Projet
[a00 – Chapitre 10
Issue
Ce fut une bataille sanglante, pire que les dernière vécues. Pire que la chute. Au début, les soldats crurent remporter la bataille. Lorsque le Général Xcizor, glorieux et fier, est apparu sur le champ de bataille, toute l'armée fut prise d'un élan de patriotisme qui foudroya une bonne partie de l'armée ennemie. Tous sentaient en eux une énergie différente, une sorte de force mystique jamais ressentie auparavant. Cette force leur donnait courage et puissance, les soldats semblaient plus forts, plus invincibles, ils ne semblaient plus ressentir la douleur ni la fatigue, ils se battaient comme des machines à tuer. Nous sûmes par la suite, par la voix du Général, que c'était en fait une partie de notre Roi qui, désormais lié physiquement à la Terre, les habitait.
Le nouveau Roi, si j'ose l'appeler ainsi, fit son apparition à la fin de la première journée. Il s'y présenta d'avantage comme un militaire qu'un chef et se rendit, comme à son habitude, sur le champ de bataille pour s'y battre aux côtés de ses alliés. Pendant les premiers jours, la victoire semblait nôtre.
L'armée des anges semblait infinie. Au matin du 10e jour, une sombre machine fit son apparition sur le champ de bataille. Gardée solidement par des centaines d'anges, cela ressemblait à un immense cône serti de lames et de pics. Quand la machine se mit au travail, malgré les nombreuses tentatives de l'armée pour passer par-dessus ses gardiens et la détruire, nous comprirent vite de quoi il s'agissait. Une foreuse.
La terre trembla pendant longtemps. Comme si, peut importe où il se trouvait, Lucifer tentait de faire tomber ce sombre pieu qui perçait sans vergogne un immense trou dans sa chair. Mais rien n'y faisait pas même nos nombreux et puissants essais pour détruire l'horrible invention.
Le 12e jour, la foreuse atteignit son but ultime : le Sheol. L'armée des anges, qui avait saccagé les autres niveaux, se fraya un chemin et détruisit tout bâtiment militaire. Notre armée avait eu de très grandes pertes et ne put retenir le flot continu de soldats ennemis qui s'engouffrait dans l'immense trou béant qu'avait fait la foreuse. De partout s'élevait de grands pics de pierre ce qui bloquait momentanément les anges, ou la terre s'ouvrait sur un lac de feu, les ennemis perdaient pied et s'y consumaient. Nous savions alors que notre Roi ne nous avait pas abandonné, il était toujours parmi nous.
Mais nos efforts, notre armée, notre Roi, rien ne suffit à freiner les anges. Malgré leurs nombreuses pertes, ils capturèrent le nouveau roi et les premiers dirigeants de l'armée. Au matin du 14e jour, nous apprîmes qu'Elenor avait signé la capitulation.
Mémoires de Fenistias le
Borgne
Chroniqueur de l'Empire des Ténèbres
Xaphan entra dans la vieille maison en ruines pour y rejoindre sa mère. Assise près du feu, elle affichait comme depuis longtemps, un visage triste et songeur. Xaphan avait 17 ans, il ne se souvenait pas d'avoir vu ses parents sourire ou rire depuis sa naissance. S'ils n'avaient pas vécu tant d'épreuves, il aurait pu croire que c'était un peu sa faute.
Dana, sa mère, leva les yeux sur lui et le salua. Il retira ses bottes sales et vint s'asseoir près d'elle. Elle ne lui demanda rien. Elle savait comment s'était passé sa journée. Ici, les journées étaient toutes pareilles.
Son père lui avait souvent raconté comment les choses étaient avant. Et il avait peine à croire à ce qu'il disait. Lorsqu'il lui parlait de sa grande armée, de la cité de Dys, du Roi Lucifer … on aurait dit un conte pour enfant. Lui n'avait connu qu'un village délabré, pauvre, sale et une population asservie par le peuple d'en haut. Un gouvernement faible et géré par un roi incompétent qui n'avait de roi que le titre, tout pouvoir de décision appartenant qu'aux anges, tout puissants.
Xaphan travaillait, comme tout le monde, à exploiter le minerai du Sheol. Le peuple d'en haut avait trouvé en cette ressource un excellent matériau et un bon moyen de faire expier les démons de il ne savait quel péché. Sa mère lui avait raconté la légende de la Chute, selon son histoire et l'interprétation qu'il en avait faite, ils payaient tous pour le péché d'orgueil d'un seul homme, le très absent Lucifer, que tous soufflaient tout bas qu'il était encore en vie, dans les sous-sols.
