CHAPITRE IV

PRESSURE

Toute la famille Chase ainsi que Riquie et son équipe étaient déjà sur le pied de guerre pour installer les chaises et les tables dans le jardin. Le grand jour était arrivé. Ils n'attendaient pas moins d'une cinquantaine de personnes pour l'événement.

- Angéla, met plutôt la longue table à l'ombre, grand père et grand mère y seront plus à l'aise. Demanda Patty à sa fille.

La jeune femme s'exécuta.

- Attention chaud devant ! Cria Graham en entrant dans le jardin avec un énorme plateau de fruits de mer.

- Ça viens tout droit du restaurant de papa. Ajouta Danielle qui aidait son père à porter le plateau.

Riquie donnait les dernières directives à son équipe concernant le service et la décoration.

- Cette famille compte énormément pour moi alors je ne veux aucun faux pas. Je veux un service impeccable et soyez présent pour chacun des invités. Gardez l'œil ouvert. Faites vous remplacer pendant vos pauses. Si un élément du décors se détache pendant la journée remplacez le, ne faites pas de rafistolage de bas étage, se n'est pas digne de notre entreprise compris.

Personne ne répondit.

- Très bien, dit-il en regardant une dernière fois son équipe, au travail.

Tout le monde s'agitait dans tous les sens. Angéla s'était finalement mise à l'écart de tout ce remue ménage. Elle les regardait et c'était comme si tout autour d'elle était au ralenti. C'était comme si son cerveau c'était mis en stand-by. Elle ne pensait plus à rien. « Non » se dit-elle, elle devait se ressaisir. C'était l'anniversaire de sa mère, toute sa famille et ses amis était là pour passer un bon moment, elle n'avait pas le droit de se laisser aller. Rien ne devait transparaître.

- Bonjour madame Carter. Dit soudainement une voix derrière elle.

Elle sursauta et tourna violemment la tête pour y découvrir son mari. Un sourire illumina son visage.

- Eliot ! Dit-elle en lui sautant au coup.

- Ça va mon ange ? Répondit Eliot en la serrant contre lui.

- Tu m'as manqué. Souffla Angéla

- Toi aussi tu m'as manqué. Les minutes me paraissent des heures sans toi.

Il lui attrapa délicatement le visage et l'embrassa tendrement.

- Eliot ! ! Cria une voix derrière eux.

- Madame Chase, Joyeux Anniversaire.

- Merci ! Répondit-elle en serrant son gendre dans ses bras, tu as fais bon voyage ?

- Très bon merci.

- Bon je vous laisse un moment pour vous retrouver mais après il faudra venir nous aider, les invités arrivent dans peu de temps !

- Très bien. Répondit-il poliment.

Patty s'éloigna et le regard d'Eliot se posa de nouveau sur sa femme.

- ça va ? Tu n'as pas l'air bien ?

- Si ! Si, pourquoi tu dis ça, tout va très bien. Tu es arrivé, comment ça pourrait ne pas aller ? Répondit-elle en l'embrassant de nouveau. Sûrement la fatigue ne t'inquiètes pas.

Il lui sourit simplement et l'entraîna malgré elle vers les autres pour continuer la préparation de la journée.

La fête était déjà bien entamée en ce milieu d'après-midi. Tous les invités étaient réunis dans le jardin et vaquant chacun à leurs occupations, par petit groupe. Tout le monde avait le sourire aux lèvres, un verre ou une assiette à la main, passant tour à tour devant Patty pour lui souhaiter un joyeux anniversaire.

Les enfants couraient après un ballon, entre les jambes des adultes qui ne semblaient pas les voir, trop occupés avec les derniers potins. On pouvait apercevoir Rayanne et Riquie se mêler à la foule, parmi des gens qu'ils ne connaissaient pas mais avec qui ils essayaient de créer des liens. Brian, Graham et Eliot étaient en pleine réflexion avec trois autres hommes à propos du futur de la cybernétique et de l'intelligence artificielle. Sharron serviable, aidait les employés de Riquie malgré les recommandations du jeune homme. Elle se faisait aussi régulièrement complimenter pour sa maison, son mariage et sa tenue parfaite. Une vraie femme d'intérieure.

Angéla, quant à elle, passait régulièrement de groupe en groupe pour se mêler aux différentes conversations et s'occuper de sa famille et ses amis qu'elle allait bientôt quitter. Elle allait aussi régulièrement embrasser son mari, s'assurant que tout allait bien pour lui.

La jeune femme affichait maintenant un sourire radieux, mais à chacun des pas qu'elle faisait son esprit lui criait qu'elle était la pire des hypocrites. Cela dit, personne n'aurait pu se rendre compte de quoi que se soit ce jour là. De toute façon, elle s'était promise de ne rien faire qui aurait pu gâcher la fête de sa mère. Et puis, à y regarder de plus près, du moment qu'elle s'efforçait d'agir normalement, en arrêtant de penser, personne ne prêtait vraiment attention à son regard vide, seul chose qui pouvait encore la trahir.

