Merci beaucoup Sweety !


Chapitre 6

La jeune femme soupira… Rien. Il n'y avait rien. Pas le moindre indice qui leur aurait permis de savoir où était détenue leur amie. C'en était désespérant… Elle déposa un dernier échantillon dans la machine et lança une nouvelle recherche. Elle parcourut une fois encore ses notes tandis que l'appareil tournait, elle croisa les bras quelques instants et attendit. Lorsque l'analyse fut terminée, l'ordinateur émit un petit bip… Elle retint sa respiration comme elle se tournait vers l'écran. No Match. Toujours rien. Et il était déjà près d'une heure de l'après-midi. Cela faisait plus de douze heures que Stella avait disparu. Elle prit sa tête entre ses mains et laissa ses larmes couler… Elle n'entendit pas la porte s'ouvrir derrière elle. Elle releva la tête en sentant des mains se poser gentiment sur ses épaules.

« Mac… »

« Est-ce que ça va Lindsay ?... »

Elle put lire l'inquiétude dans les yeux de son patron. Il était déjà suffisamment soucieux et préoccupé comme cela, elle ne voulait pas lui imposer ce petit moment de faiblesse… Elle hocha légèrement la tête mais vit bien qu'il n'était pas dupe. Elle calma un peu ses larmes et se résigna à lui parler…

« J'ai peur Mac… Pour Stella… Je sais qu'elle est forte, mais… Si jamais… »

Elle sentit la main de son patron se crisper sur son épaule. Elle n'aurait pas dû dire ça… Il relâcha quelque peu la pression et lui parla d'une voix calme.

« Tout à l'heure, en passant dans le couloir, j'ai entendu une jeune femme dire à son mari qu'elle était certaine que Stella était en vie, qu'il le fallait… »

Un mince sourire se dessina sur le visage de la jeune scientifique. C'était ce qu'elle avait dit à Danny, oui, mais était-elle si sure d'elle ? Son visage se rassombrit aussitôt, ce qui n'échappa pas à Mac…

« Moi j'en suis convaincu, Lindsay… »

Elle n'avait pas bien saisi ce que venait de lui dire son patron… Elle se tourna vers lui, le questionna du regard. Il lui sourit tristement.

« Je suis certain qu'elle est vivante. Je le sens. Je le sais. Et nous allons la retrouver. Ne baissez pas les bras, Lindsay, je vous en prie… »

« Mais Mac… Les analyses ADN que je viens de faire ne nous donnent rien d'utile… J'ai également essayé de savoir d'où provenait la substance grasse que l'on a retrouvée à l'hôtel : c'était de la sève de châtaigner, un arbre des plus communs à New York… Danny m'a dit tout à l'heure que ni Flack ni lui n'avaient abouti à quoi que ce soit de leur côté… Nous n'avons rien ! »

Il soupira. Elle n'avait pas tort, mais céder à la peur et au désespoir ne les ferait pas plus avancer ! C'était elle-même qui le lui avait fait comprendre quelques heures auparavant… Il sortit un mouchoir et essuya doucement les larmes qui roulaient encore sur les joues de sa jeune collègue, puis il posa à nouveau sa main sur son épaule et lui releva le menton pour qu'elle le regarde…

« Accrochez-vous Lindsay… Nous devons persévérer. Ces salauds ont forcément omis un détail ! Et puis… » Il tenta de se montrer aussi rassurant que possible. « Nous avons également lancé un appel à témoin. Ce serait bien le diable si personne ne l'avait remarquée ! Grande, belle, tête de mule… Notre Stella ne passe pas vraiment inaperçue ! »

Amusée, Lindsay sourit et opina de la tête à la remarque de Mac. « J'aimerais pouvoir y croire… » souffla-t-elle.

Mac ne dit rien. Lui n'y croyait pas un seul instant. Les Perth n'étaient pas des idiots. Ils se seraient débrouillés pour transporter Stella jusqu'à leur planque sans qu'on les voie et il n'y avait pas une chance sur un million pour que l'appel à témoin fût d'une quelconque utilité. Dans un dernier sourire figé, il s'éloigna de Lindsay et se dirigea vers la porte. Il s'apprêtait à partir lorsqu'Adam les rejoignit brusquement.

« Attendez Mac ! J'ai quelque chose pour vous… »

Il brancha sa clé USB dans l'ordinateur de Lindsay et afficha l'une des photos qu'ils avaient reçues, la dernière, celle où Stella était en train de pleurer, assise contre un mur de briques, à même la terre. Le technicien se tourna vers Mac.

