Vingt-Cinq Jours d'Humanité

Le disclaimer ne changera pas maintenant – et je peux même préciser que ce que vous allez lire ne sera jamais dans le tome 7...

Merci aux reviews, fidèles ou nouvelles... et à Alixe et Vert d'être toujours là.

Vous êtes prêts pour un peu d'action ? Allons-y.


« Tant qu'on a quelque chose à faire, tout est possible »

Fred Vargas – Dans les bois éternels

22 – L'opération

On arrive près de la mine de nuit. Comme quatre voleurs, comme des maraudeurs. On reste un moment silencieux et immobiles comme si on mesurait l'ampleur de la tâche. C'est moi qui me secoue. Peut-être que parce que je me sais entouré de trois Aurors et que je ne veux pas leur laisser toute l'initiative. Je reconnais leur savoir-faire et leur expérience mais cette mission est la mienne. Peut-être parce mon impatience est plus forte que leur prudence.

« C'est l'entrée principale », je dis en désignant un point dans la semi-obscurité.

« Je vois deux gardes », confirme Fol-Oeil.

« Ils sont relevés toutes les trois heures », je récite.

Ils le savent déjà mais personne ne juge pertinent de minorer l'importance des détails. Nous prétendons quand même nous infiltrer dans un camp de lycaons de nuit et en ressortir avec deux mômes. Cette fois pas de diversion, ni de cavalerie.

Dès la première fois que nous avons parlé de ce plan, nous en avons tous convenu comme d'une donnée imparable : nous sommes condamnés à l'échec. Plus encore, et c'était Kingsley qui me l'avait immédiatement fait remarquer, je serai le coupable désigné le plus probable.

« Et alors !? Comme s'il avait besoin de leur confiance après ! » Dora avait essayé de balayer l'argument d'un haussement d'épaule.

« Bien sûr que j'en ai besoin, Dora », avais-je doucement rétorqué. J'ai vu dans les yeux de Kingsley qu'il préférait que ce soit moi qui le fasse. « S'ils pensent que c'est moi, crois-tu qu'ils ne vont pas me chercher ? Ils en savent quand même suffisamment pour pas mal s'approcher, non ? »

« Pas suffisamment, Remus. »

« Pas suffisamment pour quoi, Dora ? Pouvons-nous prendre le risque qu'ils me retrouvent, me suivent, localisent Mel et Hope, voire les Penn ? Est-ce que nous prenons tous ces risques pour ça ? »

« Est-ce que sauver ces deux-là, c'était pas la fin de ta mission d'espionnage auprès d'eux ? » elle avait demandé avec un peu trop d'émotion pour une Auror en train de préparer une mission.

« Ça fait longtemps que je serais parti s'ils n'avaient pas été là, Dora, tu le sais. Et je resterais juste le temps de m'assurer qu'on ne les retrouve pas. »

On s'était tu tous les deux – Shacklebolt et Maugrey regardaient ailleurs.

« Je n'oblige personne à prendre ce risque, Dora. Je le ferai avec ou sans vous », j'avais conclu le plus doucement possible – sans pour autant douter de la violence de cette affirmation, mais c'était pas un domaine sur lequel j'étais prêt au compromis.

Pourtant cette conversion, on l'a eue, à peu de choses près, à chaque fois qu'on a parlé de l'opération - tous les quatre ou en tête à tête, Dora et moi. Ils ont insisté, argué de ma sécurité avec obstination, et je leur ai opposé ma propre détermination. Finalement, ils sont tous les trois là avec moi. Que dire d'autre ?

« Il y a une autre entrée très utilisée derrière le terril », j'explique donc dans les fourrés au-dessus de la mine. « Mais, nous, nous allons emprunter une sortie quasiment abandonnée parce que visible de jour du village moldu que nous venons de traverser. C'était l'entrée secondaire au temps de l'exploitation du minerai de charbon... »

Je m'arrête – toujours ce sentiment que je parle trop. C'est Dora qui souffle :

« Conduis-nous. »

Nous traversons les bois très lentement. Il ne s'agit pas de faire un bruit – les lycanthropes l'entendraient. Je suis fier d'être plus à l'aise dans ce rôle que la première fois que j'ai couru les bois avec Hope et Mel. Les Aurors sont plus bruyants que moi. Fol-Oeil ferme la marche.

« Tu...tu les sentirais ? » me demande Dora.

