Base : I'll generation basket
Painring : ho, ça va... et la surprise alors ?
Genre : humour, romance, petits bouts de vie (!)
Rating : ha bon, c'est pas tout public ? Ben si, tant que vous êtes majeur.
Disclaimer : ils sont tous à Hiroyuki Asada qui pourrait partager un peu quand même ! (rien qu'avec nous)
Comment ça a commencé...
Hitonari referma le placard de sa salle de bain. Il allait manquer de papier toilette d'ici deux heures s'il continuait à avoir une telle diarrhée. Le problème majeur résidait dans le fait qu'il tombait sur la ville une pluie torrentielle depuis le matin et qu'il n'avait aucune envie de sortir par ce temps, même pour une telle urgence.
- Ha putain ! Fit-il grossièrement, mais sans honte, vu qu'il n'y avait personne pour l'entendre.
Bon, il pourrait toujours piocher dans ses réserves de mouchoirs en papier, et puis, en cas d'absolue nécessité, il pourrait toujours taxer son voisin, un vieux à moitié sourd et aveugle mais bien sympa tout de même, comme quoi !
En attendant, il devait se résoudre à ingurgiter l'infâme mixture prescrite par son médecin pour l'occasion sous prétexte que c'était efficace dans 99% des cas. Mixture qui se trouvait être, tout naturellement, proprement imbuvable. Rien que l'odeur de la poudre diluée dans un verre d'eau soulevait les entrailles du garçon.
Il respira profondément et ferma les yeux. D'accord, ça puait, ça avait l'air dégueulasse, mais si ça pouvait l'empêcher de passer la nuit sur la cuvette de ses WC, autant faire un effort.
Il avala le remède avec une grimace de dégout. Le goût était en accord parfait avec l'odeur et l'aspect. Il avait l'impression de boire un verre de plâtre liquide parfumé à l'égout. Il se fit violence pour ne pas restituer l'intégralité du remède à son contenant d'origine et s'allongea sur son lit, décidant de perpétrer deux meurtres : ceux de son médecin et de son pharmacien si ça ne faisait pas effet avant le lendemain.
Alors que l'envie de vomir commençait tout juste à le quitter, un coup frappa sa porte. Son cerveau traita l'information et la compara avec celle qui dominait son esprit en cet instant « j'ai la chiasse, je me fait empoisonner par mon docteur » et décida de ne pas se lever pour ouvrir. Mais les coups persistèrent, bientôt accompagnés par des cris.
- Ouvre Hiiragi, je sais que t'es là !
- Cool, t'a gagné un udon gratuit par Yoshikawa, murmura le malade, sans pour autant bouger de son lit.
- Alléééé, merde, il pleut !
- Et ben rentre chez toi, continua-t-il, toujours pour lui même.
- Bon, ben je rentre alors !
- C'est ça, bonjour à ta maman.
La porte s'ouvrit alors, apprenant à Hitonari que, non seulement, il ne l'avait pas fermée correctement en rentrant de chez son médecin (mais il faut dire qu'il avait alors une envie pressante) mais qu'en plus, Tachibana n'avait pas dit « je rentre chez moi comme un grand garçon », comme il avait cru l'entendre, mais « je rentre chez toi, que tu le veuilles ou non».
- Elle m'a foutu dehors pour boire avec des copines.
- La veinarde.
Tachibana sembla remarquer alors qu'Hiiragi n'avait pas quitté son lit lorsqu'il était entré.
- Qu'est-ce t'as ?
Sans répondre, Hiiragi se redressa et, voyant son visiteur trempé jusqu'aux os, se mit à lui crier dessus.
- Hé ! Enlève tes fringues mouillées, là ! Tu veux me pourrir ma chambre, j'ai lavé y'a pas longtemps (enfin, maman est venue faire le ménage).
- Ha.... heu... ok, je salis rien.
Comme pour montrer sa bonne volonté, Tachibana retira consciencieusement son blouson (qui ressemblait plus à une serpillère, en fait), ses chaussures et ses chaussettes entre lesquelles il n'y avait plus beaucoup de différence vu leur état, et il finit par enlever également son pull et son jean, remarquant le regard meurtrier d'Hiiragi à l'encontre des loques imbibées qui lui servaient de vêtements.
