Disclaimer et équipe de relecture habituels, si vous en êtes là vous ne devriez pas avoir de doute...
Merci à tous les petits mots auxquels je réponds diligemment à chaque fois que c'est possible – Fée, Ezilda, Lunenoire, Guézanne, Shandibee, Mee-Yah, Siri l'aventurier, Whizzbee, Yune-Chan, Alana, Llte, Lunathelunatic...
Même si Ffnet n'aime pas, je voudrais quand même dire deux choses sur la mort de Lyall. Vous avez eu l'air de trouver ça évident...pourtant pour moi, ça n'a vraiment pas été facile de décider ça – ça me paraissait même plus simple qu'elle continue d'exister mais je voulais aussi cette idée de martyr et c'était le seule garou sympathique (un peu quand même, non ?) que j'avais sous la main... ça me donne presque envie de revenir en arrière mais bon, c'est un peu tard...
Pour ce chapitre, Fée Fléau a bien voulu retranscrire toutes les conversations entre Harry et Remus afin de respecter au mot près la traduction officielle de Gallimard... ça devait être dit !
14 - L'esprit de Noël
Arthur a attendu que Dumbledore ait accordé à Severus, l'entretien particulier qu'il réclamait – à croire qu'ils n'ont jamais le temps de discuter à Poudlard – et que Fletcher et Fol-Oeil soient sortis eux aussi, pour lancer son invitation :
« Je ne sais pas ce que vous avez prévu pour Noël, mais Molly et moi serions heureux de vous compter parmi nous pour le 24 ! »
Quelque part, c'est un honneur, pour Nymphadora, Kingsley et moi d'être invités dans cette famille qui applique quotidiennement ce qui devrait constituer l'éthique non négociable de la vie des sorciers : un usage créatif et non nuisible de leurs pouvoirs, une ouverture réelle aux créatures, aux Moldus et à tous ceux qui ne leur ressemblent pas.
Pourtant, la mention de Noël m'inquiète presque. Le solstice d'hiver, la promesse de printemps, la fin du deuil que représente l'hiver... Je ne me suis rarement senti autant à contretemps. D'ailleurs, Kingsley et Nymphadora n'ont pas l'air, l'un et l'autre, totalement réceptifs à l'esprit de Noël.
Mais je suis juste en face d'Arthur et je n'ai pas d'autre choix que de répondre le premier.
« Je...je dois vérifier que...trouver une couverture, mais ce sera avec plaisir, Arthur ! » j'affirme malgré tout.
Il sourit comme si c'était moi qui l'avais invité. Cher Arthur.
« Harry devrait être avec nous », il ajoute.
Je n'ai peut-être pas fait, depuis l'été, tous les efforts nécessaires pour que ça se réalise, mais je serai réellement content de revoir le gamin. Pourquoi ne pas le dire ?
« Magnifique », j'applaudis.
Fort de ce premier résultat positif, Arthur se tourne alors vers Nymphadora, qui s'est figée à mi-chemin de la porte.
« Tonks ? » demande-t-il avec le même grand sourire.
« Eh bien Arthur, c'est très gentil à Molly et à toi », elle commence, sans vraiment le regarder, enfin, en faisant semblant de le regarder mais en fixant un point juste à droite de son oreille. « Mais...j'ai promis à mes parents... »
Il me semble que même
Kingsley est surpris. Il est établi que Nymphadora adore les
Weasley, qu'elle les considère comme la famille idéale
– il semble qu'elle n'ait pas les meilleures relations avec ses
propres parents, bien que ce soit un sujet qu'elle n'aborde pas
volontiers. Notamment, ils ne comprendraient pas sa décision
de devenir Auror. Je me demande furtivement ce qu'ils diraient s'ils
savaient que leur petite fille prétend régulièrement
être amoureuse d'un loup-garou. J'ai le pressentiment que ce ne
serait pas un bon sujet pour une réconciliation...
Bref,
je pensais qu'elle aurait accepté.
« Çça fait longtemps que je n'ai pas passé Noël avec eux », ajoute-t-elle encore. Je ne crois pense pas que quiconque ne la croie autour de cette table.
Arthur fait poliment semblant et se tourne vers Kingsley.
« Déjà pris », répond ce dernier avec un grand sourire d'excuse. « Le service ! Tiré au sort pour être de garde ! »
« Pas de chance », compatit Arthur.