« Ils me sentiraient sans doute avant », je reconnais. On n'est pas au moment de mentir. « Mais nous marchons à contre vent », je lui fais remarquer. Elle acquiesce un peu nerveusement

L'ancienne entrée est fermée par une grille rouillée et un énorme cadenas moldu. Kingsley nous en débarrasse. Il y a un énorme rouleau de câble métallique rouillé qui tient une sorte de nacelle qui n'a pas l'air très solide.

« C'est un monte-charge moldu... avec un moteur », je précise.

« Il marche encore ? » demande Kingsley, ses doutes évidents.

« Non, je ne crois pas... De toute façon, un moteur serait trop bruyant. »

Ils sont presque rassérénés mes trois Aurors que je m'en remette à la magie.

« On suit le plan alors », constate Maugrey.

« Oui... Vous nous faites descendre, Tonks et moi »

« Je t'avais demandé de réfléchir, Lupin », gronde Kingsley. A l'entendre, il m'avait plutôt demander de me rallier à sa vision des choses. Le problème est que j'aurais dû pour cela mécontenter Dora et me priver d'une couverture pour me promener dans le camp. Une raison objective et une autre moins, mais ça a laissé peu de chance à Kingsley.

« Et c'est tout réfléchi », intervient Dora avant que je puisse le faire. Elle le fait en regardant son chef avec l'air de ne pas être prête à reculer d'un pouce.

« Tu n'es pas.. » commence ce dernier avec un mélange de supériorité et de besoin de la protéger qui m'agace autant qu'elle.

« Kingsley, on n'a pas le temps », je réponds cette fois. « Voilà comment je vois les choses. Maugrey nous fait descendre et monte la garde ici. C'est le plus indiqué... Toi, tu descends avec nous...Il y a une grotte en bas, tu nous attendras là, tu couvriras notre retraite... Tonks ira avec moi - J'ai besoin d'une femme pour aller là où je vais. ».

Maugrey et Shacklebolt grimacent, Tonks les toise presque, mais ça coupe court à toutes les discussions alors je les laisse à leurs petits affrontements. Je montre l'exemple en montant résolument sur la nacelle qui grince sinistrement. Je murmure un silencio qui rend inaudibles les protestations de l'objet quand Dora et Kingsley me rejoignent avec un peu de précaution. Maugrey, sur le bord, sourit presque :

« Finalement, je suis bien là où je suis, moi qui déteste déjà aller chez les Gobelins... »

Kingsley hausse les épaules et Fol-Oeil prend ça comme le signal. Il abaisse sa baguette et la nacelle commence doucement à redescendre dans le puits. Quand elle s'accroche aux parois, un peu de terre sèche nous tombe dessus. Je ne peux pas m'empêcher de trouver ça lugubre. Je me secoue. Je sors de ma poche deux petites fioles que j'ai obtenues à prix d'or sur le chemin des Embrumes. Je les tends à chacun des mes compagnons.

« Ça vous rendra inodores », j'explique. Les cahots ne prêtent pas à un discours mais trouver n moyen de masquer leur odeur réelle m'avait tenu éveiller plusieurs nuits. Puis je m'étais dit que ce qu'ils sentaient importait moins que ce qu'ils ne sentaient pas.

« C'est fiable ? » demande Kingsley, les sourcils froncés.

« Combien de temps ? » s'enquière Tonks.

« Suffisamment », je réponds.

Je me sens froid et je le regrette. Mais bizarrement ni Dora ni Kingsley ne semblent s'en formaliser. Ils obtempèrent sans attendre et sans questionner davantage. Quand nous touchons le sol, soulevant suffisamment de poussière pour tousser tous les trois légèrement, mon estomac se tord. Je n'ai pas le droit à l'échec et la seule façon de supporter cette réalité, c'est de rester distant de mes propres émotions.

00

Mon hypothèse est que les enfants dorment toujours dans les quartiers des femmes où je les avais trouvés la première fois. Je sais que c'est un peu mince comme plan – surtout quand je pense aux risques que je fais prendre à Dora, Kingsley et Fol-Oeil. Mais, faute d'informateur, je n'ai pas d'autres choix.

Nous laissons donc Kingsley derrière nous, et j'enjoins Tonks de baisser au maximum le capuchon de la cape de laine brune que je lui ai conseillée de porter. On croise deux, trois, cinq personnes et nul ne la regarde. Sans odeur, vêtue modestement et deux pas derrière moi, elle est aussi invisible qu'une louve. C'était le but. Faut que je l'assume.

