Chapitre 3

Lundi 24 décembre 2007, quartier général de la police criminelle de Philadelphie, section des affaires non classées

L'inspectrice Lilly Rush soupira et observa les alentours. Deux ou trois agents se trouvaient encore dans le service, ainsi que son partenaire et elle. L'enquête avait enfin été résolue. Se replongeant dans le dossier de Gina Scott, elle secoua la tête tout en achevant de retranscrire le rapport qui clôturait l'affaire. Le néphrologue avait bien tenté de dissimuler plus longtemps le meurtre de sa patiente, pourtant un nouveau témoignage était venu contredire sa version. En effet, le médecin avait indiqué qu'il se trouvait au bloc opératoire le soir du meurtre. Mais une femme de ménage avait assisté au crime alors qu'elle rejoignait le parking, qui se trouvait à proximité du lieu. Celle-ci s'était tue, de peur d'être la cible de représailles. Mais sa conscience en avait décidé autrement. Rush soupira de nouveau. Pauvre gosse ! Si jeune, mais pourtant si mûre. Morte pour avoir compris que d'autres enfants décédaient dans des conditions d'hygiène déplorable afin de rapporter un peu d'argent à leur famille. Morte pour avoir voulu dénoncer ce trafic inhumain dans lequel le chirurgien qu'elle estimait était trempé jusqu'au cou, et cela rien que pour une histoire de gros sous. Elle ferma le dossier et le déposa à l'intérieur du carton qu'elle avait prit machinalement, avant d'indiquer, à l'aide d'un feutre noir, la date qui clôturait définitivement l'affaire. Elle se dirigea ensuite vers la salle des archives et posa la boite sur une des étagères. Enfin, Gina Scott pouvait reposer en paix. Au moment où Lilly se dirigeait vers la sortie, elle remarqua la jeune morte qui lui souriait, avant de disparaître. Rush retourna à son bureau et entreprit de relire un des trop nombreux cas non résolus. Mais son attention était concentrée ailleurs. Un point qui la turlupinait. Ou plutôt, il s'agissait d'un homme. Alexeï Koulianov. Le numéro que leur avait remis madame Scott, n'était plus valable. Ce soviétique s'avérait rusé comme un renard et il leur faudrait encore s'armer de patience pour le coincer, malgré les nouvelles informations que leur avait transmises l'agent du FBI, devenu un des bras droits du trafiquant depuis quelques jours. L'attente. Ce qui énervait le plus Rush. Elle aurait préféré s'infiltrer dès le départ, mais Stillmann ne voulait pas précipiter les choses. Elle lui avait rétorqué aussi sec qu'elle n'attendrait pas la mort d'un autre innocent, ce qui lui avait valu une convocation directe chez son directeur, la menaçant de lui retirer l'affaire si elle ne se calmait pas.

Hey !

Lilly releva la tête et vit Valens qui se tenait auprès d'elle. Jetant un coup d'œil à la pendule située au-dessus du bureau de leur supérieur, l'inspectrice s'aperçut que celle-ci indiquait dix neuf heures passées. Tout le monde avait quitté le service, Stillmann ayant accordé dix jours de vacances à chaque membre de son équipe. Après tout, l'affaire sur laquelle ils travaillaient s'avérait particulièrement coriace et difficile psychologiquement.

Ce n'est pas vrai…

Elle réunit les dossiers étalés sur son bureau d'un geste rageur. Cela faisait vingt minutes que Scotty et elle auraient du quitter le bureau et prendre Lynne chez sa nounou, avant de partir pour Média, une petite ville qui se situait à 26 kilomètre au sud-ouest de Philly.

Tu aurais pu tout de même me dire qu'il était aussi tard ! Maugréa-t-elle en mettant son manteau et en récupérant son sac à main.

Et manquer cette superbe scène de panique, alors que d'habitude tu restes d'un calme olympien ? Tu plaisantes !

La jeune femme donna un petit coup dans l'épaule de son partenaire en guise de protestation et entra dans l'ascenseur, suivie de près par le latino. Deux heures plus tard, les policiers arrivaient devant une maison magnifiquement décorée. Lorsqu'ils pénétrèrent dans l'habitation entourés de bagages et de cadeaux, ils furent aussitôt accueillis par une ribambelle d'enfants qui poussèrent des cris de joie en apercevant leur oncle, et se jetèrent dans ses bras, avant de venir à la rencontre de celle qui l'accompagnait. Le cœur de la jeune femme se serra. Elle n'avait plus ressentit autant de chaleur depuis si longtemps. A l'époque, elle n'était encore qu'une toute petite fille âgée de six ans, choyée par ses parents, bien avant que sa mère ne se mettre à boire plus que de raison. Avant le départ de son père du domicile familial, lorsqu'elle se sentait encore en sécurité. Scotty s'aperçut de son malaise et posa simplement la main sur l'épaule de sa compagne en lui jetant un regard bienveillant. Lilly le gratifia d'un petit sourire, tandis que les neveux de son coéquipier disparaissaient aussi subitement qu'ils étaient apparus, laissant désormais la place à une femme d'âge mûr. De taille moyenne, elle devait avoir dans les soixante ans environ. Tressés en une natte, les longs cheveux noirs encadraient un visage marqué par quelques rides. L'inconnue se précipita vers Valens et le serra longuement contre elle. Scotty en fit autant sous l'œil attendrit de sa collègue. Lorsqu'ils se séparèrent, la dame alla vers l'inspectrice et lui tendit la main.

Je présume que vous êtes Lilly ? Demanda-t-elle d'une voix enjouée à l'adresse de la jeune femme, je suis ravie de faire enfin la connaissance de l'amie de mon fils ! Vous savez, il ne cesse de me parler de vous !

