps et, alors qu'il s'activait à placer les nouvelles pierres pour colmater la brêche, il réfléchissait s'il ne fallait pas simplement élaborer un plan pour la remplacer complètement.
Son travail de maçon d'aujourd'hui lui changait les esprits des multiples paperasses qui l'attendait toujours sur son bureau. L'imprévu, au Sheol, était monnaie courante et lui permettait souvent de toucher à beaucoup de sphères loins d'êtres « royales ». Malgré tout, le contremaître qui s'occupait de la supervision des travaux semblait fort mal à l'aise de lui donner quelque ordre que ce soit.
Soudain apparut une ombre derrière lui alors qu'il était accroupi à s'occuper de sceller une pierre. Il releva la tête et devina la silouhette massive de Xcizor.
- Monseigneur, j'ai des nouvelles à propos de la requête que vous m'aviez demandé de m'occuper.
Lucifer se releva et essuya son front du revers de la main.
- Quelles sont-elles ? demanda-t-il
Xcizor fit un signe de tête en direction du nord de la cité.
- Nous avons trouvé l'homme en question.
Lucifer hocha la tête et se rendit jusqu'à un baril d'eau où il se rinça rapidement le visage et les mains. Il fit signe à Xcizor qu'il était prêt à le suivre. Le général le mena au travers des ruelles où de nombreux démons les saluèrent à leur passage.
- Où l'avez-vous trouvé ? demanda Lucifer alors qu'ils marchaient
- Dans la campagne, près des montagnes. Il était avec des enfants, il ne semblait pas agressif. Les enfants m'ont raconté par la suite qu'il venait là depuis quelques temps et leur racontait des histoires. Ils nous ont aussi dit qu'il posait beaucoup de questions à propos du royaume.
- Il ne s'est pas montré réticent à venir jusqu'ici ?
- Aucunement, il s'est laissé faire sans protestations. Xcizor s'arrêta et observa Lucifer. Préférez-vous que je l'amène au palais où vous pourrez le rencontrer dans de meilleures conditions ?
Lucifer haussa un sourcil quand il vit Xcizor porter un regard à ses vêtements de travail tachés de poussière.
- Je ne vais pas rencontrer un membre de la haute aristocratie à ce que je sache, Général, dit-il d'un ton froid
- À votre convenance, Majesté, dit Xcizor en s'inclinant
Ils marchèrent encore quelques minutes pour aboutir dans le grand parc de statues au nord de la ville. C'était une vaste place ornée de multiples statues de héros de guerre. Un peu plus loin se dressait l'entrée de l'Académie militaire de Dys et la charpente de sa nouvelle aile.
Dix soldats étaient postés au centre de la place et entouraient un homme vêtus de haillons de tissus de lin blanc, l'homme avait les mains liées devant lui mais ne semblait pas présenter de menace évidente. Il était plutôt âgé, avait une barbe blanche bien taillée et de longs cheveux presques blanc noués par un simple cordon.
Le regard de Lucifer rencontra celui de l'homme, les yeux bruns de celui-ci dégageaient une paix mêlée d'une puissance infinie.
Il ne fut pas long que Lucifer s'arrêta net, ressentant l'étendue du pouvoir de l'homme pulser autour de lui. Aucun des soldats, ni Xcizor, ne semblait ressentir cette puissance, puisque rares étaient les soldats qui avaient appris à utiliser leur forces astrales. Le Roi avait l'impression de se sentir courber le poids de cette puissante et n'eut aucun doute sur l'identité de son visiteur.
Seulement il s'était arrêté depuis déjà une bonne minute et n'avait prononcé mot, ce qui inquiéta immédiatement son général.
- Monseigneur ?
Lui ... ici ... ?
- Seigneur, ce prisonnier vous est-il familier ?
C'est impossible, jamais Il n'aurait osé ...
- Majesté ?