Je me dirige à l'odeur vers le quartier des femmes. Il est tard et il n'y a personne dans les couloirs. La dernière fois, j'avais trouvé les enfants tout au fond et j'avance donc résolument. Dora sur mes talons ne dit rien. J'ose pas lui poser de question. Mais je me demande à quoi elle pense.

Un couple sort brutalement d'une grotte et nous coupe le passage. L'homme titube ; je pense qu'il a bu. Ce n'est pas interdit mais ce n'est pas obligatoirement bien vu. Il ne doit pas être un Lycaon – on ne se montre pas en état d'ivresse quand on est le prototype du lycanthrope nouveau. On doit leur apprendre ça dans leur réunion. Je ne ralentis pas parce que l'apparence risque de jouer beaucoup. La femme qui l'accompagne se tourne vers moi et je vois qu'elle, elle a honte. Elle lui murmure des paroles pressantes, il la repousse sèchement en lui ordonnant de le laisser tranquille.

Un garou comme je les aime - enfin comme j'ai essayé de les aimer. Dora dans mon dos, il me paraît plus qu'évident que ce n'est pas ça, l'avenir. Ça ne peut pas être ça. Je décide de les ignorer. Ce n'est pas évident parce que notre homme ne se pousse pas spontanément pour nous laisser le passage. Je me glisse quand même entre lui et la femme – je me rends compte à cette occasion qu'elle est enceinte et sans doute proche du terme. Il ne doit plus lui rester beaucoup de pleines lunes à supporter – évidemment, je pense à Lyall.

« Eh mais voilà un minois qu'on ne connaissait pas ! » Je me retourne et vois l'homme qui à lever le menton de Tonks alors qu'elle passait près de lui. « Où te cachais-tu ? »

Le regard de Dora me demande si elle peut l'assommer, et j'essaie une médiation parce qu'il n'est pas dans les usages des lycanthropes de piquer les compagnes des autres sous leur nez.

« Tu n'es pas seul ce soir », je lui fais remarquer en posant ma main sur son épaule.

« Elle est enceinte », il m'explique sans rougir avec un petit coup de menton vers la femme. Celle-ci a piqué du nez, désolée de la tournure des évènements. « Je ne peux pas trop... » il m'avoue un ton plus bas quand même, soyons honnête. « Tu comprends, elle est enceinte de sept mois... et déjà avec les pleines lunes... »

Il serait presque attentionné, en bref. Je décide d'être solidaire – et puis c'est une forme de vengeance, mais ça je l'analyserais plus tard.

« Samuel peut l'aider », je lui apprends. « Il a de la potion »

La femme a relevé la tête pleine d'espoir. Passer la pleine lune, choisir la date de l'accouchement. Le luxe et la sécurité.

« Je ne m'approche pas trop de Samuel », grimace l'homme avec un regard gêné pour sa compagne.

« A toi de voir », je réponds magnanime.

Il hésite, peut-être voudrait-il se justifier, peut-être se demande-t-il si je suis un lycaon et combien il y a de risque que je lui nuise d'une manière ou d'une autre. Surtout, il ne veut pas rester débiteur.

« Si tu cherches un coin tranquille », il me glisse avec un clin d'oeil écoeurant, « Va tout droit, juste après la chambre des mômes »

Je ne retiens pas mon sourire.

000

Je réveille d'abord Hope. Ça devient une sorte d'habitude, je me dis. Elle ouvre de grands yeux mais ne fais pas un geste ou un bruit. Elle attend avec un calme et une confiance qui me touchent profondément. J'espère furieusement être à la hauteur de tant d'attente.

Tout en lui faisant signe de ne pas bouger, je secoue doucement Mel et j'étouffe son cri de surprise de ma main. Je leur souffle de s'habiller et ils s'exécutent sans poser de questions. Mel me paraît un peu soupçonneux. Je décide ne pas y faire attention. Nous aurons le temps, je me dis, tout le temps nécessaire pour répondre à toutes les questions.

C'est quand on va sortir que Terry se dresse sur sa couche et s'exclame « Mais vous allez où ? » Il ne finit pas sa phrase; je l'ai stupéfixé avant. Il est heureux qu'il fasse noir car je crois que si je croisais le regard de l'un des gosses maintenant, je rougirais.

