Base : I'll generation basket
Painring : ho, ça va... et la surprise alors ?
Genre : humour, romance, petits bouts de vie (!)
Rating : ha bon, c'est pas tout public ? Ben si, tant que vous êtes majeur.
Disclaimer : ils sont tous à Hiroyuki Asada qui pourrait partager un peu quand même ! (rien qu'un petit bout !)
Ils vont en baver les bisho mais ils sont là pour ça tout de même !
Comment ça a dégénéré... (suite)
- Merde !
Tachibana avait eu le temps de réfléchir et de revenir à ce qui s'apparentait le plus chez lui à la raison. Durant tout le trajet du retour, il avait eu le temps d'assener des regards meurtriers à à peu près tous ceux qui avaient le malheur de se trouver sur son passage. Cela n'avait, à sa grande déception, eu qu'un effet plus que limité chez ses coéquipiers, sans parler de son entraîneur qui le qualifia, à haute voix et devant tout le monde, de gamin pas fini.
Il se rappelait bizarrement une phrase, au milieu des discussions de la veille, qui avait fusé de nulle part, entre les frères Hiiragi et Minnefuji. Il revoyait Takuya, son air rêveur, presque envieux, en poussant son petit frère du coude « t'as de la chance d'avoir trouvé un type comme Tachibana sur ta route, la gâche pas ». Il avait vaguement entendu Hitonari protester « me fais pas la leçon, toi » avant de retourner à Sumire qui faisait connaissance avec son équipe. Bien sûr, Hiiragi avait eu de la chance en le rencontrant, mais lui, c'était plus que de la chance... c'était Hiiragi. S'il devait remercier quelqu'un, c'était pas le destin, c'était Hiiragi et ça lui nouait les tripes de l'admettre.
- Merde !
Daisuke, avec qui il partageait sa chambre d'internat, ouvrit les yeux.
- Ta gueule, j'essaye de dormir. J'ai match demain, moi.
Cette idée aussi de mélanger les membres des clubs de sport dans les chambres. Le club de foot-ball, dont Daisuke était l'attaquant vedette disputait son match de quart de finale le lendemain.
- C'est quelle heure ?
Un peu éxaspéré, mais habitué aux réactions à la Tachibana, Daisuke se tourna pour voir son réveil.
- Bientôt onze heure, pourquoi ?
- Le dernier Shinkansen, il part à quelle heure ?
- Mais qu'est-ce que j'en sais, moi, minuit, je crois. Pourquoi ?
- Putain, j'ai juste le temps !
Daisuke eut assez de présence d'esprit pour s'interdire de poser une seule question lorsque son colocataire alluma la lumière, s'habilla en quatrième vitesse, attrapa diverses choses plus ou moins utiles çà et là pour les fourrer dans un sac à dos. Il le vit se passer une main dans les cheveux.
- Merde, qu'est-ce que j'oublie ? Les baskets !
Voyant que Tachibana était sur le départ, Daisuke se décida tout de même à poser une ou deux questions, des fois que le sort du capitaine de l'équipe de basket intéresse quelqu'un.
- Tu vas où ?
Tachibana le fixa, interdit, ne sachant que répondre.
- Je suis un con !
Et il parti en courant.
- Hé ! Le dernier car pour Fukuoka part de la gare dans dix minutes, si tu cours vite t'auras le train de onze heures trente !
Après cette sortie mémorable, Daisuke décida que c'était maintenant au tour de la santé mentale de Tachibana de prêter à réfléchir. Lorsqu'il annoncerait la nouvelle, le lendemain matin, aucun joueur ne serait plus étonné que ça.
Tachibana eut trois fois le temps de bénir son colocataire. D'abord parce qu'un mec qui supporte la coexistence avec lui deux ans de suite sans faire de mort est quasiment un saint, ensuite parce qu'un con finit aurait ameuté la moitié du campus pour une petite fuite nocturne de rien du tout et enfin, parce que, effectivement, le dernier train pour Honshu partait à minuit et trois minutes et qu'il s'était quasiment jeté sous les roues du dernier car pour Fukuoka pour attraper celui de onze heures et trente-trois minutes.