Ajouta Lucia Valens en adressant un clin d'œil plein de sous-entendus à Rush sous le regard implorant de son fils, tout en se dirigeant vers un escalier, suivie de près par ses visiteurs. Ils parvinrent devant une porte en bois blanc au dessus de laquelle était accroché un petit crucifix, que madame Valens s'empressa d'ouvrir. Lilly entra la première et examina la chambre d'un coup d'œil rapide. Quand à Scotty, il ne fit pas le moindre mouvement, son attention concentrée sur le meuble principal de la salle. Il observa sa mère d'un regard interrogateur, tandis que sa compagne remarquait à présent elle aussi le lit deux places.

Au départ, vous deviez avoir chacun votre chambre, mais les jumeaux ont réussi à casser le lit de l'une des pièces, rien qu'en sautant de dessus ! Se justifia la mère de Scotty. Et pourtant, Dieu seul sait que cette couche en a connu ! J'espère que cela ne vous gêne pas de vous partager le lit ?

Les deux jeunes gens balbutièrent quelque chose.

Très bien…Je vous laisse vous installer, fit leur hôtesse en appuyant sur la poignée de la porte. Le diner sera prêt d'ici une petite demi-heure !

Lorsque la porte se referma sur eux, Lilly et Scotty continuèrent de s'observer, embarrassés. Aucun d'eux ne savait comment réagir dans cette situation. Pourtant, ils avaient déjà dormi dans la même chambre lors des rares surveillances qu'ils effectuaient pendant les enquêtes, refoulant la simple idée de désir qui s'emparait d'eux. Mais là, tout était si différent. La proximité qu'ils allaient connaître pendant ces huit jours de repos réveillait les sentiments qu'ils essayaient de cacher. Trente minutes plus tard, tous les deux rejoignirent le salon, où les attendaient les autres convives. Ne sachant comment s'habiller, Lilly avait opté pour une simple robe rouge, agrémentée d'un châle de la même couleur et qui recouvrait ses épaules délicates. Le repas se déroula dans la bonne humeur, chacun des membres de la famille Valens s'empressant de raconter une anecdote de la jeunesse de Scotty, lequel tentait désespérément de diriger la conversation sur un autre sujet. Enfin, les douze coups de minuit résonnèrent dans la maisonnée pour le plus grand bonheur de tous. L'heure des cadeaux était arrivée. Tout le monde s'empressa de découvrir ce que le père noël avait déposé près du sapin. Scotty et Lilly manquaient à l'appel, ayant préféré prendre un peu le frais. Confortablement installés dans la balancelle, laquelle étaient suspendue à une poutrelle, les deux amis observaient la lune dont le faible éclat illuminait la devanture du domicile des Valens. Bien emmitouflés dans une couverture polaire, ils entendirent des cris de liesse provenant de la maison.

Eh bien… Je crois qu'il est l'heure… Murmura Scotty en fouillant dans la poche de son veston, duquel il sortit un petit présent, bien empaqueté. Je te souhaite un joyeux noël, Lil.

Scotty, C'est… C'est vraiment magnifique ! Fit Lilly en découvrant une chainette au bout de laquelle pendait un pendentif, en forme de chat.

Vu que tu adores ces animaux, répondit Valens en souriant, j'aurais préféré t'en offrir un vrai. Mais comme j'ignorais si tes premiers compagnons à quatre pattes étaient d'une nature jalouse ou non, je me suis dis qu'il ne valait pas prendre de risque !

La jeune femme ria de bon cœur. Elle se dit intérieurement que Scotty avait bien fait d'insister pour qu'elle l'accompagne. Sortir des affaires non classées lui avait permit d'échapper à la triste réalité du monde dans laquelle elle vivait. Oublier l'espace d'un instant qu'un meurtre était commit à Philadelphie et côtoyer les vivants lui permettait d'évacuer tout le stress qu'elle avait accumulé au cours de ces dernières années.

Tu sais que j'aime à te voir comme ça ?

Dis tout de suite que je suis une porte de prison ! répliqua-t-elle d'un ton qui se voulait indigné.

Ce n'est pas ce que je veux dire ! Protesta énergiquement son compagnon, avant de se rendre compte qu'elle le taquinait : Lilly !

Je t'aime bien, Scotty Valens ! Surtout lorsque tu cours aussi rapidement ! A mon tour de te souhaiter un joyeux noël… L'interrompit-elle en lui tendant son cadeau, alors que celui-ci s'apprêtait à lui rétorquer quelque chose. Si elle te ne plait pas, tu n'auras qu'à me le dire !

Tu plaisantes ! Dit son compagnon en découvrant la longue et épaisse écharpe en cent pour cent laine, laquelle se terminait par deux poches sur chaque côté.

Je sais que ce ceci est peu de chose, mais j'ai pensé que tu en aurais besoin vu que tu te plains souvent des basses temp…

La jeune femme n'eut pas le temps de finir sa phrase. Scotty lui avait s'était dangereusement rapproché d'elle et capturé ses lèvres pour y déposer un chaste baiser, qui lui sembla une éternité, bien que celui-ci ne dura en réalité que quelques secondes. Sans trop savoir pourquoi, elle paniqua et se leva brusquement. Elle demeura silencieuse, pourtant son partenaire n'eut aucune peine à deviner la colère sourde et qui menaçait d'éclater, qu'elle tentait de lui dissimuler et s'éloigna d'un pas rapide. Jurant, le latino passa sa main dans ses cheveux et poussa un long soupir. Fallait-il qu'il soit bête à ce point ? Il venait sans doute de perdre la seule amie qui le comprenait vraiment, et tout cela à cause de ce foutu sentiment qui le consumait entièrement à chaque fois qu'il se trouvait à ses côtés. L'inspecteur demeura dehors encore deux bonnes heures à ruminer envers sa propre bêtise, afin de se décider à rentrer, transi de froid. Lorsqu'il pénétra dans la chambre, il vit une ombre allongée sur le lit qui lui tournait le dos. Il l'appela, mais celle-ci ne répondit pas, feignant sans doute de dormir, bien trop chamboulée par ce qu'elle venait de vivre. Scotty n'insista pas d'avantage. De toute façon, il n'arriverait à rien s'il tentait de lui expliquer son geste ce soir. Demain serait un autre jour. Il ne put retenir un sourire avant de sombrer dans l'inconscience.