Ceci est mon royaume, ceci m'appartient, pourquoi ici, maintenant ?
- Sire !
- Assez Général ! tonna Lucifer. J'ai entendu.
Il maîtrisa sa stupeur et regarda le général. Inutile de laisser les soldats ici.
- Partez avec vos soldats, ordonna Lucifer, et libérez-le, je vais m'occuper de ceci.
- Majesté, puis-je laisser deux soldats de garde à l'entrée pour ...
- Non, coupa le Roi, assez maintenant, disposez.
Visiblement, Xcizor avait capté la stupeur et le malaise du Roi et s'apprêtait à argumenter de nouveau mais Lucifer lui lança un regard qui l'intima immédiatement au silence. Un geste rapide, il ramena les soldats à lui et, après une courte révérence, il partit.
Une fois seul, Lucifer demeura immobile. Il était incapable de déterminer précisément le sentiment qui l'habitait. De la colère, une certaine frayeur peut-être, un sentiment de trahison, une sensation qu'on venait violer son intimité. Jadis, des siècles auparavant, promesse lui avait été faite que jamais plus Il ne viendrait devant lui. Longtemps il avait cru qu'un jour, Il viendrait voir ce qui était advenu de lui. Puis, après quelques siècles, il s'était rassuré et dit que promesse serait tenue. Il était libre d'édifier l'Empire à sa guise.
Mais Il était là, devant lui. Il avait pris toute la liberté d'explorer le royaume. Et Lucifer pouvait deviner que ce qu'Il voyait ne lui plaisait pas du tout.
Il ne dit mot, il ne s'inclina pas. Ici, il était à sa place et ne devait rien à personne. L'homme devant lui l'observait en silence aussi, de la tête au pieds.
- Tu m'as déjà avoué, commença l'homme d'une voix calme et posée, que si tu n'avais pas étudié en politique, tu aurais été sur le terrain pour construire. Je vois que tu as réalisé cette ambition.
Lucifer ne dit rien, il savait ce qui allait venir, il appréhendait la suite. L'homme s'apporcha de lui et le regarda dans les yeux. Lucifer se surprit à trouver toute la force nécessaire pour supporter le regard et ne pas baisser les yeux. Ces yeux, de la couleur de la terre fertile, exprimaient derrière leur calme une colère impressionnante. Colère qui prenait sa source dans le fait d'avoir été désobéi.
- Depuis combien de siècles ériges-tu ce faux paradis ? demanda-t-il sévèrement
- Ce n'est pas ... commença Lucifer, la voix remplie de colère
- Silence, réponds à ma question.
Le prince se mordit l'intérieur de la lèvre comme il l'avait toujours fait quand Il l'intimait à obéir. Il regarda ailleurs :
- Depuis la Chute.
- Ce n'était nullement notre accord ! tonna l'homme, incitant Lucifer à le regarder en face de nouveau. Qu'est-ce que cet endroit ? Ton travail consistait à mener ceux qui t'avaient suivi dans un lieu de pénitence pour l'éternité et non de construire un nouveau royaume pour faciliter leurs existences !
- Il n'était nullement précisé que je ne pouvais pas le faire, se défendit Lucifer
- Ceux qui t'ont suivi sont des traitres et ont été déchus, leur pénitence était de souffrir pour l'éternité. Montre-moi ici des gens profondément malheureux, profondément pénitents ? Dis moi qui regrette ses fautes et son ciel ?
- La vie ici n'a rien d'un paradis, ces gens travaillent pour avoir leur qualité de vie, cela n'a rien n'avoir avec le ciel que leurs ancêtres ont quitté.
L'homme regarda Lucifer, presque avec pitié.