Il hésita deux secondes, histoire de savoir s'il ferait l'économie d'un billet. Finalement, il valait mieux payer que risquer de voir un joli PV arriver chez maman Tachibana qui n'apprécierait sûrement pas l'intention à sa juste valeur.
Le voyage lui parût interminable. Trois heures et demi, trois heures et demi pour arriver à Kouzu ! Il aurait voulu aller cogner à la porte de la motrice, gueuler qu'il avait un rencard hyper important, qu'il devait être instantanément à Kouzu et merde pour les autres mais quelque chose lui disait que là non plus, ses intentions ne seraient pas comprises correctement.
Jamais, en deux ans, il ne s'était senti si loin de chez lui, « chez lui » recouvrant toute une gamme de réalité selon son état d'esprit, mais pour l'instant, « chez lui », c'était Hiiragi et leur problème à la con.
D'abord, il l'avait blessé. Il le ressentait avec une force peu commune ; avec un serrement au cœur, il comprenait que chacun de ses mots avait fait plus de mal que tous ses coups réunis. Même si c'était vrai, si Hiiragi aimait les hommes, s'il l'aimait lui, il ne devait jamais oublier qu'il jouait encore grâce à lui. Le basket. Putain, c'était tout ce qu'il leur restait en fin de compte. Ils pouvaient se passer de tout, se taper dessus du matin au soir, s'engueuler jusqu'à plus soif, tant qu'ils jouaient au basket ensemble, tant qu'ils vivaient dans la certitude de pouvoir jouer au basket ensemble un jour ou l'autre, tôt ou tard, le reste n'avait pas vraiment d'importance. Alors il n'allait pas perdre cette certitude à cause d'un problème comme ça. C'est bien beau, être amoureux ou pas mais y'a pas que ça dans la vie. Y'a le basket aussi.
Bon, il n'avait plus qu'à trouver une manière subtile de le faire comprendre au bulldog qui lui servait de meilleur ami. Rien de plus simple...
Il avait complètement pété les plombs, déconné à plein tube. Et puis à quoi il s'attendait aussi ? Un gars qui se barre pendant deux ans sans un mot, sans donner de nouvelles, sans une lettre ou quoi que ce soit, un gars qui part avec une jambe en bouillie et la peur au ventre de ne plus pouvoir jouer au basket de sa vie, un type dans cette situation a tout à fait le droit d'oublier une petite histoire de pote amoureux.
Il envoya son poing rencontrer ses étagères, faisant valdinguer une bonne partie de ses affaires sur le sol. Pourquoi est-ce qu'il avait espéré ? Comment avait-il pu imaginer que ce gars à la sensibilité d'une huitre pourrait réellement le prendre au sérieux. Il se rendait malade, c'est pas possible d'être aussi fleur bleue à son âge et de croire qu'un gars qu'on a pas revu depuis deux ans puisse se rappeler d'un truc aussi insignifiant. Il ne pouvait s'en prendre qu'à lui même, c'était uniquement sa faute si il s'était fait des idées pendant deux ans, il se sentait complètement con d'avoir cru en ça. En fait, il s'en voulait presque plus qu'à Tachibana. Il s'était fait des idées, tellement sûr de lui, et maintenant qu'il se prenait la réalité en plein gueule, ça faisait mal.
Il chercha du regard quelque chose à casser, avant de se rappeler qu'il était dans sa petite chambre et qu'il n'y avait déjà pas tant de meubles que ça, raison plus que valable pour réfréner ses velléités de destruction. Il se vengea sur le mur blanc, bientôt taché par les marques rougeâtres que laissèrent ses poings à force de coups.
Hiiragi en était là de ses ruminations lorsque le sommeil l'emporta. Ça fatigue d'avoir mal, de pleurer, de cogner sans compter qu'il avait passé une bonne nuit blanche, à faire la fête et puis à courir dans les rues. Tout ça et la douleur qui lui arrachait encore le cœur, fit qu'il tomba endormi comme une souche sur son lit, les yeux encore débordants de larmes.
Un bruit résonna soudainement dans son sommeil, une saccade de bruits sourds, des coups frappés au loin. Il ouvrit un œil ensommeillé, réalisant que le bruit venait de sa porte, de coups à sa porte.
Il jeta un coup d'œil curieux à sa montre, qui pouvait venir se prendre un mur dans la gueule à cette heure de la nuit_ou du matin ?