Mardi 25 décembre 2007, domicile des Valens, 9 Pilgrim street, Média, 10 heures

Le lendemain matin Scotty Valens fut réveillé par la douce chaleur des rayons de soleil qui transperçaient la vitre de la chambre, lorsqu'il sentit la présence de Lilly derrière lui. Baissant les yeux, il aperçut le bras de la jeune femme qui reposait sur sa taille. Il se dégagea doucement de son étreinte avec précaution et rabattit la couverture sur sa compagne, avant de se diriger à pas de loup vers le berceau, duquel le nourrisson commençait à gigoter. En le voyant, Lynne émit un gazouillis de contentement et tendit ses petites mains vers lui. Le jeune homme la souleva délicatement, la cala contre lui et sortit de la pièce.

Une demi-heure plus tard, Lilly Rush s'éveilla à son tour et prit un long moment pour s'étirer. Jamais elle n'avait aussi bien dormi. Se souvenant du baiser que lui avait donné son ami, elle passa machinalement les doigts sur ses lèvres, puis les humecta. Elle secoua la tête, ne sachant comment interpréter ce geste spontané qu'il avait eu à son égard. Lui témoignait-il simplement de la sympathie ou ressentait-il au contraire quelque chose pour elle ? Elle-même n'était pas sûre des sentiments qu'elle éprouvait à son égard. Elle devait lui poser la question, même si cela engendrerait une dispute entre eux. Après s'être apprêtée et fait le lit, elle descendit au rez-de-chaussée, mais ne vit personne. Quand elle entendit des éclats de voix, suivis de rires. Guidée par les bruits, elle parvint devant une baie vitrée et aperçut tous les membres de la famille Valens. Réunis autour d'une grande table en bois, ces derniers jouaient à un jeu de cartes. Lorsque Scotty vit Lilly, il se précipita à sa rencontre.

Si un jour quelqu'un m'avait dit que toi, la femme la plus matinale que je connaisse, était du genre à faire la grasse matinée, je lui aurais ri au nez !

Eh bien, c'est que tu ne sais pas qui je suis vraiment ! Répondit-elle en souriant tout en replaçant une mèche derrière son oreille. Peux-tu m'expliquer ce que Lynne fait en ta compagnie ?

Pourquoi tu es jalouse ?

Sache qu'il en faut beaucoup plus pour que je sois dans cet état !

Valens l'observa, peu convaincu, et reprit en lui tendant la petite fille qu'elle recueillit aussitôt.

Ta petite demoiselle commençait à manifester contre la faim qui la tiraillait. Et comme tu dormais si bien, je n'ai pas voulu te réveiller…

Lilly l'interrogea du regard.

Je ne voulais pas risquer de subir tes foudres, au cas où tu n'étais pas du matin !

Elle leva les yeux au ciel, exaspérée.

Scotty, arrête t'embêter ton amie ! Lança sa mère d'une grosse voix. Quand à vous Lilly, ne soyez pas timide ! Venez donc nous rejoindre !

La jeune femme s'avançait vers la table quand elle distingua un tableau noir de taille moyenne, sur lequel était inscrite une liste de prénoms de chacun des membres de la famille Valens. Tout de suite après, plusieurs séries composées de chiffres apparaissaient.

Vous vous demandez sans doute ce que signifient toutes ces données ? Demanda Lucia en apportant une chaise afin que Lilly puisse s'assoir, tandis qu'Isabela, l'une des demi-sœurs de Scotty lui servait du café.

L'inspectrice acquiesça en silence et redressa Lynne sur ses genoux.

Ce sont tout simplement les résultats des différentes parties du « Menteur », auquel nous jouons très régulièrement. Et ceci… Ajouta-t-elle d'un air faussement navré en désignant l'étoile rouge située à côté du prénom de son coéquipier, ceci représente la toute puissance de Scotty. Comme vous pouvez le constater, il est devenu et reste depuis toujours le maître incontestable de ce jeu.

Le « maître » ? Demanda-t-elle d'un air incrédule au latino.

Ce jeu est basé sur ta capacité à bien observer les gens qui t'entourent, répondit-il avec un petit sourire en coin. Tu vois, fit-il en désignant son frère aîné, Mike fronce les sourcils au moment où il fait l'annonce des cartes qu'il dépose, preuve évident qu'il ment. Quant-à ma mère, elle est bien trop honnête pour savoir y jouer correctement…

Et pourquoi ai-je la nette impression que tu vas me demander de faire une partie ? Rétorqua-t-elle en fixant ses yeux bleus aciers dans ceux du jeune homme.

Ton intuition m'étonnera toujours inspecteur Rush ! Alors… Prête pour un petit « Menteur » ?

Et comment ! Te détrôner de ton statut de vainqueur sera un jeu d'enfant !

Tu n'y parviendras pas Rush ! Je joue à ce jeu depuis l'âge de dix et personne n'a jamais réussi à me battre ! Pourquoi toi, y arriverais-tu ?

Tout simplement parce que je te connais depuis six ans, inspecteur ! Et je connais la façon dont tu fonctionnes…

Vraiment ?

Je miserais ma carrière là-dessus.

Je doute que tu abandonnes ton travail si facilement… Répondit-il tout en plongeant son regard chocolat. Voilà ce que je te propose : si tu gagne, je t'offre un dîner au Parc…

Le dernier restaurant français qui vient d'ouvrir ? Tu ne sais pas dans quelle galère tu t'embarques mon cher !

L'enjeu de ce pari ne serait pas drôle si je n'avais pas découvert quelques-uns de tes points faibles, Rush. Et ta curiosité dans le domaine culinaire en fait parti !