- Est-ce ta longue période à errer en Assiah en tant qu'humain qui t'a rendu si faible, ou bien c'est peut-être la conséquence directe de ta chute ici ? Jamais tu n'as défendu un peuple avec tant de ferveur. Quoiqu'il en soit, la vie que les démons mènent ici n'a rien de ce qu'elle devait être et tu le sais. Tu as profité du fait que j'ai dit que je n'allais plus jamais entrer en contact avec toi pour te redonner les titres et les privilèges auquels tu avais droit et, du même coup, laisser tout les anges déchus vivre un vie très raisonnable.
- Il n'est nullement question de faiblesse ici, répondit Lucifer, les dents serrées, j'ai fait ce que j'avais à faire
L'homme leva la main et aggripa l'épaule gauche du prince. Du coup, Lucifer sentit le pouvoir traverser son corps comme un choc électrique. Ses ailes se déployèrent par réflexe de fuite mais Il le tenait fermement au sol. L'énergie, contraire à la sienne, semblait déchirer ses chairs et, alors qu'il se sentit faiblir à un vitesse dramatique, la terre sous leurs pieds, en réponse à cette attaque, se mit à trembler.
- Ce monde n'est qu'un amas de pierre qui peut s'écrouler à tout moment de faiblesse de son créateur, dit-Il
Lucifer voulut parler mais aucun son ne sortit de sa bouche. En lui, le Sheol lui criait l'alarme.
- Tout ce que tu avais à faire était d'amener les déchus dans les enfers et les laisser se perdre avec toi. Tu avais accepté ce contrat. Depuis ta naissance, tu savais que c'était ta destinée, gronda l'homme, amplifiant son emprise sur le prince.
Quelques statues s'écroulèrent autour d'eux. Au loin, il pouvait entendre des cris affolés et d'un coup l'Académie millitaire se vida de ses occupants qui courrurent en direction de l'entrée et des deux hommes.
Avant que les soldats apparaissent dans l'entrée du parc, Il serra une dernière fois l'épaule de Lucifer qui suffoquait.
- Tu as trois jours pour abdiquer de ton poste, ensuite, nous allons faire le ménage ici.
L'homme disparut. Sans son support, Lucifer s'écroula à genoux autour de dizaines de jeunes soldats hébétés.
Il tenta en vain de trouver la force de se relever, conscient de l'image qu'il donnait à toute l'armée mais c'était en vain, Ancré au sol, toute l'énergie qu'il recouvrait était automatiquement absorbée par la terre des enfers.
Fendant la foule, le commandant Elenor s'approcha de lui et s'agenouilla à ses côtés. Lucifer leva les yeux sur le visage fin et les yeux du militaire qu'il avait bleus comme sa mère. Il repoussa une mèche de longs cheveux noirs qui pendaient devant son visage et regarda le roi.
- Votre Majesté ? Il releva la tête vers les soldats. Allez quérir le Général et le le Chapelier !
Xcizor approchait déjà au pas de course, il n'était pas allé loin depuis qu'il avait quitté le roi par crainte pour sa sécurité. Il se pencha à son tour sur le Roi, Lucifer réussit à murmurer d'une voix rauque et presque inexistante :
- Soulevez-moi
Le Général n'eut pas une seconde d'hésitation et prit le corps du Roi dans ses bras, la stature de Lucifer semblait presque chétive près de celle du guerrier massif. N'ayant pas assez de force pour bouger un seul membre, le prince demeura immobile. Déjà coupé d'un contact direct avec la terre, il sentait ses forces revenir tranquillement à lui.
- Commandant Elenor, ordonna Xcizor, allez voir l'étendue des dégats avec vos hommes. Je vais ramener Sa Majesté au palais en lieu sûr.
- À vos ordres, Général, acquiesa Elenor en faisant signe à ses hommes de le suivre
Xcizor enveloppa Lucifer dans sa cape. Pour une rare fois, le Général déploya ses grandes ailes noires et s'envola vers le palais, protégeant son précieux colis du vent.
Bah, c'est plein de angst, je sais -.-
Merci de me dire si je vais dans le bonne voie ou non par un petit review