Je les pousse dans le couloir où Tonks monte la garde. Je fais des présentations minimales – en omettant de mentionner d'où vient son salaire. Je ne suis pas sûr que mes louveteaux seraient prêts à l'entendre sans frémir.

« On n'a pas beaucoup de temps », je conclus en leur désignant le couloir. Mais Hope reste campée sur place.

« Tout le monde nous connaît, Remus », elle objecte dans un souffle. « Si on est accompagnés », elle précise inutilement.

Je confirme à Tonks du regard.

« OK, alors j'y vais la première », murmure cette dernière. « Vous ne pouvez toujours pas me sentir ? »

Elle a dit ça tellement tranquillement ! J'ai une bouffée d'admiration ou d'amour – je ne sais pas. Je sais simplement que je suis profondément fier d'elle. On confirme tous les trois. Elle continue avec cette assurance qui me calme profondément.

« Bien. Les enfants vous viendrez ensuite me rejoindre. Laissez-moi cinq minutes d'avance. Et puis, toi, Remus... »

Le plan ne me plaît qu'à moitié mais j'acquiesce.

Si dans son intégralité la vie m'a souvent paru longue, ces dix minutes me semble une éternité. Finalement, je me risque dans le couloir. Il n'y a pas un bruit; tout le monde dort. Un bébé quelque part geint un peu. J'arrive à la coursive plus large qui doit me ramener vers la sortie auxiliaire. Tout est toujours calme. Je m'oblige à respirer plus profondément.

Je vais bifurquer quand une main m'accroche et l'odeur m'assaille au même moment. Samuel. Entre tous les garous présents dans ce camp, il faut que je tombe sur Samuel.

« Lupin ! »

« Bonsoir Samuel », je réponds en imposant le maximum de contrôle à mon coeur qui bat la chamade. Il ne doit pas sentir ma peur.

« Je ne savais pas que Lowell était là », il dit en fronçant les sourcils.

« Il ne l'est pas », j'avoue parce que mentir provoque des émotions et que les émotions changent l'odeur. Trop mentir n'est jamais une bonne politique entre garous.

Il se contente d'un haussement de sourcil. Il ne me lâche pas.

« J'ai amené des livres...aux enfants », je mens. Toujours être plausible dans son mensonge. Je regrette vaguement de ne pas l'avoir fait. Mais il y a des livres dans la chambre et c'est tous moi qui les ais amenés. Avec un peu de chance, Samuel n'en aura pas tenu le compte.

« Des livres », il gronde de toute façon. « Un jour, je les brûlerais tes satanés bouquins »

A ton aise, je pense. J'espère que Dora a emmené les petits près de Kingsley. Je veux les imaginer dehors, libres, sauvés. Le reste n'est que péripéties.

Mon silence l'agace.

« Et puis maintenant tu repars », il grince comme une vieille porte mal huilée. « Sans dire bonjour, sans dire au revoir. Tu nous méprises, hein, Lupin ? »

« Vous êtes beaucoup trop dangereux pour je commette cette erreur », je réponds du tac au tac.

Il s'esclaffe.

« Toujours le dernier mot ? » il demande encore mais sa hargne première est passée. Je souris pour lui montrer qu'il se trompe. En l'occurrence, il a toutes les cartes en main pour mettre un point final à toutes les belles paroles que je pourrais jamais prononcées.

« Allez viens, viens boire un coup avec moi », il décide soudain, « à la victoire ! »

Quelque chose bouge à la périphérie de ma vision et je devine Dora. Non, je pense avec fièvre. Occupe-toi des petits! Partez ! Laissez-moi régler ça ! On a déjà un trop vieux compte Samuel et moi ! Sors-les de là ! Je pense combien le bruit d'une bataille risque de réveiller tout le monde. Combien nous risquons de nous retrouver face à un groupe de lycaon, plus ou moins prêts à nous réduire en proie malgré que la lune ne soit que dans son premier quartier. Je décide de prendre les devants. Me plaçant résolument entre Dora et Samuel, je lui réponds avec toute l'amitié dont je suis capable : « Et pourquoi pas ? »

Il n'est étonné qu'une demi-seconde. C'est très curieux mais il semble presque fier après.