Il se leva, et se trouva étrangement calme. Sa crise de nerf passée, la tristesse et la rage évacuées, il ne subsistait que ce sentiment doux-amer lorsqu'il repensait à Tachibana. Il se sentait aussi reposé. Il n'avait pas dormi longtemps, pourtant il se sentait reposé ; pas prêt à piétiner ses vingt kilomètres de bitume quotidiens, mais plutôt à entamer une nuit apaisée, sans rêve, sans insomnie.
Sauf qu'il y avait ces coups à la porte, signe que quelqu'un s'obstinait à réveiller un asocial notoire au beau milieu de la nuit, contre toute prudence. Quelqu'un d'obstiné, de téméraire et pas très regardant sur les horaires... Hitonari savait déjà à qui il allait ouvrir avant de voir la gueule cabossée par leur dernière « explication » de son ami en face de lui. Peut-être était-ce dû à sa courte nuit incroyablement reposante, peut-être était-il à ce point désespérément amoureux, au point d'oublier sa rancune, peut-être voulait-il tout simplement leur donner une nouvelle chance, peut-être était-il tout aussi obstiné que le garçon qu'il aimait ; toujours est-il qu'il ouvrit à Tachibana, qu'il ne dit rien, qu'il ne lui claqua pas la porte au nez, et attendit un mot, un seul qui pourrait les faire revenir deux jours en arrière, lorsque tout allait bien.
Ils se figèrent, l'un et l'autre, comme tous, coupables et victimes se figent à l'annonce d'un verdict. Hiiragi empêchait son regard de se faire trop implorant tandis que Tachibana cherchait nerveusement un signe l'autorisant à parler sans se prendre la porte dans le nez (nez déjà fort mal en point depuis leur dernière baston). En désespoir de cause, voyant qu'ils en seraient réduit à un duel muet sur le pas de la porte s'il ne commençait pas, il se jeta à l'eau, priant pour que le garçon en face de lui prenne pitié et lui jette une bouée.
- Je suis un con.
Désarçonné, Hiiragi reprit un peu de contenance en fronçant les sourcils, pas prêt à se faire embobiner si facilement.
- Je suis un sale con, un gros connard et un salaud, tout ce que tu veux mais laisse-moi entrer.
- Pourquoi ?
Sous le regard noir que lui jeta Tachibana, il continua sans une trace d'émotion dans la voix.
- Explique-moi pourquoi je devrais t'ouvrir. J'ai mille fois plus de raison de t'écraser mon poing dans la gueule.
- Parce que....commença Tachibana, les yeux baissés, le ton hésitant. Parce que... je suis qu'un sale con...
S'il avait osé regarder son ami, il aurait pu voir la petite lueur d'espoir qui naissait au fur et à mesure qu'il parlait et qu'Hiiragi tentait de dissimuler.
- Je suis con et je ne veux pas te perdre pour ça. Je ne veux pas tout gâcher parce que je suis juste con.
- Ça se soigne pas.
- Hein ?
- Ta connerie. C'est incurable. Tu es et resteras le roi des cons. Tu crois que j'ai envie d'avoir le roi des cons pour ami ?
Tachibana baissa la tête, honteux, luttant pour chasser la boule qui avait élu domicile dans son ventre et qui lui nouait la gorge à distance : premiers signes de noyade. Il sentit son malaise grandir et, à sa grande honte, les larmes frapper à la porte de ses yeux pour sortir.
- T'en est bien tombé amoureux, du roi des cons.
S'ils n'avaient pas été dehors, par une nuit d'été, à moitié dans la rue, il y a aurait eu un profond silence. Mais en l'occurrence, c'est plutôt un vague brouhaha de bruits de circulation, de stridulations des cigales, du vacarme d'une fête qui se finissait, du bruit de la mer dans le lointain.
- J'peux entrer ? Même s'il pleut pas.
Hiiragi aurait bien eu envie de répondre que non, qu'il pouvait bien aller se faire voir ailleurs, qu'il pouvait dormir dehors, il n'en aurait rien à foutre. Il aurait voulu de toutes ses forces pouvoir laisser tomber comme ça. Mais c'était vrai, il était tombé amoureux du roi des cons, il le savait depuis longtemps et il s'en foutait un peu maintenant. Pourvu que ce roi des cons soit près de lui, il s'en foutait.