« Vous voyez ce sol ?… De la terre, des mauvaises herbes, des détritus… C'est en extérieur. »

Mac acquiesça, ne comprenant pas où le jeune homme voulait en venir. Adam zooma sur un détail de la photo.

« Regardez maintenant ce tesson de bouteille. Vous ne voyez rien d'intéressant ? »

Il zooma encore. Soudain, Mac vit se dessiner la forme familière d'un gratte-ciel, se reflétant sur le verre cassé. Une forme allongée, de plus en plus pointue, surmontée d'une grande antenne…

« Adam ? »

Il n'était sûr de rien mais espérait entendre le technicien lui confirmer son intuition.

« Je n'en étais pas parfaitement certain, alors j'ai fait des comparaisons avec des images que j'ai pu trouver sur le net. Il n'y a pas le moindre doute : c'est l'Empire State Building. »

Mac et Lindsay se regardèrent. Ils tenaient enfin la piste qu'ils cherchaient. Adam poursuivit encore.

« Mais attendez ! J'ai bien mieux… Vous voyez, là, le reflet du soleil ? En étudiant sa position par rapport au gratte-ciel, et sachant que la photo n'a pu être prise que ce matin, avant midi, j'ai pu évaluer la position de l'endroit où a été faite cette photo ! Considérant la taille du reflet de l'Empire State dans le tesson, je dirais que ce trou à rats se trouve au maximum à 1km du gratte-ciel, au nord-ouest. Je peux vous dire où se situe cet endroit, à 100m près… »

« Adam, tu es un as ! » laissa échapper Lindsay en lui déposant un baiser sur la joue. En quelques instants, ils venaient de retrouver un peu d'espoir. Elle s'adressa à Mac. « Il faut y aller dès maintenant ! »

« Nous y allons, Lindsay… Mais il est hors de question de se rendre là-bas seuls tous les deux. Danny ne peut pas nous accompagner sur le terrain et Hawkes doit continuer à travailler sur le dossier Brimeson. Il faut contacter Flack. »

« Mac ! Le temps joue contre nous ! Nous n'avons pas le droit d'attendre ! »

« J'en suis désolé autant que vous, Lindsay, mais on sait de quoi ils sont capables, et je ne peux pas vous mettre en danger… »

Adam s'interposa…

« Je peux m'occuper de prévenir Flack, patron. Vous n'avez qu'à y aller et je lui dis de vous retrouver là-bas avec une équipe.»

Mac réfléchit un instant mais dut se résoudre à accepter… Il n'avait, au fond de lui, pas la moindre envie d'attendre.

« Bon, ok Adam. Appelez-le sur le champ. »

Alors qu'il suivait Lindsay pour se diriger vers l'ascenseur, il s'arrêta, se tourna vers le technicien, sourit doucement.

« Vous avez fait un excellent travail Adam… Merci. »


Flack rejoignit bientôt ses collègues, accompagné d'une dizaine de policiers. Mac s'adressa à tous.

« Bien. Ecoutez-moi tous… Nous savons que c'est dans ce secteur qu'est détenue le lieutenant Bonasera. Il faut ratisser le quartier et la trouver. Mais attention ! Nous savons que ses ravisseurs sont au moins au nombre de deux et nous pensons qu'ils pourraient être jusqu'à cinq ou six… Ils sont armés, et dangereux… Et ils peuvent se servir d'elle contre nous ! Alors soyez discrets et très prudents ! »

Tous acquiescèrent et ils se séparèrent. Pendant près de deux heures, ils entrèrent dans chacun des immeubles du secteur, essayant de repérer l'endroit où Stella aurait pu être retenue prisonnière. Mais le quartier était de construction moderne, les buildings tout de verre et d'acier, les arrière-cours inexistantes, et ils ne distinguaient aucun endroit qui eût pu ressembler de près ou de loin à l'immeuble délabré auquel les photos laissaient penser…

Ils avaient fouillé chaque pâté de maisons de fond en comble, sans rien trouver. Hawkes avait fini par laisser Danny et Adam bosser sur les dossiers et était venu les rejoindre. Il avait immédiatement lu la déception dans les yeux de Mac… Il savait pertinemment que chaque heure passée amoindrissait les chances de sauver Stella. Ils s'étaient à nouveau réunis et faisaient un point de la situation. Lindsay soupira…