Furtivement, je me demande comment les enfants garous passeront Noël – maintenant que Lyall n'est plus là. Ce n'est pas une idée très gaie. Surtout que, du même coup, je me rends compte que je n'ai pas demandé à Nymphadora si elle avait contacté les parents d'Ursula. Je me convaincs avec une joie mauvaise que son silence indique qu'ils ne se sont pas montrés prêts à accueillir une être hybride dans leur famille. Soudain tous mes démons sont là et me tordent l'estomac. J'inspire pour essayer de les chasser et j'invoque mentalement l'esprit de Noël.
Arthur lui s'est tourné de nouveau vers Nymphadora.
« Molly t'avais déjà comptée... » ajoute-t-il, et j'ai la bizarre impression que c'est moi qu'il regarde comme s'il me rendait responsable du refus de Tonks. Cette dernière s'excuse encore, promet une autre visite sous peu et sort avec Arthur en lui posant mille questions sur l'organisation de la fête. Kingsley et moi, on se retrouve seuls.
Ça fait un moment que je me demande quand il va enfin oser discuter avec moi ; car si quelqu'un joue effectivement le rôle de grand frère dans tout ça, c'est bien lui. Je ne doute donc pas qu'il ait d'amples versions de mon infâme méchanceté par Nymphadora. Mais bon, je doute aussi qu'il n'entende pas mes arguments. C'est un Auror, après tout.
D'ailleurs, au lieu de se diriger vers la porte, il vient vers moi. J'essaie d'afficher suffisamment de décontraction pour qu'il ose.
« Cette femme... » commence-t-il très précautionneusement. « Cette femme, en Irlande... »
Je comprends alors que les confidences de Tonks ont été beaucoup plus loin que je ne l'imaginais et je suis furieux. Je crois qu'il n'y a que Mel ou Hope qui pourraient me parler de Lyall sans que je me braque immédiatement. Je ne dois pas avoir l'air particulièrement prêt à la discussion, puisqu'il s'excuse presque dès la seconde phrase :
« Je dois te poser la question, Lupin. »
Et je suis censé y répondre ? Je me le demande, mais je ne l'hurle pas - A tort ou à raison.
« Que veux-tu savoir ? »
Si je l'aimais ? - je complète toujours très violemment dans ma tête. Extérieurement, je me contente d'étaler le plus calmement et doucement possible mes mains sur la table. Kingsley se tortille étrangement sur sa chaise avant de se lancer :
« Remus, je crois que... qu'il faut que je commence par le commencement », il soupire. « Tonks et moi, parmi toutes les enquêtes que nous suivons, sommes ensemble sur la surveillance d'un réseau de potions interdites... »
Est-il obligé de mêler Nymphadora à tout ça ? Est-il obligé de tourner autour du pot ? Est-ce que j'ai l'air de m'intéresser aux potions ? Je ravale encore une fois mes questions, mais il détourne pourtant les yeux comme si ma rage lui parvenait suffisamment pour qu'il n'ait aucun doute.
« Une de ces pistes nous a emmenés en Irlande... »
« Quand j'ai rencontré Nymphadora ? » je m'intéresse à mon insu. Et aussi parce que je ne vois aucun lien entre toutes ces informations. Aucune connexions entre Lyall et d'éventuelles potions.
Il hoche la tête.
« Elle cherchait une guérisseuse, une sorcière qui écoule une partie de sa production auprès des Moldus. Il faut dire...Rogue nous a appris qu'elle avait été radiée par le Conseil des Maîtres de potion européen... »
Je revois Nymphadora entrer et sortir des immeubles, légèrement différente à chaque fois et pourtant tellement elle-même. Elle n'avait pas l'air de chercher quelque chose quand elle m'avait parlé – je me souviens brusquement qu'elle n'avait pas été si ravie que cela de le faire. Ma question est muette, et Kingsley doit toujours avoir quelque chose à me demander car il reprend avec une petite grimace.
« Depuis, elle l'a trouvée et, en fait, on a pu établir notamment que la guérisseuse fournit les communautés lycanthropes en potions »
« En potions ? Tu rigoles ? Ils détestent les potions ! Ils préfèrent mourir que de se soigner ! » je m'esclaffe presque. Comme si le rire était le meilleur exutoire à la haine qui m'étouffe. La haine de la bêtise des règles lycantropiques, la détestation de la suffisance sorcière... la colère inassouvie de la mort de Fenn ou de Lyall...
Le regard de Kingsley est des plus étranges quand il reprend.
« Eh bien, ça doit dépendre des potions... »
De nouveau, je reste silencieux; de nouveau, il craque le premier.
« Essentiellement, elle leur prépare la potion des neuf lunes... »
La réponse doit se lire sur mon visage.
« Tu ne connais pas ? » demande-t-il clairement dubitatif.
