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Le lendemain matin, lorsqu'il se réveilla, Frodo fut surpris d'être à nouveau à Cul-de-Sac. Il avait dormi dans son ancienne chambre, et Merry et Pippin avaient partagé une chambre d'ami en face de la sienne. Sam était à une porte de distance de Frodo.
Il se leva et s'habilla puis se rendit directement dans la chambre de Sam, sans prendre le temps de déjeuner. Les bruits provenant de la cuisine lui indiquèrent que ses cousins avaient donné priorité à l'appel crucial de leur estomac.
En entrant, Frodo fit très attention à ne pas faire de bruit. Rosie s'affairait déjà autour de Sam, vérifiant sa température et lui donnant de quoi manger. Lorsqu'elle vit Frodo entrer, elle s'interrompit et dit :
- Vous… vous voulez peut-être que je vous laisse seul avec lui ? Je…
- Oh, non ! Vous pouvez continuer, je viens pour voir si tout va bien.
- Je préfère vous laisser, dit-elle en baissant les yeux.
Et sans que Frodo puisse protester, elle quitta la pièce, et Frodo fut de nouveau seul avec Sam.
L'ancien porteur de l'Anneau s'approcha du jardinier et s'assit sur une chaise, près du lit.
- Frodo… murmura Sam.
- Je suis là Sam, répondit Frodo d'une voix très douce. Tu vas mieux ?
- Oui, un peu.
- Sam, dis-moi ce qu'il s'est passé. Comment es-tu tombé malade ?
- Trop travaillé… pas mangé.
- Mais pourquoi as-tu fais ça ?
- Pas là… Vous n'étiez pas là, répéta-t-il plus clairement.
- Oh Sam ! Mais ce n'était pas la peine de t'en rendre malade !
- Ne vous sentez pas coupable, je… je suis désolé.
- Non Sam, ce n'est pas vraiment ta faute, tu es trop bête, dit-il en souriant.
Sam tendit la main et Frodo la prit.
- Tu te sens prêt à te lever ou bien tu veux encore rester ?
- Je veux bien essayer, murmura Sam.
Frodo se leva et aida Sam à sortir de son lit. Celui-ci s'appuya sur son maître et chancela.
- Tu es sûr de vouloir te lever ? Tu vas y arriver ?
Sam hocha la tête. L'athelas lui avait visiblement fait beaucoup de bien, mais il manquait encore de force et il lui fallait se remettre à manger.
Frodo fit asseoir Sam sur le lit et s'éloigna un instant. Il revint avec une robe de chambre d'hiver et la fit mettre au jardinier. Il se releva et avança tout doucement jusqu'à la cuisine où discutaient Merry, Pippin et Rose.
Lorsqu'ils virent que Sam entrait, accroché à Frodo, ils poussèrent une exclamation.
- Oh, Sam ! dit Rosie, tu es levé !
Elle lui fit une place à table et tout le monde commença à le servir.
- Doucement, dit Frodo en riant, je doute que Sam veuille manger tout ça !
Rosie fronça légèrement les sourcils : d'accord, elle avait eu besoin de lui pour guérir Sam, mais ce n'était pas une raison pour qu'il le materne et se comporte comme si rien ne s'était passé. Rose était de nature généreuse, mais elle gardait une certaine hostilité à ce qu'il se passait entre eux. D'abord parce que Sam était son mari et ensuite parce qu'elle jugeait toujours cet amour comme étrange et contre-nature. Mais elle essaya de ne rien laisser paraître pour que la guérison de Sam se passe pour le mieux.
Après le petit-déjeuner, Sam se sentit un peu étourdi et Rose insista pour qu'il retourne se coucher. Lorsqu'il fut installé, Rosie retourna dans le salon où Frodo lisait un livre (Merry et Pippin n'avaient pas fini de manger). Elle s'approcha avec précaution et s'assit près de lui.
- Monsieur Frodo, commença-t-elle, j'aimerais vous parler…
- Bien sûr, répondit le Hobbit en refermant son livre.
- C'est… assez privé, continua-t-elle en jetant un regard discret vers les deux affamés.
- Oh, bien sûr.
Ils se levèrent et se rendirent dans la chambre de Frodo. Rose s'assit sur une chaise et Frodo sur le rebord du lit. Il croisait nerveusement les mains devant lui, sachant que cette conversation risquait d'être délicate.
