Base : I'll generation basket

Painring : ho, ça va... et la surprise alors ?

Genre : humour, romance, petits bouts de vie (!)

Rating : ha bon, c'est pas tout public ? Ben si, tant que vous êtes majeur.

Disclaimer : ils sont tous à Hiroyuki Asada qui pourrait partager un peu quand même ! (rien qu'un petit bout !)

Ils vont en baver les bisho mais ils sont là pour ça tout de même !


Comment ça a dégénéré...

Dire qu'Hiiragi souriait aurait constitué un brillant euphémisme. En fait, il aurait voulu pouvoir hurler de joie, mais bon, on ne se refait pas. Hiiragi qui saute de joie, c'est un aller simple dans la quatrième dimension. Même en cas de victoire.

Il se contenta de toiser Tachibana, un sourire resplendissant aux lèvres. L'air décidé de son ami le rassura, lui aussi était positivement ravi de ce match.

Du côté des équipiers des deux capitaines, l'ambiance était tout aussi jubilatoire mais dans un registre un tout petit peu plus... guerrier. Guerrier aussi était un euphémisme de génie si on voulait décrire l'était d'esprit de Yokoï (qui semblait se battre pour son poste de PF) et Harumoto (qui comptait bien faire payer à Tachibana son accident, sa désertion, son poste de capitaine, son accession à la demi-finale du tournois inter-lycée... et plein d'autre trucs). D'un autre côté, il avait nettement entendu Tachibana parler d'un « massacre », prévu pour bientôt à son équipe. De la même manière, l'atmosphère qui se dégageait de l'équipe adverse oscillait entre « agressive » et « meurtrière », « sanguinaire » n'était pas faux non plus.

Le coup de sifflet indiqua le début du match et pendant une demi-seconde, le même sourire extatique orna les visages des deux garçons.

Hiiragi avait soigneusement laissé planer le doute sur le sort de Yokoï si Tachibana s'avérait être un meilleur power forward que lui et le résultat dépassait toutes ses espérances. Il avait débuté son petit discours d'exhortation par un « bon, Tachibana fera l'entre-deux, alors ils auront sûrement la balle, il faut préparer l'interception » qui fit son petit effet. En conséquence de quoi, il récupéra le ballon et fonça directement vers le panier. Faire le break d'entrée ne veut rien dire, mais c'est toujours bon pour le moral, surtout quand on connait le caractère... entier de son adversaire.

Il prit de la vitesse, laissant sur place aussi bien ses coéquipiers que l'équipe adverse et se retrouva sous le panier en moins de temps qu'il n'en faut à Minnefuji pour vider un verre de vodka. Prenez ça dans la gueule, se dit-il intérieurement. Pas facile de suivre un gars qui fait ses vingt bornes de course tous les jours et par tous les temps.

Dans sa course, il croisa le regard hargneux de son ancien partenaire et décida d'enfoncer le clou, rien que pour voir. Il voulait voir Tachibana au plus haut niveau, au mieux de sa forme et pour ça, il n'y a pas cinquante solutions : il faut le forcer un brin, mais juste un brin. Il s' interdit de penser qu'il pouvait le blesser en faisant cela, il voulait juste le vexer assez pour qu'il donne tout ce qu'il avait.

Il s'élança, dans la course, et accrocha l'anneau du panier de la main gauche. Il pouvait presque sentir le souffle que retenait l'assistance : le premier panier, le premier point, le premier dunk du match. Et il gueula, sous l'impulsion du moment, un « Atchooo ! » à faire pâlir de jalousie l'auteur originel. Cette fois, ce fut l'immobilisation totale, qui lui permit de récupérer le ballon des mains d'un équipier de Nagasaki. Tout le monde avait l'air choqué de ce qu'il venait de faire mais ce n'était rien comparé à l'ébahissement qui avait saisit Tachibana. La bouche grande ouverte, les bras ballants, les yeux écarquillés, il dévisageait Hiiragi comme s'il lui avait poussé un troisième bras.

Profitant de la stupéfaction de tous les joueurs, Hiiragi avait fait une passe rapide à Harumoto qui gratifia Kouzu d'un deuxième panier, à trois points celui-ci.

