Remus Lupin apparut directement dans la salle de réunion. Le professeur Dumbledore s'y trouvait déjà, assis sur un fauteuil en velour près de la cheminée remplie de bûches empilées. Dès que Remus s'approcha du directeur celui-ci fit apparaître deux tasses de thé fumant et dit à Remus :
"Asseyez-vous, Remus."
Remus s'assit sans un mot, le regard froid. Puis, allant droit au but, il demanda :
"Quand allez-vous mettre Harry au courant pour l'animam legata ?"
"Remus, je…" commença Dumbledore en faisant rouler la tasse chaude entre ses mains.
"Stop Albus ! Avec tout le respect que je vous dois, je ne veux pas de discours grandiloquent ; je veux une réponse claire, nette et précise !" s'énerva Remus, ses yeux pétillants de colère.
"J'avais l'intention de lui dire à la rentrée", avoua Dumbledore en regardant Remus droit dans les yeux. "Après sa réaction il y a quelques semaines quand je l'ai mis au courant pour la prophétie…"
"Sa réaction ?" souffla Remus, semblant s'être un peu calmé. Sa curiosité surmonta sa colère et il but une gorgée de thé pour se détendre.
"Il n'a pas très bien pris le fait de ne pas l'avoir mis au courant plus tôt et a… disons qu'il a... un peu dérangé mon bureau", expliqua le directeur avec une lueur de regret dans le regard.
Remus ne dit rien et se leva. Dumbledore l'observa, s'attendant apparemment à ce qu'il s'en aille, mais il n'en fit rien.
"Harry n'est plus un enfant", déclara Remus soudainement.
"Je le sais", répondit doucement Dumbledore, voyant où voulait en venir Remus. "J'ai fait de nombreuses erreurs en lui cachant tant de…"
"Alors pourquoi continuez-vous à lui cacher la vérité, Albus ?"
"Je veux d'abord qu'il me pardonne, sinon il se pourrait bien qu'il ne me fasse plus confiance", avoua tristement le vieux directeur à contrecœur.
"Et comment comptez-vous faire pour qu'il vous pardonne ?" questionna Remus, une pointe de sarcasme dans la voix.
"Je vais lui parler et… je l'ai laissé aller à Godric Hollow. Seul."
Remus s'arrêta brusquement de tourner en rond et se tourna lentement vers Dumbledore, incrédule.
"C'est ce que vous avez vu dans l'animam legata ? Il est parti à Godric Hollow ?"
"Oui, il se trouvait à Kings Cross devant une carte et cherchait, d'après ce que j'ai pu voir, la ville la plus proche de Godric Hollow. Je suppose qu'il doit déjà s'y trouver", expliqua Dumbledore avant de se lever à son tour. "Il reviendra ce soir."
"Et s'il lui arrive quelque chose ?" s'inquiéta Remus, toute colère disparue.
"Je ne pense pas qu'il se fera attaquer", répondit le directeur sereinement, "mais s'il a besoin d'aide, je le saurai."
"Comment ?" demanda le loup-garou en fronçant les sourcils.
Dumbledore lui sourit et ses yeux pétillèrent de malice. Il passa devant lui et ouvrit la porte qui donnait sur le hall d'entrée. Avant de rejoindre les autres dans la salle de séjour, il se tourna vers Remus et dit d'un ton enjoué et amusé :
"Ah, ça, mon cher Remus, est un secret bien gardé."
Harry passa par la porte du cimetière avec une certaine appréhension. Il avait les jambes en feu après une heure de marche sous ce soleil d'été et avait bu presque toute l'eau qu'il avait apportée.
En arrivant il avait tout de suite repéré le cimetière situé à l'entrée du village paisible qu'était Godric Hollow. Il se trouvait sur une petite colline; les tombes de marbre blanc semblaient s'illuminer au soleil et le cimetière disparaissait alors sous une lumière blanche éblouissante. Harry se remit à marcher; il passa lentement dans les allées fleuries, lisant les noms sur les tombes. John Crush, Steven Watson, Margaret Ripen…
Puis soudain, il aperçut deux tombes côte à côte dépourvues de fleurs et assaillies par les mauvaises herbes. Harry s'avança lentement et lut l'inscription gravée sur une plaque de marbre rose posée entre les deux tombes :
James & Lily
POTTER
Ensemble dans la vie comme dans la mort,
Parents et amis formidables,
R.I.P
Un étrange symbole semblait avoir été rajouté au-dessus de l'inscription. C'était une fleur de lys entrecroisée avec une épée dont le manche paraissait être en flamme. Harry s'accroupit, et sans s'en rendre compte, murmura :
"Salut, papa, maman."