- Monsieur, reprit-elle, je voudrais savoir pourquoi vous m'avez menti l'autre jour.
- Je vous demande pardon ?
- Lorsque je vous ai demandé ce qu'il se passait avec Sam, et vous m'avez dit qu'il ne se passait rien. Ensuite il m'a tout avoué. Pourquoi m'avoir fait croire qu'il ne vous aimait pas ? Moi je savais déjà qu'il vous aimait !
- Vraiment ?
- Oui, il me l'avait avoué quelque temps après votre arrivée.
- Il vous l'a vraiment dit ? demanda Frodo déconcerté.
- Bien sûr, et il vous l'a avoué aussi, semble-t-il.
Frodo prit sa tête dans les mains. Il respira profondément et regarda à nouveau Rosie.
- Ecoutez Madame, je suis vraiment désolé pour ce qu'il s'est passé. C'était ma faute, je ne veux pas ruiner votre vie. Je repartirai quand Sam sera à nouveau sur pieds.
- Alors c'est inutile de le soigner ! Si vous partez encore il sera malheureux ! C'est vous qu'il veut ! Pas moi ! Je ne peux rien pour lui, et je crois qu'il ne veut pas vraiment de moi.
Rose avait les larmes aux yeux, mais elle restait droite et essayait de cacher son émotion.
- Je suis sûr que non, Rose, il vous aime, c'est évident.
- Alors pourquoi a-t-il besoin de vous pour guérir ? Pourquoi s'est-il levé pour la première fois depuis une semaine à votre arrivée ? Il s'est rendu malade de votre absence. D'ailleurs vous avez toujours été un sujet délicat ! Quand tout le monde vous croyait mort, pardonnez-moi de vous le dire, Sam interdisait l'accès à votre chambre, il ne supportait pas qu'on parle de vous, et très souvent il pleurait. La nuit, il se réveillait, il avait des crises d'angoisses. Et le jour il paraissait loin, comme s'il vous cherchait tout au fond de lui-même !
Frodo écoutait, le récit de Rosie était passionné, elle avait apparemment beaucoup souffert de cette situation.
- Et puis vous êtes revenu, et il était le seul à y croire. Une joie nouvelle est apparue au fond de ses yeux, même s'il se sentait très coupable de vous avoir abandonné comme il dit. Et il était différent, ou plutôt il était comme avant, avant que vous ne partiez dans le grand monde tout les deux.
Rosie reprit sa respiration, des larmes coulaient sur ses joues.
- Peut-être qu'il m'aime, c'est vrai. Mais pas autant que vous, et je ne veux pas avoir à vous le prouver.
Frodo ne répondit pas, qu'aurait-il put dire ? Rose était certaine de ce qu'elle disait. Lentement, il prit une profonde respiration, et tenta de répondre :
- Ecoutez, Rose, je suis désolé d'être la cause de vos soucis, mais soyez rassurée, je ne vais pas rester longtemps. Lorsque Sam sera guéri, je retournerai à Creux-de-Crique, avec mes cousins.
- Non ! s'exclama une voix qui n'était pas celle de Rosie.
Frodo se retourna, et vit Sam qui se tenait dans l'encadrement de la porte, faiblement appuyé à la poignée.
- Sam, murmura Rosie, il faut aller te coucher…
- Mais tu l'as entendu, dit-il d'une voix tremblante, il veut encore partir ! Frodo, s'il vous plait…
- Sam, commença Frodo, je n'ai pas le droit de rester…
- Et pourquoi ? C'est chez vous ici ! Je n'veux pas que vous partiez !
- Ce n'est pas aussi simple, Sam.
- Mais pourquoi ? demanda-t-il d'une voix plus forte.
- Parce que vous n'avez pas le droit ! cria Rosie à bouts de nerfs.
Sam et Frodo regardèrent la jeune Hobbit, le visage rouge, et les yeux humides.
- Vous ne pouvez pas faire ça ! Et de toute façon c'est… impossible !
- Rose, ne vous en faites pas, dit Frodo d'une voix douce, je ne vous nuirai plus, je vais m'en aller.
- Non ! dit à nouveau Sam. Restez !
- Si vous partez, commença Rosie, vous nuirez de toute façon : Sam sera malheureux, et moi aussi.