- Comment t'as fait ? T'as plongé dans la mer ?
- Hé ! Il pleut vraiment, d'ailleurs, j'ai prit froid.
Comme pour prouver ses dire, il commença à renifler bruyamment.
Sans compatir plus que ça, Hiiragi s'assit sur le bord de son lit, sentant que la soirée allait être très longue. D'abord, il était malade et voulait avant tout dormir, ensuite, de tous ses potes, c'était Tachibana qu'il ne voulait pas spécialement voir. Pas avec le genre de problème qu'il s'était découvert à son égard.
- Je suis malade.
- C'est contagieux ?
Hitonari haussa les épaules.
- J'en sais rien. Dans le doute, tu devrais pas res...
Son argumentation pseudo-médicale fut interrompu par un éternuement bruyant, prouvant que, oui, Tachibana avait bien prit froid sous la pluie.
- Merde, j'suis enrhumé.
- J'ai pas envie d'être plus malade que je ne le suis déjà, alors...
Tachibana éternua à nouveau, essuyant nonchalamment son nez sur son pull qui gouttait sur le dossier d'une chaise. Puis il reprit, sans se démonter, l'air sûr de lui qui caractérise les crétins.
- Je ressors pas. Ma mère m'a foutu dehors.
- Va chez... je sais pas moi, Yoshikawa ?
- Pyjama party chez les filles, je ne veux pas assister à ça.
- Yamazaki ?
- A l'hosto pour des examens, Kanemoto est en stage.
- Harumoto ? Tenta Hiiragi une dernière fois, des accents désespérés dans la voix.
- Injoignable, pas plus que Harada d'ailleurs. Me demande c'qu'y font.
Hiiragi se dit que, dans son état de doute, il ne voulait rien savoir et rien imaginer.
- Crétin.
- Je peux rester alors ?
- Même si je dis non, tu vas rester de toute façon.
- Merci. Ponctua Tachibana avec une courbette formelle.
Hiiragi soupira et se rallongea. Pas longtemps, puisqu'il fut immédiatement prit d'une envie naturelle qui lui arracha un « bordel ! Ce charlatan m'a baisé ! ».
- Touche à rien, je reviens tout de suite, intima-t-il à son invité surprise, avant de se ruer aux toilettes.
Absolument imperméable aux recommandations de son ami, Tachibana commença à fureter un peu partout dans la chambre. Il n'y était pas venu très souvent, mais elle n'avait pas beaucoup changé depuis. Il finit par se caler par terre, le dos contre le lit de son hôte, réfléchissant aux diverses raisons qui l'avaient poussé à venir là en pleine nuit.
D'accord, sa mère avait véritablement organisé une « soirée infirmière » à la maison et l'avait effectivement mis dehors avec un coupon-repas du convini du coin de la rue. Mais ensuite, il avait soigneusement évité de demander à se faire héberger chez Sumire, vu qu'il aurait été accueilli à bras ouverts, ce qu'il voulait éviter, vu qu'il voulait squatter chez Hiiragi. Ensuite, il s'était assuré que Yamazaki était bel et bien à l'hôpital et Kanemoto en stage intensif d'économie, ce qu'il n'avait pas mentionné c'est que l'un et l'autre l'avaient chaleureusement invité à passer la nuit chez eux même en leur absence. Quant au moustachu et son comparse, ils étaient véritablement injoignables. Bon, il n'avait pas vraiment insisté pour les avoir au téléphone, c'est vrai.
Mais en fait, il était bien décidé à en finir avec Hiiragi et « son attitude de connard » (dixit Tachibana) pour de bon. En effet, des signes inquiétants troublaient Tachibana depuis quelques jours. La veille, par exemple, en deux séances d'entraînement, Hiiragi ne lui avait pas fait une seule passe ! Et en plus, il n'y avait pas de match de tournois important qui puisse justifier une quelconque stratégie secrète. Inadmissible : il ne l'avait plus regardé droit dans les yeux depuis au moins une semaine. Ce scandale relationnel devait cesser avant qu'il ne s'énerve. Pire encore, ils ne s'étaient plus engueulés depuis une éternité et, comble de l'intolérable, Hiiragi avait eu l'outrecuidance de lui donner du « Akane » deux fois depuis la rentrée. Cela devait cesser. Il était donc venu chez Hiiragi avec la ferme intention de lui tirer les vers du nez. Et puis aussi de manger à l'œil, vu que le coupon-repas n'avait pas fait long feu.