- Ça doit être contagieux, la connerie.
Il s'effaça, laissant passer Tachibana avant de refermer la porte. Avant qu'il ait même eu le temps de protester, de gueuler encore un peu, d'exiger des excuses, deux mains lui agrippèrent les épaules. Il se prépara au coup de boule rituel mais ce fut avec une grande douceur que les lèvres se posèrent sur les siennes. Néanmoins, du point de vue de la technique, c'était toujours la même chose, la vitesse et la brutalité en moins, ce qui donnait un bisous innocent d'une chasteté à faire hurler le diable. Un sourire crétin lui fit face.
- T'as vu, j'y travaille.
- De toute façon tu m'as déjà défiguré pour la semaine à venir, rétorqua Hiiragi du ton de celui qui n'en a rien à foutre.
- Autant être délicat alors.
Hiiragi laissa une expression incertaine passer sur son visage. Délicat oui. Pudique à en crever, ce n'est pas ce qu'il attendait de Tachibana. Pas de lui. Pas de ce caractère qui s'enflammait qui prenait la mouche à toute heure du jour ou de la nuit, qui frappait, qui gueulait tout le temps. Cette grande gueule avec son foutu caractère, il pouvait faire bien mieux. Hiiragi sourit en se disant que pour le basket ça avait aussi été comme ça, il avait dû le provoquer pour qu'il s'y mette sérieusement. Il devait le traîner et puis peut-être qu'Akane l'appellerait à son tour.
- Bon, va falloir faire quelque chose parce que sinon, je peux embrasser des queues de cerises jusqu'à la fin de mes jours.
Il saisit autoritairement le menton de son ami et inclina la tête pour venir caresser ses lèvres, voyant que Tachibana n'y voyait pas trop d'inconvénients, il commença à passer sa langue sur les lèvres ennemies et chercha à se glisser entre elles. Se demandant à quoi cela pouvait servir, Akane, qui n'avait visiblement jamais roulé un patin digne de ce nom de sa vie, ouvrit gentiment la bouche qui se retrouva bientôt pleine de la langue d'Hiiragi. Il en oublia de respirer, d'avaler sa salive, de penser, de bouger, de répondre au baiser tellement la sensation de douceur et de plaisir qui l'envahissait était forte. Comme une vague frissonnante le traversant des pieds jusqu'à la racine de ses cheveux, le plaisir qu'il ressentait montait en lui par saccade, provoquant des tremblotements dans tous le corps.
Devant cette réaction encore non homologuée, Hiiragi s'interrompit, un peu étonné, et chercha des yeux une explication dans son ami.
- Trop fort. Refaits ça quand tu veux.
Il avait dit ça comme ça, parce que ça lui semblait être la meilleure manière de montrer ce qu'il avait ressentit, mais Hitonari acquiesça, très sérieux, et le plaqua contre la porte d'entrée, et réalisa exactement l'idée qu'Akane lui avait suggéré. Mais cette fois-ci, il ne se contenta pas d'un roulage de pelle en règle (ce qui était déjà pas mal) mais se prit à glisser sa langue autour de celle d'Akane, l'entrainant avec lui, ouvrant la bouche, suçotant les lèvres de son ami. Cela faisait un étrange numéro de gymnastique de la bouche, se dit Tachibana, encore surpris de l'avalanche de sensations inédites qu'il connaissait depuis son match contre Kouzu. De la jalousie à la franche colère en passant par un moment de dégout, il ne retenait plus que ça. Ce plaisir extatique qu'il expérimentait en ce moment même.
Puis doucement, une des mains de Hiiragi vint quitter son cou, laissant une marque froide à l'endroit où elle l'avait enlacé, pour réapparaître plus bas, comme posée nonchalamment sur sa cuisse. Pas de caresse, pas de tâtonnement, pas d'étreinte mais juste une main posée comme ça, comme par hasard sur sa cuisse. Et pourtant, cette main lui faisait bien plus que les baisers qui avaient précédés. Cette main était la promesse de choses dont les baisers n'avait été que le prélude. De choses qu'il ne savait pas encore s'il les voulait ou pas, c'est pourquoi il arrêta de participer au baiser et attendit.
