Vingt-cinq jours d'humanité
L'histoire doit toujours autant à l'oeuvre de JKR, aux relectures successives de La Paumée, Fée Fléau, Alixe et Vert...
Je confesse que je suis un peu désarçonnée par la différence entre les passages sur la page – qui sont aussi nombreux et le nombre de reviews...Je ne sais pas trop quoi en conclure... Alors, après avoir remercié Touffue, Alana Chantelune, Ezilda, La Paumée, Fée et Silmaril pour avoir partagé leurs sentiments de lecteur avec moi... je tiens à remercier Ambre Verte qui est sortie de son silence ! Spéciale dédicace.
Je suis désolée d'avoir mis tant de temps mais FFnet ne voulait pas prendre du word ou de l'html... txt, si, quand même, bon...
«Je ne me suis jamais considéré comme le propriétaire de ces choses mais seulement comme leur conservateur dans le temps»
Stefan Zweig, Le monde d'hier. Souvenirs d'un européen
11 - En héritage
Je n'ai pas le temps de frapper. Kingsley m'ouvre et affirme:
«Remus, nous t'attendions !»
Revenir square Grimmaurt et y être attendu – c'est moins anodin que ça le devrait. L'odeur de l'entrée est toujours la même – mélange de cuir de Russie, d'encaustique et de pourriture. Presque une odeur de maison de lycanthrope. En osant cette pensée impie, je jette un coup d'oeil au rideau qui couvre le portrait de Mme-deux-fois-Black. Il est certain que Sirius avait raison de penser que le mariage de ses parents, deux cousins au premier degré, pour éviter la déchéance d'une mésalliance était la preuve même de la folie des Sangs-Purs, si facilement manipulée par Voldemort. «Et pour quels résultats ?» concluait-il toujours, en parlant de lui comme de son frère, «pour engendrer un traître à leur sang et un pleutre !»
En suivant Kingsley vers l'escalier, je me demande si quelqu'un a appris à Madame Black la disparition de Sirius, si cela l'a contentée au point qu'elle se taise. Les pas de loup de Shacklebolt et ses signes silencieux semblent néanmoins contredire cette sombre théorie.
«En même temps», reprend ce dernier, une fois que nous sommes sortis de la zone dangereuse, «on t'attendait pas si tôt... Tonks a dit qu'elle t'avait croisé il y a une semaine à Derry et que... tu n'avais pas l'air d'être parti pour rentrer de sitôt...»
J'hésite deux marches. Je décide finalement que répugner à divulguer les difficultés des émissaires de Greyback en terres irlandaises tient de la coquetterie. Et puis, j'ai senti la précaution dans sa voix quand il a fait mention de Nymphadora. Comment a-t-elle présenté notre rencontre ? Est-ce que je dois parler de Lyall avec lui ? Est-ce que lui est en mesure de comprendre ? La vérité est que je n'ose pas et que je préfère encore parler politique. J'hausse les épaules pour minimiser tout ça.
«On va dire que notre mission irlandaise n'a pas reçu l'accueil attendu.» Je suis plein de dérision, de distance envers les lycanthropes. C'est assez satisfaisant de constater que ça me vient facilement. «Cuàn a décidé d'arrêter les frais.»
«Pas de 'division irlandaise' pour les lycaons alors ?» demande Kingsley, avec un vrai intérêt.
«Pas dans un futur proche», je lui confirme avec une certaine satisfaction, j'avoue. Je sais que la rencontre de lycanthropes pacifistes convaincus ou indifférents aux promesses de Greyback et de Voldemort est arrivée comme une bouffée d'air frais inattendu. Un truc dont j'ai pas encore mesuré totalement les conséquences pour moi, je le sens en suivant Kingsley qui a l'air d'hésiter à continuer de me poser des questions. Je prends l'initiative de refermer moi même le dossier irlandais :
«Le Siège est de nouveau ici ?» je constate.
«Oui, enfin... non... il nous faut toujours trouver le testament de Sirius pour en être sûr... mais le fait que Bellatrix n'ait pas semblé capable de s'en emparer semble indiquer que Sirius a pris des dispositions...»
Il me regarde de biais tout en continuant d'avancer. Le testament... je sais que je l'ai oublié sur les routes d'Irlande. Et je crois même que le sort de square Grimmaurt, de l'or des Black et de leurs possessions m'indiffère. Je ferais peut-être une exception pour leur bibliothèque, j'ajoute mentalement.