Certains amis de ses parents, des gens qu'elle n'avait jamais vus pour la plupart, la félicitaient pour sa réussite professionnelle, son sérieux et sa gentillesse. Une vieille dame lui avait même confié qu'elle aurait voulu avoir une fille aussi droite et admirable qu'elle. Angéla avait pensé que la pauvre dame aurait été bien déçue si elle avait su la vérité sur elle. Le pire dans tous ça était que son sentiment de mal-être ne venait pas d'une culpabilité latente mais bien d'une confusion dont elle n'arrivait pas à trouver la source.

Elle ramassa quelque plateau vide sur une table et alla les porter dans le garage pour les remplacer par des pleins. Elle pensa que les gens mangeaient tous à outrance comparée à elle qui n'avait pu rien avalée. Pour accéder au garage en passant par l'extérieur, il fallait s'éloigner du groupe en se dirigeant vers le fond du jardin, abrité par un gros chêne massif. Ensuite, il faillait contourner une petite cabane renfermant outils de jardinages et autres ustensiles.

C'est dans ce mini recoins entre la cabane et le garage que Jordan la prise par surprise en la plaquant contre le mur. Angéla avait faillie crier effrayée par cette soudaine apparition, mais le jeune homme avait prévu le coup et avait placée immédiatement sa main contre la bouche de la jeune femme.

Quand elle réalisa qui elle avait en face d'elle, ici même, son cœur se mit à battre à la chamade. Tous les invités et Eliot étaient à quelques mètres derrière elle et elle n'avait vraiment pas envie de faire les présentations.

- Qu'est-ce que tu fais ici ? ! Chuchota-t-elle en le fusillant du regard.

- Il fallait que je te vois. Répondit-il doucement

- Je t'avais interdit de venir Jordan !

- De quel droit tu m'interdirais quelque chose ? !

- Je suis chez moi ! Lança-t-elle

- Non tu es chez tes parents, nuance, et l'autre jour ils n'avaient pas l'air contre l'idée que j'assiste à la petite fête.

- Jordan, dit-elle affolée, sorts d'ici maintenant !

Elle essayait de le pousser vers la sortie, mais rien n'y faisait. Jordan était bien déterminé à lui dire le fond de sa pensée.

- Tu n'avais pas le droit de venir la nuit dernière à l'hôtel, commença-t-il, et surtout de partir comme ça.

- Et comment tu croyais que ça allait se terminer Jordan ? ! Je suis mariée, tu le savais ! lança-t-elle en regardant régulièrement derrière elle pour vérifier que personne ne venait dans leur direction.

- Tu t'ai servi de moi Angéla ! L'accusa-t-il furieux.

- Quoi ? ! Jordan tu es conscient que tu m'as presque supplié de tromper mon mari, toute la semaine ? !

- Quoi ? ! Mais tu délires, je ne t'ai jamais dit ça ! A la limite je t'ai suggérer de faire un choix, mais pour ma part je me souviens juste de t'avoir dit ma façon de penser et ce que je pensais de toi pour que tu le saches, pour que tu reviennes avec moi.

- Et je suis venue !

- Pourquoi ? ! Demanda-t-il en tapant sévèrement sa main contre le mur, en la bloquant de nouveau par la même occasion.

Angéla ne répondit rien et le regarda sans comprendre. Il était si proche d'elle maintenant qu'il faisait écran entre elle et le jardin. Elle se sentait comme prise au piège, obligée de répondre à des questions auxquelles elle n'avait pas envie de répondre.

- Pourquoi quoi ? répéta-t-elle

- Pourquoi tu es venue ? Demanda Jordan plus calmement et la forçant à le regarder dans les yeux.

- Tu me l'as demandé !

- Non … je t'ai juste dit ce que je ressentais. Tu es venue de ton plein gré Angéla. Ne me rejette pas ça sur le dos. Tu as frappé à ma porte hier soir et tu savais très bien pourquoi.

Elle ne répondit rien et détourna le regard.

- Je veux savoir pourquoi.

La jeune femme hésita un moment puis le regarda à nouveau. Son regard était noir et coléreux, mais Jordan ne se laissa pas impressionner.

- J'en sais rien ok ! Avoua-t-elle à contre cœur.

- Je vais te dire pourquoi moi… Tu t'es rendue compte que tu avais encore besoin de moi et que, sans trop savoir pourquoi, quelque chose te manquait dans ta vie dorée.

- Arrête de dire ça ! Je suis mariée…

- Arrête de me donner toujours le même argument à la con à chaque fois ! Cria-t-il en frappant de nouveau contre le mur, faisant sursauter la jeune femme.

Il respira profondément pour se calmer, puis reprit doucement.

- Je ne te parle pas de ça, je m'en fou et je te l'ai déjà dit. Je ne le connais pas, je suis sûr que c'est quelqu'un de très bien mais nous ne sommes pas des machines Angéla. Se n'est pas parce que la monogamie est prônée dans notre société que tout ton être est automatiquement bloqué une fois que tu as la bague au doigt. Il est possible d'éprouver des sentiments bien distincts pour deux personnes différentes.

