// Attention chapitre NC-17 //


projet [a00] - chapitre 15
Fruit défendu


Extrait du journal de Raphael
Hôpital Général de Lakia


J'ai ramené avec moi le corps de Lucifer afin qu'il puisse y être soigné. J'avais par contre reçu des ordres stricts concernant la gestion de sa santé et des informations qui pouvaient lui parvenir. Tout devait être filtré. Même s'il pouvait recevoir des visites, il ne pouvait être au courant d'aucune nouvelle politique concernant le paradis et, évidemment, les enfers, aussi longtemps que le Tout-puissant le désirerait.

Mon personnel fut très surpris et fort dégouté de voir leur nouveau patient et surtout son état, je dus user de beaucoup de persuasion pour convaincre les infirmières de rester à son chevet car beaucoup refusèrent d'abord de le soigner. Lucifer souffrait d'infections importantes dues à la perte quasi-totale de son système immunitaire, sans compter qu'au début, il délirait et revivait constamment en boucle le souvenir de l'instant où ses ailes avaient étés arrachées, s'éveillant en sursaut dans des élans de douleur qui donnaient froid dans le dos. Pendant des semaines, nous l'avons veillé et soigné jusqu'à ce qu'il retrouve la force de se relever de serait-ce que pour faire quelques pas.

Visiblement, même s'il ne le laissait pas paraître – ou s'il luttait pour ne pas que cela ne paraisse – Lucifer assumait difficilement son nouvel état. Évidemment ayant été longtemps indépendant de ses faits et gestes, il devait être difficile de se soumettre à nouveau aux volontés d'un autre, surtout d'un autre qui a, au passage, détruit tout ce que l'on a mis des siècles à ériger. En fait, une fois qu'il avait pu maîtriser moindrement la douleur avec laquelle il vivait constamment, Lucifer avait rapidement repris son attitude habituelle que je lui avais toujours connue. Par contre l'ayant vu quelque jours plus tôt fléchir, je pouvais facilement sentir que cette façade était fragile, comme une brèche dans de vieilles fondations de roc nouvellement colmatée.

Les semaines s'écoulèrent, tous les jours me menaient, par devoir, à sa chambre. À chaque jour, son état pouvait chavirer sans bien qu'il le veuille. On m'appelait souvent pour que je vienne d'urgence à son chevet. Son corps, habituellement fourni d'une puissance inimaginable que lui procurait ses quatre ailes, semblait être totalement incapable de s'adapter à n'en posséder qu'une seule. Statistiquement, tous les anges qui avaient perdu une aile étaient morts rapidement après donc, je n'avais aucun protocole sur lequel baser mes soins. J'improvisais, et je crois qu'il s'en doutait. Face à moi, il demeurait passif, me laissait faire ce que j'avais à faire sans broncher.

Il reçu plusieurs visites, ce qui me surprit. Mais, d'un autre côté, le bruit de la miséricorde de Père à son endroit avait vite fait de convaincre ceux qui avaient toujours mal digéré la chute de Lucifel et jamais fait leur deuil de son absence sur le trône des séraphins. Évidemment, rien de tout cela ne se disait tout haut, mais plusieurs avaient toujours murmuré tout bas qu'il n'avait jamais pu être égalé lorsqu'il avait quitté.
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Le soleil se levait lentement dans le ciel de Lakia, capitale de cieux. Les rues étaient encore désertes à cette heure. Du balcon où il se tenait, il pouvait voir presque qu'au delà de la ville. L'air était frais et humide sur sa peau. Il enroula plus fermement la couverture autour de lui lorsqu'un frisson le traversa. Avec un soupir, il s'assit sur un banc de marbre, appuyant son dos contre la muraille avec une grimace. Il alluma la cigarette qu'il avait apportée et inspira profondément, les yeux clos.

D'ici, il pouvait entendre le brouhaha du corridor le plus proche, là, de l'autre côté de sa chambre. Il n'y avait guère de tranquillité ici, même en pleine nuit. Raphael lui avait menti en lui disant que sa chambre serait sur une unité tranquille. Lui qui, habituellement, s'entourait du moins de gens possible, avait trouvé difficile son séjour dans un milieu bondé. Il haïssait cet endroit.