«Je l'ai déjà dit», je soupire, «je ne sais pas s'il l'a fait et sous quelle forme...»
Kingsley semble sur le point de dire quelque chose puis se ravise, comme s'il pensait ne pas y être autorisé. Je me demande brusquement si le testament est la raison de la convocation laconique et impérative que Albus m'a fait parvenir. L'accueil de Kingsley - «Nous t'attendions» me revient brusquement. En quoi suis-je attendu dans cette histoire ?
Mais je sais aussi qu'il est inutile de poser la question. S'ils – qui que soit ce «ils» - avaient voulu que je sache pourquoi je devais passer le plus rapidement possible au Siège, ils me l'auraient fait savoir. Si Kingsley avait voulu être plus explicite, il l'aurait déjà été. Je pressens déjà que je vais me retrouver face à Albus – il n'y a que lui pour s'entourer d'autant de secrets. Il est même possible que Kingsley, lui même, ne sache pas exactement ce que Old Dumb attend de moi –ou qu'il ne se sente pas autorisé à me dire ce qu'il en a deviné. C'est sans doute sur ce point que l'Ordre ressemble le plus à n'importe quelle société secrète.
On arrive en silence devant la bibliothèque des Black. Kingsley ouvre la porte et me fait signe d'entrer. La pièce n'est pas vide, je m'y attendais, mais en lieu et place d'Albus, il y a Severus, penché sur un épais volume dont je ne veux pas savoir le nom. Il lève les yeux avec un ennui calculé, sans cacher ni son agacement ni son dégoût de me voir. Je lui fais toujours cet effet-là, en particulier quand Albus a besoin de moi. Alors, là encore, je ne dis rien.
«Dumbledore ?» s'enquière d'ailleurs sobrement Kingsley derrière moi.
«Avec Maugrey, dans la...chambre », répond Rogue avec l'air de se forcer.
Shacklebolt fait un signe de tête et ressort sans me proposer de le suivre. Sans doute va-t-il les chercher. De nouveau, les questions abondent.
Je me demande d'abord si Kingsley espère que nous allons nous entretuer en nous laissant seuls. Ça me fait presque sourire – même si, sans doute, le reste de l'Ordre n'a pas besoin, comme moi, de se marteler en permanence que l'homme est détestable mais utile, haineux mais probe. Je me demande ensuite distraitement dans quelle chambre ils peuvent être –l'Ordre réduisant généralement son utilisation de square Grimmaurt à la cuisine. Mais finalement, ce qui m'intéresse, c'est la présence de Severus : participe-t-il à la chasse au trésor ? L'idée que Albus fasse appel à lui pour retrouver les dernières volontés de Sirius me paraît une ironie bien saumâtre. Finalement, je serais presque capable de lui renvoyer, comme un miroir, les sentiments qu'il a exprimés en me voyant. Je ne peux pas me retenir :
«Je n'aurais jamais cru que tu aurais eu le temps de lire des livres ici pendant les vacances», je lance en décidant de m'asseoir. Il lève à peine un oeil de sa lecture. Ça m'agace plus que tout ce mépris total. «Sa Seigneurie serait-elle déjà fatiguée d'avoir ta dévotion sans partage?»
La partie la plus raisonnable de mon cerveau me reproche immédiatement de déverser sur sa mine cireuse et ses cheveux gras, l'intégralité de mes frustrations du moment – que j'ai dû m'arracher au havre rassurant de l'étude pour jouer l'espion de pacotille, que la guerre me sépare chaque jour un peu plus de la communauté dont j'ai cru faire partie... Ce n'est jamais très malin de rentrer dans son jeu. D'ailleurs, Severus ne va pas me faire de cadeaux, ça se voit dans ses yeux. Il ne fait même plus semblant de lire.
«Tu seras sans doute soulagé d'apprendre, Lupin, que le Seigneur des Ténèbres», et sa voix a inutilement enflé à ce stade comme pour m'impressionner, «a jugé bon de m'adjoindre l'aide pour mes travaux de ton pitoyable ancien ami...»
Je suis sûr d'avoir blêmi, de lui avoir malgré moi donné ce plaisir. Mais la mention de Queudver, le simple fait qu'il existe, qu'il survive au serment, à James, à Sirius, à Lily, reste du domaine de l'insupportable. Je sais que je l'évite, même dans mes cauchemars. Elle me renvoie trop sûrement à cet âge doré poudlarien à jamais enfui, à ce stupide reste d'orgueil qui m'a empêché de donner à Albus les moyens de le confondre, il y a trois si petites années... Elle me renvoie aussi à ce que je ne saurais sans doute jamais totalement pardonner à Severus: son intervention malheureuse...