« Non ».
Kingsley paraît soudain atrocement gêné et se tortille de nouveau sur sa chaise plus que de raison. On dirait Peter, je ne peux m'empêcher de penser.
« Les... femmes la prennent », il ajoute en baissant la voix.
Les femmes ? Soudain, les informations se télescopent. Je ne sais pas pourquoi je n'y ai pas pensé plus tôt. Lyall, elle aussi, allait voir une guérisseuse dans cette cité... Une guérisseuse, des potions pour les femmes lycanthropes... ça colle, même s'il reste de gros trous.
« Pourquoi ? » - je demande ça sèchement. « Pourquoi elles prennent ça ? »
Kingsley tourne réellement la tête, comme si mon regard même le gênait, et il soupire avant d'expliquer:
« Par Merlin... Lupin, tu ne sais vraiment pas ? »
« Vraiment pas quoi ? »
Il soupire mais répond.
« La potion...la potion leur sert à contrôler... Putain, tu devrais savoir mieux que moi les dangers d'une grossesse pour une lycanthrope ! »
« Je sais les dangers », je me rebiffe.
On se mesure du regard, et je sais que j'ai appris des lycanthropes à être plus menaçant que je n'ai jamais su l'être. A moins qu'il n'ait envie de me le dire.
« Tu sais qu'il faut éviter à tout prix que l'accouchement ait lieu trop près de la pleine Lune, sans parler de pendant... tu sais aussi que les dernières transformations sont très dangereuses pour le bébé, que peu vont à terme », il explique sans croiser mon regard, comme s'il prononçait des blasphèmes. Il est clair que ce n'est pas une conversation d'Auror.
« JE sais. »
Il est à mettre à son crédit qu'il continue malgré ma mauvaise humeur.
« La potion... la potion permet, si j'ai bien compris, de contrôler... la date de naissance », il a terminé.
Et le soupçon me terrasse. Lyall, je pense, atterré. Je blêmis, et Kingsley grimace comme si je venais de lui avouer avoir détourné de l'artisanat moldu. Il reprend très doucement :
« La...sorcière... s'est rappelé de ton... amie... »
« Vous lui avez demandé ! » je rugis – pourtant je serais incapable d'expliquer pourquoi ça m'énerve autant que cela. Il n'y a aucune raison rationnelle. Mais pourtant. Ça me paraît un des pires viols de ma condition et de mon intimité qu'on ait pu me faire ! Aussi violent que la connerie de Sirius envoyant, par pur désoeuvrement, Severus à ma rencontre un soir de pleine lune.
« Nous voulions savoir jusqu'où elle vendait », se défend Kingsley.
Ça se tient, et j'acquiesce. Pourtant ma colère est intacte. Kingsley m'observe en dessous puis semble décider qu'il ne tirera rien de plus de moi et se lève. Il me fait juste un signe de tête avant de s'éloigner. Trois pas et il est à la porte.
« Kingsley », je l'appelle – presque à mon insu.
Il se retourne et me regarde avec tellement de sympathie que ma question me reste d'abord en travers de la gorge. Pourtant, finalement, mon besoin de savoir est le plus fort.
« Lyall... mon amie... elle... »
« Elle lui avait acheté de la potion de neuf lunes », confirme doucement Kingsley. Comme la question suivante doit se lire sur mon visage au même rythme qu'elle se forme dans ma conscience, il ajoute : « Mais elle n'a pas dit si... si elle en avait besoin immédiatement, personnellement, ou pas. »
En d'autres moments, l'euphémisme m'aurait paru insultant. N'est-il pas révélateur qu'une grossesse – généralement tenue par l'ensemble des créatures vivantes, moldues, magiques, créatures du mal comprises, comme une bénédiction – constitue le risque suprême pour les lycanthropes ? Qu'on le rabaisse au rang de « besoin » ? Mais ce n'est pas le plus important. Lyall...
Il n'est plus aucun moyen de savoir pourquoi elle était allée demander cette potion. Etait-elle enceinte ? Etait-elle enceinte de moi ? De moi ? En avait-elle le désir ? Je ferme les yeux. La question m'échappe avant même que je l'ai consciemment pensée:
« Et c'est Nymphadora qui l'a ... » Ma voix s'étrangle
« ...interrogée ? » termine Kingsley.
Je hoche la tête.
Il confirme silencieusement.
Evidemment.
