Avertissement : un court passage de ce chapitre pourrait choquer les jeunes lecteurs !
Chapitre 9
Le soleil s'était couché depuis longtemps déjà. Il s'était remis à neiger.
Flack regarda sa montre. 18h30. Mac ne devait plus tarder. Il jeta un coup d'œil à Stella qui s'était habillée et somnolait en attendant que son ami vienne la chercher. Le docteur Shuffle avait voulu la garder quelques jours en observation, à la suite de son arrêt cardiaque, mais il n'y avait pas eu d'autres complications et elle allait finalement pouvoir quitter l'hôpital.
Mac arriva enfin. Il salua son jeune collègue puis s'approcha de Stella qui était encore allongée sur le lit. Il l'appela doucement et elle sortit de sa torpeur. Elle n'avait pas dit un mot depuis qu'elle s'était réveillée de son coma. Elle regarda Mac furtivement, se mit debout, chancela légèrement. Sans dire un mot, elle enfila son manteau et se dirigea vers la sortie, suivie de près par ses deux collègues. Lorsqu'elle fut parvenue sur le trottoir, elle resta quelques instants seule avec Flack tandis que Mac allait chercher sa voiture. Finalement, ils quittèrent tous trois l'hôpital et Mac, après avoir déposé le jeune homme, conduisit Stella chez lui.
« Messer ! Où est Taylor ? »
Lindsay sursauta et manqua de se couper avec le scalpel qu'elle tenait. Danny posa sa main sur son bras pour s'assurer qu'elle allait bien puis se retourna, furieux, vers le chef Sinclair qui venait d'apparaître dans l'encadrement de la porte.
« Non mais ça va pas ! Vous ne pourriez pas frapper, comme tout le monde ? Et éviter de gueuler aussi ? »
Mais Sinclair passa outre les observations du jeune homme. Il continua sur le même ton violent et glacial…
« Vous ne m'avez pas répondu, Messer ! Où est-il ? »
Danny serra les poings. Il s'apprêtait à exploser quand Lindsay s'interposa entre les deux hommes…
« Il n'est pas là, chef… Mac a pris sa soirée et sa matinée de demain pour s'occuper de Stella… Elle doit sortir de l'hôpital ce soir et est trop mal pour pouvoir rester seule ! »
« Il était de permanence ce soir ! »
« Peut-être… Mais il faudra se passer de lui, en ce cas ! En ce moment même, c'est aux côtés de Stella qu'est sa place ! Et ne vous inquiétez pas… nous sommes tous disposés à rester de garde cette nuit si nécessaire ! »
La jeune femme avait parlé d'une voix calme mais autoritaire. Sinclair la toisa, énervé, puis tourna les talons et quitta la pièce sans ajouter quoi que ce soit. Danny regarda sa femme avec un air admiratif. Il l'attira vers lui et passa ses bras autour de ses hanches, appuyant son front contre son ventre, le caressant précautionneusement, du bout des doigts.
« Tu sais que je t'aime, toi ? »
Elle sourit et posa ses mains derrière la nuque du jeune homme. Il l'amena à lui et l'embrassa avec passion.
Mac referma la porte derrière elle. Elle n'avait toujours pas dit un mot. Elle marcha jusqu'à la table puis s'arrêta. Il se faisait tard et ni l'un ni l'autre n'avaient mangé. Mac se dirigea vers la cuisine.
« Est-ce que vous voulez quelque chose, Stella ? »
Elle secoua lentement la tête pour lui signifier que non, mais il insista…
« Cela fait plusieurs jours que vous ne mangez rien ou presque… Je vais vous préparer quelques pâtes, comme vous les aimez !... »
Mais Stella le coupa sèchement. Sa voix était faible, fatiguée, brisée…
« Non, Mac ! »
Elle se tourna vers lui, croisa son regard. Sur le visage de l'homme qui se tenait en face d'elle se lisait toute la peine qu'il éprouvait pour elle. Il souffrait sincèrement de la voir ainsi retenir ses larmes, anéantie et épuisée, à peine assez forte pour se tenir debout. Elle baissa les yeux et reprit plus doucement…
« Merci… Je n'ai pas faim. »
Il posa les assiettes qu'il venait de sortir sur la paillasse et s'approcha d'elle. Il prit doucement ses mains entre les siennes et s'excusa.
« Pardonnez-moi… Je ne veux pas vous forcer… Venez avec moi, je vais vous laisser ma chambre… Allongez-vous et essayez de dormir un peu… Vous voulez bien ?... »
Elle hocha doucement la tête.
Ils étaient là, face à elle. Elle tentait de se débattre mais ses poignets étaient attachés aux montants du lit. Ils se penchaient sur elle, la mettaient nue. Elle essayait le tout pour le tout, se servant de ses jambes pour se défendre, donnant un coup brutal dans l'estomac d'un des deux hommes, un autre coup entre les jambes du second... La réplique ne se faisait pas attendre. L'un d'eux se saisissait de son arme et lui assenait un coup de crosse dans les côtes. L'autre la menaçait avec un couteau, elle tentait de le repousser mais celui-ci, perdant l'équilibre, avait un faux mouvement et elle sentait la lame glacée s'enfoncer dans sa cuisse. Puis, comme elle résistait toujours, ils lui plantaient une seringue dans l'avant-bras et lui injectaient une substance inconnue. Elle tombait inconsciente.