- Mais nous n'avons pas le droit de vous faire souffrir ! s'exclama l'ancien porteur de l'Anneau.
- C'est trop tard, dit faiblement Rose. Vous n'allez pas vous fuir et vous poursuivre éternellement ! Peut-être que je souffre, mais vous aussi, et aucun de vous ne le mérite… Pas après ce que vous avez fait pour la Comté. Pourtant… vous aimer comme vous le faites… vous n'en avez pas le droit.
- C'est faux Rose, gronda Sam.
- Mais c'est impossible ! Je te l'ai déjà dit ! Et… c'est interdit !
- Pas du tout, dit Sam, rien ne l'interdit !
- Mais… ce n'est pas ainsi que les choses se font !
- Elle a raison Sam, soupira Frodo.
Sam tourna lentement la tête, ce n'était vraiment pas ce dont il avait besoin pour guérir. Il regarda longuement Frodo et tomba à genoux.
- Vous… vous ne m'aimez pas ! sanglota-t-il. En fait vous ne m'aimez pas !
Frodo s'agenouilla près de lui.
- Je t'interdis de dire ça, Sam. Mais il faut nous rendre à l'évidence : ça ne mène nul part !
- Pourquoi vous n'essayez pas de vous battre pour nous ? Je peux plus me battre pour nous deux… Monsieur Frodo, s'il vous plaît…
- Sam, commença Frodo gêné, tu aimes Rose, et ta famille, n'est-ce pas ?
- Bien sûr ! Mais…
- Alors tu dois faire ça pour eux Sam, continua Frodo, si tu m'aimes tu dois pouvoir renoncer à moi. Je ne vaux pas tant de souffrances, et je ne le supporterais pas.
- Evidemment, dit Rosie, c'est simple pour vous de dire ça. Mais le mal est déjà fait si je puis me permettre. Dorénavant, quoi qu'il arrive, je saurai que Sam m'aime moins que vous, car c'est bien cela, n'est-ce pas Sam ?
Sam releva la tête et essaya de soutenir le regard de Rosie, mais il baissa très vite les yeux et murmura :
- Je suis désolé Rose, mais tu as raison. Je… Je t'aime tu sais ! Mais c'est tellement différent.
- N'essaye pas de m'expliquer, dit Rosie qui pleurait à chaudes larmes, je vous laisse vous expliquer entre vous.
Et à ces mots, elle s'enfuit de la chambre, laissant derrière elle un Frodo on ne peut plus embarrassé et un Sam tremblant. Lentement, Frodo se releva et entraîna Sam avec lui. Il le fit s'asseoir sur son lit et lui prit les mains. Sam ne frissonnait pas seulement de chagrin. Frodo porta une main à son front.
- Oh, Eru, Sam ! Tu es brûlant de fièvre ! Il faut t'allonger.
Sam essaya de se lever, mais ses jambes fléchirent. Frodo rabattit en vitesse les épaisses couvertures de son lit et y installa Sam le plus confortablement qu'il put. Il le couvrit le plus possible et alla chercher de quoi faire tomber la fièvre.
En sortant dans le couloir, il vit Rosie qui transportait un sac visiblement assez lourd.
- Madame, dit Frodo intrigué, vous… où allez vous ?
- Je vais rejoindre les enfants chez mes parents, pendant quelques temps. Faites ce qu'il vous plait. Après tout, vous êtes chez vous ici, ajouta-t-elle avec amertume.
Frodo n'eu pas le temps de répondre que déjà elle avait claqué la grande porte d'entrée, partant sans se retourner.
Dans la cuisine, Meriadoc et Peregrïn discutaient et Frodo ne voulut pas leur parler de ce qu'il venait de se passer. Mais toujours très curieux, ils l'interrogèrent sur le départ soudain de Rose. Frodo leur explique brièvement la situation, et s'enfuit dans sa chambre, un bol d'eau chaude dans une main, de l'athelas et des compresses dans l'autre.
Lorsqu'il entra dans la chambre, Sam ne dormait pas et semblait anxieux. Il avait entendu la porte claquer et se demandait ce qu'il s'était passé.
- Sam… Rose… Rose est aller s'occuper de ses… de vos enfants, dit-il avec difficultés, elle est chez ses parents pour quelques temps. Ne t'inquiète pas, elle reviendra.