Je n'entrerais pas dans la paranoïa de Sirius qui pensait qu'il avait fait exprès de paraître ne pas savoir que Peter ait été le traître... Je n'ai pas besoin de paranoïa. Comme s'il sentait que je suis trop blessé pour réagir, Severus ajoute :
«Ca me donne du temps... pour essayer de mettre en ordre les affaires de Black... »
Instantanément, l'image est là. Severus fouillant dans les affaires de Sirius, se repaissant de commentaires désobligeant sur les dernières possessions d'un homme à qui on a tout pris depuis longtemps, se moquant de lettres, de photos, de vêtements... se complaisant de la futilité des hommes... Ma gorge se serre. Pourquoi Rogue? Etait-ce si urgent? J'en veux à Albus de ne pas m'avoir attendu, ou de pas avoir jugé prioritaire de s'en occuper lui-même et d'avoir envoyé Severus, Maugrey et Kingsley retourner square Grimmaurt comme si nous ne devions rien à son dernier propriétaire. Surtout Severus.
Je ne suis qu'à peine capable de me satisfaire qu'ils aient visiblement échoué dans leur mission puisqu'on a finalement recours à moi. Ça m'aide néanmoins à me calmer. Je décide que je dois arrêter de laisser Severus me manipuler aussi facilement en versant de l'acide sur mes plaies qu'il sait ouvertes. Finalement, Peter est sans doute un sujet moins dangereux.
«Queudver n'a jamais été bien brillant en potions», je réponds – et je me rends compte que je suis presque nostalgique de sa mine défaite quand, séparé de James et Sirius, son chaudron se révélait incapable d'abriter une potion stable...
«Il n'a nul besoin de l'être», réplique Severus avec un dédain qui me semble largement déborder son appréciation des compétences de Peter.
Je sais que c'est stupide mais, une nouvelle fois, la colère menace. Elle court dans mes veines et me hérisse le poil. Un goût métallique emplit ma bouche – presque celui du sang. Le loup me dit de ne pas laisser autant de mépris et de provocation impunis. C'est son regard qui sauve Severus de mes assauts. Il me regarde avec une curiosité malsaine, comme s'il observait les réactions d'une créature magique pour en établir une description scientifique. Et l'homme se rebiffe. Il ne tombera pas dans le piège. Il ne le laissera pas Severus le réduire à des pulsions animales. J'inspire.
«Il pourrait lui arriver quelque chose», je suggère, détournant une nouvelle fois ma fureur contre Peter.
«Tu lui en veux ?» s'enquière Severus avec délectation. «Tu crois que, sans lui, vous seriez toujours les princes du monde magique ?»
Une nouvelle fois, le frémissement. Une nouvelle fois, l'inspiration.
«Maraudeur contre Maraudeur ?» il continue, sans doute conscient de ma tentation, presque comme s'il recherchait cet affrontement.
Je me rappelle opportunément que Lily s'était interrogée – hors de portée des oreilles de James – sur ce qui poussait Severus à nous provoquer en permanence:
«Tu crois qu'il veut qu'on le remarque? Tu crois qu'il aime qu'on le maltraite, qu'il en ressent une certaine jouissance ? Comme si ça lui prouvait qu'il existait?» elle m'avait demandé rêveusement alors qu'on revenait d'une réunion de préfets.
«Allons, Lily, qui aime être maltraité ?»
«B'en plus de monde qu'on croie, j'ai lu un bouquin de psychologie moldu qui en parlait l'été dernier...je ne me rappelle plus le nom...»
«De la psychologie moldue ?» j'avais souri.
«Ah non, pas toi, Lupin !» Elle s'était arrêtée nette dans le couloir, les yeux verts étincelants, les mains sur les hanches, dans ce que Patmol appelait «la pose de la préfète». «James et Sirius, en bons petits sangs purs, ça passe encore ! Mais toi, avec ton père né Moldu, tu vas pas me dire que la psychologie est une connerie!»
Je crois que j'avais ri. En tout, cas, là, face à Severus, je souris. Ça l'exaspère.
«Tu crois que tu aurais le dessus ? Comme Black peut-être?»