« Un Lupin qui se commettrait avec nous ? Un grand jour ! Sentirais-tu la victoire proche comme moi ? » Il est volubile et souriant. Il est si jeune que j'aurais presque pitié.

« Ne cherche pas trop, Samuel », je murmure. « Je suis plus simple que tu ne le croies ! »

Il me serre l'épaule avec une effusion étonnante et me guide vers une salle confortable – sans doute un privilège dont il peut s'enorgueillir. Immédiatement en entrant, il se dirige vers une armoire et sort une bouteille de whisky moldu et deux verres. De dos, il me parle :

« Je sais.. je sais que parfois... Je sais que tu voulais le bien de Lyall... et le bien des gosses... »

Des excuses. Ma main tremblerait presque. Sauf que je le lui interdis formellement. Ce n'est même pas une vengeance. Je n'ai pas réellement de haine contre lui. Enfin, je suis au-delà de ça. Il s'écroule au milieu des verres cassés.

« Eh bien, bravo pour la discrétion », murmure une voix dans mon dos.

Dora s'est glissée derrière nous et je comprends que, faute de sentir son odeur, je ne m'en suis pas rendu compte de son approche. Elle me laisse à ma surprise et s'approche de Samuel étendu.

« Tu croyais que je n'y arriverais pas ? », je demande. C'est sans doute la décharge d'adrénaline qui me rend hargneux – qui réveille le loup.

Elle lève les yeux au ciel.

« On n'a pas le temps, Lupin », elle m'oppose sans me regarder. De deux coups de baguette, elle répare les verres et en range un dans l'armoire. « Aide-moi », elle ordonne et je m'exécute. Nous traînons Samuel jusqu'à un sofa où je l'allonge. Dora derrière moi débouche la bouteille et l'asperge copieusement. Elle remplit ensuite à moitié un verre et dépose la bouteille ouverte à ses pieds.

« Mise en scène », je souffle inutilement.

« Eh ! On apprend des trucs utiles chez les Aurors », elle commente avec sa gouaille revenue. « Bon, on efface la scène ? »

« Oubliettes ? » je butte presque sur le mot.

« T'as une autre idée ? ça a duré trop longtemps pour qu'il pense avoir rêvé ! »

Comme la vérité est que non, je la regarde faire, pensant un peu tard que je ferais mieux de faire le guet. Comme tout est calme dans le couloir, nous nous glissons très rapidement. Dans le boyau qui mène à la sortie auxiliaire, nous courrons.

« Les gosses ? », je souffle.

« Kingsley les a remontés », elle m'apprend. « Nous, on va léviter, ça ira ? »

Je lui dois la vérité.

« Je suis plutôt nul... et ça fait longtemps... » Je grimace

« OK, je vais te monter », elle m'assure.

Mon orgueil se rebiffe presque, et puis mon admiration prend le dessus. J'ai presque envie de rire quand je sens mes pieds se soulever du sol. Je me sens léger terriblement léger, et je suis sûr que ça l'aide. Shacklebolt prend le relais à mi-course et c'est sans doute assez sage – des profondeurs de ma paranoïa naît l'idée qu'ils ont mis ce plan au point à un moment où un autre. D'abord, ça m'agace et puis je l'accepte. J'émerge donc dans la nuit pour voir Hope et Mel collés l'un à l'autre visiblement impressionnés par Fol-Oeil. Mais je n'ai pas le temps de partir sur une explication pédagogique sur les limites de l'apparence. Je les prends l'un et l'autre par la main et je chuchote : « On va courir sans faire de bruit, Ok ? »

Ils opinent ; nous sommes partis. Nous ne retournons pas sur nos pas, mais nous allons vers le village, vers les odeurs. Nous atteignons très rapidement une grange – on entend des chevaux qui grattent et qui renâclent. Je me demande si c'est mon odeur qui provoque cette réaction, si nous sommes suivis – et puis je décide de ne pas m'en inquiéter. C'est trop tard. Dans l'ombre de la grange, Kingsley et Maugrey nous font un signe de tête. Ils restent là en couverture et puis ils transplaneront. Dora, les mômes et moi, on continue. On attend le premier jardin du village et là, sous les cerisiers qui perdent leurs pétales, on s'arrête. Dora est immédiatement aux aguets, et moi je m'accroupis vers les gosses :

« Maintenant, on va faire de la magie », je leur apprends. Ils ouvrent de grands yeux. « Dora et moi, on va vous faire transplaner... On va disparaître d'ici et réapparaître dans un endroit sûr... » Je déglutis pour ravaler toutes mes craintes sur la sécurité. Je dois faire confiance à Tonks. Point final. Est-ce que cette soirée n'a pas montré toutes ses compétences ?

