Rose fit entrer Frodo, qui était accompagné de ses cousins, et leur servit poliment une tasse de thé. Les voix des Hobbits s'élevaient faiblement dans le smial, évoquant à Rose une veillée funèbre.

- Et… où est-il ? demanda finalement Frodo après s'être renseigné précisément de son état de santé.

- Il est dans la ch…

Un grand fracas retentit, provenant du couloir. Rosie se leva, suivit des trois autres Hobbits, et ils se dirigèrent vers l'endroit d'où provenait le bruit.

Le couloir était très sombre et un guéridon avait été renversé, provoquant par la même occasion la chute d'un vase et des débris étaient étalés sur le sol. Rose alluma une lampe à huile et Frodo laissa échapper un cri de stupeur.

Sam était là, étendu par terre, le front ruisselant, le teint d'une pâleur inhabituelle.

Le jardinier releva la tête et vit Frodo, qui apparut à son cerveau embrumé dans un halo de lumière. Il était de nouveau comme avant.

- Sam, murmura Rose, pourquoi t'es-tu levé ?

- Il est là ? demanda Sam, il est là ?

Frodo et Rosie s'agenouillèrent près de lui, et Sam laissa sa tête tomber sur le sol.

- Attention, dit gentiment Frodo.

Il souleva la tête de Sam et la posa sur ses genoux. Il avait là une vision de ce qu'il avait lui-même été : faible, malade, et malheureux. Mais Sam guérirait plus vite, Frodo s'en faisait le serment.

Merry et Pippin l'aidèrent à le porter dans son lit, puis, après avoir appliqué un tissu humide sur son front pour faire tomber la fièvre, ils le laissèrent seul, endormi.

Les quatre Hobbits se rendirent dans la cuisine pour discuter de ce qu'ils allaient faire.

- Pippin, Merry, pouvez-vous aller chercher de l'eau ? Beaucoup d'eau, et la faire bouillir.

- Bien sûr, répondit Merry en entraînant sans plus tarder son jeune cousin vers le puits.

- Je vais dans le jardin, dit simplement Frodo.

- Que dois-je faire ? demanda timidement Rosie.

- Restez avec lui, il vaut mieux qu'il ait quelqu'un…

- Merci d'être venu, dit Rose.

- Merci à vous de m'avoir appelé, malgré tout…

Rose ne répondit pas et se rendit dans la chambre où dormait Sam. Frodo, quant à lui, parcourut les jardins à la recherche d'athelas. Sam en avait forcément quelque part, il savait que c'était une plante plus que miraculeuse. Mais où en avait-il mis ? Ca n'avait plus rien d'une mauvaise herbe qu'il arrachait systématiquement avant la quête !

Il en aperçut alors sous une fenêtre et il sourit : c'était bien là l'œuvre de Sam Gamgee, il avait cultivé la précieuse plante sous la fenêtre de la chambre de Frodo.

Sans plus s'attarder, Frodo en cueillit un énorme bouquet et il se rendit à la cuisine ou se tenaient ses cousins avec une marmite pleine d'eau bouillie. Frodo en versa dans plusieurs grands saladiers et y mit quelques feuilles d'athelas. Puis il porta le tout dans la chambre.

- Qu'est-ce que c'est ? demanda Rose.

- Une plante qui va purifier l'air. Attendez que l'eau refroidisse un peu et appliquez lui sur le front. Ca devrait aider la fièvre à tomber.

Rose fit ce que Frodo lui avait indiqué. Pendant ce temps, les trois cousins attendaient dans la cuisine en sirotant une tasse de thé. Ils s'inquiétaient pour Sam, mais ils se doutaient qu'il allait aller mieux.

- Entre nous, dit Merry à Frodo, tu sais bien pourquoi il est malade.

- Comment ça ?

- Tu sais aussi bien que nous que c'est toi qui l'as rendu malade. Enfin, prends-le pas comme un reproche ! ajouta-t-il précipitamment, seulement j'imagine que ton absence et tout…

- Peut-être, dit Frodo, mais ce n'est pas une excuse pour…

- Il est réveillé, intervint Rosie, il veut vous voir, ajouta-t-elle d'une petite voix.

- Moi ? demanda Frodo.

Rose acquiesça et Frodo se leva d'un pas chancelant. C'était très étrange : la situation avait été inversée très brutalement, il vivait à peu près heureux auprès de ses cousins, et Sam avait soudain besoin de ses soins. Jamais Frodo n'aurait pu imaginé que Sam ait besoin qu'on s'occupe de lui, qui passait son temps à s'occuper des autres…

Frodo entra dans la chambre. Il ne regarda pas Sam directement, mais il demanda tout de même, avec le ton de quelqu'un qui parle à un enfant :

- Tu vas mieux ? Tu as froid ou je peux ouvrir la fenêtre ?

- Viens, dit Sam en oubliant le vouvoiement de rigueur.

Frodo s'approcha du lit et s'assit sur le rebord, prenant la main de Sam dans la sienne. Il sourit gentiment et écarta des mèches qui tombaient sur le front du jardinier.

- Vous allez mieux.

- Ce n'est pas ce qui compte aujourd'hui, répondit Frodo avec un sourire.

- Si… Je voulais que vous guérissiez. Ils vous on bien soigné à Creux-de-Crique. Alors qu'ici…

Des larmes se formèrent dans ses yeux. Frodo les essuya doucement.

- Non, ne dis pas ce genre de bêtises ou je m'en vais. Allons Sam, il faut guérir, et se lamenter ne vas pas t'aider. Je vais bien, c'est le plus important, non ?

- Oui…

- Alors à ton tour. Tu t'es bien occupé de moi, je vais en faire autant. Et tout le monde va m'aider et tu vas aller mieux.

Frodo se pencha et embrassa Sam sur la joue.

- Frodo, gémit Sam, je veux pas… que vous partiez.

- Je ne pars pas, je vais juste dans la cuisine, et je resterai là cette nuit.

- Revenez vivre ici.

- On reparlera de ça quand tu iras mieux, d'accord ?

Sam hocha de la tête, la reposa lourdement sur les oreillers et tomba dans le sommeil.