Hiiragi sentit son ami se crisper sous son corps et commencer à resserrer les mâchoires ce qui constituait un inconvénient majeur à la poursuite de leu activité présente.
- Tachi... ?
Hitonari ne finit pas sa phrase,
Il y avait une expression bizarre sur le visage de Tachibana, une expression qu'il n'avait encore jamais vue sur ce visage là. Une expression qu'il connaissait chez tout un tas de gens : les cons qu'il cognait, les cons qui adulaient son frère, les cons qui obéissaient à son père, sur tout un tas de cons mais pas sur celui-là. Une expression qu'il ne pensait jamais voir de sa vie sur ce visage-là, même s'il parvenait à vivre jusqu'à cent ans. Akane Tachibana avait tout simplement peur.
Hiiragi fronça les sourcils. D'accord, ils avaient passé les deux derniers jours à passer du chaud au froid tous les deux, mais ce n'était pas une raison pour avoir peur de... de quoi d'abord ? Ils s'embrassaient juste, rien de plus. Rien de plus que le film qu'il se passait dans sa tête depuis que Tachibana avait remis les pieds à Kouzu, film dans lequel ce dernier finissait invariablement plus ou moins complètement nu et plus ou moins entièrement dans son lit, avec lui, bien sûr.
D'accord, j'ai prodigieusement envie de lui mais je vais pas non plus le violer. De toute façon il est bien assez grand pour m'en coller deux si j'essayais seulement de le toucher...ou peu-être pas. Peut-être qu'il se contenterais de la fermer et rien dire, parce qu'il a peur et qu'il préférait crever que l'admettre.
Au grand soulagement de Tachibana, qui frissonnait mais de nervosité, cette fois, Hiiragi se décolla de lui et le fixa quelques secondes.
- Tu flippes, Tachibana.
Pour toute réponse, Tachibana pâlit subitement dans un changement de teinte intéressant, et essaya de s'incruster dans la porte d'entrée, comme si cela pouvait l'éloigner de la menace encore présente de la main baladeuse de Hiiragi, porteuse de toutes les menaces.
Hitonari réfléchi à toute vitesse, il passait tout près du « désastre sur toute la ligne ». La dernière fois qu'il s'était trouvé face à Tachibana-a-les-jetons, ça remontait mais il pouvait se souvenir de leur réaction à tous les deux : la provoc'. Forcément, entre grandes gueules, les options considérées comme honorables étaient réduites, cela dit, il fallait parfois parler sérieusement ou accepter d'avoir une ou deux faiblesses face à un gars qu'on aime.
Il se pencha un peu, désespérément lentement, pour chuchoter à l'oreille de son invité.
- Et ben accroche-toi bien, moi aussi.
Un petit mensonge n'avait jamais tué qui que ce soit, surtout si ce n'était que la moitié d'un mensonge.
Un regard nerveux lui répondit.
- J'peuentrer ?
- Pardon ?
- Je peux entrer, maintenant, passer, quoi ?
- Ha ouais, 'scuse.
Hiiragi s'effaça pour laisser Tachibana ôter ses chaussures et entrer chez lui. Pour de bon, cette fois. Comme son invité surprise restait debout planté au milieu de la pièce telle une batavia dans son potager, Hiiragi le poussa un peu. Avant de s'assoir au bord de son lit.
- Pose-toi.
Il y eu un moment de flottement et Tachibana laissa ses yeux errer dans la chambre de Hitonari. Il était déjà venu et pourtant, tout avait l'air d'avoir changé, sans lui. Il se rappelait d'un parquet plus clair, de la lumière, et du bruit d'un rire... un rire incertain mais fort, qui résonnait encore à ses oreilles lorsqu'il mettait les pieds dans cette chambre.
Hitonari se cala contre le mur, les jambes étendues, les pieds dans le vide, dardant un regard décidé sur Tachibana.
- T'es venu pour quoi ?
Tachibana posa prudemment ses épaules contre le rebord du lit. Ce n'était peut-être pas la manière la plus confortable de discuter mais au moins, il pouvait le faire sans croiser Hiiragi des yeux.
- Pour toi.