Lilly se troubla légèrement, espérant que son coéquipier ne l'avait pas remarqué. Comment pouvait-il connaître ses goûts en matière de cuisine ? Bien sûr, elle appréciait les plats de son pays comme toute américaine qui se respecte, mais dès qu'elle en avait l'occasion, elle tentait les restaurants étrangers de Philly. La jeune femme s'adossa à sa chaise et fixa son attention sur Scotty.

Et si je perds ?

Laisse-moi réfléchir trente secondes… Le latino marqua une courte pause, puis observa son interlocutrice avec un grand sourire. Si tu perds, tu m'accompagne au dernier concours de Salsa qui a lieu dans deux semaines.

J'ignorais que tu savais danser ! Le taquina-t-elle gentiment, avant de redevenir sérieuse. Alors prépare-toi à payer l'addition, Scotty. Parce que je n'ai aucunement l'attention de perdre ce match.

Comme moi, Lilly.

Après avoir expliqué les règles du « Menteur », les deux adversaires se serrèrent la main, tandis que chaque Valens entourait leurs favoris.

Que l'impitoyable guerre des sexes commence, et que le meilleur gagne !

Déclara joyeusement Isabela, en constatant que les femmes soutenaient l'inspectrice, tandis que leurs maris se trouvaient derrière Scotty. Au prix d'une bataille acharnée qui dura presque deux heures, ce fut finalement Lilly qui remporta la victoire, sous les acclamations de ses supportrices.

Je crois que tu me dois un diner, Valens ! Annonça Lilly en affichant un grand sourire.

Son ami se redressa sur sa chaise et s'avança vers elle, la fixant si intensément qu'elle sentit son pouls s'accélérer.

Je proteste la façon dont tu as gagné, chère collègue : tu t'es fait aidée tout au long du jeu ! Si j'étais une mauvaise langue, je dirais même que tu as encouragé les filles à faire des grimaces pour me déconcentrer !

Rush passa sa nièce à Rosa, la seconde belle-sœur de son partenaire. Elle s'approcha à son tour de Valens, suffisamment près pour que lui seul entende.

Ne sois pas mauvais joueur ! Et je te signale au passage, un de tes cousins n'a cessé de me faire des clins d'œil !

Elle recula avec un petit air satisfait, sous le regard de la famille qui assistait à une nouvelle compétition. Lequel des deux aurait le dernier mot ? Personne ne pouvait le dire, car tous avaient remarqué la forte personnalité de la jeune femme sous son apparente timidité.

Bon, ce n'est pas tout, mais si on passait à table ? Je crois que midi n'est pas loin ! Annonça Lucia Valens, en remarquant quatre de ses six neveux et nièces qui tiraient sa jupe avec insistance.

Tous approuvèrent et se levèrent pour rentrer à l'intérieur. Lorsque Lilly passa à ses côtés, celle-ci lui prit le bras et l'entraîna un peu plus loin.

Je compte sur vous pour revenir à la maison Lilly, et ce, n'importe quand. Jamais je n'ai vu mon fils aussi heureux depuis la mort d'Elisa ! Et pour cela, je vous en serais toujours reconnaissante !

Mardi 25 décembre, 15 heures

Depuis près d'une heure, les deux inspecteurs marchaient dans les bois qui jouxtaient la communauté de Média. Après le repas, tous les deux avaient décidé de faire une petite promenade. Tous les deux restaient silencieux, se contentant de s'observer par à-coup. Valens ne savait pas comment entamer la conversation vis-à-vis du baiser qu'il lui avait donné la veille. Sa collègue pouvait être si imprévisible. Aussi se surprit-il à pousser un soupir de soulagement quand cette dernière lui demanda :

Pourquoi m'as-tu embrassée, Scotty ?

Ecoute Lilly, je… Je ne sais pas ce qui ce qu'il m'a pris

Arrête de mentir !

Je pourrais te donner le même conseil, Rush. D'arrêter de mentir… Rétorqua posément son compagnon qui s'était à présent immobilisé, tout en l'observant.

Je ne vois pas ce que tu veux dire ! Répondit la jeune femme en le toisant un instant à son tour, avant de se remettre en route.

Oh, non si tu crois que je vais te laisser t'enfuir, tu te trompes lourdement. Il est temps qu'on achève cette discussion une fois pour toutes ! Fit le latino en la rattrapant par le bras.

Il l'attira à lui avec une douceur qu'elle ne lui connaissait pas, et la plaqua contre un arbre. Plaçant ses mains d'une manière à ce qu'elle ne puisse pas s'échapper, il plongea son regard chocolat dans celui, bleu acier, de sa partenaire.

Tu veux vraiment savoir la raison qui m'a poussé à t'embrasser ?

J'aimerai assez, oui.

Rush sentit son pouls s'accélérer quand elle vit le visage de Valens se rapprocher du sien, avant de le détourner et lui glisser à l'oreille deux petits mots.

Ne crois pas que je vais prendre ta déclaration pour argent comptant !

Tu n'es pas une fille de passage, Lil. Tu es bien plus que cela.

Lilly s'écarta violemment à la plus grande surprise de celui-ci. Il venait de lui avouer ses sentiments et pourtant, celle-ci continuait de lui échapper. Elle refusait encore de baisser sa carapace, bien qu'elle lui avait dévoilé un peu de son passé au cours de ces derniers temps. Le jeune homme soupira de découragement. Pendant deux jours, Rush ne lui adressa plus la parole. Elle avait besoin de réfléchir calmement. Elle pensait avoir oublié son expérience malheureuse avec Patrick, mais il n'en était rien apparemment. Bien qu'elle ressentait la même chose pour Scotty, elle ne pouvait s'empêcher d'avoir peur. Peur d'être abandonnée à nouveau. Au risque de perdre son amitié par la même occasion.