Alors que le jeu reprenait plus ou moins, Hiiragi passa à deux pas de Tachibana qui sembla s'éveiller d'un seul coup.

- Hiiragi, connard !

- Hé ben vas-y, fait-le moi payer ! Joue !

Comme pour marquer le coup, Tachibana se retrouva presque immédiatement la balle dans les mains, face aux bras tendus de Hiiragi. Il s'immobilisèrent, chacun attendant que l'autre attaque pour pouvoir feinter. Tachibana savait qu'il aurait du remarquer deux de ses joueurs démarqués, qu'il aurait dû faire une passe, qu'il pouvait bouger, feinter, profiter du fait qu'Hiiragi ne pouvait pas détacher son regard du sien pour le prendre de vitesse. Hiiragi aussi savait qu'il aurait dû regarder partout ailleurs que les yeux brillants de son adversaire, qu'il devait attaquer, lui prendre le ballon, le heurter, feinter. Ils le savaient : faire n'importe quoi mais arrêter de se fixer l'un l'autre à n'en plus finir.

Leur fascination mutuelle se rompit lorsque un des joueurs de Negotoura vint faire écran entre les deux. Tachibana savait que son small forward venait de lui rendre un fier service mais l'espace d'une seconde, il eut une envie folle de lui casser la gueule pour s'être mit entre Hiiragi et lui.

Le match devait rester dans les annales comme un chef-d'œuvre du genre : les deux équipes firent preuve d'un brio fou et se démenèrent avec talent pour arracher chacun des points, donnant un score rare : une différence d'un seul point, c'est l'équivalent d'un match nul. Ce qui marqua pourtant les esprits des spectateurs fut l'attitude pour le moins particulière des deux capitaines, qui se figèrent à plusieurs reprises, face à face, les yeux dans les yeux, retenant leur souffle, sans rien se dire, plongeant le public et les arbitres dans la plus grande perplexité. Perplexité que Takaiwa traduit avec justesse par un « ben quoi, ils ont leur vapeurs ou quoi ? ». Seules deux ou trois personnes dans tout un gymnase comprirent à quel point ces garçons pouvaient être cons quand ils le voulaient, comme en plein milieu d'un match décisif.

Les commentaires qui fusaient de toute part dès le dernier coup de sifflet portaient aussi bien sur le match digne de deux grandes équipes que sur le comportement des deux capitaines. Et puis quelque part dans la foule, quelqu'un raconta que Tachibana avait été membre de l'équipe de Kouzu et les murmures devinrent assourdissants.

Dans ce vrombissement, les joueurs se saluèrent avec enthousiasme, comme s'ils s'apprêtaient à rejouer immédiatement et avec la même ardeur. Mais un silence religieux se fit dès qu'une main se tendit vers l'autre. Tachibana empoigna la main blanche qui l'attendait et, à nouveau, ils se fondirent dans le regard l'un de l'autre, le même sourire un peu fou collé sur les lèvres. La poignée fut interminable et ce fut Yamazaki qui vint rompre ce pur instant de grâce d'un ton moqueur mais d'une voix rauque (plus d'avoir gueulé pendant tout le match que d'émotion, bien sûr) :

- Arrête de pomper, la cuve est pleine !

L'ex-capitaine de Kouzu avait apparemment trouvé les mots justes, vu que la remarque fit éclater de rire tout le monde, toutes équipes confondues.

Les larmes amères de la défaites furent rapidement ravalées et la déception cachée plus ou moins habilement. L'entraîneur de Negotoura qui les avait rejoint sur le terrain sourit fièrement.

- Vous êtes très forts, les gars.

Et Minnefuji échangea un regard complice avec ses anciens capitaines. Ils savaient bien, eux, combien les mots d'un entraîneur peuvent effacer la pire des défaites.

Le public s'égailla rapidement, les joueurs restaient là, planté comme des laitues dans leur potager, se fixant comme si ils ne s'étaient pas vu durant tout le match. D'accord, pas tous les joueurs... surtout deux d'entre eux.

Un bras se glissa autour des épaules de Hiiragi sans douceur avant de plonger dans son short.

- T'attends quoi, le dégel ? Bouge ton cul !

Le capitaine de Kouzu expédia son entraîneur hors de son périmètre d'une feinte magistrale.