« Hope, tu vas prendre la main de Dora, d'accord ? »

Hope est raisonnable et elle acquiesce. Mel me regarde, intensément. Je lui prends la main pour confirmer. Il ne se détend pas autant que je pourrais l'espérer, mais c'est peut-être l'excitation de la nouveauté. De toute façon, je n'ai pas le temps d'approfondir.

On transplane dans la banlieue de Londres, dans une planque que Dora a trouvée je ne sais comment. Je ne veux pas réellement savoir. Je ne dois pas savoir. Ça vaut mieux pour la suite. C'est une maison moldue qui sent le renfermé. Quand Mel et Hope se laissent tomber sur le canapé, ils soulèvent un petit nuage de poussière. Ils sont sans doute crevés mais ils regardent autour d'eux avec beaucoup de curiosité.

« On ne va rester ici qu'une nuit », leur apprend Dora, comme pour les inviter à ne pas porter trop d'intérêt au décor. « Demain, on ira chez moi...et puis après, on verra... »

Elle a un geste un peu nerveux quand elle dit ça et elle me regarde. De fait, c'est à moi maintenant.

« Les enfants », je commence, pas très à l'aide. Il y a le plan et il y a la réalité. Le plan veut que j'ai à faire ailleurs, la réalité est que les laisser maintenant est très difficile. D'ailleurs, ils se sont tendus, comme s'ils avaient déjà perçu ma réticence. « Hope, Melyor, je dois vous laisser », je continue très vite parce que je ne veux pas entendre leurs objections. « Je suis un danger si je reste avec vous... mais on va se revoir très bientôt... Dora... Dora va s'occuper de vous en attendant... »

Mel va parler, Hope lui prend la main et il ferme la bouche.

« Si tu dois partir, Remus », elle murmure.

« C'est mieux comme ça », je réponds sur le même ton et, avant que tout mon courage ne disparaisse, je me redresse. Un pas et je suis dans le couloir. Tonks est sur mes talons, quand elle m'enlace de dos, je sens que son odeur est en train de revenir.

« On touche au but, Remus, n'oublie pas. »

« Touche-t-on jamais au but ? » je demande plus par lassitude que par réel esprit de contradiction.

Elle me serre plus fort.

« Tu vas y arriver parce que ce n'est rien après tout ce que tu as accompli ce soir », elle m'assure.

« Avec toi », je corrige.

« Tu comptes m'oublier en passant cette porte ? » elle me demande – et je ne veux pas me retourner et voir qu'elle cache ses larmes dans ses blagues.

« Faudrait que j'aille plus loin que chez Lowell », je murmure.

« Alors vas-y vite », elle me pousse dans le dos et je quitte le petit pavillon de banlieue sans me retourner.

000

J'ai dormi chez Pharos – Lowell a dit qu'il était trop tard pour que je cherche une pension et j'ai accepté. Quelle meilleure couverture ?

Je me réveille donc dans la petite chambre mansardée du troisième étage. Elle a un peu la même odeur de poussière et d'humidité que le pavillon où j'ai laissé Dora et les enfants. Avant même d'avoir ouvert les yeux, je me demande si ils y sont encore, si Dora a pu dormir, si elle va réellement les emmener chez elle... Trop de questions, je décide en me levant. Trop de pensées inutiles.

Je sors sur la pallier et je m'enferme dans la salle de bains pour une douche pas très chaude. J'en suis encore à m'essuyer quand j'entends une cavalcade dans les escaliers et une voix qui me fait frémir. Silvenhair.

« Il est où ? » grogne-t-il juste derrière la porte, et mes mains tremblent un peu en boutonnant la chemise. Déjà ? demande mon coeur, déjà ?

« Là-haut, je te dis ! » C'est Lowell qui halète derrière le lieutenant de Greyback. Je les entends qui continuent à monter et la porte de ma chambre s'ouvrir dans un fracas terrifiant. Les choses sont malheureusement très claires.