Lorsqu'elle se réveillait, un des deux hommes se tenait à califourchon au-dessus d'elle et se mettait à la violer, lui arrachant des cris de douleur chaque fois qu'il pénétrait plus profond en elle. Lorsqu'il était satisfait, venait le tour de l'autre et le supplice recommençait, jusqu'à ce qu'ils soient rassasiés. Elle hurlait, hurlait, mais personne ne l'entendait, personne ne venait…
Cette nuit-là, Mac ne trouva pas le sommeil. Peu de temps après s'être couché, il sursauta en entendant Stella pousser des cris… Il se leva, se précipita pour aller voir ce qu'il se passait. Lorsqu'il entra dans la chambre, faiblement éclairée par les rayons de lune qui filtraient à travers les rideaux, il la trouva recroquevillée sur elle-même dans le lit, tremblant de tout son corps, sanglotant, gémissant. Il vint s'asseoir auprès d'elle pour tenter de l'apaiser, mais, lorsqu'il posa la main sur son épaule, elle hurla, se débattit, et s'éloigna de lui en pleurant toujours plus. Le cœur serré par la tristesse, il la regarda quelques instants encore, puis retourna s'allonger, jusqu'à ce que tout recommence. Encore et encore. Chaque fois, il se rua vers la chambre, et chaque fois, il s'arrêta dans l'encadrement de la porte, la regardant pendant de longues minutes affronter ses tourments, seule dans la pénombre de la pièce, sans pouvoir rien faire pour elle…
Le lendemain, comme il n'était toujours pas parvenu à dormir, il se leva dès six heures. Il alla à la cuisine, mit la cafetière en route, alluma doucement la radio, puis il se dirigea vers sa chambre, celle de Stella… Il la regarda depuis la porte. Elle semblait dormir enfin paisiblement… Ne voulant pas la réveiller, il ferma la porte et alla déjeuner.
Lorsqu'elle ouvrit les yeux, trois heures plus tard, elle aperçut le plateau posé à côté du lit. Il y avait une tasse de café bien chaud, des blinis encore fumants, du sirop d'érable, de la compote de pommes… et une superbe rose dans un petit soliflore. Elle esquissa un sourire, qui disparut bien vite de ses lèvres. Elle se souvenait de Mac, penché sur elle la nuit précédente, tentant de la réconforter… Elle se souvenait l'avoir violemment repoussé… Elle sentit une larme rouler le long de sa joue. Elle regrettait… Elle aurait tant voulu que Mac puisse l'aider, mais son corps s'y refusait… Que ce soit Mac ou un autre, désormais, le contact d'un homme l'horrifiait ! Elle essuya ses larmes du revers de la main, attrapa le plateau qu'elle déposa sur ses genoux. Elle prit la rose, huma son délicat parfum, pensa à lui. Il ne lui en voulait pas… Il prenait soin d'elle, plus que jamais, alors qu'elle l'avait rejeté !... Elle avait honte.
Les nuits suivantes furent à l'image de la première. Cependant, au bout de quelques jours, les cauchemars se firent moins présents, les crises s'espacèrent, et ils purent chacun prendre quelque repos. Mac était entièrement rétabli et retourna travailler quasiment normalement, bien qu'ennuyé de laisser Stella seule toute la journée. Il se débrouillait pour rentrer chaque soir de bonne heure. Il lui préparait alors à manger et ils dînaient ensemble. Elle gardait toujours le silence et cela le mettait mal à l'aise, mais il s'efforçait de n'en laisser rien paraître, afin de ne pas la déstabiliser plus encore. Après le repas, elle allait généralement se coucher ou tout au moins s'enfermer dans sa chambre, et Mac ne voulait pas la forcer à rester avec lui… Mais lorsqu'un jour elle vint d'elle-même s'asseoir à côté de lui dans le sofa pour lire quelques revues, lorsque, épuisée, elle posa sa tête sur son épaule et laissa couler ses larmes, il la prit aussitôt dans ses bras…
Une semaine se passa. La vie avait repris son cours au labo, mais l'absence de Stella pesait à tous… La scientifique n'étant pas là pour lui tenir tête et le raisonner, Mac se montrait parfois injuste envers ses collègues. Ceux-ci lui pardonnaient, sachant bien combien il avait été bouleversé par toute l'affaire, mais ils accusaient difficilement le coup. Flack, déjà anéanti par le décès d'Angell, s'était renfermé sur lui-même et ne parlait plus à quiconque. Plusieurs fois, Lindsay avait dû retenir Danny de s'emporter. Adam, quant à lui, préférait se tenir à carreau afin d'éviter toute bourde qui aurait pu lui coûter cher, sans Stella pour le défendre. Chacun avait les nerfs à vif.
