Dans la pièce, le silence se fit, et Sam eut l'impression d'avoir hurlé ce nom, bien qu'il l'ait murmuré d'une voix faible et à peine audible. Tom et Olo s'approchèrent de Sam et le prirent tout deux par l'épaule.

- Sam, commença Tom, tu sais bien que c'est impossible. Il est mort, tu le sais, n'est-ce pas ?

- Oui, dit Olo, ça fait longtemps même. Comment cette créature dégoûtante pourrait être…

- Ne l'insulte pas ! cria Sam.

Il avait fait volte-face et regardait maintenant ses deux amis. La colère, le doute et la douleur se lisaient dans ses yeux. Il se calma, puis reprit :

- C'est lui, je le sais, j'aurais du le voir tout de suite. Tu ne vois pas ses yeux ? Ils sont plus bleus que dans mon souvenir, ils ont changés, mais ce sont bien ses yeux et… Regarde son visage !

- On ne voit rien ici Sam, et il craint la lumière. Frodo n'a jamais craint la lumière !

- Mais c'est lui ! gémit Sam. Comment pouvez-vous en douter ?

- Mais regarde-le ! Ce n'est pas un Hobbit ! dit Tom.

- Et pourtant je te l'affirme ! Pourquoi ne me croyez-vous pas ? Vous m'appelez pour que je vous dise ce que c'est, je vous le dis et vous ne me croyez pas !

- Tu es fatigué Sam, cette créature te rappelle tes aventures et ton chagrin. Tu ferais mieux de rentrer te reposer chez toi.

- Mais je ne veux pas me reposer ! Vous ne comprenez pas.

- Sam… Ca ne peut pas être lui, même s'il lui ressemble en certains points. Ca ne peut même pas être un Hobbit !

Sam s'approcha à nouveau de la cage, au fond de lui tous se brouillait : il était heureux d'avoir retrouvé son cher maître, horrifié de voir ce qu'il était devenu, en colère de savoir que tout était de sa faute. Il s'agenouilla près de la cage où tremblait la pauvre créature.

- Frodo, murmura-t-il, Frodo c'est vous ?

Cela semblait absurde, vouvoyer cette créature repoussante, qui pouvait inspirer du dégoût ou de la peur. Mais Sam avait la conviction que c'était son Frodo. C'était forcément lui, et il ne le trouvait plus si repoussant.

- Où sont les clefs ? demanda-t-il d'une voix faible.

- Sam, on ne peut pas…

- Donne-moi ces clefs ! rugit-il.

-Tiens, dit Olo en lui tendant une grosse clef de fer, mais fais attention, quand on a voulu le faire sortir la première fois il a griffé et mordu trois Hobbits, il peut être dangereux.

Sam ne l'écoutait pas, et déjà il tournait la clef da, la serrure. Le « clic » se fit entendre, puis le grincement de la porte de fer, et Samwise entra.

- Monsieur Frodo, murmura-t-il la gorge serrée, c'est moi, votre Sam. Monsieur Frodo ?

Pour toute réponse, la créature se tassa dans son coin. Sam approchait à pas de loup, murmurant des phrases de réconfort noyées dans des sanglots. Lorsqu'il fut le plus proche possible de lui, Sam se pencha très doucement au dessus de lui. Le prisonnier bondit dans le coin opposé de la cage.

- Tu vois, Sam, vint la voix de Tom, Monsieur Frodo t'aurait reconnu. Allons, laisse donc cette pauvre chose, il a assez souffert comme ça.

Mais Sam n'écoutait pas, il recommença sa démarche d'approche, progressant le plus doucement possible. Cette fois il réussit à poser une main tremblante sur l'épaule fine du prisonnier. Celui-ci poussa un cri à la fois strident et rauque et s'agrippa frénétiquement aux barreaux de la cage.

- C'est moi, Frodo, vous ne me reconnaissez pas ? Oh, laissez-moi vous emmener chez vous, à Cul-de-Sac, ou n'importe où plutôt qu'ici. Je vous en prie.

Pour toute réponse, l'être se mit à sangloter sans vouloir lâcher les barreaux de sa prison. Sam enroula ses mains fortes autour de la taille frêle de la créature et tenta doucement de lui faire lâcher prise. Sa réaction fut immédiate : elle frémit et se mit à pousser une série de cris effroyables, comme si Sam essayait de la tuer. On aurait dit à la fois une plainte humaine et un cri d'animal. Sam en eut froid dans le dos et il lâcha le détenu.

- Sors de là Sam, s'il te plaît, sors, dit Tom d'un ton qui se voulait bienveillant. Tu te fais du mal, et visiblement tu lui en fais aussi. Allons, sors.

Sam n'avait plus la force de continuer, il sortit et tomba à genoux. Olo ferma la cellule à clef.

- Ne t'en fais pas, dit-il, je te promets qu'on ne lui ferra pas de mal tant qu'on ne saura pas qui il est réellement. Rentre chez toi mon gars, tu dois être à bouts de nerfs.

Sam se releva et se dirigea vers la sortie, accompagné de Tom. Il jeta un dernier regard à la cage et murmura d'une voix faible :

- C'est lui, c'est bien lui. Tom, si vous lui faite du mal je vous tuerez.

- Sam, calme-toi, on ne lui fera rien, tu le sais bien.

Puis la porte se referma derrière eux et Olo, resté seul pour surveiller l'étrange créature, entendit une voix rauque s'élever de la cage, mêlée à un bruit de sanglots :

- Sam…