Plus tard, alors que Dana terminait de cuisiner le repas et qu'il préparait la table, Xcizor entra à son tour. Malgré les années, son père avait gardé une forme exemplaire et souvent, en cachette, il lui apprenait à se battre. Xaphan adorait ces moments passés avec son père. Il avait entendu de nombreux démons lui raconter des histoires à son sujet. À ses yeux, son père était un véritable héros. Un héros qui avait donné son sang pour un roi et une nation. Maintenant, son père était le principal conseiller du roi Elenor, son demi-frère.
À table, Dana finit par briser le silence, elle observait son mari.
- Est-ce que tu as su pour la femme d'Aym?
Xcizor secoua la tête.
- Elle est rentrée à l'usine hier
en larmes. Elle a raconté que deux de ces maudits anges
l'avait capturé hier alors qu'elle rentrait du travail.
Ils l'ont violé et battue et laissé pour morte.
Heureusement, son mari, voyant son retard, s'est mis à la
chercher et l'a retrouvée près de l'ancienne
muraille sud – Dana ne cachait pas son dégout et sa colère
– si tu avais vu son regard et à quel point elle était
blessée.
- Aym ne laissera surement pas ce crime impuni,
même s'il y peut peu de chose, commenta Xcizor, les yeux sur
son assiette.
- Il va se faire torturer et emprisonner, maugréa
Xaphan, comme Xezbeth
Xcizor lança a son fils un regard noir. Malgré tout, le garçon ne s'excusa pas. Il n'avait jamais réussi à accepter que son grand frère qu'il admirait tant ait été emprisonné, trois ans auparavant, parce qu'il s'était battu contre deux des représentants du peuple d'en haut pour le défendre lui. Il savait que c'était sa faute. Il avait essayé de fuir la mine un après-midi et les gardiens l'avaient surpris. Xezbeth, qui travaillait aussi à la mine, avait tenté de négocier avec les gardiens sans succès. Xcizor le tenait à raison responsable de l'emprisonnement de son fils et gardait rancune à son plus jeune garçon.
Une semaine après la défaite, le Général Xcizor, le Roi Elenor et le reste des dirigeants de l'armée furent libérés et retournés au Sheol. Ils amenaient avec eux des consignes claires ainsi qu'une délégation d'anges qui, nous le sûmes par la suite, étaient les premiers à coloniser le sous-sol. À leur tête, Sariel, un ange connu sous le règne de Lucifel. Un commandant acerbe, cruel et rigide. Une réunion officielle fut organisée auquel la majorité des commandants et chefs qui avaient survécus à la guerre participèrent. Parmi eux, les satans. La délégation questionna d'abord sur l'absence de Lucifer, Xcizor demeura muet sur ce fait. Son regard et son comportement demeurait très hostile et froid face à la délégation. Il présenta Elenor comme le nouveau roi, légitime héritier de Lucifer.
La délégation présenta les nouvelles règles et les assises sur lequel la colonie devait se baser. Nous apprîmes que nous serions tous épargnés selon certaines conditions. Je passerai les détails de celles-ci ici.
Tous les satans furent emprisonnés dans le Couloir du Temps, sauf le Chapelier qui devait rester pour des raisons politiques, les anges n'ayant aucune idée comment le royaume fonctionnait. Constamment surveillé, le chapelier fut le seul démon à garder ses anciennes fonctions, seconder le roi – si on pouvait encore l'appeler ainsi.
Xezbeth, le deuxième fils de Xcizor, était présent et semblait abattu. Le garçon venait de terminer l'école militaire supérieure et avait dirigé, pendant la guerre, un petit contingent de soldats. Le talent et la débrouillardise du garçon avaient déjà fait sa réputation dans l'armée et il était considéré comme une relève précieuse. Maintenant, comme nous tous, il n'était qu'un esclave.
- Père, dit Xezbeth en s'approchant
de lui, nous ne pouvons laisser faire une chose pareille. Où
est le Roi? Pourquoi ne nous aide-t-il pas?
- Fils, répondit
Xcizor l'air sombre, crois-moi, notre seigneur a tout fait ce qui
était en son pouvoir pour nous aider. Ce qui nous arrive est
le prix de notre défaite. Pour le moment, nous devons le subir
comme de vrais soldats. Si de soldats nous devons passer à
esclave pour mieux nous relever par la suite et assouvir notre
vengeance, alors c'est le chemin que nous suivrons.
Plusieurs entendirent les paroles du Général et hochèrent la tête. Oui, le peuples de démons étaient de véritables soldats, fiers et forts. Ils avaient résisté et survécu à de nombreuses épreuves, et ils survivraient à celle-ci avec dignité.
Mémoires
de Fenistias le Borgne
Chroniqueur de l'Empire des
Ténèbres