Il avait cependant dû s'habituer, se rabattre à rester ici et obéir doucement aux ordres du médecin qui maintenant s'occupait de lui par décret divin. Dans l'état dans lequel il était revenu d'Étenemanki, il avait fallut beaucoup de temps et de patience (et dans son cas d'humilité) pour réapprendre à avoir une vie moyennement normale. Évidemment, ses ailes ne s'étaient pas régénérées, et la fracture sur celle qui lui restait était longue à guérir. La façon brutale dont le châtiment avait été exécuté avait laissé des traces importantes qui avaient laissé derrière elles une souffrance constante, difficile à maîtriser et à contrôler. Aucun médicament ne semblait pouvoir l'assouvir. Sans compter tous les problèmes adjacents à la perte du trois quart de son système immunitaire, de ses pouvoirs – dont il ne pouvait plus se servir, et de la capacité de voler qui était, elle aussi disparue. Il ne pouvait, même maintenant, repenser aux moments passés dans le jardin d'Étenemenki le jour de son châtiment. La pensé même de ce moment était insupportable. Presque chaque nuit, il le revivait en rêve. La douleur semblait y être vivante, cruellement franche et envahissante.

C'était en fait une leçon d'humilité qu'il digérait très mal. Son orgueil avait été fort blessé lors de cette confrontation et maintenant, c'était pire, car il devait vivre parmi un peuple qui l'avait connu comme étant une des créatures les plus puissantes, un peuple qui l'avait eu comme dirigeant avant de l'avoir comme ennemi absolu et maintenant, il n'était pas grand-chose. Une ombre de ce qu'il avait été autrefois. Étrangement, lorsque la rumeur de son jugement s'était rependue au paradis, nombreux avaient été ceux à le voir dorénavant comme un martyr. Il était certain que lorsqu'il était question de se faire arracher les ailes, démon ou non, tous devenaient tellement choqués qu'ils ne pouvaient que ressentir de la pitié pour la victime. De toute façon, à quoi bon continuer à l'haïr alors qu'il était devenu inoffensif et que le Seigneur lui-même lui avait pardonné? De défait, il était maintenant repentant à leur yeux, lui aussi à genoux aux pieds du Créateur maintenant bien éveillé, de nouveau pleinement en contrôle de son univers. Dans les corridors, il avait entendu les infirmières bavasser entre elles, lui jetant des regards mi-effrayés mi-empathiques, qu'il s'était jeté aux pieds du Tout-Puissant et avait baisé Son vêtement après avoir supplié de stopper ses souffrances et juré de se soumettre à Ses volontés. S'il revoyait Zuriel, il en entendrait parler, il aurait pu garder sa langue sur tout cela.

On avait donc cessé de le regarder avec frayeur ou avec haine et à quelque part, cela le frustrait. Il avait toujours cru que ce que les gens pensaient de lui n'avait pas d'importance à ses yeux mais au fond, il n'avait jamais été dans une situation ou la façon dont les gens le regardaient le dérangeait. Plusieurs anges majeurs avec qui, des millénaires plus tôt, il avait partagé sa vie, étaient même venus le voir ici, à son grand désappointement. Il aurait voulu que tous l'oublient, même Raphael, et fassent comme son frère, qui lui avait eu la bonne idée de lui garder rancune et de refuser de cesser de l'haïr.

Il regarda la fumée sortant de ses lèvres se dissiper dans l'air. La fumée …

On refusait de lui dire ce qui était advenu du Sheol.

Bientôt il serait assez en forme pour sortir de cet endroit - c'est-à-dire qu'il pourrait aligner dix pas sans s'épuiser. Il n'avait aucune idée de ce qu'il allait devenir, de ce qu'il était dorénavant. On lui cachait beaucoup de choses.

Un bruit de pas se fit entendre et bientôt, il vit la silhouette de Raphael se dessiner dans la lumière blafarde, portant un sarreau blanc. Il termina sa cigarette en silence et d'un claquement de doigt, la jeta par-dessus la rambarde massive.

- Vous commencez tôt aujourd'hui, docteur, dit-il à Raphael
- Je termine, plutôt, répondit l'autre en s'approchant, j'ai travaillé cette nuit, pour remplacer un collègue. Comment vas-tu?

Il haussa les épaules. Toujours les mêmes questions avec Raphael. Le Vertu toucha le front de Lucifer du revers de la main.

- Tu fais encore de la température, dit Raphael en fronçant les sourcils, es-tu souffrant?

Nouveau haussement d'épaules. Il savait bien qu'il l'était et qu'il ne pouvait absolument rien n'y faire. Il étira la main et saisit le paquet de cigarettes enfoui dans une des poches du sarreau de Raphael. Le médecin s'assit à ses côtés sans mot dire et l'observa alors qu'il allumait une cigarette provenant du paquet.

Tendant le bras vers lui, Raphael s'empara avec ses doigts fins le bâton de tabac entre les lèvres de Lucifer et le glissa entre les siennes avec un sourire mesquin n'ayant apparemment aucune intention de lui remettre. Le regard de l'ange déchu se durcit et rencontra les yeux moqueurs de Raphael.