00
Il a grandi. Non seulement en taille et en épaules, mais les traits de son visage, mais ses yeux aussi. Jamais auparavant l'homme n'a été aussi visible dans ses traits encore brouillon d'adolescent. Bien sûr, la ressemblance avec James est toujours frappante, mais il me semble aujourd'hui, plus que jamais, que ce que je vois, ce sont les différences – et pas seulement la couleur de ses yeux.
Je vois la tension de sa mâchoire, la discrétion de ses gestes. Je vois comment il écoute, comment il demande, comme il teste prudemment ses hypothèses – là où James aurait affirmé et attendu de pied ferme la contradiction. J'ai cette impression fugace qu'il est une éponge, qui absorbe tout - la chaleur de la famille Weasley, les informations politiques qui percent dans les conversations, l'amour passionné, tranquille et flamboyant que Bill et Fleur affirment à chaque instant... J'ai aussi cette intuition qu'il ne nous dit pas tout. Et je n'arrive pas en lui en vouloir.
Bien sûr, il est en âge d'affirmer sa différence – est-il en âge de survivre une dernière fois à Voldemort ? Je me demande sincèrement comment il fait pour supporter une pression pareille. Je sais qu'Albus, cette année, a décidé qu'il était en âge de commencer à se préparer réellement pour cet affrontement. Je ne sais pas comment le vieux sorcier s'y prend. Sans doute, d'une façon que nul ne peut imaginer. C'est un peu près la seule chose dont je sois sûr.
C'est Severus qui a pris la Défense des forces du Mal cette année, et je me demande bien comment ça se passe entre eux. Harry a un don manifeste pour la matière, et je ne doute pas que Severus ait des connaissances étendues en forces du mal – sans doute supérieure aux miennes. A eux deux, ils pourraient sans doute faire de grandes choses. Sauf que je ne vois pas comment ils pourraient à y arriver.
Je trouve du coup raisonnable d'essayer de calmer Harry quand il s'agace que nous, les représentants de l'Ordre, nous ne soyons pas d'accord avec lui pour soupçonner Severus du pire – il l'a entendu proposer son aide à Malefoy junior. Bon, au moins, les rumeurs semblent se vérifier – ça me paraît bien de sa majesté des Ténèbres de se venger du père sur le fils – il a toujours eu un sens aigu de la tragédie. J'imagine même fugitivement que ça doit être une espèce de crève-coeur pour Severus de voir le gamin attiréer dans cette voie que lui- même a eu tant de mal à quitter – pour autant qu'il l'ait réellement fait... Mais tout ça est trop amer et compliqué, me semble-t-il, pour le jeune champion de la communauté magique. Je lui propose plutôt une profession de foi envers Albus :
« Dumbledore a confiance en Severus et cela devrait nous suffire à tous", j'affirme.
Il est à mettre au crédit de Harry qu'il ne lâche pas l'affaire aussi facilement :
"Mais, imaginons simplement que Dumbledore se trompe au sujet de Rogue"
Le « simplement » est magnifique. Je souris quand je réponds :
"Il y a des gens qui l'ont souvent prétendu. Tout dépend si on fait confiance au jugement de Dumbledore ou pas. Moi j'ai confiance, donc j'ai aussi confiance en Severus."
"Mais Dumbledore peut commettre des erreurs", insiste Harry, et il n'a jamais autant mérité son patronyme. "Il le dit lui-même. Et vous..." Il me fixe droit dans les yeux pour demander : "Franchement, vous aimez Rogue ?"
J'ai de nouveau envie de rire. Je vois finalement très peu de gens entiers, honnêtes et droits ces derniers temps. Il est de Tonks comme de Harry dans ce domaine, je crois. Je ne me défile donc pas :
« Je ne peux pas dire que j'aime ou que je n'aime pas Severus, ni l'un ni l'autre », je commence, et le gamin n'essaie même pas de me cacher qu'il ne me croit pas. « Harry, c'est la vérité. Nous ne serons peut-être jamais amis intimes. Tout ce qui s'est passé entre James et Sirius, d'un côté, et Severus de l'autre a laissé trop de souvenirs amers. Mais je n'oublie pas que pendant l'année où j'ai enseigné à Poudlard, Severus m'a préparé chaque mois la potion Tue-Loup, d'une manière parfaite, si bien que je n'ai jamais eu à souffrir de la pleine lune comme cela m'arrive d'habitude. »
Les mots sont venus plus facilement que j'aurais pu l'anticiper. En fait, j'avais sans doute besoin de le dire.