Il avait passé en revue toutes les possibilités. D'abord, il avait cru à un ennui passager, il devait avoir mangé un truc qui ne passait pas ou autre chose... et puis, comme cela durait, il avait finalement écarté l'hypothèse. C'est en discutant avec Sumire qu'il avait trouvé : Hiiragi tirait exactement la même tête de martyre que la jeune fille lorsqu'elle avait ses règles. Bon, Hiiragi ne pouvait pas avoir ses règles, même en étant un crétin finit, Tachibana pouvait le comprendre. Nan, ce qu'avait Hiiragi c'était un problème du même ordre. Lorsqu'il avait fait part de ses conclusions à Sumire, elle lui avait mis deux gifles : « d'une, la tête que je fais quand j'ai mes règles ne te regarde pas, de deux, tu peux pas lui foutre la paix trois jours d'affilée à Hiiragi ? C'est du harcèlement à ce niveau-là ? » Akane avait arrêté d'exposer ses théories à son amie. N'empêche, ça le travaillait toujours.
Hitonari revint, coupant court aux ruminations de son invité. Il fut salué par un énième éternuement et par la vision peut ragoutante de Tachibana s'essuyant le nez sur sa manche.
- T'as été long.
- Ta gueule, je suis malade.
- T'es constipé, c'est pour ça que tu fais la gueule depuis deux semaines ?
Sans relever la remarque, il jeta un paquet de mouchoir à l'intrus.
- Évite de te moucher dans mes draps, tu veux ?
Akane réalisa alors qu'il était toujours adossé au lit de Hiiragi et que ce qu'il avait prit pour la manche de son pull était en fait un bout de drap qui dépassait du matelas.
Il hocha la tête un peu gêné (des vieux restes de civilisation en lui) et chuchota un « 'erci » inaudible.
Il remarqua que Hiiragi évitait toujours autant de le regarder en face, et cela éveillait en lui une frustration et une incompréhension inadmissible.
- Hé ! C'est parce que t'es malade que tu me fais la gueule ? T'as quoi ? C'est grave ?
Hiiragi, tout en faisait chauffer de l'eau pour les nouilles instantanée (il avait prévu un repas un peu plus raffiné pour ce soir mais il n'allait sûrement pas faire ce cadeau à Tachibana), poussa un soupir de consternation.
- Nan.
- Ha. Heu... okay, fit bêtement l'invité sans-gêne sans trop oser demander à quoi se rapportait la réponse.
Hiiragi remarqua soudainement la voix un peu rauque d'Akane : un des nombreux signes d'un mauvais rhume. Il soupira une deuxième fois, assez fort pour que l'intéressé se rende bien compte qu'il énervait prodigieusement son hôte, et monta un peu le chauffage sans rien dire.
Pendant qu'il sortait deux paquets de nouilles, Tachibana en profitait pour fureter un peu partout, ce que Hiiragi ne chercha même pas à empêcher : plus il était occupé à n'importe quoi, plus il en oubliait de lui poser des question idiotes et embarrassantes.
- Hé ! T'as bu de ça !
Surpris, Hiiragi se retourna pour voir son invité empoigner la boite de son médicament-poison et la lui tendre, l'air admiratif.
- Ben ouais. Je me soigne.
Mon médecin cherche à réduire sa clientèle.
- Ma mère m'en avait fait prendre, quand j'étais petit et que je faisais semblant d'être malade pour sécher les jours d'examens. J'ai plus jamais essayé après ça.
- T'as arrêté de sécher ?
- Nan, je me rendais vraiment malade.
Hiiragi considéra son ami d'un œil critique : devait-il le féliciter pour ce genre de méfaits ? Mais l'eau qui commençait à bouillir le tira de sa réflexion.
