Merci à mes quelques reviewers, ça fait toujours plaisir de se sentir encouragée (même si vous n'êtes pas très nombreux). Enfin, merci beaucoup et voici la suite !

Le soir venu, Sam raccompagna Frodo au Buisson de Lierre et l'aida à se coucher, puis il resta un moment avec lui. Lorsqu'il voulu partir, Frodo essaya de le retenir.

- Sam… Reste ?

- Non Frodo, pas ce soir. J'aimerais bien rester avec vous, je n'aime pas vous savoir seul. Mais bientôt vous ne serrez plus seul ! ajouta-t-il avec un sourire, vous viendrez vous installer chez vous, à Cul-de-Sac !

- Non, dit Frodo en secouant frénétiquement la tête. Pas Cul-de-Sac.

- Quoi ? demanda Sam dont la voix perdit toute trace de bonne humeur. Mais… vous n'allez pas rester ici tout seul ! Vous… Oh, Frodo, pourquoi non ? Vous préférez peut-être que nous vous laissions la place ? On peut déménager vous savez et…

- Non… ta maison maintenant. Moi… je veux rester seul.

- Non ! se récria Sam. C'est votre façon de me punir, c'est ça ? C'est votre façon de me rappeler ce que je vous ai fait ? J'vous en prie, ne vous isolez pas à cause de moi !

- … pas ta faute Sam ! Je… Pardon…

- Pardon pour quoi ? Monsieur, je vous en prie, venez à Cul-de-Sac. Pas immédiatement si c'est trop tôt pour vous, mais c'est chez vous !

- Reste cette nuit ?

Sam soupira et prit la main de Frodo.

- Je ne peux pas, il faut que je rentre. Mais je reviendrai tôt demain, je vous le promets !

- Merci Sam, sourit Frodo.

Sam porta la main de son maître jusqu'à ses lèvres et y posa un baiser. Il la lâcha avec réluctance et s'éloigna jusqu'à la porte. Avant de sortir, il se retourna une dernière fois et dit :

- Ca va aller ? Vous n'avez besoin de rien ?

Frodo se retint de lui dire qu'il avait besoin de lui, qu'il avait besoin de sentir sa présence forte et rassurante, qu'il voulait l'embrasser plus que tout autre chose, il se contenta de lui faire signe que tout allait bien et qu'il n'avait besoin de rien.

Sam referma la porte derrière lui, et Frodo fut à la fois peiné et rassuré de le voir partir. Il n'avait pas le droit de lui demander de s'éloigner de sa famille pour lui, surtout maintenant qu'il était cette chose repoussante, surtout quand ses sentiments étaient aussi inavouables et malsains.

- Sam, demanda Rosie après le repas, je peux te poser une question ?

- Oui, bien sûr.

- Est-ce que tu as pensé à moi pendant tes aventures avec Monsieur Frodo ?

Sam eut le souffle coupé. Non seulement il ne s'attendait pas à une telle question, mais il savait très bien que la réponse ne plairait pas à Rosie.

- Et bien… Je mentirais si je disais que tu occupais ma tête durant toute la quête mais… Rosie, essaye de comprendre, il y avait vraiment des choses plus importantes.

- Ah oui ? Comme quoi ? demanda-t-elle irritée.

- La survie de la Terre du Milieu par exemple ! Rose, pourquoi poses-tu des questions pareilles maintenant ?

- Sam ! Tu ne pensais pas à moi ?

- Rose, c'est ridicule, tu ne crois pas ? L'important n'est pas là ! Nous avions une mission à accomplir, et pas des moindres !

- Tu as raison, excuse-moi…

- Pourquoi te poses-tu ces questions ?

- J'ai l'impression que… enfin j'ai le sentiment que tu tiens plus à Frodo qu'à moi.

Sam sentit des sueurs froides lui parcourir le corps. Comment Rosie pouvait-elle savoir ? Il devait mentir, ou peut-être que l'honnêteté serait plus payante ? Après tout, Rosie pourrait comprendre… Et puis c'était sa femme, il devait être honnête avec elle.

- Rose… Je… C'est compliqué. Je t'aime, mais j'aime Frodo aussi.