C'est la goutte. Je ne peux le laisser insulter la mémoire de Sirius dans sa propre maison. C'est comme si j'avais le devoir de me montrer aussi impulsif et ombrageux que mon dernier ami. Tant pis pour Remus le raisonnable; tant pis pour l'Ordre. Je suis sur lui, ma baguette levée. Il est, tout aussi rapidement, prêt à riposter. Je ne sais pas ce qui nous retient de passer à l'acte.
Mais la porte s'ouvre derrière moi et l'entrée de Dumbledore nous sépare une nouvelle fois. Ça faisait longtemps, quand j'y pense. J'essaie de me rasseoir comme si de rien n'était, mais j'ai les yeux au sol, comme un gamin pris en faute. Comme des dizaines de fois auparavant, Rogue a l'air tellement serein qu'on le croirait innocent. Une scène tellement jouée, un dénouement sans surprise.
Ça m'agace tellement que je n'écoute pas Dumbledore nous dire que l'Ordre ne peut supporter de telles disputes puériles en son sein, que nous avons bien plus important et urgent à faire, surtout nous deux, qu'il ne comprend pas, que nous faisons le jeu de nos ennemis communs en succombant à des réflexes aussi enfantins, qu'il ne veut même pas imaginer ce qui nous amène à nous battre... Une vraie engueulade qui dure un certain temps, je crois, parce que même Severus finit pas froncer les sourcils. Surprenant sans doute mon regard satisfait, Kingsley étouffe un sourire moqueur.
Albus finit par se retrouver à courts d'arguments et soupire comme on clôt un chapitre:
«Vous n'avez pas eu trop de mal à vous éclipser, Remus?»
Il est hors de question que, devant Severus, j'avoue une quelconque difficulté à partager la vie de mes congénères. Je me contente d'éloigner l'hypothèse d'un haussement d'épaules. Albus reprend alors un peu précautionneusement:
«Remus, nous avons besoin de vous». Il consent à ne pas m'obliger à poser la question: «Nous pensons avoir trouvé le testament de Sirius».
Le testament. Ainsi, j'avais raison. Ils sont tous là pour le testament. Je hoche la tête. Ainsi Sirius l'a fait ce putain de testament. Je me souviens du nombre de fois où l'avais enjoint de le faire et combien il l'avait mal pris - «Qu'est-ce qu'il y a, t'espères quelque chose ?» m'avait-il gentiment aboyé au visage la dernière fois que je m'étais risqué sur ce terrain miné. Mais je ne pense pas utile de raconter ça à Severus, qui m'observe sans me regarder, ou à Maugrey, qui me regarde de tous ses yeux sans me voir. Kingsley a l'air curieusement un peu gêné.
«Ici?» je demande plutôt.
«Eh bien, nous avons trouvé plusieurs coffres dans la maison. Dans celui de la chambre de Sirius, il y avait une lettre... une lettre adressée à vous, Remus, mais comme vous étiez injoignable...» Albus est presque embarrassé en me la tendant. Comme je les aime tous.
Je m'empare du document et je me plonge dedans pour éviter de nouveau la colère qui n'est pas bien loin, je le sens. Je lis pour moi:
Lunard,
Si tu lis ça, c'est que la Camarde – sous quelque forme que ce soit - m'a rattrapé avant toi. En fait, je suis sûr qu'elle le fera – t'es un survivant, Remus; t'es déjà mort des milliers de fois, alors elle va pas t'avoir comme ça!
C'est donc à toi que je confie l'affaire. Je crois que j'ai rien oublié. J'ai fait tout ce que mon vieux salaud de paternel m'avait si longuement expliqué quand il voyait encore en moi son héritier. Normalement, ce sera inattaquable. Même le vieil Orion ne pourra pas totalement me désavouer puisque, après tout, Harry fait un peu partie de la famille et que c'est un couillu! Et hop, autant pour la première condition : un Black mâle.
Tu en sais assez pour savoir que, par ailleurs, les biens des Blacks ne se divisent pas – jamais ou toujours, je ne sais plus, mon français a toujours été exécrable malgré les leçons de ma mère – ou à cause d'elles. C'est la deuxième condition et, elle aussi, je l'ai respectée.
Pas que ça ne m'ait pas fait mal. Il y a quelques personnes qui auraient réellement besoin d'un peu d'or pour simplifier leur quotidien. Dois-je préciser que tu en fais partie ? Encore que, j'en suis presque sûr, tu m'en aurais voulu si j'avais de toi un «maître Black». Et puis Kreaturr en aurait eu une crise cardiaque - Tu vois, finalement, je ne suis pas si insensible au sort des créatures que tu aimes le croire!