« Mais il a quand même laissé entendre "incidemment" que vous étiez un Loup-garou, ce qui vous a obligé à partir ! » dit Harry avec une indignation qui l'honore. Comme si ça avait réellement changé les choses, comme si ce n'était pas moi qui avais tout gâché en ne prenant pas ma potion à temps, en soupçonnant Sirius du pire, en cachant certaines choses à Albus... Je hausse les épaules :
« La nouvelle aurait filtré de toute façon. Nnous savons tous les deux qu'il voulait ce poste mais il aurait pu me faire encore plus de mal s'il avait trafiqué la potion. Il m'a permis de conserver la santé. Je dois lui en être reconnaissant. »
« Peut-être qu'il n'a pas osé toucher à la potion parce que Dumbledore le surveillait ! » objecte encore Harry, et c'est suffisamment tordu comme hypothèse pour que je sente bien que la véritable raison de sa colère n'est pas là.
« Tu es décidé à le haïr, Harry. Et je te comprends. James étant ton père et Sirius ton parrain, tu as hérité d'un vieux préjugé. Va donc répéter à Dumbledore ce que tu as raconté à Arthur et à moi, mais ne t'attends pas à ce qu'il partage ton point de vue sur la question. Ne t'attends même pas à ce qu'il soit surpris de ce que tu lui diras. C'est peut-être sur ordre de Dumbledore que Severus a interrogé Drago », j'essaie encore.
Je me rappelle bien de cet âge où l'on voudrait tellement que les méchants et les gentils aient des camps marqués et constants. Cet âge qui croit que l'erreur est une faiblesse, qu'on ne trahit que ce que l'on déteste. Je me dis qu'il est remarquable que Harry, avec ce qu'il vit ait encore cette innocence.
D'ailleurs, je ne crois pas le convaincre, mais il nous est difficile de continuer alors que les Weasley essaient désespérément d'éloigner la guerre de leur Noël. Il n'y a qu'à voir l'air transporté de Molly en écoutant de vieilles rengaines que même moi je suis trop jeune pour connaître, pour comprendre que leur salon n'est pas un bon endroit pour ce genre de discussion. Même les soupirs d'ennui sa jolie aspirante belle-fille y sont moins déplacés !
J'en suis à me laisser de nouveau envahir par l'esprit de Noël et à boire de l'Egg Nog u lait de poule préparé par Arhur quand Harry revient à la charge – lui semble décidément bien loin de la fête.
« Qu'est-ce que vous avez fait, ces temps derniers », il me demande, l'air de ne pas y toucher.
D'abord, la conversation me fait un peu peur et puis, je me convaincs que je l'attendais d'une certaine façon. Personne ne nous écoute cette fois, et avoir l'impression d'avoir rempli au moins une partie de mes devoirs envers Harry serait un beau cadeau de Noël.
"Je me suis concentré à un travail souterrain », je lui raconte. « Presque au sens propre du terme », j'ajoute en pensant aux caves et aux grottes qui servent de lieux de réunions aux lycanthropes. Et puis je me lance : « C'est la raison pour laquelle je n'ai pas pu t'écrire, Harry. T'envoyer des lettres aurait éveillé les soupçons."
"Que voulez-vous dire ?" il demande. Et sa question ne porte pas sur mes manquements épistolaires.
« J'ai passé mon temps avec mes semblables, mes égaux », j' explique de manière trop elliptique. « Les loups-garous », je dois ajouter. La suite est plus facile mais plus amère aussi : « Ils sont presque tous dans le camp de Voldemort. Dumbledore voulait un espion parmi eux, et j'étais là prêt à l'emploi. »
J'essaie un sourire raisonnable pour préciser : « Je ne m'en plains pas. C'est un travail nécessaire et qui peut l'accomplir mieux que moi ? Mais il a été difficile de gagner leur confiance. On voit tout de suite, à certains signes indiscutables, que j'ai essayé de vivre parmi les sorciers, alors qu'eux ont fui la société normale et mènent une existence marginale, en volant - et parfois en tuant - pour manger. »
Harry rumine toutes ces informations et aboutit à la bonne question :
« Comment se fait-il qu'ils préfèrent Voldemort ? »
« Ils pensent que sous son pouvoir, ils auront une meilleure vie », j'avoue – et j'espère qu'il sera capable de comprendre. « Et il est difficile de discuter avec Greyback », je constate, un peu pour moi même. Ni même avec ses lieutenants... Harry me tire de l'introspection d'où Lyall n'allait pas tarder à sortir, avec la question de bon sens :
« Qui est Greyback ? »
"Tu n'as jamais entendu parler de lui ?" je demande un peu incrédule avant de me rappeler combien Poudlard est loin du monde. Je me rends compte un peu tard que mes mains, une fois de plus, me trahissent. Elles se sont crispées sur mes genoux comme sur une bouée.