Jeudi 27 décembre 2007, 15 heures

Confortablement installée dans le fauteuil à bascule, Lilly Rush regardait distraitement l'énorme buche qui se consumait lentement dans la cheminée tout en berçant sa nièce. Elle ne cessait de repenser aux derniers mots de son coéquipier. Depuis leur dernière conversation, lui aussi s'était éloigné. Le peu de fois où il osait lever les yeux sur elle, il lui adressait un regard emplit de déception et de colère. Ce qu'elle pressentait depuis le début était arrivé. Bientôt, il faudrait qu'elle prenne une décision. Travailler dans un tel climat ne leur serait pas bénéfique. Par ailleurs, cela faisait déjà un mois et cinq jours que Lynne était entrée dans sa vie. Elle pensait de plus en plus à changer de profession. Elle n'avait pas le droit d'abandonner un être aussi fragile, d'autant plus que son père s'avérait dangereux. Ce n'était pas le moment de faiblir…

Lilly ?

Rush tourna la tête et aperçut Lucia Valens. Elle essuya du revers de la main les larmes qui coulaient le long de son visage et replaça négligemment une mèche derrière son oreille. La vieille femme la rejoignit, prit un siège et se plaça devant elle.

Depuis deux jours, je constate que Scotty et vous ne vous adressiez pratiquement plus la parole. Que s'est-il donc passé ?

Rien de très important… Juste une petite dispute sans conséquence… Murmura la jeune femme sans grande conviction.

Vous ne seriez pas dans cet état là s'il s'agissait d'une simple scène de ménage ! Constata son interlocutrice.

Scotty et moi ne sommes pas ensemble ! Répondit Lilly plus vite qu'elle ne l'aurait voulu.

Allons donc, ne me dites pas qu'il n'y a rien entre vous !

Ainsi vous avez deviné ?

Il faudrait être aveugle pour ne pas le voir ! Qu'est-ce qu'il vous chagrine tellement dans votre relation ? Qu'il vous ait exprimé son amour pour vous ?

L'inspectrice ne répondit pas. Elle resta de longues minutes cloîtrée dans le silence. Espérant que la mère de son collègue interromprait ses questions. Mais Lucia Valens en avait décidé autrement. Elle changea aussitôt de tactique lorsqu'elle vit que celle-ci se refermait sur elle-même.

Lorsque le père de Scotty m'a déclaré sa flamme, je me suis enfuie en courant !

Je ne vous crois pas…

Je vous assure que c'est la stricte vérité ! J'étais même mariée à un autre homme avant que je ne le rencontre… Elle marqua une courte pause, en voyant son air étonné avant de reprendre. Vous savez à mon époque, les femmes étaient encore considérées comme des moins que rien, devant se contenter de cuisiner et d'avoir des enfants. Mon père m'a obligé à me marier lorsque j'ai eu dix huit ans. Mon premier mari s'est avéré être un homme brutal et jaloux. Il ne me permettait pas de travailler et encore moins mettre un pied dehors sans qu'il soit présent, vous imaginez ceci ?

Comment vous en êtes-vous sortie ?

Je me suis enfuie de Cuba avec d'autres pour partir vers de meilleurs hospices. Quand je suis arrivée à Miami, Rodrigo était chargé de nous accueillir et de nous aider dans les démarches administratives. Rodrigo et moi avons sympathisé de suite et je suis venue habiter chez lui. Je ne l'ai plus jamais quitté jusqu'à sa mort, survenue il y a six ans.

Rush tiqua. Six ans que Scotty et elle se connaissaient. Serait-il possible qu'il soit venu à la criminelle suite au décès de son père ? Comme si elle lisait dans ses pensées, la veuve lui indiqua que son mari s'était fait tuer au cours d'une rixe entre deux gangs, pour une histoire de drogue. Tous les deux en avaient été profondément affectés, et tout particulièrement sont fils. Ce dernier était parvenu sans peine à retrouver l'assassin de son père. Il le malmena tellement que le voyou avait atterrit à l'hôpital pendant un mois, avant de finir derrière les barreaux. Quand à Scotty, ses supérieurs lui avaient donné le choix : soit partir de lui-même vers un autre service avec un blâme dans son dossier pour unique sanction, soit dire adieu à la police en passant par la case prison pour brutalité policière. Lilly esquissa un demi-sourire. Elle comprenait maintenant la réaction de Scotty quand il avait rejoint l'unité. Cependant, elle ne remarqua pas l'étrange lueur qui brillait dans les yeux de son interlocutrice.

Vous savez Lilly, vous et moi nous ressemblons beaucoup ! Dès que je vous ai vue, j'ai perçu une grande tristesse en vous ! Oh certes, vous savez parfaitement la dissimuler… Ajouta-t-elle en remarquant que la jeune femme ouvrait la bouche pour répliquer. Mais combien de temps tiendrez-vous avant de sombrer ? Mon fils ne s'en relèverait probablement pas, surtout après ce qu'il s'est passé avec Elisa !

Ecoutez… Lilly prit une longue inspiration. Je ne veux pas que Scotty souffre. Je… Je suis quelqu'un d'extrêmement compliqué, je n'arrive pas à garder un homme plus d'un mois d'affilé !

Et il serait temps de changer, vous ne trouvez pas ? Demanda Lucia Valens, d'une vois très calme. Je vous ai longuement observé : vous rayonnez lorsque vous êtes avec Scott. Je sais que ça ne me regarde pas, mais que vous est-il arrivé pour que vous refusiez l'amour de la sorte ?

Lilly ne répondit pas immédiatement, trop estomaquée par la dernière réflexion de son hôtesse. Etrangement, elle ne sentit aucune colère s'emparer d'elle. D'habitude, elle se contentait d'envoyer les gens sur les roses quand ces dernierscommençaient à s'intéresser un peu trop à elle. Au contraire, Lucia l'apaisait. Il est vrai que celle-ci se conduisait comme une véritable mère à son égard. Elle venait de lui prouver suffisamment qu'elle était digne de confiance.