- C'est de la folie … je ne sais même pas pourquoi on a ce genre de discutions.

Jordan l'embrassa soudainement laissant Angéla dans l'incapacité de faire quoi que se soit.

- T'es malade ou quoi ! ! Lança Angéla en le repoussant.

- Angéla ? Appela une voix derrière eux.

- Il arrive … Jordan va t'en je t'en pris…

- Chérie ? Demanda de nouveau la voix d'Eliot qui se rapprochait de plus en plus.

- Je suis là ! J'arrive ! Cria-t-elle en direction de son mari.

- Je n'abandonnerai pas Angéla, je veux qu'on se revoit, insista Jordan, on en a pas encore fini toi et moi, on a encore des choses à régler, peu importe l'issue de cette histoire… Tu as aimé ce baisé, j'ai bien senti tout ton corps frissonner.

- Arrêtes je t'en pris … écoutes on en reparlera d'accord … mais pars ! répondit-elle affolée.

Jordan recula pour partir, mais il était déjà trop tard et la rencontre était imminente. Angéla intercepta son mari, mais c'était inévitable et quand les deux hommes se rencontrèrent, le visage de Jordan se décomposa.

- Tu es là je te cherchais partout. Dit Eliot à sa femme sortie de nulle part

- Oui j'étais aller chercher à mangé quand j'ai rencontré …

- Jordan ? ! Qu'est ce que tu fais ici ? ! Demanda Eliot plus que surprit.

Jordan était abasourdi, Eliot Carter était marié à Angéla. Eliot Carter, l'homme qu'il considérait comme un père et en qui il avait le plus confiance. Il l'avait trahis en séduisant sa femme et lui, sans même le savoir, venait de lui planter une lame dans le ventre. Le jeune homme ne su vraiment pas quoi lui répondre. C'était comme si tout son monde venait d'exploser devant ses yeux et qu'il n'avait rien pu y faire.

- Je … commença Jordan.

- Vous vous connaissez ? Demanda Carter à Angéla.

- Oui en fait c'est … Commença la jeune femme qui essayait de rester calme

- J'ai travaillé pour son père il y a longtemps, avant L.A. et ils m'ont invité. Désolé d'être si en retard Angéla.

- Se n'est pas grave … répondit-elle surprise par un tel changement d'attitude de la part de Jordan, encore tétanisé quelques secondes plus tôt.

- Le monde est petit c'est incroyable ! Chérie, Jordan fait partit des musiciens dont je t'ai parlé. Ceux avec que je travail en ce moment !

- Ah oui ? s'efforça-t-elle de répondre.

- Tu te rend comptes, tout ce temps, tu connaissais ma femme finalement … En déduit Eliot, le sourire aux lèvres.

- Oui, soupira Jordan, le monde est petit.

- Quel bonheur que les deux personnes qui comptent le plus dans ma vie, personnellement et professionnellement se connaissent déjà. Lança Carter.

Angéla baissa les yeux, c'était une véritable catastrophe. De plus, elle savait maintenant qui avait été le mystérieux sauveur de Jordan il y a quelques années et elle savait donc à quel point il devait se sentir mal.

- Alors et cette fille ? Demanda Eliot. Tu lui as parlé finalement ? Tu sais Angéla, il a revu une fille ici, je devrais la bénir !

- Faut pas exagérer. Répondit Jordan.

- Regard le, il est timide. En déduisit Eliot.

- J'aime pas parler de ma vie privée c'est tout …bon je vais y aller moi … Répondit Jordan en reculant.

- Déjà ? ! Mais tu viens d'arriver, restes un peu quand même, on est tous une grande famille maintenant, pas vrai chérie !

Angéla se contenta de lui sourire.

- Tu lui as parlé ou pas finalement? Surenchérit Carter.

- Oui … répondit le jeune homme en regardant Angéla.

- Et alors ? Demanda Eliot curieux.

- Ça n'a rien donné, trop de temps est passé je pense, fin de l'histoire. Répondit sévèrement le jeune homme pour clore le sujet.

La jeune femme détourna les yeux.

- Bon … et bien au moins ça t'aura permis d'écrire un peu … aller et si on allait boire un verre. Vous venez.

Eliot passa devant, suivit de Jordan. Quand il passa devant Angéla, elle lui attrapa le bras.

- Jordan je … je te jure que je n'étais pas au courant …

Le jeune homme ne la regarda même pas et dégagea doucement son bras.

- Qu'est-ce que ça change … Dit-il avant de continuer sa route.

Angéla resta un instant à regarder Eliot et Jordan marcher ensemble pour rejoindre le reste des invités et une gêne incroyable s'empara d'elle. Comme si une dualité soudaine s'emparait d'elle. C'était la pire des sensations qu'elle n'avait jamais éprouvées.

Une semaine plus tard, la vie avait reprit son cours normal. A Los Angeles, les Frozen Embryos étaient entrés en studio et avaient commencé à travailler sur leur album. C'était un processus intensif où ils devaient se couper du monde pendant un moment et ne penser qu'à leur art. Eliot Carter venait régulièrement voir la progression de ses protégés et leur donner quelques recommandations.