"Greyback est sans doute le plus sauvage des loups-garous vivants aujourd'hui », je réponds, sans trop savoir ce que je vais dire. « Il considère comme sa mission dans l'existence de mordre et de contaminer le plus de gens possible. Il veut créer suffisamment de loups-garous pour que leur nombre l'emporte sur celui des sorciers. Voldemort lui a promis des proies en échange de ses services. Greyback se spécialise dans les enfants "Mordez-les quand ils sont jeunes, dit-il, et élevez-les loin de leur famille, apprenez-leur à haïr les sorciers normaux." Voldemort menace souvent les parents de le lâcher sur leurs fils ou leurs filles. Une tactique qui produit généralement de bons résultats. »
J'ai essayé d'être détaché, de ne pas penser aux enfants – à Hope, à Mel, à Ursula... de ne pas penser à ma propre enfance dérobée d'un coup de mâchoire. Harry me regarde comme peu de gens ont su me regarder, et je me dis qu'il est capable d'entendre ma vérité. Elle lui est même due, me semble-t-il.
« C'est Greyback qui m'a mordu »
Voilà, je l'ai dit.
« Quoi ? » s'exclame Harry. « Quand… quand vous étiez enfant ? »
« Oui. Mon père l'avait offensé », je réponds – cette fois, c'est plus facile. En tout cas, ça sort tout seull : « Pendant longtemps, j'ai ignoré l'identité du loup-garou qui m'avait attaqué. J'éprouvais même de la pitié pour lui, en pensant qu'il n'avaits pas pu se contrôler car je savais ce qu'on ressent quand on se transforme. Mais Greyback n'est pas comme ça. A la pleine lLune, il se place à proximité de ses victimes désignées, s'assurant ainsi qu'il sera suffisamment près d'elles pour les frapper. Il organise tout d'avance. Voilà l'homme dont Voldemort se sert pour diriger les loups-garous. JeE ne peux pas prétendre que mes raisonnements rationnels aient beaucoup d'influence face aux discours de Greyback qui répète sans cesse que les loups-garous ont droit à du sang, que nous devrions nous venger sur les gens normaux... »
"Mais vous êtes normal ! « proteste Harry avant d'ajouter cette phrase incroyable : « Vous avez simplement un… un problème… "
J'éclate de rire. Ça me prend presque à dépourvu. James avait trouvé, pour parler de ma lycanthropie, une expression idiote que son fils a presque retrouvé mot pour mot. Je luis raconte :
"Parfois tu me rappelles beaucoup James. En public, il appelait ça mon "petit problème de fourrure". Les autres croyaient souvent que je possédais un lapin mal élevé."
En acceptant le verre de lait de poule que m'apporte Arthur, je me demande ce qu'il va faire de cette image furtive et comique de James - toute aussi fausse que celle arrogante et sombre que lui a proposée Severus l'année dernière. Je suis presque étonné quand il me demande sur un ton faussement badin si je n'ai jamais entendu parler de quelqu'un qui se serait fait appeler le Prince de Sang-Mêlé. Je m'attendais à qu'il m'interroge sur James.
Je décide de me moquer un peu :
« Il n'y a pas de princes chez les sorciers. C'est un titre que tu songes à adopter ? Je pensais que "l'Elu" te suffirait. »
Il démarre au quart de tour.
« Ca n'a aucun rapport avec moi !. Le prince de sang-mêlé est quelqu'un qui étudiait à Poudlard. J'ai son ancien livre de potions et il a écrit des formules sur toutes les pages, des sortilèges qu'il a inventé lui-même. L'un d'eux était le Levicorpus »
Je lui réponds qu'en cinquième année, on ne pouvait plus faire un pas sans se retrouver suspendu dans les airs par une cheville. Et là, il me déclare qu'il aà vu James s'en servir contre Severus dans la Pensine. Je me demande un peu où il veut en venir – veut-il mon absolution pour l'utiliser à son tour ? Veut-il savoir qui l'avait appris à James ? D'une certaine façon, son insistance m'ennuie un peu.
"Il n'était pas le seul. Comme je te le disais, c'était un sortilège très apprécié à l'époque. Toutes ces formules vont et viennent, comme tu le sais."
"Mais il semble avoir été inventé pendant que vous étiez à l'école », insiste-t-il encore.
"Pas forcément », je lui rappelle. « Ces maléfices redeviennent parfois à la mode puis disparaissent à nouveau, comme tout le reste." J'aimerais en finir alors je lui affirme, yeux dans les yeux, à voix basse : "James était un sang-pur, Harry, et je peux te promettre qu'il ne nous a jamais demandé de l'appeler "Prince".