- Tu sais, il y a quelques avantages à ce que tu sois ainsi diminué, dit Raphael en expirant un nuage de fumée avec un sourire
- Oui, je sais que tu y trouves quelques avantages en effet …

Cette fois lorsque les yeux de Raphael rencontrèrent ceux de Lucifer, la lueur qui y dansait avait changée, lourde d'un désir vif et soudain. Son sourire devint léger, plaisantin, là, au coin de sa lèvre, toujours le même sourire qu'il abordait quand il le regardait ainsi depuis le jour où il avait osé – le mot était faible – le prendre, lui Lucifer, qui appréciait peu ce genre de relation. Une seule autre fois, il s'était permis de se soumettre aux bras d'un homme, longtemps auparavant, dans des circonstances fort différentes. Cette fois ci, il n'y avait rien d'autre que deux corps d'impliqués. Impliqués dans une sorte de jeu où combler un désir mutuel de base était l'unique but. Lucifer, maintenant grandement diminué, avait naturellement cédé la place de meneur à son nouvel amant, sans toutefois en ressentir aucune forme de honte ou de frustration, il était au dessus de cela. De plus, dans les faits, même si Raphael avait connu peu d'hommes dans sa vie, il était un amant de qualité.

Au début, il n'y avait eu qu'un échange sans volonté de rappel. Juste un moment passé où il avait cessé d'être un médecin sous serment et, épris d'une curiosité plus forte que lui, avait sans doute voulu savoir ce que c'était de goûter, un instant, son étreinte obscure. Était-ce vraiment ce qu'on en disait? Raphael s'était approché et lui avait juste avoué, à demi-mot, qu'il était blasé, qu'il désirait secrètement qu'on le surprenne dans son propre péché là où il avait l'impression d'avoir déjà tout vécu. Évidemment, sa confession n'aurait pu tomber dans meilleure oreille mais, la réponse alla au-delà de tout ce que Raphael aurait pu s'attendre du démon.


Extrait du journal de Raphael
Hôpital Général de Lakia

Je suis un idiot.

Je suis faible.

Du moins, en réalité, j'ai toujours su reconnaître mes fautes. Je suis loin d'être parfait et je n'ai jamais prétendu l'être. Je me suis laissé si souvent allé dans les bras de femmes que je ne les compte plus. Elles n'ont pas de nom, pas d'histoire, juste un corps, des lèvres, des bras pour m'enlacer une nuit et ensuite c'en est assez.

Et j'ai toujours choisi plus faible que moi pour ne pas m'incriminer, protéger mon titre et ma réputation, autrefois grandement entachée. Choisi plus pur que moi pour ne pas enfoncer mon âme plus profond dans le péché. J'ai toujours préféré la naïveté de la femme pure à la lascivité de l'experte qui m'enfoncerait d'avantage dans la débauche. On me traite sauvent de pervers mais que le Tout-Puissant m'en soit témoin, je suis un pervers qui tiens à son Salut. Celui qui ne peut s'empêcher de pécher mais qui le fait en faisant son signe de croix…

Mais, au fond de moi, la curiosité d'aller chercher plus loin m'a toujours dévoré. Qu'y-a-t'il au-delà de ces femmes douces et frêles qui supplient à la tendresse et à l'amour. Ce péché, nommé luxure, va beaucoup plus loin que cela, je le sais, je le sens. Je sais j'effleure seulement la pelure du fruit, sans en goûter réellement la chair. Mais je suis terrifié, curieux mais terrifié. J'ai peur pour mon âme, peur de goûter au fruit défendu et ensuite, de ne plus jamais pouvoir m'en passer.

Si ici je suis le « pervers » pour avoir touché du bout du doigt la pelure du fruit. Ceux qui ont goûté à sa chair ont rapidement été étiquetés autrement.

Démons

Et moi l'idiot. J'ai été murmurer mon désir à l'oreille de leur souverain.

- Quelle est réellement la différence, Raphael? Avait répondu Lucifer, un sourire presque séducteur aux lèvres, entre le fait que chaque nuit tu damne une nouvelle jeune femme et le fait que tu te damne une fois pour toutes réellement?


Il se pencha à mon oreille, sa main fit lentement glisser mon sarrau de mon épaule.

- Tu crois sauver ton âme en te soustrayant à ton désir et en prenant toutes ces femmes, ce n'est que pur égoïsme, par égard à la survie de ton propre Salut, si caractéristique à ta race.

Au moment où je tentai, pour une dernière fois, de me soustraire à la tentation que je m'étais moi-même imposée, je détournai la tête mais mon regard rencontra le sien. Il était toujours aussi dur et vide mais il y avait quelque chose d'impossiblement envoûtant, ses yeux à demi-clos, encadrés de ses longs cils noirs, semblaient lire mon âme et attiser le désir qui y régnait. Ce n'était pas nécessairement, au début, du désir pour lui, mais du désir pour plus, de la curiosité pour la chair du fruit de la luxure qui m'était interdite. Il le savait, il le sentait. Et je savais qu'il avait été conçu pour être objet de péché et de tentation. J'étais pris au piège, je ne pouvais me soustraire à son emprise maintenant. L'idée de ce qui pouvait suivre était trop tentante, trop attirante.