Je n'étais qu'une petite fille quand mon père nous a abandonnées ma mère, ma sœur et moi… La jeune femme marqua une courte pause et souffla longuement avant de reprendre, les larmes aux yeux. Je n'ai jamais compris la raison de ce départ si soudain… Du moins jusqu'il y a très peu de temps…

Lilly, vous n'êtes pas obligée d'en parler s'il vous est trop difficile de…

Non ! Répliqua-t-elle d'un ton plus brusque qu'elle ne l'aurait voulut, réveillant par conséquent sa nièce qui se mit à pleurer. Il faut que ça sorte…

Passez-moi la petite quelques instants et essayez de vous calmer… Dit Lucia Valens en posant une main sur l'épaule de Lilly avant de recueillir le nourrisson. Je vais nous préparer un bon thé de noël, à moins que vous ne préfériez simplement du café ?

Le thé sera parfait ! Répondit Lilly en esquissant un sourire timide.

Alors ne bougez pas je reviens dans deux minutes !

Lucia Valens quitta la pièce en emportant le nourrisson avec elle. Posant sa tête sur l'extrémité du fauteuil, Lilly prit son visage entre ses mains et inspira longuement afin de calmer les battements de son cœur.

Je ne vous ai pas fait trop attendre ?

Lilly sursauta. Se redressant, elle vit son hôtesse poser un service à thé sur la table du salon.

Où est Lynne ?

Je suis montée la coucher après l'avoir nourrie et changée, répondit la vieille femme en posant également sur le meuble un surveille-bébé. Vous êtes sûre que vous désirez toujours évoquer ce pan de votre passé ? Jamais je n'aurais du vous demander cela ! Vous savez, je suis une personne extrêmement curieuse et je pousse souvent les gens à me raconter des choses qu'ils ne tiennent pas forcément à dévoiler… Surtout à des inconnus !

Votre fils tient énormément de vous !

Pour bien des choses, je vous le concède. Mais en ce qui concerne son air buté, c'est tout le portrait de son défunt père !

Les deux femmes éclatèrent de rire.

Dans ce cas… Qu'a découvert votre père pour qu'il décide de quitter la maison familiale ?

Les yeux de Rush s'assombrirent à nouveau.

Que ma sœur n'était pas réellement sa fille… Je me souviens encore du jour précédent son départ… Lâcha-t-elle dans un souffle. Mes parents ne s'étaient jamais disputés jusque là. Christina se tenait entre eux, ne sachant comment interpréter le regard glacial que lui jetait notre père alors qu'il lui avait témoigné son affection pendant les trois premières années de son existence. Quand j'ai voulu l'emmener hors de la pièce, il m'a saisi par le bras pour me dire qu'il espérait que j'étais bien de son sang…

Des larmes se mirent à couler le long du visage de l'inspectrice qui replongea à nouveau dans le mutisme, sous le regard compatissant de Lucia Valens. Celle-ci sentit son cœur se serrer. Bien que son fils l'eut mis au courant de l'enfance malheureuse de sa collègue, elle ne s'était pas doutée un seul instant qu'elle en souffrait encore. Lucia soupira et posa sa main sur le bras de son interlocutrice, laquelle la gratifia d'un sourire. La vieille femme le lui rendit.

Je vais vous laisser un peu seule, maintenant… Reprit-elle en brisant le silence qui s'était instauré, mais si vous éprouvez le besoin de poursuivre cette conversation, sachez que je serais toujours là…

Rush ne répondit pas de suite. Les souvenirs de sa jeunesse refaisaient leur apparition dans son esprit. Lentement. Douloureusement. Elle ferma les yeux, voulant les refouler. Mais elle n'y parvenait plus et commença à sangloter doucement. Prête à quitter la pièce, Lucia retourna auprès de la jeune femme et l'entoura de ses bras dans un geste maternel, faisant redoubler les pleurs de Lilly. Celle-ci finit néanmoins par se calmer. Se retournant vers son hôtesse elle la remercia d'une faible voix.

Vous êtes un peu la fille que je n'ai jamais eue, il est normal que je prenne soin de vous ! Puis… Elle se tut une dizaine de secondes, pendant lesquelles elle sembla peser le pour et le contre de sa pensée secrète, avant d'ajouter malicieusement. Je ne désespère pas de vous voir un jour devenir ma belle fille !

Lilly Rush détourna le regard, visiblement gênée par la dernière remarque de Lucia, laquelle esquissa un grand sourire, ravie de la réaction de son invitée.

Bien, je crois que le reste de la famille ne vas pas tarder à rentrer de la patinoire, déclara-t-elle en consultant la pendule située dans un coin du salon. Quand à vous, vous avez l'air exténué. Vous devriez vous reposer un peu !

Lilly protesta mais capitula rapidement devant l'air décidé de son interlocutrice. Elle n'avait pas la force de poursuivre cette discussion, et de toute façon s'avérait être une tête de mule. Elle soupira de lassitude et partit en direction de la chambre, Lynne venant de se réveiller.

Jeudi 27 décembre, deux heures plus tard

Lorsque les autres membres de la famille revinrent de leur journée, Lucia prit son fils à part et lui conseilla d'aller parler à sa coéquipière. Tout d'abord, le jeune homme refusa. Lilly l'avait profondément blessé. Prenant son mal en patience, sa mère finit par lui raconter la longue discussion qu'elle venait d'avoir avec elle. Au fur et à mesure qu'elle lui expliquait la situation, Scotty se maudissait intérieurement. Pourquoi n'avait-il pas compris son refus ? Pourquoi se concentrait-il donc sur sa seule et unique personne au lieu de prendre soin de la femme qu'il chérissait ? Il n'attendit pas la fin de l'histoire et se précipita au premier étage. Scotty pénétra dans la chambre et aperçut Lilly, penchée au-dessus du berceau. Celle-ci parlait tout bas au nourrisson, lequel s'amusait à agripper les doigts de sa tante et tentait par la même occasion de se redresser.

Hey !

L'inspectrice sursauta et poussa un cri de surprise. Portant la main à sa poitrine, elle expira longuement et tourna la tête en direction du latino, qui l'observait avec un certain amusement.

Tu m'as fait une de ces peurs !

J'ignorais qu'il était aussi aisé de te mettre dans cet état là !