Ils rentraient toujours très tard dans une maison sur les hauteurs de Berverly Hill qui leur avait spécialement été réservée. Même en rentrant à 4 heures du matin, Jordan ne cessait jamais de jouer et de perfectionner ses morceaux. Chaque membre du groupe avait ses propres cartiers dans la maison afin de se ressourcer au calme.

Les seuls moments de répit qu'ils pouvaient avoir étaient ceux où ils jouaient au basket dehors tous ensemble pour se changer les idées. Mais cela ne leur prenait pas plus d'une après midi par semaine.

Un jour, alors qu'ils étaient entrain de bosser sur une chanson, Jordan s'était effondré de fatigue aussi bien physique que mentale. Une violente dispute avait alors éclatée au sain du groupe. Jordan avait reproché le manque de sérieux et de concentration des deux autres qui étaient dans le même état de fatigue que lui. Eux, lui avaient reproché le contraire justement, qu'il était dans son monde depuis le début de l'enregistrement et qu'il ne jouait pas pour le groupe mais pour lui-même.

Le jeune homme n'avait quasiment pas décroché un seul mot de toute la semaine en dehors du boulot. Son regard était vide et il semblait constamment en colère.

C'est malheureusement ce jour là qu'Eliot avait décidé d'inviter Angéla à une séance d'enregistrement. Quand elle arriva personne ne parlait et un silence pesant régnait dans le studio.

- Je peux savoir ce qui se passe ? Demanda Eliot à travers le micro qui lui permettait de communiquer entre le studio et le sasse technique.

Tino lui fit signe que tout allait bien.

- Je préfère ça. Répondit sévèrement le producteur. J'ai quelqu'un à vous présenter les gars.

Jordan, qui n'avait toujours pas levé la tête vers la cabine, aperçu Angéla à travers la vitre. Il resta un instant focalisé sur elle avant qu'il ne sente la colère monter de nouveau en lui. Elle avait évité jusqu'ici de croiser son regard. Les deux autres membres du groupe allèrent saluer l'épouse tant attendue avec plaisir, mais Jordan resta en retrait. Sous le regard insistant d'Eliot, il alla malgré tout les rejoindre.

- Tu n'as pas l'air en forme Catalano, remarqua Eliot, qu'est ce qui se passe ?

- C'est rien … je …écoutes je n'y arrive pas aujourd'hui je crois que je vais rentrer bosser à la maison.

- Se n'est pas ce que l'on avait prévu.

- Je sais … t'as qu'a considérer ça comme un contre temps … je viendrais avant les autres demain.

- Et comment on va pouvoir continuer à enregistrer aujourd'hui si tu t'en vas ? ! Dit Tino en colère.

Jordan lui lança un regard noir, les mains sur les hanches, bougeant frénétiquement de gauche à droite en serrant la mâchoire. En voyant son comportement, Eliot pris les devant.

- Vous enregistrerez tous vos solos. Jordan tu peux rentrer.

- Prêtes moi ta voiture. Demanda Jordan.

- Je peux pas, j'en ai besoin cet après midi. Enchaîna Eliot sur le même ton.

- Je vais appeler un taxi.

- Je peux t'y emmener si tu veux. Dit timidement Angéla.

Il leva les yeux vers elle.

- Non ça ira merci.

- C'est stupide, profites en, lança Eliot, Angéla t'accompagnera ça ira plus vite.

Jordan soupira mais ne protesta pas d'avantage.

- Reviens vite. Dit Eliot à sa femme avant de l'embrasser légèrement.

Bien sûr Jordan détourna le regard et s'avança vers la sortie. Angéla prit son courage à deux mains et lui emboîta le pas.

Dans la voiture, il n'y avait pas un bruit depuis qu'ils avaient quitté le studio un quart d'heure plus tôt, pas même le son de la radio. Ce silence devenait trop pesant pour Angéla qui prit finalement la parole :

- Tu as décidé de m'ignorer encore longtemps ? Demanda-t-elle calmement.

Il ne répondit pas.

- Ah bon, c'est comme ça maintenant … très bien, ça fait toujours plaisir…

Elle laissa passer quelques instants puis continua.

- Tu sais, tu es aussi coupable que moi dans l'histoire alors je ne vois vraiment pas pourquoi tu m'en veux à ce point.

- Je ne t'en veux pas. Répondit-il enfin sans pour autant la regarder.

- Qu'est-ce que ça serait alors si c'était le cas. Lança-t-elle sarcastiquement.

- Qu'est-ce que tu veux que je te dise ? ! Répondit Jordan énervé.

- J'en sais rien ! Cria-t-elle plus fort.

Elle se calma un peu et reprit :

- J'aurai pensé que tu m'appellerais …

- Pourquoi je t'aurai appelé ?

- On avait dit … on avait dit qu'on reparlerai de ce qui s'est passé … tu semblais avoir des choses à me dire alors …

- Ça c'était avant que je sache.