- C'est pour ça que tu faisais la gueule, parce que t'es malade ?
Sans le regarder, Hiiragi répondit calmement, comme si le sujet ne l'exaspérait pas.
- Dans « nan », c'est quoi le mot que tu comprends pas ?
- Et tu comptes pas me dire pourquoi tu me faisais la gueule ?
- Je ne fais pas la gueule. Et maintenant, tu la fermes et tu manges.
Tachibana accueilli avec plaisir le bol de nouille qui atterrit devant son nez, laissant Hiiragi tirer une table basse entre eux. Il posa ensuite deux tasses sur la table, accompagné d'un paquet de chips.
- Du thé ?
- Fait froid.
Sans insister, Tachibana bu une gorgée et dû admettre ne son fort intérieur que cela faisait rudement du bien de sentir le liquide brûlant dans sa gorge. Il saisit le paquet de chips et étouffa un cri de joie.
- Elles sont au curry !
Son ami ne lui jeta même pas un regard. Il imaginait très bien tout seul la mimique extatique que pouvait provoquer la découverte chez Tachibana d'un paquet de chips au curry rien que pour lui (ou presque).
- T'as pensé à moi !
Hiiragi sursauta à ces mots (normal, y'a pas plus ambigu), ouvrit une bouche bée digne d'un mérou hors de l'eau (normal, la première réponse qui lui venait à l'esprit c'était oui), et rougit furieusement (normal, voir les raisons précédentes). Finalement, il se reprit assez rapidement pour qu'Akane ne remarque pas qu'il venait de dire quelque chose d'atrocement ambigu pour son hôte, comprenant que la remarque était absolument anodine et sous-entendait que, si Hitonari venait à acheter des chips au curry, cela ne pouvait qu'être destiné à Tachibana.
Logique. J'ai pas le droit d'aimer ça, moi ?
Bon, il pouvait aussi admettre qu'il lui arrivait de plus en plus de manger du curry ces derniers temps, de manger du curry en pensant à Tachibana. Il pouvait. Mais il n'allait certainement pas le faire.
- Bouffe et tais-toi.
Contre toute attente, Tachibana s'exécuta sans trop se faire prier.
Le repas se déroula par la suite dans un silence religieux. Toute l'attention de Tachibana étant concentrée sur le paquet de chips, il ne put pas plus s'interroger sur ce qui se passait dans la tête de Hiiragi. Ce dernier profita de cet instant de tranquillité pour s'interroger tout seul comme un grand sur ce qui se passait dans sa tête. Il pouvait, y'avait de la matière.
D'accord, il faisait la gueule à son unique ami, mais ce n'était pas comme s'il avait beaucoup d'autre choix. Il ne voyait pas comment garder une attitude normale, sans parler d'une attitude amicale, vu que, pour la première fois de sa vie, il avait tissé des liens incroyablement complexes avec quelqu'un. En même temps, c'est simple. Mais ça me rend la vie compliquée.
Il jeta un regard en coin à son ami. Il avait pleinement compris ça bien avant : il ne pouvait pas se passer de Tachibana. Au basket, bien sûr ; avant toute chose, il ne pouvait pas s'imaginer son basket sans celui d'Akane : il en était bien conscient depuis sa pseudo-désertion à Tsurugizaki et il avait rapidement remarqué que c'était parfaitement réciproque, que Tachibana avait besoin de lui sur son terrain. Il avait aimé cette sensation. Se sentir désiré déraisonnablement (au sens propre du terme : le match contre Kouzu avait été déraisonnable) lui avait procuré plus de confiance en lui qu'aucune victoire. Sur le coup, il ne s'était pas posé autant de questions, il avait retrouvé le plaisir de jouer, un endroit où revenir et une certaine foi en lui-même. Sur le moment, il n'avait pas vraiment besoin d'autre chose.
Et puis, le reste était venu, tout le reste. Et il n'avait pas aimé. Après le match contre Hayamazaki (deux points à la con, encore un match déraisonnable), il avait juste constaté qu'il n'avait pas seulement besoin du basketteur Tachibana, il comptait aussi sur Tachibana en tant qu'ami. Il voulait véritablement l'avoir à ses côtés dans sa vie entière, basket compris. Là où cela commençait à dépasser le strict cadre de l'amitié c'est lorsque, dans les vestiaires, après le match, il s'était nettement dit « je voudrais qu'il reste toujours avec moi, qu'on soit toujours ensembles juste tous les deux ». Un gros dérapage ! Un dérapage mental, mais un dérapage quand même.