Très drôle, rétorqua-t-elle en reportant son regard sur le bébé.

Il semble que ta nièce veut se mettre à marcher… Constata le jeune homme en venant se placer à côté de sa collègue.

Il ne fait aucun doute qu'elle fait déjà preuve d'un grand caractère pour son jeune âge ! Répondit Lilly en essayant d'ignorer ses yeux chocolat posés sur elle.

Au moins, tu ne pourras pas dire qu'elle n'est pas de ta famille ! Plaisanta Valens.

Rush laissa échapper un petit rire, qui se perdit aussitôt lorsque Scotty prit Lilly par les bras et l'obligea à lui faire face.

Ecoute Lil… Je voulais m'excuser du comportement que j'ai eu avec toi aux pendant ces derniers jours.

Scotty… Moi non plus je n'ai pas joué franc jeu avec toi…

Qu'est-ce que tu veux dire ?

Il y a longtemps que j'aurais du te parler un peu de mon passé, mais… Elle marqua une courte pause, et alla s'assoir sur le lit. Mais je crois que j'avais peur…

Peur de quoi ? L'encouragea son équipier en s'approchant d'elle et en lui passant un bras autour de ses épaules.

Lilly frissonna à ce contact, et sentit son cœur palpiter de plus en plus fortement. Elle décida de s'éloigner un peu de son compagnon, non sans regrets. Bien que sa discussion avec Lucia Valens lui avait permis de prendre pleinement conscience des sentiments qu'elle ressentait envers son équipier, la jeune femme refusait encore de les accepter.

Mon passé est omniprésent dans ma vie, reprit-elle d'une petite voix. Jusqu'à aujourd'hui, je ne suis jamais parvenue à avouer à qui que soit les raisons qui me poussent toujours à rester dans mes retranchements.

Je ne comprends pas…

Rush ferma les yeux un court instant et les replongea dans ceux de son partenaire. Valens sentit un trouble l'envahir lorsqu'il vit le regard triste de sa collègue. Elle qui d'habitude arrivait à maîtriser la moindre de ses émotions, elle était subitement devenue une autre femme. Comme si plusieurs personnalités se battaient les unes contre les autres pour obtenir la première place. Bien qu'il eut envie de la prendre dans ses bras, Scotty ne fit pourtant pas le moindre geste, se contentant d'attendre que la jeune femme ne se confie. Ce qu'elle fit après l'avoir jaugé quelques minutes. Au fur et à mesure que celle-ci progressait dans son récit, le latino prit conscience qu'il n'avait jamais prit le temps de la connaître vraiment.

Lil…Le jeune homme expira longuement et prit les mains de sa co-équipière entre les siennes. Comment peux-tu penser cela ? Lui demanda-t-il sitôt qu'elle eut terminé.

Scotty… Je ne suis pas aussi forte que tu le crois. Chaque heure… Chaque jour qui passe devient de plus en plus insupportable… Je crois que je ne tiendrais plus longtemps à ce rythme !

Tu ne veux plus travailler aux affaires classées, c'est cela ? La questionna-t-il anxieusement, en espérant que son intuition soit la bonne.

La jeune femme se pencha en avant en croisant ses mains, ses coudes posés sur ses cuisses. Elle fixa un instant son attention sur le parquet usé de la pièce, avant de la reporter à nouveau sur son co-équipier.

Je ne sais plus où j'en suis… Tout cela est arrivé si vite : la mort de Chris, Lynne et toi qui… Les mots s'étranglèrent au fond de la gorge. Tu vois, reprit-elle, secouée par un rire nerveux, je n'arrive même pas à connaître réellement mes besoins. C'est d'un pathétique !

Je ne suis pas d'accord avec toi, Lilly ! Répondit Valens en l'attirant et en la calant contre lui. Je suis certain que tu sais parfaitement ce que tu souhaite au plus profond de toi-même…

Il marqua une très courte pause, pendant laquelle il caressa les cheveux soyeux de Lilly qui pleurait doucement contre son épaule, et reprit en l'obligeant à lui faire face.

Seulement, tu hésites encore à faire confiance aux gens et c'est tout à fait normal ! Ajouta-t-il en voyant une petite moue s'afficher sur le visage de son équipière. Pourtant, il est temps d'aller de l'avant, Rush !

L'inspectrice allait rétorquer quelque chose dont elle seule a le secret, mais les jeunes gens furent interrompus par les cris de Lucia Valens, lesquels provenaient du salon.

Je crois qu'il est l'heure d'aller manger ! Annonça Scotty en se détachant de sa compagne tout en jetant rapidement un œil à la montre que Lilly lui avait offert pour noël, et qui ne quittait plus son poignet depuis lors.

La jeune femme approuva et entreprit de se lever du lit. Le latino fit de même et attira Rush contre lui au moment où celle-ci tournait la poignée de la chambre.

Ne crois pas que cette discussion est définitivement close, inspecteur Rush ! Lui susurrât-il à l'oreille.

Pourtant, aucun des deux n'en reparlèrent. Les jours suivant s'écoulèrent de nouveau dans la joie et la bonne humeur.

Lundi 31 décembre 2007, 18 heures

Lorsque Lilly sortit de la salle de bain, elle tomba nez à nez sur son partenaire, lequel resta sans voix devant la vision qui s'offrait à lui. Elle portait une robe mi-longue de couleur fushia, dont le décolleté drapé apportait une petite touche de volupté. Juste en dessous-de la poitrine, la ceinture qui rappelait un peu le style empire, était rehaussée d'une broderie de perles. Les lignes très fluides de sa toilette laissaient transparaître ses moindres mouvements. La jeune femme avait réuni ses cheveux en un chignon, duquel s'échappaient juste quelques mèches qui reposaient sur son épaule délicate. Scotty sentit son pouls s'accélérer et sa respiration de plus en plus saccadée, au fur et à mesure que le désir s'emparait de lui. Un désir sourd qui quelques minutes auparavant, le consumait à présent entièrement. Il la désirait plus que tout au monde. Son odeur. Sa peau. L'envie irrémédiable d'être auprès d'elle.