- Je sais, tu l'as déjà dit. Mais pour quoi ? C'est pas pour te faire chier mais j'ai vraiment besoin de savoir, c'est important pour moi.
- De savoir si je suis... enfin, tu vois ?
- Exactement. J'ai été honnête avec toi, d'accord ? Alors à ton tour.
Tachibana sembla réfléchir un court instant. Allé, t'as eu tout le voyage pour y penser, c'est pas le moment de faire marche arrière.
- J'en sais rien.
Il pouvait sentir, presque par instinct la colère teintée de lassitude de Hiiragi qui emplissait la petite pièce.
- Je m'en fous pas mais j'arrive pas à savoir. Je ne veux pas que tu me touches comme tout à l'heure... je ne me ferais jamais passer dessus par un mec, c'est sûr. Mais en même temps, je ne veux pas que tu me détestes pour ça, je ne veux pas non plus te détester, j'y arrive pas, j'ai trop besoin de toi avec moi pour ça. J'ai vraiment envie de toi.
Avant qu'il ne réalise ce qu'il venait de dire, une main l'attrapa par la col et le tira vers l'arrière, il ne put que grimper à son tour sur le lit et tomber face aux yeux accusateurs de Hiiragi.
- Attends ! C'est pas ça. J'ai envie de toi... dans ma vie. C'est tout !
Devant l'air encore dur de Hiiragi, Tachibana déglutit avec difficulté.
- Ma vie est nulle sans toi.
Il devait faire quelque chose, et vite, parce qu'il s'enfonçait à vue d'œil. Le problème, c'est qu'il avait déjà dit tout ce qu'il pouvait. En désespoir de cause, il se pencha en avant et soupira avant de se cogner violemment le front contre le mur. Il eu bien le temps de renouveler deux fois sa rencontre avec le mur avant que son ami ne revienne de sa surprise.
- T'es malade !
- Merde, ça fait mal !
Hiiragi décida qu'ils avaient plus urgent à faire que se prendre la tête, vu que celle de Tachibana commençait à pisser le sang par les différentes blessures qu'il lui avait infligé quelques heures auparavant.
- Amène-toi.
Il le remorqua jusqu'à la salle de bain, le coinça de force contre un meuble, cherchant dans sa maigre pharmacie de quoi arrêter le sang qui dégoulinait de l'arcade sourcilière d'Akane.
- Comment tu t'es soigné cet après-midi ?
- Ben, le coach m'a filé des pansements et puis, il paraît que les blessures au visages saignent beaucoup mais c'est pas dangereux.
- Ouais, ben on n'a pas un stock de sang inépuisable non plus. Essaye de pas bouger, ça va piquer.
- C'est quoIAAAAAHH ?!
Hiiragi eut juste le temps de se reculer alors que Tachibana se débattait contre le traitement subi.
- Du désinfectant. Assieds toi.
Tachibana s'exécuta, posant le bord des fesses sur le coin du meuble, les mains crispées sur le rebord du même meuble.
- Si ça fait mal, c'est que c'est efficace, fit l'infirmier improvisé en posant un bac de glaçon sur le front de son grand blessé en guise de refroidisseur.
Tachibana ferma sa gueule sur le fait que l'argument ne lui plaisait pas du tout et il avança la tête avec défi, attendant stoïquement une nouvelle attaque.
En moins de cinq minutes, Hiiragi avait désinfecté et mis des pansements sur les plaies ; ça servait au moins à ça de faire du basket depuis l'âge de cinq ans : il savait soigner à peu près n'importe quelle plaie et bosse. Bon, c'était aussi un peu parce qu'il avait une sérieuse tendance à s'attirer des beignes comme le miel attire les abeilles.
- Ça devrait aller comme ça, conclu-t-il. Hé, Tachibana, ça va ? Reprit-il, voyant le regard de son ami partir dans le vague.
Tachibana se pencha en avant, posa sa tête sur l'épaule de son ami, pesant de tout son poids vers l'avant, appuyé sur Hiiragi qui eut un léger mouvement de recul, surpris par le geste incongru de la part de quelqu'un comme Tachibana. Il dut se faire violence pour ne pas faire un bond de trois mètres, en sentant le contact froid de la glace sur son épaule et protesta d'une exclamation surprise.