- Ouais, arrêtez de me le toucher... Vous êtes mariée maintenant, nan ?

De son côté, tous les joueurs de son équipe profitèrent de la soudaine apathie de Tachibana pour lui foutre, qui un bon coup de pied, qui une tape sur le crâne. La tendance ne devait pas être à la tendresse chez Negotoura.

L'entraîneur de Negotoura, nommé Asuki, proposa intelligemment et diplomatiquement d'aller fêter ce match et personne ne mentionna, ni la victoire, ni la défaite, surtout parce que Minnefuji avait l'air prête à casser la gueule du premier qui oserait casser l'ambiance.

Ils se rendirent, à l'initiative du coach Asuki (qui décidément, regorgeait de bonnes idées), au restaurant de leur hôtel où l'entrée en fanfare d'une vingtaine de joueurs de basket excités comme des chimpanzés devant un régime de banane provoqua une certaine vague de panique parmi le personnel de service. Bien heureusement, le coach Asuki ramena le calme (mission impossible) en certifiant d'une, que la femme en minijupe léopard était un entraîneur de basket et non une entraîneuse de bar, de deux, que les jeunes gens qui avaient l'air de vouloir mordre tout ce qui passerait à leur portée avaient simplement faim, et de trois, qu'il faudrait certainement une salle particulière pour entasser tout ce beau monde sans faire fuir les autres clients. Sous l'effet de ses paroles apaisantes (quel homme cet Asuki ! ), une hôtesse d'accueil leur indiqua le deuxième étage où se trouvaient les salles à manger privée, dans l'une desquelles le troupeau s'engouffra

Personne ne se pose jamais la question de savoir exactement quelle quantité de nourriture une vingtaine de joueurs affamés peut ingurgiter en une soirée. Le gérant de l'hôtel finit tout de même par y réfléchir très sérieusement, lorsqu'au bout d'une minuscule demi-heure, ses clients avaient déjà englouti l'équivalent de tout un service dans le restaurant de l'hôtel.

Dans la salle à manger en question la fête battait son plein. Bien que les participants soient, dans leur grande majorité, mineurs, l'alcool coulait à flot, probablement sous l'impulsion de Minnefuji dont la seule présence avait le don d'attirer toutes sortes de bouteilles dans son périmètre. Quelques parasites étaient venus se mêler aux équipes : les anciens, Kondo, les filles... Harada avait fait une entrée triomphale en gratifiant son ami d'un « comment vous avez fait pour gagner, bande de clampins ? » au quel Horii répondit par un tirage de langue terriblement mature.

Ils s'étaient entassés comme ils avaient pu. Tachibana évitait soigneusement Harada, Harumoto, le PF de Kouzu qui avait encore l'air de vouloir le mordre et son propre entraîneur qui fatalement le gaverait avec ses détails techinques sur le déroulement du match. De son côté, Hiiragi essaya d'échapper à son frère et Takaiwa (venus eux aussi se taper l'incruste), en remerciant le ciel que son père n'ait pas eu la bonne idée de venir, il tenta aussi d'éviter au maximum son entraîneur qui avait décidé de passer la soirée à contrôler la fermeté de son petit cul ; manque de bol, il se trouva prit très exactement en sandwich entre Takuya et Minnefuji. Heureusement, quelques joueurs vinrent atténuer son calvaire en se frayant une petite place entre eux en lui proposant une bière.

Il fut très vite abasourdi de comprendre à quel point les joueurs de Negotoura lui portaient un culte quasi fanatique.

- Faut comprendre aussi, quand Tachibana a débarqué avec sa jambe dans le plâtre, il nous a vu jouer dix minutes avant de déclarer qu'on était des branques qui ne t'arrivaient pas à la plante du pied. Ça nous a vachement foutu en rogne, alors on s'est un peu renseigné sur toi... ben, pour voir si t'étais si fort que ça.

- Et ? Demanda-t-il en ouvrant une autre canette de bière pour le conteur.

- Et on a vu. J't'assure on était vert. On a regardé une vieille cassette du tournois junior. Ensuite, on a entendu parler de ton frère...