Tu… Tu es magnifique ! Réussit-il à articuler, ne pouvant détacher son regard d'elle.

Tu n'es pas mal non plus ! Répondit-elle en souriant tout en le déshabillant du regard.

Au lieu du deux pièces qu'il revêtait quotidiennement, Scotty Valens portait un élégant costume noir, accompagné d'une chemise prune, lui donnant un style à la fois décontracté et chic. Deux heures plus tard, les deux inspecteurs pénétraient dans l'imposante salle des fêtes, suivis de près par le reste des Valens. Seule Lucia manquait à l'appel. Celle-ci était restée à la maison, soit disant pour se reposer. Ils s'installèrent à peine à leur table, qu'un homme âgé d'une petite quarantaine d'années s'approchait de Lilly et l'entraînait sur la piste de danse. Scotty ne put s'empêcher de sentir un petit pincement au cœur. Lequel s'amplifia au fur et à mesure que d'autres hommes se mettaient à danser avec son amie. Lorsque Lilly le rejoignit une heure plus tard totalement essoufflée, il fut prit d'une envie soudaine.

M'accorderiez-vous cette danse, mademoiselle Rush ?

Scotty, je suis crevée : je n'ai pas cessé de danser depuis que nous sommes arrivés ici ! Lilly marqua une courte pause. Je te rappelle que l'on doit voir Stillmann dans deux jours pour régler les détails de l'infiltration !

Voilà justement une raison valable pour te détendre avant de reprendre le boulot, argumenta-t-il. Tu dois juste me faire confiance et te laisser conduire. Et puis… Ajouta-t-il d'un air malicieux, je pense être meilleur que tous ces gars qui t'ont invité jusque là !

Tu n'aurais pas les chevilles qui gonflent par hasard ? Répliqua-t-elle en souriant tout en mettant sa main dans la sienne.

Pour toute réponse, Valens l'attira à lui d'une manière sensuelle tandis que les premières notes d'une salsa cubaine se faisaient entendre. Lilly constata avec surprise qu'elle parvenait sans peine à suivre les pas de son coéquipier, qui s'avérait être un excellent danseur. Quoi de plus naturel pour un américain d'origine cubaine ? Ils continuèrent à danser sur des rythmes endiablés, ignorant les milliers d'yeux posés sur eux. Vint ensuite le temps des slows. Le cœur de Rush s'accéléra quand la main de Scotty l'amena un peu plus vers lui. Mettant ses bras autour de son cou, elle posa sa tête sur son torse, tandis que deux bras musclés l'enlaçaient et l'emmenaient pour un nouveau voyage. Elle ferma les yeux et se laissa bercer par la musique. Une heure plus tard, les deux amis valsaient au milieu de la piste, en compagnie des séniors. La jeune femme esquissa un sourire. Arriver encore à s'aimer à leur âge était pratiquement devenu une chose exceptionnelle. Aujourd'hui, les gens mariés ne fournissaient plus le moindre effort, se contentant de divorcer quand il y avait la moindre dispute. Elle se demanda elle-même si elle pouvait rester le restant de ses jours avec sa moitié. Enfin… si elle parvenait à garder un homme. Comme s'il avait deviné les pensées de sa collègue, le jeune homme lui adressa bienveillant, qui pour effet immédiat de la calmer. Dix minutes plus tard, un homme d'environ trente-cinq ans s'approcha du couple, et demanda au latino s'il pouvait emprunter sa partenaire pour une danse. Après l'avoir jaugé un très court instant, celui refusa et serra d'avantage sa compagne contre lui pour bien faire comprendre à l'intrus qu'il serait inutile d'insister.

Tu peux me dire ce qu'il t'a pris, Valens ? Demanda-t-elle en le dévisageant.

Je n'ai pas apprécié la façon dont il fixait son attention sur toi, rétorqua-t-il en soutenant son regard.

Ne me dis pas que tu es jaloux !

Je ne suis pas de ce tempérament là ! S'emporta le jeune homme, sous l'air peu convaincu de sa collègue.

Alors quel est ton problème, Scotty ?

Tu tiens vraiment à le savoir ? Pour toute réponse, Lilly acquiesça d'un bref hochement de tête, encourageant le latino à poursuivre.

Je ne me suis jamais réellement remis de la disparition d'Elisa…

Ne me raconte pas d'histoires ! Cette fois, ce fut Lilly qui se mit à crier à la plus grande joie de son équipier, qui eut la confirmation de ce qu'il pressentait depuis un certain temps. Tu es sorti avec de nombreuses femmes… Dont Christina !

Et j'ai cru bêtement qu'elle m'aiderait à surmonter la perte d'Elisa, sans m'apercevoir que la seule personne dont j'avais vraiment besoin… C'était toi Lilly.

Scotty… Elle baissa la tête d'un air las et répondit. On est collègues de boulot ! Imagine-toi un instant que nos sentiments empiètent sur notre travail.

C'est donc ça qui te fais peur… Murmura-t-il.

Ne m'oblige pas à choisir entre notre amitié et…

Alors, avoue que tu ne ressens rien pour moi et je te laisserai tranquille ! Déclara-t-il en la coupant en lui levant le menton pour l'obliger à le regarder.

Scotty Valens et Lilly Rush étaient demeurés sur la piste et continuaient de s'observer sans un mot, tandis que des milliers de personnes s'empressaient de les rejoindre et comptaient désormais les dernières secondes qu'ils restaient avant que la nouvelle année ne fasse son apparition. L'inspectrice se maudit intérieurement. Son ami lui donnait l'occasion d'être enfin heureuse, alors pourquoi prenait-elle peur ? Il était temps pour elle d'abandonner son passé si lourd. De regarder vers l'avenir. Ce que compris Scotty. Ils scellèrent leur union sous les cotillons et l'unique voix de l'assemblée qui fêtait le nouvel an.