Et c'était devenu un truc énorme dans son esprit. Il ne pouvait plus s'empêcher d'y penser tout le temps. Les seuls moments de paix, c'était lorsqu'il jouait au basket, là, c'était normal d'avoir besoin de Tachibana, c'était normal de l'avoir à côté de lui.
Donc, effectivement, il lui faisait la gueule, mais il n'était pas question de lui en expliquer la raison.
- Ben t'es pas causant ce soir.
Hiiragi se força à regarder en face Tachibana qui achevait les dernières chips.
- T'as encore faim ?
- Hein ? Heu.. nan.
Hitonari hocha la tête et se leva pour débarrasser la table, laissant les tasses dans l'évier, vu qu'il n'avait aucune intention de faire la vaisselle et qu'il n'était pas certain que Tachibana soit plus enthousiaste.
- Fais ce que tu veux mais je me couche tout de suite, je suis malade.
Akane hocha la tête pour montrer à quel point il se sentait concerné par l'état de santé de son hôte forcé.
- T'as des vidéos de basket ?
Hitonari sortit la tête du tee-shirt qu'il enfilait pour toiser son invité avant de répondre.
- Dans le bas des étagères. Mais coupe le son.
- Pas de problème.
Voyant Hiiragi se coucher sans un mot, sans un regard pour lui, Tachibana se résolu à mater la première vidéo qui lui passa sous la main. Il aurait intensément souhaité que Hiiragi se joigne lui pour regarder le film (un match de la dernière sélection nationale junior, où est-ce que Hiiragi trouvait le temps de tout enregistrer ?), il aurait voulu en profiter pour parler un peu de ce qui l'embêtait. Cela lui faisait honte de l'avouer mais il n'aimait pas que Hiiragi cesse de s'intéresser à lui et exclusivement à lui.
Au bout de quelques minutes, il commençait déjà à somnoler, porté par le rythme des bruits de la ville. Il faut dire qu'un match de basket sans le son, c'est comme un cinéma sans pop-corn : il manque le goût. Une main le secoua par l'épaule.
- Héé ! Hiiragi ?
- Si tu veux dormir, viens et arrête ce film, ça serre à rien de gaspiller de l'électricité. Et me dis pas que tu vas ronfler comme ça toute la nuit.
- Je suis enrhumé, protesta Tachibana en notant au passage que la voix de son ami n'avait rien d'ensommeillé, peut-être n'avait-il pas dormi jusqu'à là.
- Fais comme tu veux.
Voyant que Hiiragi le lâchait, Tachibana se retourna, juste assez rapidement pour voir son dos. Il arrêta le film, un peu perturbé par la perspective de devoir encore parler avec Hitonari ce soir-là. De par son caractère, il était plus porté aux explications franches et directes et si ça devait se solder par une grosse mandale, c'était encore mieux. Sauf que dans le cas présent, il se rappelait avec précision des recommandations de la seule personne à qui il avait confié le soucis que lui causait son ami « prends ton temps, il ne te diras rien de bon si tu le force ». Effectivement, vu la manière dont il évitait de lui répondre sérieusement, Hiiragi avait besoin d'être prit avec des pincettes. Sauf que pincettes et Tachibana, ça ne va pas dans la même phrase.
Mais pour l'heure, il devait se consacrer à d'autres problèmes autrement plus pratiques.
- Hiiragi, t'as pas des fringues à me passer pour la nuit ? Mon pantalon est pas sec.
- Sers-toi dans les étagères.
Cela avait de quoi surprendre de la part de quelqu'un qui protégeait autant son intimité que Hiiragi mais Tachibana devinait que c'était simplement pour qu'il lui foute la paix une bonne fois pour toute qu'il se montrait aussi généreux.
Une fois habillé, il se glissa dans le lit, se calant sur le flanc pour ne pas tomber.