« Je suis persuadée qu'Adam a raison, Mac, qu'elle est ici, pas loin… Il aime trop Stella pour avoir risqué de nous donner des renseignements à la légère ! »

« Je suis parfaitement d'accord avec vous, Lindsay, mais les faits sont là : les immeubles de ce quartier n'ont pas vingt ans, et vous avez vu les photos comme moi… Une arrière-cour en friche, une chambre dont les murs menacent de s'écrouler… »

« Et si… Si Adam avait simplement un peu trop réduit le périmètre de nos recherches… Si on élargissait notre… »

Elle s'arrêta et regarda son supérieur.

« Mac ? »

Il ne l'écoutait plus, regardait derrière elle, les yeux rivés sur quelque chose. Elle se retourna, chercha du regard ce qui avait pu attirer son attention, et elle vit cet immeuble, de l'autre côté de la rue. Sept étages à peine, peu large, en mauvais état, coincé entre deux bâtiments bien plus récents… Tous s'étaient retournés. Flack jeta un coup d'œil à son patron.

« Mac, vous croyez que… ? »

Mac ne prit même pas la peine de répondre. Dans un même élan, ils s'étaient tous dirigés vers le petit immeuble. Ils stoppèrent quelques instants en bas, le temps pour les policiers de prendre leurs instructions, puis ils avancèrent vers l'entrée. Mais, alors qu'ils allaient franchir le seuil, une explosion se fit entendre et l'immeuble s'embrasa. Mac hurla à l'un des policiers d'appeler des renforts et les pompiers, puis il se rua à l'intérieur, immédiatement suivi par Flack, Hawkes, Lindsay, ainsi que par les autres policiers qui les avaient accompagnés.


Danny composa le numéro pour la troisième fois. Et pour la troisième fois, il raccrocha en entendant le répondeur de Lindsay… Il se mordit les lèvres. Il n'aimait pas ça. Il savait qu'elle était en train de bosser, mais c'était justement pour le boulot qu'il l'appelait, pour lui signaler qu'Adam avait pu préciser encore la localisation de l'immeuble ! Elle aurait dû répondre ! N'y tenant plus, il essaya d'appeler Mac, sans plus de succès…


Il prit un peu d'élan et enfonça la porte. Il déboucha dans une chambre assez spacieuse, avec un large lit en son centre. Aux montants se trouvaient encore attachés les liens qui avaient servi à maintenir Stella. Mac reconnut les vêtements de sa collègue, empilés près du lit. Il aperçut son badge et le ramassa, ainsi que ses papiers. Il regarda autour de lui. La pièce était vide. Comme la fumée envahissait la pièce, il commença à étouffer. Il allait partir lorsqu'il remarqua une petite porte, dans un coin. Il l'ouvrit, pénétra dans un étroit couloir. Il referma la porte derrière lui pour ralentir la propagation de la fumée et marcha vers l'unique issue. Derrière la porte se trouvait un escalier qu'il emprunta en vitesse car les flammes commençaient à le rattraper. Il déboucha finalement à l'air libre, dans une arrière-cour délabrée, face à un mur de briques qu'il ne connaissait que trop bien. Il inspira profondément, reprit son souffle, puis regarda autour de lui. Il était pris au piège : il n'y avait pas d'autre issue, et l'incendie rendait impossible toute tentative de retraverser l'immeuble. Quant à Stella…

C'est alors seulement qu'il remarqua deux grandes tôles posées sur le sol, le long du mur, et maintenues par quelques briques. Intrigué, il ôta ces-dernières et souleva les plaques de zinc. Il se tourna, observa un instant les flammes qui allaient bientôt l'atteindre, ramena ensuite son regard sur la vieille cave qu'il venait de dévoiler, et il s'engouffra finalement dans le passage souterrain.

Il s'arrêta. Face à lui s'ouvrait le chemin vers la sortie, mais il demeurait un dernier obstacle à franchir.