Takuya eut un hochement de tête sans équivoque, terminant la phrase dans l'esprit de tout : « et oui, vous avez vu le niveau, c'est la classe, nan ? » ce qui provoqua chez Hiiragi une irrépressible envie de le frapper. Mais la bière devait aussi avoir sa part de responsabilité.

- Et puis il a plus arrêté de nous tanner avec Hiiragi part-ci, Hiiragi par-là. Qu'il devait te.. battre

- Me jeter à la mer.

- Ouais, c'est ce qu'il disait. Bon, en fin de compte, si on t'avait croisé dans la rue pendant les six premiers mois où il jouait avec nous, tu serais mort sans autre forme de procès. Parce qu'il en devenait chiant et...

- J'T'ENTENDS TOUT YOSUKE ! T'as pas le droit de dire du mal de ton capitaine adulé ! Et le respect dû aux aînés, hein ?

- Écoutez qui parle, ricana Yamazaki.

Les plats commençaient à tourner, reconstituant les forces de tout ce cheptel sportif, et les discussions allaient bon train ; dans un coin, un petit groupe avait commencé un jeu de carte sous l'impulsion de Tachibana.

Hiiragi écoutait Takaiwa draguer lamentablement Minnefuji, et l'entraîneur Asuki discuter à voix basse avec son frère, y'en a qui sont encore assez sobres pour comploter, songea-t-il.

Il pensait en avoir finit avec la sollicitation intellectuelle de son cerveau lorsqu'un des joueurs de Negotoura entama la discussion avec Hiiragi, mettant joyeusement les pieds dans le plat.

- Alors en fait, le « atchoo », c'est un truc à toi qu'il t'a piqué, ou vous avez tous les deux un monopole ?

Hiiragi secoua la tête.

- A la base, c'est son cri de guerre mais j'ai pas pu résister à l'envie aujourd'hui.

Kanemoto intervint, l'air un tantinet indigné.

- D'ailleurs, le provoquer comme ça, d'entrée de jeu, c'est pas joli joli comme technique.

Hiiragi demeura impassible en répondant.

- Pour gagner, tous les coups sont permis et puis, il devait bien payer...

- Payer quoi ? S'enquit le joueur de Negotoura (qui, ils devaient l'apprendre plus tard, se nommait Akira).

- Plein de trucs.

Sans chercher à en apprendre plus, les joueurs retournèrent à leur verres, décidant qu'il devenait trop tard pour chercher à aligner plus de deux pensées cohérentes à la suite.

- T'es cuit, frangin.

- M'appelle pas comme ça, protesta faiblement l'intéressé en chassant avec deux minutes de retard la main que son frère lui avait passée dans les cheveux.

- Tu devrais sortir prendre l'air.

D'un seul coup, l'idée lui sembla être la plus brillante du monde. La seule idée de respirer un air non saturé d'alcool et de chaleur humaine (oui, de sueur, si vous voulez) provoquait en lui un délice extatique.

- Ouais.

Il se releva en titubant, constatant que le sol avait gagné en élasticité depuis leur arrivée dans la salle. Il sorti, tanguant comme un voilier en pleine tempête, d'ailleurs, sous son crâne, c'était la tempête. Il avait vaguement le sentiment d'arriver au rez-de-chaussée quand une main se posa sur son épaule. Se raccrocha était un terme plus adapté.

- Gniou ske tu vas ?

- Ben toi, gniou ske t'étais ?

- Pisser, cause de toute c'te bière.

- Je sors. Pareil, la bière.

- J't'accompagne.

- Comme tu veux.

Il remorqua Tachibana jusqu'à un banc à vingt mètres de l'entrée de l'hôtel. À cette heure de la nuit (ou du matin, c'est selon), il n'y avait pas grand monde dans les rues de ce quartier assez calme au demeurant. Ils piétinèrent cinq minutes, toujours scotchés l'un à l'autre avant de se décrocher.

Hiiragi à qui l'air frais avait fait effectivement un bien fou, s'étira en grognant, ce qui arracha un rire rauque d'alcoolique à son ami. Il détailla Tachibana un petit moment avant de se souvenir qu'ils n'avaient pas encore eu le temps de bien discuter tous les deux, ni de se coller une beigne. Bon, la beigne pouvait attendre et « bourrés dans la rue à une heure où les braves gens sont au lit » n'était pas un état propice à la conversation. Nan, à travers les brumes d'alcool et de fatigue, il apercevait une bien meilleure chose que la causette ou la baston.

