Cadeau de Novembre
Chapitre Cinq
C'est un timide rayon de soleil d'hiver qui réveilla Harry ce matin là. Un peu dans les vapes du sommeil, il se demanda vaguement ce qu'il faisait ici avant de se souvenir de la soirée. De sa blague. De leur lutte. De leurs baisers. De l'amour qu'il lui avait fait… Il se releva, rattrapa la couverture qui avait un peu glissé sur son corps nu et jeta un coup d'œil autour de lui. Il était seul. Désespérément seul. Déçu mais pas vraiment étonné, il se rhabilla lentement et lança un dernier regard sur le tapis qui avait accueillit leurs ébats de la veille avant de quitter la pièce, essayant de faire abstraction de son cœur douloureusement contracté.
Harry tournait lentement les pages d'un vieux livre à l'aspect miteux sans réellement les lire, davantage attentif aux moindres sons qui proviendraient de la petite trappe, signe d'un éventuel retour du blond, que des mots assommants qui dansaient devant ses yeux. Dans un soupir, il renonça à sa lecture, posa le livre et remonta sur lui la chaude couverture qui le protégeait du froid avant d'appuyer sa tête contre le rebord du canapé. C'est dans un état légèrement somnolent qu'une voix douce le surprit.
- Harry…
Il releva brusquement la tête, étonné de voir apparaitre par l'ouverture la chevelure hirsute de sa meilleure amie.
- Hermione ? Mais qu'est-ce que tu fais là ?!
Hermione grimpa les dernière marches de l'échelle, referma doucement la trappe et se dirigea vers son ami qui lui laissa une place sur le canapé. Elle s'y assit et le dévisagea un moment, un pli soucieux lui barrant le front.
- C'est Malfoy qui m'envoie, finit-elle par dire.
Harry eu le souffle coupé par cette simple phrase et écarquilla les yeux sous la surprise.
- Quoi ?!
- C'est à cause de Malfoy que je suis là. Enfin il me l'a demandé de façon détournée bien sûr, tu le connais mieux que moi…
- Il t'a parlé ?!
- En fait, au milieu d'une de ses interminables insultes vis-à-vis de mon intelligence de Sang-de-Bourbe, il a glissé « qu'en effet, laisser son soi-disant meilleur ami suicidaire seul en haut d'une tour était la preuve d'une vivacité d'esprit sans commune mesure ». Cela m'écorche un peu la bouche de dire ça Harry, mais je crois qu'il s'inquiète pour toi…
Le brun se détourna de son amie et afficha un petit sourire béat, les yeux rêveurs, en murmurant :
- Il s'inquiète pour moi…
Une douce chaleur se propageait en lui à cette simple idée et son cœur battait un peu plus vite, comme ressuscité après une semaine de froide hibernation.
- Harry, tu nous as menti ?
- Quoi ? s'exclama-t-il, confus, en la regardant de nouveau.
- Tu nous as dit que tu venais le rejoindre ici tous les soirs et que vous discutiez. Tu nous as dit que tu n'étais pas seul. C'est pour ça qu'on t'a laissé faire même si cette histoire ne nous plaisait pas du tout et qu'on s'inquiétait pour toi à chaque fois que tu quittais la salle commune. C'était un mensonge Harry ?
- Non ! Non pas du tout ! C'est la vérité ! Enfin c'était la vérité…
- Qu'est-ce qu'il s'est passé alors ?
Harry détourna les yeux, gêné, pour les poser sur ses mains qui s'entortillaient sur ses genoux.
- Harry ? le relança Hermione.
- C'est pas facile à dire…
- Il ne t'a pas fait de mal au moins ! Vous vous êtes battu ?
- Non.
- Et bien quoi alors ? s'impatienta-telle.
- … On a couché ensemble… finit-il par murmurer après un silence pesant.
Ne discernant aucune réaction de la part de la brune, il cru qu'elle n'avait pas entendu. Il osa alors la regarder et reconsidéra son jugement en avisant l'air profondément choqué de son amie qui, la bouche à moitié ouverte, le fixait avec de grands yeux.
- Je… c'est une blague ? demanda-t-elle d'une voix enrouée.
- Non.