Je me force à me regarder dans la glace. A regarder mes yeux et mon visage et à leur ordonner de prendre un air détaché. C'est maintenant, et c'est tout. Jamais je n'ai réellement cru pouvoir m'en sortir facilement – y a-t-il quelque chose qui m'ait jamais été donnée facilement ? J'inspire une dernière fois profondément. Et puis j'ouvre la porte comme si j'étais curieux des raisons de ce chambardement matinal.

« Lupin », souffle Lowell avec un mélange de soulagement et d'inquiétude qui l'honore presque. A moins qu'il ne s'inquiète de ce que son association avec une cible de Silvenhair pourrait lui causer.

Silvenhair se retourne derrière lui et redescend à grandes enjambées. Il bouscule Lowell et se plante devant moi, dominant et fier.

« Tu fais quoi ? » il m'interroge, mauvais. « Et prends pas tes airs de sainte-Nitouche ! Depuis quand tu es là ? »

« Du calme, Silvenhair », s'interpose Lowell, « Je t'ai dit qu'il était arrivé hier soir... »

« Quand ? » rugit l'autre.

Lowell ne sait plus, je le vois à sa tête.

« On venait de dîner », répond Pharos de sa voix étonnamment posée pour quelqu'un qui parle si peu. « J'ai même proposé à Remus des restes », il rappelle

Tout cela est vrai et c'est la beauté de la chose.

« Et avant, tu étais où avant ? » crache Silvenhair en se retournant vers moi.

« Avant ? »

« Oui, avant ! » Il s'étouffe presque de rage.

« J'ai passé la semaine dans la maison de mes parents, je...J'essaie de l'arranger, elle est en très mauvais éta... »

« Elle est où !? » tonne Silvenhair, visiblement mes problèmes familiaux ne l'intéressent pas.

« Au Pays de Galles », je réponds.

Ça jette le froid attendu. Le tout pour le tout. Mon coeur a un petit pincement.

« Au Pays de Galles ? » il répète plus calme et plus dangereux.

« Oui, mon père...Mon père l'a acheté quand je suis devenu un garou.. pour les transformations... »

Encore une fois des détails, des détails vrais. Beaucoup, trop – c'est voulu. Vérifiables ? Pas toujours. Mais l'idée est que ceux qui le sont rendent les autres crédibles.

« Silvenhair », tente une nouvelle fois de s'interposer Lowell

« Ne me dis pas que c'est une coïncidence ! » - hurle de nouveau le lieutenant de Greyback. Et j'essaie de repousser ce sentiment que sa colère n'exprime que sa frustration d'être incapable de me lier formellement avec la disparition des gosses.

« Quelle coïncidence ? » je demande, et je lis dans les yeux de Pharos qu'il me trouve téméraire d'attirer ainsi l'attention sur moi. Tant mieux.

« Une première gamine disparaît, et tu es là Lupin ; Maintenant les deux autres et qui est en vacances au Pays de Galles !? »

« Qui a disparu ? » je demande plus pressant – mais ne suis-je pas connu pour être l'ami des enfants ?

« Les deux blondinets, pas que ce soient des recrues extraordinaires mais quand même ! » il me répond presque à regret. Il complète même tout seul, comme s'il admettait douter de sa piste. « Ils ont assommé Terry le frère de Samuel! Ces deux oies blanches ! Qui auraient cru ça ? »

« Assommé ? », je répète faute d'inspiration, et Lowell pose de lui même la question que me taraude.

« Et Samuel ? Il était là ? »

« Samuel ! Parlons en de cette outre à whisky ! » crache Silvenhair presque rassuré de retrouver un objet à sa colère.

« Il n'a rien vu », comprend Lowell.

« Il était trop saoul pour se rendre compte de quoi que ce soit ! On lui donne deux responsabilités et il se vautre dans la facilité ! »

Lowell hoche la tête – Samuel ne sera pas plaint. Je n'ose pas demander de détails.

Un drôle de silence s'installe. Un silence prudent. Un silence armé. Chacun pour soi, en quelque sorte. C'est Silvenhair qui y met un terme.

« Soit », il éructe. « Prends tes affaires Lupin, nous allons aller voir cette maison... et puis, nous verrons si tu sauras te rendre utile... Parce que ces gamins, on va les retrouver ! »

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Bon, un peu d'adrénaline quand même non ?

La suite ? Puisqu'il y a encore une suite... hum, Le courage lui va bien – ainsi qu'une petite phrase de Daniel Pennac : « Quand tout est fichu il reste encore le courage. »