Allez, un petit chapitre angsty, qui me fait toujours monter les larmes aux yeux…

Sam allait de moins en moins voir Frodo. Bien sûr il l'aidait toujours pour les choses devenues un peu difficiles, comme le bain ou bien il l'emmenait marcher un peu, mais maintenant que Merry et Pippin étaient là (ils dormaient à Cul-de-Sac), Sam pensait que Frodo préférait rester avec eux. C'était sa famille, il devait vouloir passer plus de temps avec eux. Mais Frodo voyait cela différemment. Il pensait que c'était Sam qui s'était fatigué de devoir sans arrêt l'aider pour les plus simples choses. Il prenait ses repas avec ses cousins et mangeait beaucoup plus (il faut dire qu'ils l'y encourageaient vivement). Et Frodo commença à lui en vouloir, lui en vouloir vraiment…

- Sam, dit Frodo un jour qu'il lui séchait les cheveux après un long bain. Que crois-tu ?

- Pardon ? demanda Sam qui ne comprenait pas.

- Crois-tu que tu peux te défiler comme ça après ce que tu m'as fait ? Tu crois pouvoir m'abandonner comme tu l'as fait il y a si longtemps ? ajouta-t-il en se retournant.

Et ce regard… Sam en fut frappé. Son regard était noir de colère. Le jardinier trouva à peine la force de bafouiller :

- M… Monsieur, la dernière chose que je désire aujourd'hui c'est de vous abandonner.

- Alors où es-tu ? Pourquoi ne viens-tu plus ? Je veux que tu restes avec moi, tu dois rester avec moi ! C'est ton devoir !

Sam écoutait, perplexe, son maître lui crier dessus avec une rage qu'il ne lui connaissait pas. Il recula, effrayé, honteux même.

- Je… je croyais que vous étiez fatigué de m'avoir sans arrêt sur le dos, bredouilla-t-il. Je… je pensais que maintenant que vos cousins étaient là…

- Non Sam ! cria Frodo, c'est à toi de prendre soin de moi ! C'est ta faute si j'en suis là ! C'est ta faute si je suis incapable de m'occuper de moi ! Alors prends tes responsabilités…

- Ce serait plus simple si vous veniez à Cul-de-Sac Monsieur, répondit Sam en pleurs. Je sais bien que tout est ma faute… Je vous en prie, revenez chez vous…

- C'est trop tard ! Je n'suis… plus le même.

Sam ne supportait pas de le voir se mettre aussi en colère, il savait déjà qu'il était responsable de l'état de Frodo, mais se l'entendre dire aussi clairement raviva sa douleur et il tomba à genoux, les bras croisées sur le lit de plumes, pleurant toutes les larmes de son corps.

Frodo le regarda un moment, puis comprit qu'il était allé trop loin. Il s'agenouilla près de lui.

- Sam… Pardonne-moi, je suis stupide de te dire ça. Seulement je t'en veux pour quelque chose… une chose pour laquelle je ne devrait pas t'en vouloir et…

- Qu'est-ce que c'est Monsieur ? hoqueta Sam.

- Je… je ne peux pas en parler. Ca te ferait trop de mal.

- Frodo… vous pouvez tout me dire, et me faire tout le mal que je mérite…

- Mais pas ça ! Non, Sam, reprit-il d'une voix douce, tu ne peux pas comprendre ça.

Mais Sam crut comprendre, lui. Seulement il pensait se tromper, se tromper grandement même.

- S'agit-il de quelque chose qui vous fait mal au point que vous auriez préféré ne jamais revenir de notre voyage ? De quelque chose qui vous brûle et vous rafraîchi en même temps ? Et vous souhaiteriez que cette chose n'ait jamais existé ?

- Sam, comment… de quoi parles-tu ?

- Ca n'a pas d'importance.

- Si ! Ca en a ! C'est exactement ce genre de chose qui me hante mais… De quoi s'agit-il pour toi ?

Sam réfléchit un moment. Il se demandait comment ils en étaient arrivés à discuter de ça. Il se demandait ce qu'il devait répondre. Il se leva et s'assit sur le lit, Frodo le suivit et lui prit la main.

- Dis-moi, murmura-t-il. Dis-moi de quoi il s'agit.

- Vous le savez, non ? Est-ce que vous ressentez la même chose ?

- Sam, exprime-toi plus clairement, je ne comprends pas ce que tu veux dire !

- Frodo… je ne devrais pas vous le dire, vous allez me détester. Sauf si… Sauf si vous m'aimez aussi.

Frodo mit un moment à réagir à ce qu'il venait d'entendre. Il pensait que Sam ne le dirait jamais, il croyait encore se tromper. Mais pourtant Sam l'avait dit, Sam l'aimait, comme il l'aimait, lui. Pour répondre à la question que Sam n'avait pas énoncée à voix haute, Frodo se pencha sur lui et l'embrassa.

Oh, la douceur de ses lèvres, Sam crut s'être égaré dans un merveilleux rêve. Pourtant c'était bien réel, et il interrompit trop tôt le baiser.

- Frodo, je… Merry et Pippin ne vont plus tarder à arriver.