- Donc d'un coup tu n'avais simplement plus rien à me dire, juste comme ça … ça ne devait pas être si important en fin de compte. Répondit Angéla légèrement blessée.

- Tu crois que c'est facile pour moi ? ! C'est pas vrai … Je t'ai dit ce qu'il était pour moi ! Comment tu peux …

Il s'arrêta de parler, à bout de nerfs.

- Et moi ? ! Jordan, c'est la même chose pour moi !

- Toi tu l'as décidé, tu savais que tu allais tromper ton mari au moment où tu es monté dans ta voiture pour venir me rejoindre à l'hôtel. Moi je ne savais pas à qui j'allais faire du mal, si se n'est à moi même. Voilà toute la différence.

Après ça, ils ne parlèrent pas jusqu'à la maison.

Une fois arrivé, Jordan descendit de la voiture sans même lui dire au revoir et s'avança vers l'entrée. Angéla hésita un instant, les mains serrées sur son volant, le regard fixé sur la route devant elle. Elle tourna finalement la tête pour le regarder s'éloigner et ne pu s'empêcher de sortir du véhicule.

Elle s'avança dans l'allée à mi chemin entre sa voiture et l'entrée de la maison avant de l'interpeller.

- ça aurait changé quelque chose ? Demanda-t-elle doucement

Jordan s'arrêta.

- Bien sûr que oui. Dit-il en lui tournant le dos.

Il recommença à marcher, plus lentement cette fois et la jeune femme le suivit. Elle se trouvait maintenant juste derrière lui.

- Tu es sûr ? Si tu avais su que j'étais madame Angéla Carter Chase, après tout ce que l'on a fait ensemble cette semaine là et ce qu'on a pu ressentir …

Le jeune homme se retourna vers elle.

- Tu m'aurais repoussé … continua Angéla.

- Oui.

Elle fit un pas de plus vers lui. Il ne bougeait plus. Il n'avait même pas osé baisser la tête vers elle et la regardait de haut en essayant de rester le plus froid possible. Ils étaient quasiment collés l'un à l'autre.

- Tu m'aurais repoussé ? Demanda-t-elle à nouveau.

- Tu as ressenti quoi ? Répondit Jordan en fixant les lèvres de la jeune femme, la mort dans l'âme.

- Le feu … dit-elle simplement, la nostalgie … Elle sourit tristement. L'envie de … te sentir encore une fois …

- Pourquoi tu fais ça Angéla ? Chuchota Jordan en levant les yeux au ciel.

- Je veux juste savoir … si tu me disais bien la vérité …

Il la regarda de nouveau et lui passa la main sur la joue puis dans les cheveux. On pouvait lire la torture dans son regard et à quel point il souffrait. Angéla ferma les yeux au contact de sa peau. Elle tremblait comme une feuille alors qu'il lui caressait les cheveux.

Jordan baissa lentement la tête en direction des lèvres de la jeune femme. Il passa son pouce dessus, c'était si doux, charnelle et chaud qu'il en eu la chaire de poule. Leurs lèvres se frôlaient timidement. Elle avait passé ses bras autour de lui et laissait glisser ses mains dans son dos. Jordan jouait avec ses lèvres, les faisant glisser sur celles d'Angéla tout doucement sans pour autant l'embrasser. Elle pouvait sentir le cœur du jeune homme battre à la chamade et pourtant il paraissait si calme à l'extérieur.

Finalement il la ramena contre lui et la serra dans ses bras un instant, toujours en passant sa main dans les cheveux de la jeune femme. Il déposa un baisé sur son front et dit simplement :

- Vas-y … il va t'attendre …

Angéla recula sans un mot et retourna dans sa voiture. Il la regarda partir sans bouger et rentra à l'intérieur.

Dans leur penthouse de Los Angeles, Angéla et Eliot se préparaient à dîner. La cuisine était entièrement en tek ce qui donnait un côté thaïlandais à l'espace. Eliot, féru de décoration exotique, avait commandé tous les plans de travail en Afrique là où le bois est le plus foncé. Il avait fait lui même la décoration du ce luxueux appartement et avait pris plaisir à mélanger le style moderne et le style exotique. En quelques années d'investissement, il avait transformé ce penthouse en mine d'or.

Ce soir là, préposé aux légumes, il pelait et conditionnait chaque ingrédients en variant les couleurs et les saveurs. Angéla arrosait régulièrement la viande qui, au fur et à mesure de sa cuisson, dégageait des odeurs appétissantes dans tout l'appartement.

Pour patienter pendant la cuisson, Eliot grand amateur de vin, avait débouché une bonne bouteille d'un Californien réputé. Sa femme assise sur le rebord de l'évier, le regardait œuvrer avec envie, un verre à la main. Elle aimait le voir cuisiner avec les manches d'un costume à 800$ retroussées pour ne pas les salir. Eliot était le parfait compromit entre l'homme d'affaire implacable et le paysan qui vit de ses récoltes et qui construit lui-même sa maison. C'est une des qualités qui lui avait tout de suite plus chez lui.

- Tu repars donc à la fin de la semaine c'est bien ça ? Demanda Eliot, les mains dans l'eau.

