Cadeau de Novembre
Chapitre Trois
La cigarette se consumait lentement, suspendue au-dessus du vide. Deux doigts la tenait négligemment, sans y faire vraiment attention. Il faisait un froid très sec en ce début de décembre, mais aucun vent ne soufflait et la fumée montait vers le ciel en volutes régulières.
Draco soupira longuement, rompant le silence oppressant. Il n'en avait plus l'habitude, de ce silence qu'il chérissait tant auparavant… Cela faisait déjà une semaine que Potter ne venait plus, comme il lui avait demandé. Il devrait se sentir content. Il ne l'était pas.
Des picotements le saisirent dans ses doigts immobiles. Il jeta la cigarette qu'il n'avait même pas fumé, la gorge nouée, pour se frotter les mains et essayer de les réchauffer en soufflant dessus, en vain. Il resserra les pans de sa cape autour de lui, se préparant à rentrer, et, jetant un dernier coup d'œil dans le parc, il se figea en apercevant une silhouette noire près du lac. Il n'avait pas besoin de se rapprocher pour la reconnaitre. Il savait, il sentait, que c'était Potter qui errait ainsi dans cette claire nuit d'hiver. Inexplicablement, il sentit son cœur se serrer. Alors malgré le froid, il décida de rester encore un moment. Pendant de longues minutes, il le regarda marcher lentement sur les berges du lac, taper quelque fois dans un caillou, s'arrêter pour regarder les étoiles… Et puis soudain, il le vit se retourner dans sa direction. Il ne voyait pas son visage, mais il sentait son regard peser sur lui. La sensation d'étau autour de son cœur se renforça et il ferma fortement les yeux, refusant de le voir, refusant de laisser s'échapper cette larme inopportune au coin de son œil. Lorsqu'il les rouvrit, Harry avait disparut. Une émotion toute nouvelle le traversa alors de part en part : la culpabilité.
- Bonsoir Potter…
Draco avait murmuré dans son dos, le faisant sursauter fortement et lâcher l'objet qu'il tenait entre ses mains. Se figeant littéralement, il n'osa pas se retourner. Il entendit le blond soupirer légèrement et avancer dans sa direction. Passant devant lui, il se baissa pour ramasser la lourde cape qui avait glissé des doigts du griffondor, la posa délicatement sur le canapé à sa gauche et se retourna enfin vers lui, l'air impassible.
- Je suis désolé, je venais juste récupérer ma cape, je l'avais laissé ici la dernière fois et, enfin, tu viens plus tard d'habitude, je voulais pas te déranger, débita Harry à toute vitesse, chuchotant presque à la fin de sa phrase.
Draco le regarda fixement quelques instants, le rendant horriblement mal-à-l'aise, puis ferma les yeux en se passant une main sur la nuque.
- Ce n'est pas à toi de t'excuser Potter.
Harry écarquilla les yeux, surpris.
- Qu-quoi ?
- Ce n'est pas à toi de t'excuser, c'est moi qui n'aurais pas du te parler comme ça. Alors voilà, je.. je suis désolé.
La difficulté qu'il avait eu à sortir ces quelques mots manqua de faire sourire Harry qui se retint malgré tout, ne voulant pas risquer de le froisser. Il ne put cependant réprimer son air béat.
- Tu t'excuses ? Toi ? Tu me demandes pardon, à moi, Harry Potter ?!
- Ne me fais pas regretter, grogna le bond.
- C'est… miraculeux…
- Potter !
- Ouais, ouais pardon.
Malfoy le regarda de nouveau, semblant s'arrêter sur les moindres détails de son visage, penchant légèrement la tête sur le côté.
- T'as une mine affreuse Potter, fit-il alors remarquer. Le brun baissa la tête.
- Ouais je sais, je dors pas très bien depuis que, enfin en ce moment.
Malgré lui, une nouvelle bouffée de culpabilité monta à la gorge de Draco qui décida de briser le silence gêné en sortant sur la terrasse. Il alluma une cigarette et aspira avidement la première bouffée, bouffée qu'il savoura pour la première fois depuis une semaine. Harry le rejoignit quelques instants plus tard, un sourire de nouveau plaqué sur les lèvres.
- Ça veut dire que je peux rester ?
- Un truc comme ça ouais…
Le griffondor se hissa souplement sur le bord du rempart, pivota et laissa ses pieds pendre dans le vide, comme il en avait prit l'habitude.
- Ça m'avait manqué, souffla-t-il finalement.
- Quoi ?
- Cet endroit, la vue, l'odeur du tabac, ton air grognon aussi…
Draco râla pour la forme, sans grande conviction, touché malgré lui.
- Moi aussi ça me manquait…dit-il au bout d'un moment.
- Je te manquais ? S'exclama Harry.
- Ne me fais pas dire ce que je n'ai pas dit Potter ! Rétorqua le serpentard, une légère rougeur aux joues.
Harry sourit sans faire de commentaires. C'était un peu comme rentrer chez soi après une longue absence, c'était bon…
- Est-ce que je peux te demander un truc ?
- Dis toujours… répondit Draco.
- Il y a une semaine, pourquoi est-ce que tu étais si en colère ? Parce que j'ai réfléchit et j'en suis venu à la conclusion qu'il y avait autre chose non ? Je veux dire, si je te dérange pas plus que ça aujourd'hui c'est que ma présence n'est pas si gênante alors… Harry se tut progressivement en avisant le visage de plus en plus fermé du serpentard. Enfin c'est pas grave, t'es pas obligé de répondre, rajouta-il alors précipitamment.
Malfoy prit le temps de tirer sur sa cigarette encore quelques bouffées, de l'écraser et d'en allumer une deuxième avant de prendre la parole.
- Je crois que… j'ai eu peur.
- Peur de quoi ? L'interrogea doucement le brun.
- Je sais pas… Enfin, quand t'as débarqué avec ton sourire radieux j'avais l'impression que t'étais tout content de me montrer la toute nouvelle déco de la cuisine et j'ai prit en pleine gueule cette…relation qu'on a depuis novembre. C'est pas normal ce truc de parler ensemble tous les soirs sans se foutre sur la gueule comme on en avait l'habitude avant. Alors quand j'ai réalisé ça j'ai eu peur, je me suis sentis dépassé par les événements et j'ai réagit un peu comme ça venait. Et c'est venu comme ça.
- Et maintenant, elle te dérange encore cette ''relation'' ?
- C'était pas pareil sans toi ici, finit-il par chuchoter.
Harry se retourna vers la forêt pour cacher au serpentard le sourire ému et heureux qui venait de prendre place sur ses lèvres.
- Tu vois que le cadeau n'est pas impossible à ouvrir Malfoy…dit-il doucement.
- Tu ne m'avais pas dit que cela serait aussi dur pour moi, rétorqua-t-il sur le même ton.
- La surprise et bien meilleure lorsque l'ouverture est récalcitrante. Elle prend tellement plus de valeur. Et puis j'aime prendre mon temps.
- Alors prenons le temps.
Contrairement à mes habitudes, j'ai décidé de ne pas les torturer plus longtemps... je me fais trop gentille...