Une larme roula sur sa joue. Puis deux. Puis trois. Et agenouillé devant les tombes de ses parents, il continua à pleurer silencieusement, et tout ce qu'il avait cru qu'il dirait resta coincé au fond de sa gorge. Il ne pleurait pas à cause de la douleur de les avoir perdu ; il ne se souvenait presque pas d'eux et ne leur avait même jamais parlé. Mais il pleurait par jalousie de ses amis qui avaient leurs parents à leurs côtés, il pleurait aussi pour tout ce qu'il ne pourrait jamais dire à ses parents et pour tout l'amour qu'il aurait pu recevoir et qu'il ne recevrait jamais. Et il aurait aimé pouvoir se rappeler d'eux et du moindre trait de leurs visages sans devoir regarder des photos.
Quelques minutes plus tard, il se leva et alla ramasser quelques fleurs sur l'herbe à quelques mètres. Il fit un petit bouquet et ne put s'empêcher de se sentir ridicule. Un adolescent de quinze ans qui ramassent des fleurs des champs, on aura tout vu ! pensa-t-il. Il revint devant les tombes et y posa délicatement les fleurs.
"Je reviendrais", promit-il avant de s'éloigner vers le village.
Quand Dumbledore pénétra dans la salle de séjour toutes les personnes présentes se tournèrent vers lui. Tonks était revenue du ministère et chuchotait avec Ron et Hermione qui arboraient une mine anxieuse. Mme Weasley, qui semblait avoir pleuré toutes les larmes de son corps, se leva dès qu'elle aperçut Dumbledore et s'écria :
"Où est Harry ? Arthur ne m'a rien dit et…"
Dumbledore leva sa main droite pour obtenir le silence et déclara calmement :
"Ne vous inquiétez pas pour Harry, il n'a été ni attaqué, ni enlevé, et il ne lui est rien arrivé."
Un brouhaha éclata dans la pièce alors que tous se mettaient à chuchoter entre eux, incrédules.
"Pourquoi n'est-il pas à Privet Drive alors ?" demanda Dedalus Diggle d'une voix forte.
"Il s'est rendu quelque part – sans mon autorisation, je l'avoue – mais je ne crois pas qu'il soit utile d'aller le chercher. Il reviendra ce soir", assura le directeur de Poudlard en regardant tout le monde d'un air bienveillant.
"Mais il pourrait lui arriver quelque chose !" s'affola Mme Weasley en tordant ses mains sur son tablier magique qui faisait disparaître les tâches automatiquement. "Il est tout seul et…"
"Molly ! Harry sait se débrouiller seul", réprimanda son mari, même si lui aussi était inquiet pour Harry.
"Mais c'est un enfant ! Et après ce qui s'est passé avec Sirius, vous ne devriez pas le laissez seul !"
"Assez ! Arthur a raison, Molly", dit Dumbledore qui au fond de lui savait qu'il ferait mieux de l'écouter. "Si vous avez besoin de me contacter, je serais dans mon bureau à Poudlard. Il est temps que je me mette à trier toute cette paperasse qui encombre mes étagères !"
Et avant que Molly ne puisse rajouter quelque chose il disparut sans un bruit.
Harry passa le reste de la matinée à se balader. Il n'avait pas le courage de s'approcher des ruines de la maison qui l'avaient abritée avant que Voldemort attaque sa famille et avait donc décidé de marcher sans but tout en restant loin des ruines à la sortie du village.
Il était en train de marcher à travers un champ de blé en repensant à la prophétie quand il entendit des voix effrayées :
"Il y en a un qui arrive !"
"Attention!"
Harry sortit sa baguette de la poche arrière de son jean et scruta nerveusement les environs, prêt à fuir ou à se battre.
"Il y a quelqu'un ?" demanda-t-il d'une voix forte. Stupide idée et stupide question, Harry… se dit-il. Si tu continus comme ça tu vas attirer tous les mangemorts de la région.
"Il communique…"
"Pourtant je n'en sens qu'un."
"Il parle tout seul, alors."
Les voix semblaient provenir du sol. Harry fronça les sourcils devant leurs phrases étranges avant de ranger sa baguette en se traitant d'idiot. C'étaient des serpents… Et lui qui avait cru qu'un mangemort arrivait ! Il devenait vraiment paranoïaque; au moins, Fol Œil serait fier de lui ! Il se concentra sur l'image d'un serpent dans sa tête et pour casser sa solitude tenta :
"Où êtes-vous ?"
"Il a parlé !" s'exclama une voix sifflante et surprise.
"J'ai entendu, merci, mes capteurs sensoriels ne sont peut-être pas très performants mais ceux auditifs sont en pleine forme !" répliqua une autre voix.
"Il a parlé notre langue !" susurra un troisième serpent caché dans les herbes.
"Venez, n'ayez pas peur, je ne vous ferais aucun mal", siffla Harry en scrutant les herbes autour de lui. Puis, soudain, trois petites vipères sortirent de sous les épis de blé doré.