Il attrapa la main de Tachibana avec un sourire bien plus doux que tout ce à quoi il était habitué jusqu'à là. Akane ne fut pas mécontent de voir son ami sourire ainsi, même s'il n'en comprenait pas du tout la raison mais bon, il était quatre heures du matin, ils étaient tous deux aussi cuits l'un que l'autre, donc les causes et les raisons étaient superflues.

Hiiragi se posa sur le banc et lui adressa un petit signe de la main.

- Akane, viens là.

Tachibana écarquilla les yeux devant une telle familiarité. Bon, en même temps, c'était tout de même son meilleur ami, il était légitime, quelque part, qu'il se permette de l'appeller par son prénom de temps en temps.

- T'es plein comme un coing !

Un rire saccadé lui répondit.

- Tu sais pas boire !

- Pas plus que toi !

- Même t'es bourré !

- Ouais, fit le garçon avec d'un ton rêveur, c'est pour ça, j'en profite.

- Pour quoi ?

- Parce qu'une fois dessaoulé, j'aurais une gueule de bois monstre !

- Nan, mais t'en profite pour faire quoi ?

- Ben... ché pas. Ça peut-être, murmura-t-il, d'un ton trop incertain pour quelqu'un censé être ivre. Et il se pencha sur Tachibana assis au pied du banc et approcha dangereusement ses lèvres de celles de son ami.

- T'es complètement schlass mais je m'en souviendrais et je te le rappellerais tous les jours de ta vie, fit narquoisement Tachibana une fois que leur bouches se furent décollées l'une de l'autre.

- J'espère bien, fit Hiiragi qui avait reprit ses esprits à l'instant même où il embrassait Tachibana.

- Tu déconnes ? Fit ce dernier, en fronçant les sourcils, signe qu'il ne comprenait pas du tout où son ami voulait en venir.

- Pas le moins du monde.

Hiiragi se pencha à nouveau, plus décidé et plus rapide, dans le but évident de renouveler l'expérience le plus vite possible mais Tachibana l'arrêta et le repoussa sur le banc, une expression visiblement déconcertée sur le visage.

- Hé à quoi tu joues, là ?

Hiiragi le dévisagea, un peu perdu.

- Franchement, tu demandes ?

- Ouais, je demande, s'écria Tachibana qui avait la sale impression d'être à côté de la plaque. Tu.. fais des trucs comme ça... et puis tu dis des trucs bizarres. C'est pas parce que t'es bourré, c'est quoi ?

Hiiragi ferma les yeux. Ne me dites pas que ce crétin ne se rappelle plus de rien. Merde, si, ça lui ressemblerait bien ! Et ben, j't'assure que ça va vite te revenir.

- Je te signale que c'est toi qui m'a promis de rester avec moi. Quitte à ce que je doive te supporter, rajouta-t-il avec un petit sourire en coin.

- Hein ?

- Avant que tu te fasses passer dessus par un camion, crétin ! T'as pas l'impression d'avoir squatté la chambre d'un pote qui s'est ridiculisé devant toi avec une déclaration !

Il avait presque crié cette fois. Il commençait à en avoir marre, à croire qu'il ne s'était jamais rien passé, que ça n'avait rien signifié pour lui. Qu'est-ce qu'il est con quand il s'y met ! Dire que j'ai imaginé un instant qu'il avait mûrit. Putain, je suis toujours amoureux d'un con.

- Attends.

Au ton du brun, Hiiragi pouvait deviner que tout (ou du moins un grande partie) lui était revenu. Le problème c'est que le même ton lui indiquait clairement que tout ce dont il se souvenait ne lui plaisait absolument pas.

Tachibana se leva pour lui faire face mais son regard se fit fuyant lorsqu'il reprit la parole.

- C'était pas pour rire ?

- J'ai l'air de rire ?

- Attends... t'es en train de dire que... tu veux... enfin, en deux ans, c'est pas passé ?