Plus qu'agacée par la tension qui régnait dans l'équipe, Lindsay finit par les réunir tous afin de conclure une trêve. Ils prirent alors conscience de leurs attitudes respectives et s'en montrèrent tous désolés. Des sourires et quelques plaisanteries furent échangés et les jours qui suivirent s'avérèrent déjà plus agréables.
Il sentit le froid l'envahir. Un froid glacial qui s'empara de tout son être. Il porta sa main dans son dos et comprit en la retirant que c'était fini pour lui. Tout ce sang… Son sang ! Il se sentit défaillir et tomba à genoux, employant ses dernières forces à ne pas s'effondrer à terre. L'homme qui avait tiré s'approcha de lui et lui fit face. Dans un dernier effort, il soutint son regard…
« Tu vois, Jimmy, ça n'aurais jamais dû finir comme ça… Seulement voilà : t'as merdé ! Tu croyais vraiment que j'allais te laisser t'en sortir sans dommages, après l'histoire avec la fliquette ? »
Il haletait. Il rassembla ses ultimes forces pour lui répondre…
« Elle n'était pas…prévue au programme… Elle n'y était pour rien… Et si… si encore vous m'aviez demandé… de l'abattre… simplement… Mais vous l'avez bafouée, détruite… seconde après seconde… comme un vulgaire objet… »
« Non, sérieux ! C'est toi qui dis ça Jim ? Tu chantais d'autres chansons auparavant ! Tu n'étais pas si généreux avec les putes que tu laissais crever derrière toi ! Et elle… Non seulement tu lui as permis de s'en tirer, mais en plus tu nous as foutus dans un merdier pas possible en envoyant ces photos aux flics… Plus de planque, des milliers de dollars de drogue partis en fumée dans l'incendie… Elle t'avait émoustillé, hein, c'est ça ? »
Dans un souffle, il murmura…
« Elle… C'était quelqu'un… »
Perth lui assena un violent coup de pied dans le ventre et il s'écroula au sol. Il ferma les yeux. La douleur était insoutenable et il sentait ses forces s'amenuiser. Il repensa à elle…
Après l'avoir droguée, à l'hôtel, ils l'avaient menée à leur planque et enfermée dans une petite pièce à l'écart, le temps que les effets du chloroforme se dissipent. Lorsqu'elle s'était réveillée, il avait voulu la mener aux Perth mais, malgré la terreur et la souffrance qu'il avait pu lire dans ses yeux, elle s'était défendue comme une diablesse et avait même failli prendre le dessus sur lui. Elle avait encore terriblement souffert par la suite, lorsque les deux frères l'avaient violée et torturée, mais elle n'avait jamais réellement cédé. A chaque instant, elle était restée forte, et il avait commencé à l'admirer… Alors oui, il avait récupéré les photos et les avait envoyées au laboratoire de la police scientifique, espérant qu'ils n'abandonneraient pas leurs recherches et qu'ils n'arriveraient pas trop tard pour la sauver. Oui, il s'était chargé de la mettre à l'abri avant de déclencher l'incendie de l'immeuble lorsque Vincente, ayant vu les flics arriver, lui avait ordonné de la tuer et de se tirer avec la drogue. Il l'avait aidée… et il ne le regrettait pas. Une fois dans son existence, il aurait été quelqu'un de bien…
Il sentait sa vie le quitter mais un mince sourire se dessina sur ses lèvres. Perth le prit pour une provocation et appuya à nouveau sur la gâchette.
Cela faisait trois semaines que Stella avait quitté l'hôpital. De nombreux cas étaient passés entre les mains des experts, qui les avaient rapidement résolus, mais rien qui ait eu un rapport, direct ou indirect, avec le groupe Perth. Don Flack commençait à penser qu'il ne parviendrait jamais à mettre la main sur les hommes qui avaient assassiné sa compagne et fait tant de mal à son amie…
Il s'approcha sans se presser du bassin autour duquel s'agitaient déjà une vingtaine de policiers. Il se pencha sur le rebord pour tenter d'apercevoir le visage de leur victime mais s'arrêta net. Il regarda longuement l'homme qui gisait devant lui, au fond de l'eau, puis il s'éloigna et attrapa précipitamment son portable.
Vincente Perth s'avança jusqu'au bureau et s'assit dans un confortable fauteuil en cuir. Il se tourna vers son frère et lui fit signe de le rejoindre.
« C'est bon, Alf, tu peux déposer la marchandise. On reste ici. Les flics n'ont jamais réussi à mettre la main sur la planque de Sunder, ce n'est pas aujourd'hui qu'ils y arriveront. C'est grand, il y a tout le matos nécessaire, et moyen de se tirer par l'arrière si nécessaire… Ca conviendra parfaitement. »
« Et lui ? »
« T'inquiète pas pour ça. Jimmy avait besoin d'un petit rappel à l'ordre… »
« Si les flics le trouvent… »
« Et ensuite ? Je te le répète : ils le traquaient depuis longtemps et n'étaient jamais parvenu à savoir où il créchait ! Allez, appelle les autres et déchargez-moi tout ça discrètement. Moi j'ai besoin d'une petite sieste… »
Sur ce, il s'enfonça dans le fauteuil et ferma les yeux.
TBC...