- Mais… Tu étais… consentant ?
- Évidemment Hermione, mais qu'est-ce que tu vas imaginer… soupira-t-il.
- Excuse-moi d'émettre des hypothèses logiques pour tenter d'expliquer quelque chose d'aussi irrationnel ! S'exclama-t-elle.
- Cela ne te vient pas à l'esprit que nous aurions pu en avoir juste envie ?!
Alors qu'elle allait rétorquer quelque chose, la griffondor remarqua l'éclat blessé dans les yeux verts de son ami et s'en voulu de son impulsivité.
- Hum… Excuse-moi Harry, ce n'est pas ce que je voulais dire. C'est juste que c'est assez… inattendu. Je ne pensais pas que vous aviez de telles relations avec Malfoy. Enfin je ne savais pas quoi vous étiez, heu, gay.
- Je ne le savais pas non plus… C'est arrivé une seule fois Hermione, et je sais pas trop comment ni pourquoi à vrai dire…
Dans un sens, Harry était soulagé qu'une autre personne partage désormais ce lourd secret. Il avait l'impression que cela l'allégeait un peu, même si ce n'était pas vraiment le cas. Enfin, tout dépendrait de la réaction de la brune. Hermione intercepta alors le regard indécis que lui lançait son meilleur ami et se rendit enfin compte de la situation plutôt désagréable dans laquelle il devait se trouver. Il avait profondément besoin de soutient. Alors malgré la stupéfaction totale dans laquelle elle était plongé, elle se décida à jouer ce rôle et posa une de ses mains sur celles du brun qu'elle serra avec tendresse. Il la regarda avec une reconnaissance non feinte, sachant par ce geste que si elle ne comprenait pas encore, du moins elle acceptait.
- Que s'est-il passé ensuite ? L'interrogea-t-elle doucement.
- Je me suis réveillé le lendemain matin et il était parti. Ca fait une semaine qu'il ne vient plus, répondit-il d'une voix blanche.
- Et ça fait une semaine que tu l'attends… souffla-t-elle.
Le brun la regarda alors avec une telle tristesse au fond des yeux qu'elle prit conscience que quelque chose de vraiment très important était en train de se jouer. Tout ce qui était en rapport avec l'amour était important. Alors elle dégagea doucement une mèche brune du front de son ami avant d'y poser un baiser avec toute la tendresse et le réconfort dont elle était capable. Le brun se sentit enfin avoir le droit de craquer et le fit, blottit dans la douce étreinte de la jeune femme.
- Au fait, comment m'as-tu retrouvé hier ?
- Carte du maraudeur, répondit laconiquement Hermione qui lui tournait le dos et marmonnait des choses incompréhensibles depuis quelques minutes, parfois entrecoupés d'insultes toutes plus imagées les unes que les autres, ce qui amusait grandement le brun qui l'observait, tranquillement assis sur le canapé.
- Et tu comptes venir ici tous les soirs ?
La brunette s'arrêta de baragouiner pour se tourner vers lui, les bras croisés et un air suspicieux sur le visage.
- C'est une façon polie de me dire que ma présence t'indispose, cher Harry ? Si c'est le cas tu devras t'y faire. Ne pense pas une seule seconde que je te laisse le choix. Ce serait insensé de te laisser seul dans un moment pareil. Déjà que tu n'allais pas bien avant, l'autre peroxydé en rajoute une couche. Alors tu la ferme et tu subis, en silence !
Un sourire amusé étira les lèvres du brun qui se leva et vient prendre son amie dans les bras. Celle-ci perdit son air de major coincé et resserra son étreinte en soupirant.
- Je resterai le temps qu'il faudra Harry… murmura-t-elle.
- Je suis très heureux que tu sois avec moi… répondit-il sur le même ton.
Il restèrent enlacés quelques secondes supplémentaires, jusqu'à ce que la brune ne se défasse brusquement de l'étreinte en s'exclamant qu'elle avait « trouvé », pour se retourner vers le mur, baguette en avant, et prononcer une formule qu'Harry ne connaissait pas. Une lumière rougeâtre sortit de sa baguette pour s'écraser sur la paroi où une cheminée apparu brusquement. Un feu ronronnait doucement dans le foyer, dégageant une chaleur agréable. Harry lança un sourire amusé à la brune qui affichait un air extatique.