- Oui, j'ai rendez vous dans plusieurs librairies spécialisées dès lundi pour la promo du livre et ensuite on m'attend au bureau pour commencer à étudier les dossiers qu'on préparera pour 2009.

- Tu te sens prête à changer de dossier ?

- C'est toujours difficile de commencer à étudier un autre groupe d'individus après avoir passé tant de temps avec un autre mais c'est mon métier, je n'ai pas le choix.

- Je suis inquiet pour les Frozen. Avoua-t-il après un instant.

- Pourquoi, vous êtes en retard sur l'enregistrement ?

- Pas pour le moment, mais Jordan n'est plus le même. C'est comme s'il avait perdu son esprit de groupe.

- Se n'est sûrement qu'une mauvaise passe. Rassura Angéla

- C'est possible, le problème c'est qu'il a toujours été le moteur de ce groupe et que sans lui, les autres ne se donnent pas à fond. Je vais lui parler. Je suis sûr que c'est à cause de cette fille …

- Quelle fille ? Demanda Angéla, légèrement mal à l'aise.

- Celle du lycée, celle qu'il a revue et avec qui ça s'est mal passé. Tu la connais toi par hasard ?

- Moi ? Non pourquoi ? Mentie la jeune femme.

- Je suis sûre que le seul moyen de l'aider c'est qu'il la revoit, ça va le booster. Répondit Eliot en pleine réflexion.

- Je n'en suis pas sûre, regarde ce qu'elle lui a fait et en plus de ça elle est mariée …

- Comment le sais-tu ? Demanda-t-il.

- De quoi ? Répondit-elle légèrement stressée.

- Qu'elle est mariée.

Elle hésita un instant cherchant la réponse la plus probable.

- C'est Jordan … Jordan me l'a dit l'autre jour quand je l'ai raccompagné …

- Il s'est confié à toi ?

- Oui … enfin « confié », c'est un bien grand mot tu sais … Répondit-elle en essayant désespérément de se sortir de cette impasse.

- C'est bizarre. Ce n'est vraiment pas son genre. Quelle était la nature de vos relations ?

- Relations ? ! Il travaillait pour mon père c'est tout. Je le voyais souvent au restaurant et on discutait, pas plus. Mon père l'appréciait et il venait de temps en temps dîner avec nous.

Le minuteur du four sonna annonçant le début du repas. Eliot s'empressa de sortir la viande et l'apporta sur la table. Cette sonnerie avait retenti comme un gong salvateur dans la tête de la jeune femme. Elle regardait son mari s'afférer et la culpabilité résonnait à ses oreilles. Elle avait horreur de lui mentir ainsi et aussi ouvertement qui plus est.

- Je pense que tu devrais lui parler. Continua Eliot en revenant près de sa femme.

- Moi, mais pourquoi ? !

- Il t'écoutera.

- Je viens de te dire que je ne le connaissais pas si bien que ça, de quel droit je me mêlerais de sa vie privée ? Répondit Angéla, légèrement sur la défensive.

- S'il te plait, fais le pour moi. En ce moment il se braque facilement et si c'est toi qui lui parle, il ne pourra pas t'envoyer sur les roses. J'en suis sûr. Lança son mari, persuadé du bien-fondé de ses paroles.

- Qu'est-ce que tu veux que je lui dise ? !

- Tu es anthropologue, c'est ton métier.

- Anthropologue, pas psychologue mon ange … insistât-elle.

- Tu sais, des fois je me demande si Jordan n'est pas issue d'une autre civilisation … se moqua-t-il pour conforter sa femme.

Angéla ne su pas quoi répondre à ça. Elle ne savait même pas comment elle c'était retrouvée dans cette situation.

- Écoutes, si ça te dérange à ce point, continua-t-il, je peux toujours essayer de retrouver cette fille, ça peut être un bon joker après tout.

- Non ! Lança-t-elle.

Il y eu un léger silence, puis elle reprit.

- C'est bon je vais le faire … je lui parlerai. Répondit la jeune femme à contre cœur. Tu peux compter sur moi.

- T'es la meilleure ma chérie !

Il l'embrassa et la pris dans ses bras.

- C'est pour ça que je t'aime … Souffla-t-il au creux de son oreille.

Angéla ne répondit rien et lui caressa doucement les cheveux. Une boule d'angoisse lui serrait la gorge.

Le jour suivant, pendant les répétitions, Eliot avait pris la place du technicien dans la cabine, bien décidé à motiver ses troupes. Jusqu'ici il n'y avait rien à signaler, les trois musiciens travaillaient consciencieusement leurs sons. En fin de session, le producteur avait demandé à Jordan de passer le voir avant de partir.

- Tu voulais me voir ? Demanda Jordan en entrant dans la cabine, sa guitare sur l'épaule.

- Juste une petite mise au point. Lança Eliot

Jordan posa son instrument contre le mur et s'assit en face de Carter.

- Alors, commença-t-il, comment ça se passe ?

- Ça avance me semble-t-il. Répondit simplement le jeune homme.