Il laissa passer quelques secondes, s'assurant que Hitonari ne dormait pas encore, avant de commencer ce pourquoi il était venu.
- Dis...
- Quoi ?
- T'as quoi en ce moment ?
- De quoi tu parles ?
Tachibana sentit brièvement la tension qui pointait sous cette question, c'était le signe qu'il ne se trompait pas. Quelque chose clochait.
- Ben. T'as beau dire, tu me fais la gueule. Depuis le match contre Hayamazaki t'es bizarre, mais là, depuis deux semaines, tu me fais la gueule.
Il entendit nettement le soupir de son ami et décida de continuer.
- C'est comme quand t'es parti faire ce stage, j'ai l'impression que tu attends quelque chose de moi mais si tu me dis rien, je peux pas te montrer ce que tu veux.
- Tu peux pas toujours faire ce que j'attends de toi.
- Hé, j'ai dit que je te rattraperai mais si tu me dis pas où tu vas, c'est nul.
Un nouveau soupir fendit le silence.
- C'est pas à propos de l'équipe.
- Ouais, je sais.
- Ni du basket.
- Ben alors, y'a pas de problème ! Trancha Tachibana que tout ça commençait à inquiéter.
- Si. Mais c'est juste un problème que j'ai hors du basket. Et c'est pour ça que je ne veux pas en parler. Pas la peine de se lancer là-dessus.
- Mouais mais c'est chiant quand tu tires la gueule, marmonna Tachibana, pas vraiment satisfait de ce qu'il entendait. Franchement, tu pourrais un peu me parler. Moi je m'inquiète après.
Hitonari se retourna, les yeux écarquillés. Bon, il savait que son ami était un crétin mais il n'imaginait que cela pouvait le tracasser autant. Pour autant, il ne pouvait pas l'envoyer paître.
- C'est sympa mais c'est vraiment perso.
Un éclair de génie illumina l'antithèse du génie (j'ai nommé Akane Tachibana). Un garçon ne fait pas autant de manières, sauf si c'est familial ou... para-familial. Vu qu'Hiiragi lui avait assuré que cela ne concernait pas le basket (donc la famille), et Tachibana était tout disposé à le croire, il penchait plutôt pour la deuxième hypothèse.
- T'es amoureux ?
La question laissa Hiiragi muet.
Et fit nettement remonter l'intelligence de Tachibana dans son estime.
Comment un type aussi crétin que ça peut deviner ce genre de truc. Il est censé avoir la capacité émotionnelle d'un dé à coudre !
Il soupira doucement.
- Lâche-moi avec ça.
Sans se troubler, Tachibana continua, souriant de toutes ses dents d'avoir trouvé LE point faible d'Hiiragi.
- Mais si c'est ça, pourquoi tu me fais la gueule, j'y suis pour rien, moi !
Il prit une seconde pour réfléchir, pas plus.
- Si t'attends quelque chose de moi, pourquoi tu me fais la gueule ?
Il ne lui fallut pas plus d'une seconde supplémentaire pour sauter à la conclusion la plus improbable (même si c'est celle que tout le monde attend).
- Oh !
Il se mit sur le côté et se pencha sur Hiiragi qui lui tournait toujours le dos. Et se pencha pour pouvoir baisser la voix.
- C'est... moi ? C'est pour ça que tu me fais la gueule ? Ou alors c'est Sumire et t'es jaloux, rajouta-t-il, pour reprendre contenance.
Hitonari soupira pour la énième fois, pourquoi fallait-il qu'un idiot finit choisisse justement ce soir pour avoir des intuitions à tout casser ?
- Je suis pas amoureux de Sumire, risqua-t-il, espérant que cela suffirait pour lui éviter la honte de devoir préciser. Sauf que Tachibana n'avait pas l'air d'être du même avis.
- Mais t'es amoureux ?
- Ferme-la, connard. Fut la seule chose qu'il trouva à répondre. Que dire d'autre à un type aussi dur de la comprenette que lui ?
- T'es amoureux ?
- ... oui
Un silence plus que pesant tomba sur la chambre. Silence rompu une poignée de secondes plus tard par Hiiragi, qui n'avait rien trouvé de mieux pour noyer le poisson (faut dire que la nature aida pas mal aussi).