Danny se sentit paniquer lorsqu'il aperçut des flammes s'échapper du premier étage. Autour de lui, l'agitation était à son comble. Les policiers avaient bouclé le secteur et s'efforçaient d'empêcher les curieux d'approcher les lieux. Les pompiers venaient également d'arriver et certains tentaient de se renseigner sur la situation tandis que d'autres commençaient à dérouler les tuyaux. Danny finit par réussir à s'approcher du bâtiment. Son fauteuil ne le laissait pas libre de ses mouvements et cela l'exaspérait. Mais surtout, il commençait à s'inquiéter de n'avoir encore vu aucun de ses collègues. Sortant son portable, il s'apprêtait à appeler Lindsay lorsqu'il remarqua un groupe d'une dizaine de personnes sortant de l'immeuble. Il aperçut Hawkes au milieu d'eux et l'interpela.

« Danny ? Mais qu'est-ce que tu fais ici ? »

« J'en avais plus qu'assez de rester sans nouvelles ! Je suis arrivé il y a quelques minutes avec la dernière équipe de flics… »

« Ne reste pas là ! C'est plus dangereux qu'autre chose ! »

« Ok, ok ! Mais pas avant d'avoir vu Lindsay ! Où est-elle Sheldon ? Et Flack ? Et Mac ?... L'immeuble est en train de flamber ! Où sont-ils ? »

« J'en sais rien, moi ! On s'est séparés !... Mais ne t'inquiètes pas… l'air devient irrespirable à l'intérieur ! Ils ne devraient plus tarder à sortir ! Tu es sûr qu'ils ne sont pas déjà dehors ? »

Hawkes se voulait rassurant, mais Danny ne l'entendait pas ainsi. Au grand dam du médecin, il se dirigea vers l'entrée de l'hôtel. Hawkes l'empêcha tout juste de se ruer au milieu de la fournaise et tira son fauteuil un peu à l'écart. Danny jeta nerveusement un coup d'œil à l'entrée de l'immeuble, et c'est alors qu'il aperçut Lindsay. La jeune femme traversait le hall de l'hôtel en courant, se protégeant la bouche et le nez avec un tissu. Flack la soutenait. A peine furent-ils sortis que Danny se dirigea vers eux, aussitôt suivi par Hawkes.

« Linds ? »

La jeune femme sourit en le voyant. Elle était visiblement exténuée. Elle ne chercha pas à comprendre pourquoi il était là. Elle était simplement heureuse que ce fût le cas. Elle s'approcha doucement de lui. Il l'enlaça, la fit asseoir sur ses genoux et l'embrassa tendrement.

Hawkes les regarda en souriant, amusé, content pour eux. Mais son visage se fit soudain plus grave, lorsqu'il jeta un coup d'œil à Flack. Inquiet, il demanda…

« Et Mac ?... »

Ils s'étaient regardés, tous les quatre, ne sachant plus quoi faire. Non seulement ils n'étaient pas parvenus à retrouver Stella, mais Mac avait disparu.

« Il s'est engagé dans un couloir… Nous nous apprêtions à le suivre, Flack et moi, quand une poutre s'est effondrée et nous a coupé le chemin ! Nous avons été séparés… »

Lindsay s'était relevé. Elle essayait de réunir ses souvenirs mais il n'y avait rien de plus à ajouter. Mac s'était retrouvé de l'autre côté des flammes, sans qu'ils puissent rien y faire. –Ne vous inquiétez pas pour moi ! Continuez à chercher de votre côté ! – leur avait-il dit… Comme si ça avait été aussi simple. Ils avaient obéi, certains que Mac trouverait bien un moyen de se sortir de là autrement ! Mais il n'était toujours pas là…


Il avait retenu son souffle. A la faible lueur qui provenait de l'extérieur, il distinguait un corps, étendu par terre, au milieu de la cave.

Mac avait immédiatement reconnu Stella. Il se précipita vers elle, l'allongea sur le dos, prit son visage entre ses mains, chassa du doigt les boucles brunes qui lui tombaient sur le front, espérant pouvoir croiser son regard et se perdre une fois encore dans ses grands yeux émeraude. Il la serra contre lui, l'appela, mais elle ne bougeait pas. Il la regarda. Sa peau était pâle et glacée, couverte d'ecchymoses, de coupures, de griffures… Le haut de sa jambe avait été sommairement bandé mais le pansement était maculé de sang. Il se pencha sur sa poitrine, crut entendre son cœur battre faiblement, mais ne parvint pas à s'en convaincre. Il fallait la tirer de là au plus vite ! Comme elle était entièrement nue, il ôta son manteau et l'en couvrit. Puis, jetant un dernier coup d'œil derrière lui, il la prit dans ses bras et se dirigea vers la sortie.

« C'est fini, Stella… C'est fini… »

TBC...