- Quoi ? J'avais froid ! Se défendit-elle en avisant l'air moqueur du brun.
- Il y a une chose que je ne comprends pas Harry…
- Hum ?
- Je trouve ton comportement étrange.
- Hum Hum…
- Parce qu'en fait… Harry ?
- Hum ?
- Tu ne m'écoutes pas du tout, hein ?
- Hum.
- Ron m'a demandé en mariage. Mais je compte refuser parce que je me suis aperçu que j'étais follement amoureuse de Rogue. Mais Rogue vit une aventure déchainée et passionnée avec Flitwick. Alors je suis malheureuse tu comprends ?
- Hum hum.
- Bon sang, Harry !
La brun leva enfin les yeux de sa lecture, vaguement surpris de ce soudain éclat de voix.
- Quoi ?
- Rien rien, il y a juste une heure que je te parle et que t'en fiche royalement.
Le brun soupira, ferma son livre qu'il posa délicatement sur le tapis près de lui.
- Je t'écoute.
- Tu es bien trop généreux, se moqua-t-elle avant de reprendre un air sérieux. Je me disais juste que tu n'avais pas l'air complètement… anéantit par cette histoire. Avec Malfoy. Pas que je voudrais que tu le sois hein ! Mais tu as juste l'air… neutre. Ni trop triste, ni trop en colère. C'est assez déstabilisant je n'arrive pas vraiment à savoir ce que tu ressens. Moi à ta place je-
- Je l'attends. C'est tout, répondit-il en haussant les épaules.
- Mais c'est avilissant pour toi, voyons ! s'exclama-t-elle. Il te laisse tomber comme une, heu… comme ça, et tu ne te donnes même pas le droit d'être en colère ?! Ce qu'il a fait est vraiment, vraiment… dit-elle, cherchant ses mots.
- Malfoyen ? proposa innocemment Harry, s'attirant un regard noir.
- Ce n'est pas une excuse Harry !
- Je sais. Mais je l'attends quand même. Et je continuerai de l'attendre quoique tu en penses, répondit-il d'une voix calme.
- Oui mais enfin… Tu n'as pas peur de… d'attendre pour rien ? demanda-t-elle doucement, faisant bien attention dans le choix de ses mots pour ne pas blesser son ami. A sa grande surprise, celui-ci sourit légèrement.
- Je sais qu'il va revenir ici un de ces soirs.
- Pourquoi ?
- Je commence à comprendre comment marchent les serpentards. Leur réputation n'est pas infondée, ils sont totalement dénués de courage.
Devant le froncement de sourcil de son amie, il daigna s'expliquer un peu plus.
- C'est déjà arrivé. Cette sorte de crise d'angoisse dès qu'il se passe quelque chose d'un peu important entre nous. La dernière fois il a mit une semaine à s'en remettre et c'était pour pas grand-chose. Alors je me doute bien qu'il mettra un peu plus de temps à assimiler le concept sur ce coup-ci. Je prends mon mal en patience et j'attends. C'est la seule chose à faire. C'est évident que chaque jour qui passe est un peu plus… difficile à supporter. Mais je sais au plus profond de moi qu'il reviendra, qu'il s'excusera à sa manière et que tout ira mieux. Ça me permet de tenir. J'ai répondu à ta question ? demanda-t-il après un court silence.
La brune hocha la tête et il retourna à sa lecture, la laissant un peu perdu devant les changements qui s'étaient opérés en si peu de temps chez son ami. Elle trouvait néanmoins que Harry devrait être beaucoup plus en colère et ne devrait pas avoir l'air d'avoir déjà pardonné à Malfoy alors qu'il ne s'était pas encore excusé, et qu'elle doutait qu'il le fasse un jour. Elle dévisagea son ami un instant, son air fatigué et triste, ses cernes sous les yeux et sentit son cœur se serrer. Dans un élan de tendresse farouche, elle eu la pensée que si Malfoy ne se ramenait pas rapidement, elle irait elle-même le chercher, quitte à utiliser la force.