- Bouge, faut que j'aille aux chiottes.
Tachibana s'exécuta sans un mot, observant son ami quitter le lit rapidement. Il ne s'attendait absolument pas à ça. D'habitude, lorsqu'ils avaient un différent, ils le réglaient par une nouvelle provocation : ils se défiaient et tout revenait dans l'ordre. Sauf que bon, il aurait du mal à régler ça de cette manière cette fois.
Néanmoins, il n'était pas mécontent de sa visite. Après tout il avait parfaitement atteint ses deux objectifs : voir ce qui n'allait pas avec Hiiragi et manger à vue. C'était déjà ça de fait. Sauf que maintenant il allait devoir assumer un peu sa curiosité.
Amoureux de moi. Il est débile ou quoi ?
De son côté, Hiiragi se retenait de refaire le mur de sa salle de bain à coups de poing. Sur le coup l'exercice lui semblait plutôt intéressant, mais finalement il préféra se mordre la lèvre jusqu'au sang, ce qui n'est pas beaucoup plus malin mais sûrement moins douloureux que des phalanges cassées. Il l'avait dit ! Enfin, il lui avait fait comprendre mais ça revenait au même.
Ne plus jamais ouvrir à Tachibana, même s'il pleut ! Se jura-t-il un peu tard.
Au bout de cinq minutes, il se décida à sortir. Il avait ingurgité la saloperie de son médecin pour ne pas passer sa nuit dans les chiottes, autant que le supplice serve à quelque chose. De toute façon, il ne pouvait pas dormir là, c'était prodigieusement inconfortable.
- Bouge, tu prends toute la place.
- T'étais pas là.
- Tu pensais que j'allais passer la nuit aux chiottes ? Rétorqua-t-il omettant de dire qu'il y avait lui-même songé un instant.
- Ben...
Sans laisser à son invité le temps de s'enfoncer, Hiiragi le poussa sans ménagement et se glissa sous la couette. En fin de compte, cela n'avait rien de bien terrible : ils allaient juste se coucher simplement et dormir et faire comme si de rien n'était le lendemain. Sauf que, encore une fois, Tachibana n'était pas entièrement d'accord, voir pas du tout.
- Hé, Hiiragi.
Dors crétin, fais comme si de rien n'était, et oublie tout avant demain.
Il faut croire que Hiiragi n'avait aucun pouvoir de persuasion mentale sur son ami, puisque celui-ci fit exactement le contraire.
- Comment ça se fait ?
La question ressemblait à tout, sauf à ce à quoi il s'attendait. Comment ça se fait ? En voilà une question qu'elle est bonne, le jour où j'ai une réponse je t'appelle et on se fait une bouffe.
- J'en sais rien moi. C'est juste... comme ça, y'a pas de raison... ça arrive sans qu'on le veuille ces trucs là. Crois-moi, je m'intéresse pas aux mecs d'habitude (aux filles non plus, d'ailleurs, juste au basket). En plus t'es mon meilleur ami et...
- Ha nan, je voulais dire, comment on fait pour sortir ensemble pour deux garçons ?
La question ressemblait encore moins à ce qu'il pensait entendre, à tout prendre, il préférait la première interprétation.
- J'en sais rien.
- Tu vois, déjà que je suis jamais sorti avec une fille, alors avec un garçon, je saurais encore moins faire. Cela dit, t'as jamais eu de copine avant non plus, nan ?
Hiiragi avait décidé de ne plus rien dire, craignant la prochaine réaction stupide de Tachibana. Lui qui pensait avoir tout entendu n'était pas au bout de ses surprises.
- On peut pas faire comme des filles, c'est gnangnan et ridicule, les fleurs, les poèmes et tout ça.
- Tachibana ?
- Oui ?
- De quoi tu parles ?
Un petit blanc passa (ou un petit noir, hein, on est pas raciste) avant que Tachibana ne percute entre deux reniflements.
- Ben, tu veux qu'on sorte ensemble ou un truc dans ce genre là ?