Rosie plaqua une main sur sa bouche pour éviter un cri de stupeur. C'était impossible, il ne pouvait pas l'aimer, Sam était normal, lui !

- Je suis désolé, calme-toi, je vais t'expliquer !

- Tu… tu es…

- Attends, attends ! Oui, je l'aime, mais je t'aime aussi et… de toute façon j'essaye de ne plus y penser. C'est inutile ! Il me prendrait pour un fou, pour un… je ne sais même pas de quoi j'aurais l'air. Mais avec toi j'essaye d'oublier tout ça.

- Tu… m'aimes quand même ? bafouilla-t-elle, peu confiante.

- Bien sûr ! Pas exactement de la même façon, mais ça n'a aucune importance, parce que je ne veux plus l'aimer !

- P… pourquoi ?

- Parce qu'il ne m'aime pas, parce que ce n'est pas bien et parce que je suis avec toi…

- Mais… tu ne tenteras rien ? Tu me le jures ?

- Bien sûr Rose, je ne veux pas le faire fuir, je ne veux pas te perdre ! Mais…

- Oui ?

- Merci d'être aussi compréhensive.

- Merci d'avoir été honnête avec moi.

Sam soupira. Il souffrait, Frodo aussi. Elle, elle savait, elle pouvait leur permettre d'être heureux. Pourtant elle ne pouvait s'empêcher d'être égoïste. Après tout, Sam était père, il avait des responsabilités ! Et puis elle n'avait aucune envie de venir en aide à ces amours qu'elle trouvait immorales. Un Hobbit devait épouser une Hobbit et fonder une famille, on le lui avait appris dès son enfance !

Elle serra son mari dans ses bras et ils allèrent se coucher. Sam avait le cœur lourd de chagrin, Rosie lourd de secrets. Elle se demandait encore si elle ne devait pas lui dire. Mais après tout, Frodo lui avait dit de rien dire, donc elle se tairait, ainsi qu'elle l'avait promis…

Le lendemain, Sam se réveilla avec le souvenir d'une nuit agitée. Il avait eu du mal à s'endormir avec Rosie si proche de lui, Rosie qui lui avait pardonné, et lui qui avait promis d'essayer de ne plus aimer Frodo. Mais ce n'était pas aussi simple ! On n'arrête pas d'aimer quelqu'un parce qu'on sait que c'est ce qu'il y a de mieux à faire ! Sam ne pouvait pas contrôler ses sentiments et Rose ne s'en rendait pas compte.

Rose. Elle pensait tellement de mal de ces amours qu'elle ne comprenait pas, elle ne pouvait pas imaginer que Sam ne pourrait pas s'en défaire, pas aussi simplement…

- Bonjour Sam, murmura-t-elle dans son oreille.

- Bonjour Rosie, répondit-il d'un ton neutre.

Rosie roula paresseusement de son côté et lui déposa un doux baiser dans le cou. C'était la dernière chose à laquelle il s'attendait. Elle ne le repoussait pas, mieux, elle l'attirait à elle. Ce qu'il ignorait c'est qu'elle essayait tout simplement de le garder pour elle seule. Mais Sam se souvint de la promesse qu'il avait faite à Monsieur Frodo de venir le voir très tôt, et il se dégagea gentiment pour se lever.

- Où vas-tu ? demanda Rosie désappointée.

- Il faut… tu sais bien, il faut veiller sur…

- Oui, bien sûr, coupa-t-elle un peu sèchement. Tu ferais mieux d'y aller maintenant, tu seras plus vite revenu. D'ailleurs à quelle heure compte-tu rentrer ?

- Je… je ne sais pas trop.

- Parce que je te préviens Sam, si c'est pour te retrouver encore à moitié nu dans ses bras, ne compte pas sur moi pour…

- De quoi parles-tu ? demanda Sam.

- De la dernière fois, lorsque tu es resté dormir et…

- Rose, tu ne te rends pas compte à quel point c'est cruel de m'accuser de quelque chose que…

- … que tu aimerais bien faire ! s'énerva Rosie.

- De quelque chose que je n'aurai jamais tu le sait aussi bien que moi ! cria Sam.

- Mais tu le voudrais, n'est-ce pas ?