- Ça oui je le vois bien, je voulais dire comment ça se passe pour toi. Spécifia Eliot.

- Je ne comprends pas … Lança Jordan qui commençait à sentir le coup venir.

- Je te trouve assez, comment dire … agressif en ce moment. Envers moi, le groupe mais aussi envers Angie, alors que vous êtes censé vous connaître depuis un moment maintenant, je me trompe ?

- J'ai jamais été agressif avec elle … je ne l'ai pas revu depuis l'autre jour.

- Quand elle est en studio c'est à peine si tu lui dit bonjour. Que se passe-t'il ? Tu était quand même chez ses parents il y a trois semaines … Il est assez impoli de lui manquer de respect ainsi.

- C'est ce qu'elle t'a dit ? Demanda Jordan

- Bien sûr que non, jamais elle ne critiquerai quelqu'un, répondit Eliot, simplement par respect pour moi Jordan, j'aimerai que tu fasses un effort avec elle.

- Par respect pour toi ? ! Répéta le jeune homme.

- Ce que je veux dire c'est que, pour quelqu'un qui était pressée de rencontrer ma femme il y a un moi, tu ne sembles pas très enthousiaste. Si nous sommes amener à travailler ensemble encore longtemps toi et moi, ce que je souhaite, il faut que ça change. Je ne supporterai pas que tu ais tant d'amertume envers elle encore longtemps.

- Pourquoi j'aurais de l'amertume envers Angéla, Eliot ?

- J'en sais rien moi, peut-être que depuis qu'elle est en ville, j'ai été moins présent pour toi, voilà tout. Supposa le producteur.

- Tu me crois jaloux de ta femme c'est bien ça ? C'est ridicule … Tu te rend compte de ce que tu dis …

- Je dis juste qu'avec ce qui t'es arrivé récemment, il est normal que tu sois légèrement plus amer face à un couple aussi solide que moi et Angéla.

- C'est n'importe quoi, ça n'a rien à voir, je suis heureux pour toi et tu le sais ! Répondit le musicien en élevant légèrement le ton de la conversation.

- Toujours est-il, Jordan, ça se ressent dans ta façon de jouer et d'évoluer au sain du groupe et si tu ne te ressaisie pas très vite, je devrais prendre certaines décisions que je n'ai pas du tout envie de prendre c'est clair ? ! Dit Eliot sur un ton ferme et autoritaire.

Le jeune homme ne répondit rien, Carter continua donc sur sa lancée.

- Peut-être que je n'ai pas du tout cerné la raison de ton problème mais dans tous les cas il va falloir que tu en fasses abstraction et que tu te remette à bosser sérieusement. En ce qui concerne Angéla, je te demande une faveur en tant qu'ami. Je ne veux pas choisir entre ma femme et la relation que l'on entretien toi et moi depuis plusieurs années maintenant.

Il eu un autre silence puis il termina :

- Elle va bientôt arriver, elle va te proposer d'aller boire un verre à Santa Monica, sur ma demande.

Jordan leva les yeux vers Eliot sans comprendre ce qu'il préparait.

- Acceptes, passez la fin de la journée ensemble, parlez de bon vieux temps ou je ne sais quel autre sujet que vous avez en commun …

« Si tu savais », pensa Jordan.

- Ensuite, elle t'invitera à dîner ce soir chez nous et je vous y attendrais de pied ferme.

- Ok … se résigna-t-il.

- C'est moi qui cuisine ! Lança Eliot enthousiaste.

- C'est noté. Ça sera tout ?

Il se leva et repris sa guitare.

- Eliot, je t'assure que je ne suis pas jaloux de vous et que je n'ai rien contre elle, je ne pensais pas te manquer de respect et je m'en excuse mais je traverse vraiment une période particulière. Je te demande juste de comprendre ça.

- J'ai deux réponses à te faire. La première, en tant qu'ami, est de te dire que je comprend et que je trouve ça légitime. La seconde, en tant que producteur cette fois, est de te dire que les affaires sont les affaires et que le label n'en aura strictement rien à foutre. On a qu'une seule change ici Jordan, ne la gâche pas à cause d'une femme qui n'en vaux peut être pas la peine.

- Elle en valait la peine, répondit tristement le musicien.

- Et bien persuade toi du contraire. Répondit sévèrement Eliot.

Jordan se retourna pour partir, mais il tomba nez à nez avec Angéla.

- Bonjour … je dérange ? Dit-elle en entrant dans le studio.

- Non, entre mon ange, on avait fini … pas vrai Jordan !

Le jeune homme hocha la tête. Angéla et Jordan se regardèrent un instant, c'était comme si leurs regards communiquaient à la place de leurs bouches.

Le soleil tapait en cette fin d'après midi sur les plages de Santa Monica. Des couples en roller passant entre Angéla et Jordan qui marchaient dans le sens inverse des passants sur la promenade. La jeune femme s'était acheté une délicieuse glace à l'italienne qu'elle dégustait sans complexe.

- Alors, commença Jordan, qu'est-ce que tu es censé me dire ?