Bon mais, «Où c'est, Sirius ?» tu te demandes, avec ton air de saint martyr. Et je les imagine tous en train de lire par dessus ton épaule. Tout l'Ordre – salue les bien bas de ma part.
Instinctivement, je lève les yeux vers Albus, Severus, Maugrey et Kingsley. Personne ne me regarde. Ils doivent la connaître par coeur! Non contents d'avoir fouillé dans ses affaires, ils ont dû essayer tous les sortilèges possibles et inimaginables pour trouver un deuxième sens aux lignes de mon ami. Je suis bien content que Sirius leur ait fait ce pied de nez – je sais que c'est dérisoire mais c'est tout ce qu'il nous reste visiblement.
Qu'ils me pardonnent ce dernier tour de Maraudeur. Tu vas adorer – enfin j'espère. Et puis, les jours où tu aimeras penser que tu ne comptes pour personne, tu t'en rappelleras peut-être.
C'est pas très compliqué- était-ce toi, ou James, qui disait toujours que les meilleurs plans sont les plus simples? Suis donc tes envies, Remus, va dans la seule pièce de cette maison que tu aimes. Là-bas, seul notre serment ouvrira l'astre de ton destin. Tu devrais trouver le reste tout seul.
Putain, je crois bien qu'il ne me reste qu'à te dire adieu – parce que tout ce que je ne t'ai jamais dit ne tiendrait pas sur un parchemin et que, de toute façon, tu as toujours mieux que moi compris mes silences.
Sirius Orion Black Sain d'esprit autant qu'il peut l'être.
PS: quand tu auras fini de faire semblant de croire avoir raison, j'adorerais que votre premier né mâle porte mon prénom... Comme ça, tu auras l'occasion de montrer au monde que ce n'est pas le prénom qui était maudit... Putain, comme j'espère que James et Lily seront là !
J'ai fermé les yeux comme une gamine. Je le sais. Ils brûlent trop et, merde, je me fous que Severus s'en délecte. Le testament de Sirius... ses mauvaises blagues... ses petits arrangements avec le dogme familial... même ses stupides dernières tentatives de marieur... sa peur de la mort... Est-ce que je peux faire autre chose que pleurer? Dumbledore se racle la gorge; je les rouvre.
«Toutes nos déductions n'ont pas réussi à nous amener plus loin que cette pièce, la bibliothèque», il avoue. Il a le courage de soutenir mon regard, comme s'il acceptait ma colère. C'est bien joué de sa part, ça me calme. «Il se trouve néanmoins qu'elle contient cette magnifique reproduction du système solaire...avec une lune en argent... et nous étions en train de nous dire...»
«...que jusque là, tout colle», je termine, agacé par ses pincettes.
«Mais il nous manque le Serment des Maraudeurs» - interrompt Severus. Ah Severus, tu crois que je vais te sauter à la gorge pour si peu ? «C'est peu prudent de la part de...Sirius, s'il t'était arrivé quelque chose en Irlande...» continue-t-il, doucereusement lui même.
«Severus», l'interrompt doucement Dumbledore. J'ai envie de lui rappeler que toutes les engueulades du monde n'ont jamais fait changer profondément de comportement Severus Rogue, mais je sens que ce n'est pas le moment.
«Sirius se trompe», je réponds.
Et ils se glacent tous. J'en rigole presque.
«Enfin, peut-être le savait-il», je corrige. «Mais, je tiens à te rassurer, Severus, je pouvais mourir; d'autres que moi connaissent ce serment.»
Ils attendent la liste des élus, mais je me tais. Il reste encore deux années à Harry à passer à Poudlard et je ne voudrais pas qu'il perde bêtement l'usage d'une carte que tout l'or de Sirius ne lui achètera pas. Quant aux jumeaux, ils n'ont pas besoin de publicité.
Ignorant les soupirs de Severus, je sors ma baguette et m'approche du magnifique astrolabe. Je regarde la lune, si brillante, si précisément représentée. Je me demande si Sirius aura été jusqu'à la rendre sensible aux sortilèges silencieux. Mais je songe au temps qu'il a eu et qu'il a pris pour le faire et je ne doute plus.
Je jure solennellement que mes intentions sont mauvaises...
Ma pensée est précise – plus que si j'avais prononcé les mots. Les souvenirs viennent en chapelet – l'un entraînant l'autre. Ils envahissent toute ma conscience. La carte, la cape, James, Sirius, Peter, des passages, la forêt... des agapes nocturnes, des courses haletantes... l'ombre de Poudlard... la Cabane hurlante... Au-delà du regret... La sphère argentée s'ouvre en deux d'un coup sec et interrompt ma vision.