Sam soupira et reprit d'une voix calme :

- On a déjà discuté de ça, c'est fini, d'accord ? Il n'y a jamais rien eu et il n'y aura jamais rien.

- Comment peux-tu en être aussi sûr ?

- Tu ne me fais pas confiance ? Rose, même si j'avais l'intention de te tromper, il faudrait encore que Frodo veuille de moi. Et… c'est absurde ! Allons, on peut arrêter de parler de ça s'il te plaît ?

Rosie acquiesça, Sam l'embrassa sur la joue et sortit sans même déjeuner. De toute façon il n'avait pas faim. Toute cette histoire le tourmentait de plus en plus. Il était tellement reconnaissant envers Rose pour sa compréhension. Elle devait être quelqu'un de très fort pour supporter tout ça.

Lorsque Sam entra dans la chambre de Frodo, il ne fut pas surpris de voir qu'il dormait encore. Il avait l'air si tranquille. Le jardinier remarqua que ses cheveux commençaient à reprendre une couleur plus brune que noire, et qu'ils ondulaient de plus en plus. Ils étaient si longs et son visage était si fin que Sam lui trouvait parfois quelque chose de féminin. Il chassa ses pensées et se pencha au dessus du lit. Sans même qu'il ait dit un mot, Frodo ouvrit les yeux et sourit. C'était réconfortant de voir un sourire sur cette figure qui avait tant souffert. Sam eut soudain l'envie de se pencher un peu plus, juste un tout petit peu plus, et de l'embrasser tendrement. Mais il soupira simplement et sourit à son tour.

Les semaines s'écoulaient de la même façon, Sam se levait et se rendait au Buisson de Lierre pour prendre soin de Frodo. Celui-ci faisait des progrès considérables : il parlaient de plus en plus et sa voix n'avait plus rien d'un grognement, mais elle s'était réduite à un murmure. Cela incommodait un peu Sam car les phrases les plus banales se transformaient en paroles susurrées à son oreille, ce qui apportait la confusion dans son esprit.

- Sam, dit un jour Frodo. Ils m'ont gardé longtemps, tu sais ?

- Pardon ?

- Et leur nourriture était infecte. Et je ne pouvais pas bouger. Et…

- Monsieur Frodo ! s'exclama Sam en s'asseyant près de lui sur son lit, racontez-moi, ça ira mieux…

- Et la pièce… sombre, et leur voix… des cris !

- Chhh, je suis là, le réconforta Sam, je suis là maintenant.

Sam le prit dans ses bras. Il redoutait ce moment, Frodo lui ferait affronter la vérité : il avait failli à sa mission de protéger son maître, il s'en voudrait éternellement.

- Tu n'étais pas là. Je t'ai appelé longtemps ! Et ta chanson, si belle…

Dans les pays de l'Ouest, sous le Soleil

Les fleurs peuvent sortir au printemps, commença Frodo.

- Oh, Frodo, je suis tellement navré ! Je vous ai cherché, partout, mais je n'avais pas la moindre idée de l'endroit où ils vous retenaient !

- Plus haut, encore plus haut Sam.

- Je n'ai rien trouvé… Je vous en prie, pardonnez-moi… mais pas trop.

- Quoi ? Sam, tu…

- Je ne mérite pas que vous me pardonniez.

Frodo ne répondit pas, il se calla juste dans les bras de Sam et respira profondément, il avait rêvé de ses bras, là-bas, dans la tour. Mais il avait attendu en vain.

Soudain, on frappa à la porte. Sam releva la tête et sourit.

- Restez là un moment, d'accord ?

Frodo ne répondit rien et regarda Sam s'éloigner et se glisser discrètement hors de la chambre, le laissant seul sur le lit. Cette image lui évoqua celle d'un amant interdit. « Frodo Baggins, tu es stupide, cette pensée est stupide » se dit-il.

Sam discutait apparemment avec la personne qui avait frappé, puis il revint un moment plus tard, mais il n'était pas seul…

- Bonjour Frodo, dit Meriadoc Brandybuck, un peu gêné.

- M… Merry ?

- Bonjour Frodo, vint alors une voix inhabituellement faible.

- Pippin ! Oh, je… Sam ! Tu… tu les as prévenu !