"Et ce n'était pas Sirius ? Ou vous ?"
Décidément, quelle imagination !
"Certainement pas. »
"Ah" Il a presque l'air déçu quand son regard se perd dans les flammes. Il ajoute, presque sur le ton de l'aveu :
"Je pensais simplement que… Een fait le Prince m'a été très utile en cours de potions ».
Et tu aurais aimé qu'il soit ton père, je complète dans ma tête. Je mesure combien il est seul et, évidemment, je pense à Sirius qui n'a pas su rester là... J'essaie d'être très gentil quand je demande :
"Ce livre date de quand, Harry ?"
"Je ne sais pas. Je n'ai jamais regardé."
Çça ne m'étonne qu'à moitié et je lui dis :
"Peut-être que ça te donneras une idée de l'époque à laquelle le Prince était à Poudlard. »
Il m'est idée que maintenant qu'il sait que le Prince n'est pas un Maraudeur, il n'ira plus chercher bien loin l'identité de ce fameux Prince.
000
Tous les mômes sont couchés – enfin, ils ont disparu dans les étages. Je doute par exemple que Bill et Fleur dorment. Il ne reste plus que nous trois, Arthur, Molly et moi, et une bouteille de Cherry.
Molly me regarde fixement, avec l'air d'avoir envie de dire autre chose ; ça la boursoufle un peu plus. Mais finalement, elle part pour la cuisine sans ajouter un mot. Arthur rit doucement.
« Ils ne sont pas nombreux, vous savez, Remus »
« Qui ça ? »
« Ceux qui font peur à Molly »
« Moi, je fais peur à Molly ? »
Il hocha la tête.
« Çça fait des semaines qu'elle me répète qu'elle va vous parler et là, finalement, quand elle en a l'occasion, elle n'ose pas »
« Elle n'ose pas », je répète stupidement.
« Eh bien, vous êtes intimidant quand vous le souhaitez, Remus, quand...quand vous ne faites pas mystères de vos...difficultés ...de vos sacrifices... Beaucoup de choses paraissent dérisoires, après », il explique ça avec une difficulté soudaine qui ne lui ressemble pas.
Alors c'est ça l'effet que je fais aux autres ?
A Molly et à Arthur, au moins.
Je suis complètement dérouté comme si on parlait de quelqu'un d'autre.
« Elle voulait me parler de quoi ? » je demande donc étourdiment.
Et le piège se referme.
« Mais de Nymphadora évidemment! »
Evidemment. Je revois brusquement ses regards de reproche à midi, sa défense passionnée de Dora face à Fleur, ses questions l'air de rien sur la dernière fois que je l'ai vue... et la charmante conversation qui a suivi sur la modification des Patronus, lancée par Harry – qui a pris la peine de préciser que le nouveau Patronus de Tonks était grand très grand, avec quatre pattes. Heureusement – et j'aurais la délicatesse de ne pas revenir sur le sujet avec Arthur, Percy est arrivé sur ces entrefaites avec Scrimgeour pour essayer de conquérir Harry à leur cause. Ça m'a évité de continuer à avoir l'air indifférent alors que l'attachement de Dora pour moi– tout en me touchant beaucoup – me désespère. Et mon impuissance à couper clairement mes ponts avec elle n'y est pas pour rien, évidemment.
De toutes les façons, Arthur n'a pas envie de lâcher son avantage fraîchement acquis.
« Elle vient souvent nous voir, Molly et moi...enfin, je devrais dire qu'elle vient voir Molly... » il m'apprend – encore que je sois déjà au courant – merci.
« Arthur, je.. » - je voudrais le couper tout de suite parce que j'ai tout sauf envie que cette soirée tranquille – une compagnie simple et amicale, un cherry pas mauvais...- se complique brusquement de tous mes doutes, toutes mes angoisses. Et Nymphadora arrive assez haut sur les deux listes.
« Non, écoutez-moi d'abord Remus, je ne me permettrais pas de vous parler si je ne croyais pas... un, de la sincérité de Tonks, deux, qu'elle ne vous est pas indifférente ! »
Et la moutarde me monte au nez – comme si la question était là ! Je me penche en avant, vers lui, et pour le coup, je veux bien croire que je suis menaçant :
« Ecoutez-moi à votre tour, Arthur : vous êtes père. Souhaiteriez vous que votre fille s'entiche d'un paria comme moi ? »
« Remus, je conçois que la vie n'a pas été tendre avec vous depuis des années, mais...paria ! »
« Comment appelez-vous, Arthur, les gens qui n'ont pas le droit de travailler pour subvenir à leurs besoins ? »
« Est-ce que vous croyiez que c'est ce que Tonks voit de vous ? » il m'interroge alors avec un aplomb qui me douche.