- Je ne sais pas trop. Je crois qu'il souhaite que tu te confis à moi par rapport à tes problèmes sentimentales. Il croit que s'agissant d'une femme, tu auras moins de mal à en parler et ça te soulagera.

Jordan se mit à rire amèrement.

- Vu la situation ça me paraît assez difficile. Répondit le jeune homme.

- Oui mais ça il ne le saura jamais et puis si je ne le faisais pas, il était près à faire des recherches dans ton passé dans l'espoir de retrouver cette fille et provoquer la confrontation.

- C'est vrai ? Demanda Jordan inquiet.

- Il ne reculera devant rien pour que tu retrouves tes esprits.

- Mes esprits ?

- Je veux dire … tu sais … pour que tout redevienne comme avant.

- Je sais. Je vais faire un effort mais …

- Mais quoi ? Demanda Angéla

- C'est compliqué, à chaque fois que je vous vois ensemble je me sent coupable.

- Je sais. Avoua la jeune femme.

- Coupable et en colère à la fois. C'est comme si on s'était piégés nous-même sans le savoir.

- Je t'avoue que je ne pensais pas que cette nuit à l'hôtel aurait autant de répercussions. Continua Angéla. Sans minimiser l'ampleur de mes actes, je pensais qu'en reprenant chacun nos vies respectives …

- Cette histoire serait enterrée. Fini Jordan

Angéla acquiesça.

- Moi aussi. Ajouta-t-il.

- Il va falloir faire attention.

- Je sais.

- Je connais Eliot, si rien ne change il est capable de fouiller dans ton passé, pensant que c'est pour ton bien et s'il apprend la vérité, il n'aura pas de mal à faire le rapprochement.

- Rien ne l'arrête quand il a une idée en tête. Conclu Jordan. Mais peut-être que l'on pourrait tourner ça à notre avantage.

- A quoi tu penses ? Demanda Angéla, intriguée.

- Imagines, avant même qu'il ne fasse quoi que se soit, je lui sort une fille…

- Tu vas engager une actrice ?

- Non, il faut que se soit quelqu'un qui nous connaisse pour que ça fasse vrai, quelqu'un qui a vécu la chose à la même période que nous Angéla …

- Non … tu ne pense pas à …

- Je ne vois qu'elle. Répondit-t-il en s'arrêtant subitement de marcher. On pourrait brouiller les pistes ainsi et Eliot s'occuperait moins de moi comme ça.

- Tu vois ça comment ?

- Tu l'appel, tu lui expliques la situation, tu la fais venir cette semaine avant que tu ne retourne à New-York. Elle reste deux ou trois jours avec nous et voilà.

- Vous compter jouer les amoureux ?

- Pas du tout, l'idée est de montrer à Eliot que j'ai tourné la page et qu'on est entrain de faire une séparation propre et net.

- Sans bavure. Fini la jeune femme.

- Qu'est-ce que tu en pense ? Demanda Jordan.

- Je dois avant tout voir ça avec elle, elle a sa fille …

- Justement, elle est censée être mariée et avoir une vie de famille convenable donc …

- Faut voir. Je l'appelle dès demain pour tout lui expliquer, mais si on arrive à mettre tout ça en place Jordan, on n'a pas le droit à l'erreur.

- Je suis d'accord.

Il y eu une court silence où chacun d'eux commençaient inconsciemment à élaborer le plan dans leurs esprits.

- Elle ne va pas en revenir … Lança Angéla.

- Qui aurait cru … répondit Jordan

- Ouais, qui aurait cru qu'un jour, Rayanne Graff aurait été notre seul espoir. Fini la jeune femme.

Ils se regardèrent à nouveau, l'un en face de l'autre, sans un mot. Le soleil commençait à amorcer sa descente derrière eux, colorant le ciel d'orange. Ils se remirent à marcher.

Jordan regardait parfois en direction de la jeune femme. Il était assez discret pour ne pas qu'elle le remarque. Il la trouvait tellement belle sous cette lumière. Il aurait tant voulu pouvoir simplement lui prendre la main mais même ce simple geste lui était interdit. C'était un fardeau qu'il devrait porter tant qu'il la verrait. Finalement, il fini par se convaincre que plus vite elle retournerait à New-York mieux ça serait, et pour lui et pour elle.

Une fois la balade terminée, ils allèrent comme prévu au penthouse pour partager un « dîner en famille », comme aimait à le dire Eliot. Ce repas se déroula sans problème. Jordan était des plus agréable. Pour une fois il n'était ni renfermé ni silencieux. Il parlait autant à Eliot qu'à Angéla et s'était même proposé de faire la vaisselle. Le visage de Carter était rayonnant. Ils avaient déjà descendu trois bouteilles au court du repas et l'ambiance était des plus chaleureuse.

Rien n'aurait laissé supposer qu'un triangle amoureux existait entre ces trois personnes. Pourtant et malgré les efforts d'Angéla et Jordan pour faire bonne figure, cette histoire planait toujours au dessus de leurs têtes et cela se voyait dans chaque regard qu'ils échangeaient.