- Bien sûr qu'il nous a prévenu, dit Merry d'une voix douce, tu ne pensais pas revenir à la vie et laisser tes deux cousins dans l'ignorance.

- Je crois qu'il était temps que vous voyiez un peu plus de monde. Vous auriez vite été fatigué de voir seulement votre vieux Sam.

- Vous… vous êtes grands ! s'exclama Frodo, ne sachant que dire d'autre.

- Oui tonton, plaisanta Pippin. Tu as raté pas mal de choses ici, et tu dois nous payer quelques bières pour te faire pardonner de… de…

Pippin ne put finir sa phrase, il fondit en larmes. Merry le prit dans ses bras pour le réconforter. Sam avait bien fait de les prévenir que Frodo avait changé. Néanmoins Merry se demandait à quoi il devait ressembler au tout début, quand ils l'avaient retrouvé… Enfin, ça n'avait pas d'importance, il était vivant et c'était tout ce qui comptait.

Merry et Pippin avaient reçu l'ordre de ménager leur cousin. De toute façon ils se rendirent bien compte qu'il n'était pas en état pour des retrouvailles chaleureuses et surexcitées. Ils s'assirent donc de chaque côté de lui et leur racontèrent calmement leur part de l'aventure, leur retour dans la Comté, et deux ou trois choses banales que Frodo écouta tout de même avec une grande attention. Il souriait beaucoup. Sam fut aisé de le voir si heureux. C'était grâce à ses cousins bien sûr. Il n'y avait pas meilleur réconfort. Sam éprouva une pointe de jalousie. Lui il était là pour sécher les larmes alors qu'eux les empêchaient de tomber et le faisaient même rire. Rire ? Sam sursauta. Il n'avait pas entendu de son aussi clair sortir de la gorge de Frodo depuis des siècle semblait-il. L'imitation de Treebeard par Merry semblait beaucoup lui plaire. Sam en eut les larmes aux yeux, mais il ne dit rien bien sûr. Que dire ? « Oh, vous avez ri ! Félicitations Monsieur ! » C'était ridicule.

- Je… je vais vous laisser, dit soudain Sam.

- Sam ? Non, voyons, pourquoi ? demanda Frodo.

- Je… vous avez des choses à vous dire. Je serai à Cul-de-Sac s'il y a le moindre problème. Vous avez repris des forces maintenant, vous n'avez presque plus besoin de moi.

'« plus besoin de moi » Sam, j'ai toujours besoin de toi !' pensa Frodo.

- Bien, je… je ne vais pas te retenir. Mais… tu peux rester, dit Frodo de son habituel murmure.

Et ce murmure était une invitation trop douloureuse pour Sam qui préféra simplement le remercier, saluer tout le monde et se retirer.

Ca recommençait, comme lorsqu'il était plus jeune. Merry et Pippin étaient là et Sam se sentait comme un intrus. Non pas qu'ils le traitaient en intrus, mais Sam ressentait à nouveau le poids de son statu de jardinier, et à ses yeux sa compagnie ne pouvait rivaliser avec un futur Thain ou Grand Maître du Pays de Bouc.

Pourtant, les autres Hobbits ne lui avaient jamais rappelé qu'il leur était inférieur, car cela n'avait jamais compté pour aucun d'entre eux ; ils étaient juste quatre amis.

En route, Sam s'arrêta et écouta le silence. C'était le milieu de l'après-midi, Rose serait contente de le voir rentrer plus tôt. Pauvre Rose, il ne passait presque plus de temps avec elle. Elle ne lui avait fait remarqué que très peu de fois, et Sam se demandait comment elle pouvait supporter cette situation. Il se montrait injuste avec elle, après la gentillesse dont elle avait fait preuve. Elle aurait pu le chasser, ne plus jamais lui adresser la parole, mais au lieu de cela elle tentait de le reconquérir, ou plutôt elle cherchait à éviter de le perdre.

Sam ne comprenait qu'à moitié pourquoi elle agissait ainsi. Après tout, il n'y avait aucune chance entre lui et Monsieur Frodo, elle n'avait pas à s'inquiéter !

Sam reprit son chemin pour rentrer, lentement, l'esprit perdu entre mille questions…