« Est-ce que ce ne serait pas particulièrement grave si elle ne le voyait pas ? » je trouve le moyen de rétorquer.
Il grimace mais ne lâche pas.
« Peut-être qu'elle a de vous une image plus équilibrée que vous ne l'imaginez, Remus, peut-être qu'elle voit...ce qui est important ! »
« Arthur, gardez les discours sur la beauté intérieure pour Bill ! Je n'ai que du malheur, de la précarité et de l'amertume à lui offrir ! »
Il soupire, baisse les yeux vers son verre de cherry et fait tourner le liquide avant de revenir à l'attaque, d'une voix plus mesurée mais néanmoins décidée.
« Et si, une fois, juste une fois, Remus, vous essayiez de voir les choses autrement ? »
Je ne comprends pas, mais il n'a pas l'air d'avoir besoin de ça pour reprendre.
« Et si, pour une fois, vous regardiez ce qu'elle a à vous offrir ? Ce que vous perdriez à refuser de même essayer ? »
Je suis immobile sur ma chaise.
« Arthur... »
« Juste une fois ! » il insiste – on pourrait presque dire qu'il plaide.
C'est horrible. La tentation. Je ferme les yeux, et Lyall vient à mon secours.
« Arthur, il y a quelques semaines, une femme est morte ; une louve. Elle était peut-être enceinte de moi... »
Il se redresse, semble essayer d'évaluer si je suis sincère.
« Je suis désolé », il finit par articuler.
« Il n'y a aucune raison... » je le rabroue presque mais je regrette et je corrige : « Vous n'aviez aucune raison de savoir. »
Il acquiesce, se replonge dans la lecture de son breuvage – il porte même le verre à ses lèvres, et son silence m'enveloppe comme une grande cape de lainage, douce et chaude. Et la confession vient, de son propre chef.
« Ne me demandez pas si je l'aimais, Arthur... Ne me demandez pas si je me voyais partager sa vie... mais... j'ai cru que vivre quelque chose, avec elle, serait...simple... ou tout simplement possible... que le bien que nous pourrions nous faire dépasserait le mal... »
Ses yeux sont très doux, très compréhensifs quand ils se posent sur moi. Les yeux d'un père, en quelque sorte.
« Et je me suis trompé, Arthur. »
Il ne soupire pas mais je sens qu'il cherche à formuler une objection. Une partie de moi s'en agace – évidemment, mais une autre semble étrangement souhaiter que l'objection soit possible. Elle voudrait que quelqu'un – quelqu'un qui ne me juge pas comme j'ai toujours le sentiment que Dumbledore le fait – soit capable de détruire mes raisonnements. Sirius en était capable.
« Vous vous sentez responsable de sa mort ? » il demande ça, prudemment, presque rougissant.
« J'aurais dû être capable de... de l'empêcher de prendre autant de risques », j'affirme.
Cette fois il écarte le verre, pose ses deux coudes sur la table de la cuisine et me regarde sans faux-fuyants ni précaution.
« Remus, je ne sais pas si j'ai raison de vous dire ça mais... mais je trouve ça relativement... orgueilleux de votre part... Je ne connaissais pas cette femme, et je respecte votre chagrin, mais il est possible que ce... ces risques qu'elle a pris, elle les ait connus, elle les ait acceptés.. »
« J'en doute. » j'avance, mais il refuse de me répondre. Il continue ce qui ressemble étonnamment à une profession de foi.
« Vous êtes le premier à rappeler que Sirius les avait acceptés bien plus que nous ne voulions le voir, et Nymphadora n'attend pas de vous que vous régliez tous les problèmes du monde d'un coup de votre baguette; elle est prête, me semble-t-il, à un avoir sa part avec tous les risques que cela peut comporter. »
Je secoue la tête parce que j'ai besoin d'affirmer avec mon corps mon refus de la tentation.
Arthur pose sa main sur mon bras.
« Laissez-vous toucher Remus, essayer de prendre ce qu'on vous offre...la vie n'est pas assez longue pour se faire autant de mal... »
ça m'agace mais j'ai les larmes aux yeux en entendant cela.
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Bon, le suivant s'appelle « Grandes Assurances », et il y a de l'action (si, si)...
J'espère arriver à vous le poster avant de partir en vacances...
Ecrivez-moi !