- Dis-leur que tu n'as pas besoin d'eux, dis-leur que tu resteras ici ce soir, supplia Frodo.

Sam regarda dans le bleu des yeux de Frodo. Il n'était plus aussi électrique qu'au début, on aurait plutôt dit le bleu du ciel, sans nuages. Et au fond de ce bleu, Sam reconnut la lueur à la fois plaisante et terrifiante du désir.

Mais Merry et Pippin entrèrent alors dans la chambre.

- Oh, bonjour Sam ! dit Merry.

- Bonjour Messieurs, répondit respectueusement Sam.

- Pas de « Messieurs » Sam, tu le sais bien ! s'exclama Pippin.

- Euh, Merry, Pippin, commença Frodo un peu gêné. Est-ce que cela vous dérange de… de repasser demain ? Je…

Merry regarda son cousin dans les yeux et comprit de quoi il s'agissait. Cela s'était toujours passé comme ça ente eux, depuis leur enfance. Un simple regard et Merry comprenait ce que Frodo avait en tête. Il sourit et dit :

- Bien sûr Frodo, tu viens Pip' ?

- Mais… protesta le jeune Hobbit.

- Allons, Frodo préfère rester seul avec Sam, murmura Merry entre ses dents.

Et Pippin le suivit dehors sans discuter. Ils allèrent s'asseoir dans l'herbe non loin de l'auberge, et Merry dit enfin :

- Tu ne diras rien à personne, d'accord ?

- Dire quoi ? demanda Pippin qui ne comprenait pas.

- Ce qu'il vient de se passer, ce qu'il va se passer.

- Et que vas-t-il se passer ?

- Pippin ! Tu ne comprends pas ? Sam et Frodo… ils s'aiment. Et ça fait un moment. Moi je le savais mais je ne voulais pas m'en mêler, ça ne nous regarde pas.

- Alors… ils… Pourquoi tu ne m'as rien dit ?

- Aucune idée. Bon, tu viens, on doit prévenir Rosie que Sam ne rentrera pas ce soir.

- C'est injuste pour elle, remarqua Pippin.

- C'est vrai, mais c'est juste pour eux, tu ne crois pas ?

- Comment ça ?

- Ben, ils ont assez souffert comme ça, non ? répondit Meriadoc.

- Peut-être…

Pendant ce temps, Frodo et Sam se regardaient timidement, comme s'ils ne s'étaient jamais vus auparavant.

- Sam, soupira Frodo, viens près de moi.

- Frodo… je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée…

- Pourquoi ? murmura Frodo dans le cou de Sam. Je comprends que tu me trouves…

- Non, c'est pas ça, seulement… Et Rosie ?

Frodo soupira et regarda Sam dans les yeux.

- Tu as raison Sam, mais… Je sais que c'est injuste pour elle, seulement je te veux pour moi seul, au moins une fois, tu comprends ?

- Mais on ne peut pas… Je suis père de famille, j'ai pas le droit de faire ça. Et… j'aime Rosie. Pas autant que vous, ajouta-t-il précipitamment, mais je ne veux pas la faire souffrir.

- Mais elle n'en saura rien.

- Alors c'est de ça que vous avez envie ? M'avoir comme ça, une fois, et puis c'est tout ?

- Non, bien sûr que non ! Si j'avais pu changer les choses, nous aurions eu une vraie histoire, comme dans les livres elfiques de Bilbo…

- Mais c'est impossible, termina Sam.

- Bien, si tu veux partir… je ne te retiens pas.

- Mais je voudrais rester, vous le savez, rester pour toujours !

- Alors fais-le !

- Ce n'est pas si simple ! C'est facile pour vous, vous n'avez pas…

Sam s'interrompit, horrifié par ce qu'il était sur le point de dire.

- Oui, continus, dit Frodo d'une voix glacée, qu'est-ce que je n'ai pas ? Une famille, des amis, des responsabilités, une vie ?

- Non, ce n'est pas…

- Mais oui, c'est tellement simple pour moi ! Je n'ai eu qu'à attendre dans ma tour que tu viennes me chercher comme un chevalier vient sauver sa princesse !

- Frodo je…

- Mais tu n'es pas venu ! Personne n'est venu ! Je n'ai eu qu'à rester là-bas, me nourrir de la sale nourriture des orques, me faire torturer, espérer mourir et pourtant rester en vie !

Frodo haletait, sa colère l'avait épuisé, il tenta de reprendre sa respiration.

- Non, ce n'est pas simple pour moi. J'aimerais pouvoir sortir, pouvoir regarder les gens dans les yeux sans leur faire peur, ne pas avoir honte de ce que je suis… Toi tu m'aimes, d'accord, mais tu me laisses ici tout seul. Je ne te demande rien que tu n'aurais pas envie de faire. Reste juste avec moi cette nuit. Reste et c'est tout. S'il te plaît…

Sam regarda dans ces yeux suppliants et il ne trouva pas la force de dire non. Il prit simplement Frodo dans ses bras et le serra fort contre lui. Puis, sans un mot, ils s'allongèrent et s'endormirent, des larmes séchant sur leurs visages endormis.