- Avant c'était simple...
Hiiragi fonça les sourcils, renonçant à comprendre chaque mot de son ami, il le laissa continuer, chercher ses mots, hésiter, et finalement, se lancer.
- C'était simple : te foutre à la flotte, battre ton frangin à la course, tuer Hayamazaki, coller une roustre à l'autre rouquin... et battre Gaku aussi... Tout ça, quoi, c'était simple.
Hitonari se garda bien de faire remarquer à Tachibana que la simplicité selon lui consistait en latter tous les êtres humains avec qui il avait un problème.
- Pourquoi c'est compliqué tout d'un coup ? Merde.
- C'est compliqué parce que tu ne peux pas m'en coller deux pour arranger tout ça. Si tu essayes d'autres options que le lattage, tu trouveras.
- Mais ça allait bien, quand on se lattait, nan ?
Hiiragi s'empêcha d'éclater de rire, tant la question était posée sur un ton désespéré. Il pouvait comprendre ça : perdre un repère aussi capital que la relation de rivalité amicale qu'il entretenait avec Tachibana l'avait quasiment anéanti, deux ans auparavant. Et là, Akane se trouvait dans la même situation : ils ne pouvaient plus rester dans cette espèce de statu quo.
- C'était bien, ouais. Mais on peut aussi... changer. Grandir un peu.
Il sentit la crispation le son ami avant de le voir serrer les poings. Grandir, ouais, c'est bien mais pour devenir quoi ? Et puis qu'est-ce qu'ils ont tous à croire que se prendre la tête pour le plaisir c'était un signe universel de maturité ?
- Tu te prends la tête parce que tu ne veux pas envisager les solutions simples, c'est tout.
- Hein ?
Devant l'air abruti de son ami qui avait levé les yeux sur lui, Hiiragi explicita.
- Tu penses tout haut, crétin.
- Mmpf !
Une espèce de petit sourire éclaira brièvement le visage de Hiiragi. Petit et bref mais pas assez pour échapper à la prodigieuse acuité visuelle d'un basketteur et puis il faut bien dire qu'il avait le nez dessus.
Il sourit ce con. Moi j'en prend plein la gueule et lui ça le fait marrer. 'Tain, il manque pas de cul... heu, d'air. 'Tain, c'est la première fois que je le vois sourire comme ça.
- C'est quoi alors une solution simple ?
Un nouveau sourire, autant sarcastique que nerveux s'afficha sur son visage.
- Tu m'embrasses, tu t'excuses, on finit ensemble.
Un ricanement aussi nerveux que le sourire précédent lui répondit.
- T'es pas objectif.
- Sûrement pas. Je sais pas si tu t'en souviens mais je suis amoureux.
- D'un con.
- On choisit pas.
Tachibana se recula un peu, dévisageant son ami d'un air suspicieux.
- Si t'avais pu choisir, t'aurais choisi qui ?
Hiiragi fronça les sourcils, un peu pris au dépourvu par la question. Qu'est-ce qu'il posait ces questions cons pendant un moment pareil. D'un autre côté, il comprenait ce que Tachibana essayait de dire. Si tout avait pu être autrement, qu'est-ce qui se serait passé ? En fait, cette idée faisait surtout écho à ce qu'il avait quelque temps imaginé pour Akane et qu'il avait appelé « la question Sumire ». Après tout, ça semblait tellement évident que ces deux là, finiraient ensembles, elle cuisinant des gyudon toute la sainte journée pendant que son petit mari jouait à la baballe. Hiiragi ne pouvait empêcher un malaise lui envahir le cœur en y repensant. Il s'était rendu compte que quelque chose clochait lorsqu'il s'était surpris à trouver Sumire chiante et moche. Comprendre qu'il s'agissait de jalousie pure et simple lui avait donné la nausée. Toujours est-il que s'il n'avait pas craqué pour son coéquipier, l'avenir aurait été clair : Akane et Sumire Tachibana avec Hiiragi comme témoin de mariage. Sauf qu'il était tombé amoureux de ce crétin.
- Toi, si t'avais pu choisir, ç'aurait été Sumire, lâcha-t-il, sans répondre.
Tachibana baissa la tête et une ride vint plisser son front, signe d'un dilemme intérieur.