Je sus donc à cet instant que j'étais perdu, et qu'au fond, je l'avais bien voulu.

Sauf que perdu ou non, je n'étais pas de ceux qui abandonnaient si facilement, mes envies maintenant me criaient d'aller vers lui, de pousser plus loin l'audace. Et comme pour leur répondre, Lucifer scella ses lèvres contre les miennes alors que sa main descendait sur ma poitrine pour déboutonner ma chemise. Je sursautai au contact car c'était toujours moi qui prenais l'initiative dans des moments pareils. Son baiser était brûlant, embrasé. Il balaya toutes mes pensées et eut vite fait de diriger mes envies sur lui. Je ne pouvais m'empêcher, au fond de moi, de penser à tout ce que je savais à propos de lui maintenant, que je me laissais emporter par une créature sculptée et conçue pour séduire et régner. Chaque geste, chaque partie de lui…

Mais je n'étais pas un amant du pôle opposé à Lucifer. Aussi, sans briser le baiser, j'appuyai ma main fermement contre son torse et le poussai contre le mur à quelques centimètres de lui. Je sentis ses muscles frémir et vis ses sourcils se froncer et je songeai aux cicatrices laissées par la perte de ses ailes dans son dos mais le seul pouvoir de mon contact fut suffisant pour calmer la douleur rapidement.

Le baiser n'avait rien des baisers chastes et timides de mes amantes passées. À chaque seconde, il était plus dévorant, plus possessif. Il étouffait toute envie de reculer. Mon désir était à présent si vif qu'il me semblait que mon sang était en ébullition. Je pressai fermement mon corps contre celui de Lucifer, emprisonnant une poignée de cheveux soyeux dans ma main. Après un moment, lorsque je sentis que je ne pouvais plus supporter l'attente, je brisai le baiser.

- Je veux te prendre, dis-je d'une voix rauque qui n'était pas la mienne

Lucifer haussa un sourcil, à demi surpris. Je savais qu'il dirait non. Avait-il déjà dit oui à une telle requête, lui qui ne se laissait dominer par personne? Il sentait que mon désir était fort, presque sur le point d'exploser. J'étais sur le bord du gouffre et je lui demandais simplement de m'y jeter. Et si, pour me damner il devait se soumettre, il semblait avoir décidé de se prêter au jeu. Un sourire se dessina sur ses lèvres. Cela ne m'en prit pas plus pour comprendre qu'il cédait.

La chair du fruit défendu était encore plus exquise que je ne l'avais cru.

Lorsqu'il avait été créé ont l'avait conçu pour qu'il soit exquis et envoûtant aussi bien s'il décidait de dominer sexuellement ou de se soumettre. Tout en lui me projetait une image parfaite de luxure, de lubricité. Cela passait par la façon dont mes mains empoignaient parfaitement ses hanches à celle dont ses jambes enlaçaient fermement ma taille. Et puis, la sensation d'être en lui était empreinte d'une volupté irréelle qui irradiait dans mon corps en entier, mes mouvements de va et vient semblaient se projeter au-delà d'un simple rite charnel, tout mon corps vibrait en diapason avec mon plaisir.

Et puis il y avait sa propre réaction. Il semblait lui-même surpris par le piège de séduction de son propre corps et ne pouvait conserver sa sempiternelle maîtrise de lui-même. Il ne permit à aucun son de sortir de sa bouche mais son souffle cadençait avec le mien. Ses muscles se serraient autour de moi, je fermai les yeux un moment, j'étais à l'apothéose de mon extase, j'étais pris dans la contemplation aveugle du délice qu'il était. Lorsque j'ouvris les yeux de nouveau, je vis l'espace d'une demi-seconde, le rose teinter la pâleur de ses joues. Ses cheveux de jais en bataille cachant une bonne partie de son visage, il se mordit la lèvre, comme déçu de lui-même et cambra les hanches sous mon étreinte. Saisi par cette image délicieuse, mon désir explosa aussi dans un coup de butoir puissant qui eut tôt fait de précipiter ma chute au fond du gouffre.


Ouf j'ai mis beaucoup de temps à terminer ce chapitre car je ne trouvais pas les bons mots pour les idées que j'avais. Je ne crois toujours pas avoir les bons mots mais c'est les meilleurs que j'ai trouvé.
J'espère que je n'ai choqué personne, je sais que c'est pas mal forcé du yaoi Raphael/Lucifer et Lucifer en dessous en plus -.- J'avais envie d'essayer pour voir.