Hiiragi répondit avec tout le contrôle sur lui même dont il était capable, autant dire, beaucoup. Mais sous le masque de froideur qu'il affichait à contre cœur, il bouillonnait silencieusement, sentant bien que cette discussion ne les mènerait nulle part, ou en tout cas, pas là où il voulait qu'ils aillent.

- Non, c'est pas passé. Au contraire.

- Mais c'est pas possible, moi j'avais bien oublié, depuis le temps.

Hiiragi ne vit pas l'air de plus en plus paniqué de son ami, trop occupé à se lacérer les paumes des mains avec les ongles à force de les serrer pour s'empêcher de lui envoyer son poing dans la gueule.

- Et ben pas moi. Moi j'attendais, bordel. Je t'attendais. Et j'espérais te manquer autant que tu me manquais. J'espérais que tu pensais un peu à moi et à ce qu'on s'était dit ! Apparemment, j'ai eu tort de penser que tu pouvait avoir été sérieux il y a deux ans.

- Mais ça fait deux ans ! Protesta Tachibana en criant.

- Oui, justement, ça fait deux ans que j'attends tout seul comme un con dans mon coin, en croyant stupidement que tu avais été sérieux avec moi.

- Mais merde ! Ça peut pas être sérieux ça, c'était pour déconner, juste comme ça !

- Toi peut-être, tu déconnais mais moi je... putain ! Je t'aime, je te l'ai dit, c'était bien assez dur et toi tu crois vraiment que je peux plaisanter sur ce genre de truc.

Tachibana le regarda, plus grave que jamais.

- C'est pas que... un problème ou une histoire d'être amoureux ou quoi...

- C'est aussi ça.

- Mais c'est grave alors !

- Et pourquoi tu crois que je te faisais la gueule ? Pourquoi j'avais rien envie de te dire ?

- C'est pas normal, c'est dégueulasse !

- Je l'ai pas demandé !

- Mais même. Putain, en deux ans ça devrait te passer. Je sais pas moi, trouve-toi une copine, baise, fais comme les mecs normaux ! Fais-toi soigner !

- Ta gueule.

Le ton d'Hiiragi baissa de plusieurs degrés d'un seul coup, mais, emporté sur sa lancée, Tachibana ne sentit pas la colère froide qu'il attisait par ses rebuffades.

- Merde alors, je m'attendais pas à ça de toi ! T'es crétin !

- Moi non plus.

Cette fois, le voix blanche de Hiiragi était tellement assourdie que Tachibana s'interrompit.

- T'as dit quoi ?

- Je m'attendais pas à ça de ta part.

Son poing partit sans avertissement, emportant la mâchoire du brun qui n'eut pas le temps d'esquiver. Sa lèvre fendue, il sentit un liquide chaud lui couler le long du menton. Passant ses doigts sur sa bouche, il sentit le goût ferreux du sang, et vit bientôt au bout de ses doigts, les traces rouges. Ce fut le signal du départ à leur énième baston. Mais cette fois, il fallait du sang, il fallait qu'ils se foutent sur la gueule, qu'ils se tabassent pour de bon parce que sinon, ils n'auraient rien d'autre à faire qu'accepter de n'avoir plus rien à se dire et ni l'un ni l'autre n'y était prêt. Ils cognaient violemment pour oublier de se dire des trucs pires encore. Les coups pleuvaient méthodiquement, mécaniquement, les coups dans un silence de mort, parce qu'ils ne poussèrent pas un cri, pas un mot, pas une plainte, du tabassage en règle, pur et simple puisqu'ils n'avaient plus rien d 'autre à échanger que les coups.

D'une claque un peu plus fort dans l'œil, Tachibana se sentit vaciller, il sentit aussi qu'Hiiragi n'était pas loin du même état, vu qu'il avait réussi un ou deux drop kicks bien placés avant de perdre le dessus. Il ne comprit pas comment ils en étaient arrivés là mais lorsqu'ils firent une pause dans leur lutte, le visage rougit et enflé de Hiiragi lui fit face, portant le même air de rage froide et arrogante qu'il sortait uniquement pour les cons pourris. Sans dire un mot, sans même sembler remarquer sa présence il tourna les talons, courant à perdre haleine dans les rues encore sombres d'une nuit qui commençait à mourir.

A SUIVRE....