Pour le coup, Hitonari en resta sur le cul (même s'il était déjà allongé). D'accord, il était plus ou moins amoureux de Tachibana, d'accord, il avouait même vouloir le garder avec lui pour le restant de ses jours, mais de là à arriver à des telles extrémités, y'a tout un monde !
- Jamais ! Protesta Hiiragi avec la dernière énergie.
- Faut savoir ce que tu veux. Lui rappela Akane d'un ton embêté.
Si je le savais, je serais bien avancé !
- Je sais pas...
S'il y avait eu un peu plus de lumière, et si Hitonari ne lui avait pas tourné le dos, il aurait pu apercevoir le sourire en tranche de courge d'Akane.
- Ben moi je sais.
Et avant qu'il n'ait pu esquisser un seul mouvement, Hiiragi fut tiré en arrière et plaqué sur le matelas, il sentit les lèvres de Tachibana télescoper les siennes. Hiiragi ne se considérait pas comme un expert en la matière, loin de là, il aurait volontiers perdu dix matchs de suite, plutôt que d'avoir à exprimer son avis sur un baiser, mais là, il ne fallait pas être un Don Juan pour comprendre qu'il s'agissait d'un exemple particulièrement raté de baiser. A vrai dire, cela tenait plus de la collision frontale qu'autre chose.
De son côté, Tachibana trouvait son idée formidable, et smacker les lèvres d'Hiiragi lui semblait la chose la plus intéressante qu'il ait fait depuis longtemps (basket mis à part).
Toutes les bonnes choses ayant une fin, Hitonari finit par récupérer toutes ses capacités cognitives et en profita pour repousser brutalement son ami. En reprenant son souffle, il protesta à nouveau.
- T'es malade !
- Ben... un peu.
- C'est dégueu !
- Nan, c'est juste un bisou !
- T'as le nez qui coule, crétin !
D'un air sincèrement contrit, Akane tendit un mouchoir de sa poche, murmurant un « s'cuse » désolé. D'abord Hiiragi s'essuya le visage avec, et puis il ouvrit des yeux choqués avant de demander :
- Tu t'es mouché dedans ?
- Ben oui, y'en avait plus beaucoup dans la boite que tu m'as filé.
- C'est dégueu !
- C'est les risques, quand on veut embrasser quelqu'un.
- J'ai jamais dit que je voulait que t'embrasser.
- Tu m'as laissé faire.
Hiiragi en resta sans voix.
Dans l'absolu, il n'avait pas tort. Mais tout étant relatif, il n'allait pas laisser passer ça.
- C'est pas ce que j'attendais... je peux pas embrasser un mec.
- Ben t'as qu'à te dire que c'est un coup de boule qui a mal tourné.
Le regard consterné de Hiiragi glissa sur lui comme la pluie sur les plumes d'un canard.
- T'as aimé ?
- Pas des masses.
- Ben faut s'entraîner plus.
- Essaye encore, tu vas comprendre ta douleur.
Tachibana interrompit son mouvement descendant et fixa bizarrement son ami.
- T'es amoureux mais j'ai pas le droit de t'embrasser.
Hiiragi rougit jusqu'à la racine des cheveux, évitant soigneusement les yeux de Tachibana qui le scrutait.
- C'est le concept d'être amoureux, y'a une grande différence d'avec la pratique. C'est platonique.
Tachibana eut l'air agacé un moment, fronçant les sourcils. Et finalement, il hocha la tête, l'ai un peu dépité.
- C'est quoi platonique ? Ça a rapport avec le verbe, des fois ?
- Pas vraiment.
D'un geste du bras, Hitonari repoussa Tachibana sur le côté et murmura doucement.
- Bon, je propose qu'on remette à demain. Je suis crevé.
Tachibana, confronté pour la première fois de sa vie à un « pas-ce-soir-chéri-j'ai-la-migraine » ouvrit la bouche puis la referma deux ou trois fois de suite avant de se rendre compte que Hiiragi s'était vraiment endormis. Il sourit en coin en remarquant qu'il ne lui tournait plus le dos, et le coucha contre lui à son tour. Faudrait juste qu'il pense à demander à Sumire ce que ça voulait dire « platonique ».
A SUIVRE....