- J'sais pas. Sumire, c'est...
- Comme une sœur ? Essaya Hiiragi.
- Nan, plutôt comme une deuxième mère.
- Une grande sœur, alors. C'est comme ça, les grandes sœurs.
- Qu'est ce que t'en sais, toi ?
- Rien. En tout cas, les grands frères sont comme ça.
Tachibana médita l'information une poignée de secondes avant de reprendre.
- T'as pas répondu.
Hiiragi soupira. Il était un peu rassuré par ce qui venait de régler définitivement (du moins pour l'instant) la « question Sumire ».
- Le basket.
- Hein ? Sous les yeux incrédules de Tachibana, il expliqua, tout en le repoussant dans la chambre, et plus précisément sur le lit. Non, il n'avait aucune arrière pensée mais quitte à blablater toute la nuit, autant être confortablement installé pour ça.
- Je vis pour le basket, encore plus depuis que t'es apparu. Je peux pas m'imaginer une vie sans basket et je ne peux pas non plus aimer quelqu'un qui n'aime pas le basket par dessus tout.
L'expression stupide et incrédule qu'afficha Tachibana lui en dit plus long sur son avis sur la question que n'importe quelle remarque. Ce qui n'empêcha pas le crétin en question de formuler la remarque en question.
- C'est encore plus grave.
- Quoi ?
- Merde, ça veut dire que si t'avais pas... si t'étais pas... enfin... si tu ne... Tachibana galéra dans les sous-entendus maladroits deux secondes avant de continuer. Ben... sans ça, tu serais marié à ton ballon de basket ?
- Sans toi, je sais pas où j'en serais. Sûrement pas là, sûrement pas à ce niveau là. Si tu m'avais pas fait descendre des gradins, j'en sais rien. C'est pour ça que je ne peux pas dire avec qui je serais... parce que je suis très bien comme ça.
Tachibana ne put s'empêcher de rougir un peu trop pour la température assez douce qui régnait dans la chambre de Hiiragi. Il se dégagea des bras de Hiiragi qui l'avait à moitié enlacé sans qu'il ne s'en aperçoive.
Il lâcha tout de même ce qui le tracassait depuis son retour, quitte à casser l'ambiance, il aimait que les choses soient claires. Et ça le faisait aussi pas mal triper de péter l'ambiance.
- Même si je suis pas sûr de... d'être... mmh... pas sûr du tout ?
- Il va falloir que tu fasses des efforts pour te faire comprendre à l'avenir. Parce que pour l'instant j'arrive encore à voir les sous-entendus, mais ça risque de pas durer. Si tu voies ce que je veux dire.
Tachibana déglutit avec difficulté en acquiesçant.
- J'vais m'améliorer.
Hiiragi stoppa de justesse une remarque cinglante au bord de ses lèvres. Ce n'était pas le moment de se foutre de sa gueule, ils étaient déjà bien mal barrés comme ça pour ne pas en rajouter. Il tenta une approche tout ce qu'il y a de plus classique, pour voir à peu près ce dont ce crétin n'était pas sûr.
Une fois qu'ils eurent « collisioné » dans les règles de l'art, il glissa le plus discrètement possible sa main sous le tee-shirt de son ami, histoire de vérifier s'il pouvait légitimement rajouter un « petit » devant le « ami ». La réaction ne se fit pas attendre : Tachibana effectua un bond assez remarquable pour impressionner la moitié des entraîneurs de basket du département, et atterrit sur ses fesses et sur le sol. Hiiragi renonça à dissimuler un soupir de frustration. Il y allait avoir du boulot. Le sexe viendrait après, enfin, pas trop longtemps après, espérait-il.
- Bon, tu vas être content, on arrête de se prendre la tête, fit-il, un peu plus brutalement qu'il ne l'aurait voulu.
- Hein ?
- On se couche. Sauf, bien sûr, si tu comptes rentrer maintenant ou dormir par terre. Et pour bien se faire comprendre, il se glissa sous ses draps, faisant signe à Tachibana de s'amener rapidement.
- Sûrement pas, rétorqua ce dernier, en se relevant comme si de rien n'était. Et il rejoignit Hiiragi, l'air plus buté que jamais.
A SUIVRE....