La première était de couleur marron avec quelques raies blanchâtres, la deuxième était d'un vert très sombre et sa langue fourchue effleurait le sol pour s'orienter, la troisième quant à elle était d'un simple gris avec une tâche noire sur la tête. Toutes trois ne faisaient pas plus de cinquante centimètres et elles glissèrent silencieusement vers Harry.
"Tu es un des deux humains qui parlent notre langue ?" demanda la vipère verte.
"Heu… oui", répondit Harry en se demandant si ces deux humains étaient bien lui et Voldemort. "Je suis Harry Potter."
"Tu es contre Nagini, alors ?"
"Heu… oui. Bien sûr", bafouilla Harry, prit de court par les questions des serpents. Est-ce que tous les serpents connaissent le serpent de Voldemort ? Il s'accroupit et leur demanda un peu suspicieux : "Comment connaissez-vous Nagini ?"
"Nous la connaissons tous", siffla la vipère grise en réponse. "Son pouvoir est immense et tous les serpents ne sont pas magiques…"
Harry failli s'étouffer avec sa salive. Il y avait des serpents magiques ? Et des serpents sans pouvoirs ? Et Nagini semblait être l'équivalent de Voldemort dans la communauté magique… Ainsi il y avait donc des sortes de moldus et de sorciers chez les serpents comme chez les humains. Intéressant…
"Je dois y aller maintenant", informa Harry en se levant. Il ne se sentait pas très à l'aise au milieu de ce champ à discuter en fourchelangue ; si quelqu'un le voyait il le prendrait pour un fou ou un mage noir.
"Attend humain !" s'exclama soudain la vipère marron en redressant sa tête écrasée. "C'était un honneur de parler avec un des Deux."
"Si tu as besoin de nos services, nous vivons et hibernons sur les pierres chaudes à l'orée du bois."
"Les pierres chaudes ?" questionna Harry en fronçant les sourcils. Les vipères devaient parler de pierres au soleil, se dit-il.
"Oui, les serpents savent que les Deux ont combattu sur ces pierres. C'est un lieu sacré pour tous les serpents magiques", expliqua la vipère verte.
Harry se sentit geler sur place. Les pierres dont les vipères parlaient devaient être les ruines de sa maison. Les Deux avaient combattu… Lui et Voldemort avaient combattu…
"Montrez-moi le chemin jusqu'au pierres", ordonna Harry en prenant sa décision. Il allait voir ces ruines.
Les trois vipères se mirent à glisser entre les herbes jaunies et longèrent la lisière de la forêt, suivies de près par Harry. Cinq minutes plus tard, alors que Harry commençait à apercevoir les toits des maisons de Godric Hollow, il vit enfin les ruines. Des pans de murs tenaient encore debout et des restes d'escaliers montaient vers le ciel où devait auparavant se trouver le deuxième étage. Du lierre s'agrippait aux énormes pierres rectangulaires empilées à terre et des touffes d'herbes avaient poussé à l'intérieur de la maison. Des restes de meubles surgissaient quelques fois de la montagne de pierres, de planches et d'objets.
Les trois vipères se faufilèrent sous une pierre sur laquelle on pouvait encore apercevoir du ciment et un morceau de tapisserie. Harry s'avança lentement, hypnotisé par ce paysage désolant. Que s'était-il passé pour que la maison soit dans cet état ? Tout poussait à croire qu'il y avait eu une explosion ou un tremblement de terre.
"Les serpents magiques viennent ici et restent immobile durant des heures. Il y a une sorte de force sur ces pierres qui les attirent", informa une des vipères de sous la pierre.
Harry ne répondit pas et continua à avancer. Puis, comme attiré par les ruines, il leva sa main droite et toucha un pan du mur. A peine sa paume fut-elle entrée en contact avec la pierre que Harry ressentit une douleur lancinante à sa cicatrice. Il hurla et tomba à genoux dans l'herbe. Il était aveuglé par la douleur et crispa ses mains sur son front en continuant de hurler. Puis, peu à peu, la douleur s'évanouit et Harry rouvrit les yeux. Les vipères avaient fuit de sous les pierres, effrayées pas les hurlements de Harry qui se releva tant bien que mal et s'écarta rapidement des ruines en se frottant le front.
Il regarda une dernière fois ce qui avait été sa maison et partit en courant vers la route qui menait à Preston.
Bonjour ! Bonne année 2007 à tout le monde!
Je ne sais pas quand je posterai le prochain chapitre mais ça ne devrait pas trop tarder. Merci aux reviewers du chapitre précédent; j'espère que vous continuerez à lire et à me donner votre avis. Si il y en a qui se disent: "ça manque d'action" ne vous inquiétez, pas les prochains chapitres en apporteront.
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Emmeraude