Il me semble que Rogue doit se retenir de tendre la main. Albus me fait un signe d'encouragement et je plonge mes doigts dans l'objet. J'y trouve une clé. Une clé frappée d'un lion. Elle est suffisamment ancienne et travaillée, pourtant, pour que je me demande si elle appartient elle-aussi à l'ensemble devant moi. Le lion... je cherche la constellation sur l'astrolabe et la désigne silencieusement.
«La constellation du lion?» demande Albus, très sérieux. Pèse-t-il le symbole?
«Peut-être», je réponds.
«Mais quelle...étoile?» demande gravement Kingsley, et c'est sa question qui me donne la réponse. Evidemment. Je m'en voudrais presque. Je regrette que Nymphadora ne soit pas là, parce que ce sont des comptes familiaux que Sirius règle l'un après l'autre. Sacré testament qu'il nous donne là! Eviction de la branche cadette, hommage à son frère... jusqu'au choix de l'exécuteur testamentaire... une nouvelle fois, il leur claque la porte au nez! À tous.
«Regulus», je réponds.
Albus hoche la tête, le premier, comme pour confirmer. Mais je n'attends pas. C'est moi, que Sirius a désigné et ça sera comme cela. Je lève de nouveau ma baguette et j'attire la petite étoile scintillante; l'astrolabe s'arrête. Plus jamais de pleine lune, je songe - avant de coller une baffe mentale pour m'interdire de faire quinze choses à la fois ; en particulier, sombrer dans le pathos!
Comme prévu, il y a une serrure et la clé y pénètre sans difficulté. Je me demande combien d'étapes il y a encore – si on imagine le nombre de journées solitaires que Sirius a eu à lui pour pondre sa petite chasse au trésor, on n'est pas encore couché! La clé tourne et, d'abord, il me semble que rien ne se passe. Puis, finalement, c'est le socle même de l'astrolabe qui s'ouvre. J'y glisse ma main après avoir dûment vérifier qu'on ne pouvait pas sentir d'émanations magiques. Malgré tout, Albus, Maugrey et Kingsley ont sorti leur baguette. Severus a simplement l'air de s'ennuyer.
Mais le rouleau de parchemin est là. Simplement. Comme promis.
Je le sors et le montre à la ronde.
«Vous, Remus», murmure très gravement Albus.
Je m'exécute, incertain d'être capable de le lire à haute voix même si je crois déjà connaître son contenu.
Je, Sirius Orion Black, troisième du nom, en toute possessions de mes moyens intellectuels et sans aucune pression extérieure, énonce ici mes dernières, ultimes et irrévocables volontés.
Si j'étais appelé à disparaître, je cède tous mes pouvoirs matériels et magiques, sans exception aucune, à mon filleul Harry James Potter, petit-fils de Dorea Black.
A faire valoir auprès de tous ceux qui pourraient en douter.
Scellé par le sang pur que j'ai la honte de porter.
Fait à Londres le 15 mai 1996
S.O.B. (1)
Les initiales sont tracées dans une matière d'un rouge brunâtre dont la nature ne fait aucun doute même quand on ne dispose pas de mes capacités olfactives. Deux semaines à peine avant l'attaque du Ministère. Sirius... Et mon coeur se serre, et la souffrance me ramène au présent.
«Vous pensez que...ça suffira à faire de...Potter...» s'enquière Severus, dubitatif.
«Nous ne pouvons que lui faire confiance», réplique Albus avant moi.
Et la tête de Rogue à ses mots, à elle seule, est le plus beau legs que Sirius aurait pu me laisser.
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Bon, bon, bon, un point pour les fantômes... on n'en a quand même pas fini avec l'Irlande ou avec l'avenir... «A bout de bras», ça s'appelle...
1.Toutes les indications généalogiques données dans ce chapitre sont compatibles avec l'arbre dressé par JKR pour une oeuvre caritative et reproduite sur de nombreux sites de fan... Pour les distraits, SOB (Sirius Orion Black) en anglais veut dire sanglot... et, moi, militante d'un Regulus A. Black assez Gryffondor pour s'opposer à Voldie, j'ai beaucoup apprécié de découvrir que Regulus était une planète de la constellation du lion...
Allez, maintenant, c'est à vous d'écrire !