Sam ne répondit pas, il hocha la tête et essaya de s'asseoir. Frodo vint placer les oreillers derrière sa tête.
- Je… je ne devrait pas être ici, déclara soudain Sam.
- Allons, et pourquoi cela ? demanda Frodo en lui appliquant une compresse d'eau infusée sur le front.
- C'est… c'est votre chambre. La chambre du maître…
- Tu es le maître de Cul-de-Sac, je ne comprends pas pourquoi tu n'as jamais investi la pièce…
- C'est la vôtre, c'est votre chambre… Et où allez-vous dormir ?
- Il y a bien assez de place dans le smial pour que je trouve un coin où dormir, non ? répondit-il avec un sourire. Promet-moi de ne plus jamais te lever comme aujourd'hui. Attends au moins que l'on vienne t'aider, tu es trop faible pou marcher.
- Mais ça va, je peux aller dans ma chambre, non ?
- Mais non, voyons. J'en profiterai pour changer les draps de ton lit, comme ça tu y seras mieux quand tu y retourneras, d'accord ?
- Changer les… Monsieur ! Vous n'y pensez pas ? s'exclama Sam dans une tentative de se lever.
Frodo sourit et ne répondit pas, Sam aurait beau protester, il devrait laisser Frodo s'occuper de lui.
Une semaine passa tranquillement, Rose revint juste une fois pour que Robin et Goldie puissent voir leur père. Celui-ci allait beaucoup mieux, il n'était presque plus malade. Il essaye de convaincre Rose de rester, mais la jeune Hobbit préféra rester chez ses parents avec les enfants, le temps que toute l'histoire soit éclaircie.
Goldie était d'ailleurs ravie de revoir Frodo, et lui posa un tas de questions sur la quête, comme pour vérifier les récits de son père. L'ancien porteur de l'anneau constata que Sam avait embelli le rôle de son maître et ne s'en était donné qu'un tout petit. C'est ainsi qu'il avait raconté à la petite que Frodo avait gravi la montagne du Destin et jeté l'anneau tout seul, alors qu'il n'avait même pas été plus loin que la tour de Cirith Ungol. Mais Frodo ne lui en teint pas rigueur : si Sam avait dit la véritable histoire, la pauvre enfant aurait bien put prendre peur.
- Et après tu as couru avec mon papa et vous êtes revenus vers tontons Merry et Pippin ?
- En quelque sorte, répondit Frodo avec un sourire.
Lorsque Rose repartit, Sam réinvestit sa chambre, et Frodo, voyant qu'il allait mieux, se prépara à repartir au Creux-de-Crique. Mais Sam l'en empêcha bien vite.
- Monsieur Frodo ?
- Sam ! Je…
- Alors, c'est ainsi ? Vous allez partir ? Me laisser tout seul ?
- Non, bien sûr que non ! Tu n'es pas seul !
- Mais si, Rose ne reviendra pas ! Et… c'est vous que je veux !
- Sam… ce n'est pas raisonnable. Pense à tes enfants ! Pense à ce que les gens diraient !
- Je me fiche de ce que les autres peuvent dire ! Restez, je ne vous demande rien de plus ! Juste d'être là…
Frodo réfléchit un instant, puis répondit :
- Bien, ça je peux le faire. Laisse-moi au moins dire au revoir à mes cousins.
- Ils s'en vont ?
- Evidemment ! Ce qui veut dire qu'il n'y aura plus que toi et moi… Tu es sûr que tu veux encore que je reste ?
- Bien sûr ! Je… je ne vous promets pas que j'arriverais à…
- A quoi ? demanda Frodo amusé, à être sage ?
Sam déglutit et acquiesça faiblement. Frodo était si séduisant quand il parlait ainsi.
- Bien, si tu ne te tiens pas correctement, j'ai bien peur que…
- Que quoi ? demanda Sam inquiet. Vous ne partirez pas, n'est-ce pas ?
- J'ai bien peur que je ne me tienne pas correctement non plus…
Frodo sourit avec malice et se dirigea vers le hall où Merry et Pippin s'apprêtaient à partir. Sam resta en arrière un instant, troublé par l'attitude de Frodo. Puis, il rejoignit tout le monde pour les au revoirs.
