Chapitre 10

La sonnerie du téléphone retentit. Mac se tourna vers son chevet, attrapa son réveil pour regarder l'heure. 5h30 ? Il attrapa son portable qui sonnait toujours et décrocha.

« Flack ? Que se passe-t-il ? Je n'étais pas sur appel cette nuit ! Ca n'aurait pas pu attendre une heure ? »

« Excusez-moi de vous déranger, Mac, mais c'est important. On a une nouvelle victime sur les bras et ce n'est pas n'importe qui… Jim Merry Sunder, ça vous dit quelque chose ? »

Mac commença à comprendre.

« Sunder ? Le bras droit de Perth ? »

« Lui-même. On l'a retrouvé au fond d'un bassin de Central Park. Mort depuis deux jours. »

« Des indices concernant le groupe ? Leur planque ? »

« Pas pour l'instant. Mais Sid est déjà en train d'autopsier le corps et les autres planchent sur les différents éléments qu'ils ont pu découvrir. Avec un peu de chance… »

« Ok. J'arrive Flack ! »

Mac raccrocha et se leva précipitamment. En se dirigeant vers la salle de bain, il jeta un coup d'œil dans la chambre de Stella. Celle-ci dormait toujours, il ne l'avait pas réveillée. Sans bruit, il prit une douche, avala un café noir, puis il quitta l'appartement, direction le labo.


Sid sourit en voyant Mac arriver en trombe à la morgue.

« Alors ? Est-ce que vous avez trouvé quelque chose ? »

« Bonjour à vous aussi, Mac… Bien dormi ? »

Devant l'air visiblement énervé de son ami, le légiste préféra ne pas insister. Il souleva le drap qui recouvrait le corps et commença son exposé.

« Jim Sunder, 34 ans. Tué par balle. Deux balles. Un premier coup dans le dos qu'il n'a pas vu arriver, suivi d'un second, en pleine tête, à bout portant. Une exécution. Mort instantanée. Sheldon a déjà jeté un coup d'œil aux balles : même calibre que celles avec lesquelles on nous avait tiré dessus au bar, même calibre que celle que vous aviez retrouvée dans le mur à l'hôtel. »

Hawkes venait d'entrer et confirma d'un signe de tête.

« Je dirais même plus : toutes ces balles proviennent de la même arme, celle de Perth probablement. »

« Et sinon ? D'autres détails Sid ?»

« Eh bien… » Il parcourut brièvement ses notes. « Sous ses airs angéliques, notre ami était un véritable drogué, doublé d'un alcoolique. Il n'aurait pas passé la quarantaine ! C'est tellement désolant… »

« Sid ! »

Mac avait l'habitude des plaisanteries du légiste, mais il ne les aurait pas supportées plus longtemps cette fois-ci.

« Ok, Mac. J'ai quelque chose… Ce gars-là avait dû se prendre une balle dans la rotule, il y a quelques mois. Il a eu besoin de broches... »

« Est-ce qu'il y a moyen de savoir dans quel hôpital il se les est fait poser ? »

« Eh bien… Il y a un numéro de série. On peut les tracer. »

« Pourquoi ne me l'avez-vous pas dit plus tôt, Sid ? Je remonte au labo. Il faut que je… »

« Mac ! »

Le légiste coupa son ami qui était sur le point de partir. Mac se retourna et les deux hommes se regardèrent un instant. Sid poursuivit en souriant.

« J'ai déjà demandé à Adam de faire les recherches… A l'heure qu'il est, il a sans doute les résultats ! »

Mac grimaça. Il s'excusa de s'être emporté et remercia son vieil ami d'avoir fait le nécessaire. Il le salua et remonta au labo avec Hawkes. Ils allèrent aussitôt trouver Adam qui venait effectivement de localiser l'hôpital où Sunder s'était fait soigner. Ils s'y rendirent sur le champ et réussirent sans trop de difficultés à obtenir les données personnelles de la victime. Il s'était fait appeler Merry Cameron, du nom de jeune fille de sa mère, et avait laissé une adresse…


Lorsqu'elle se réveilla, il était déjà tard dans la matinée. Elle repoussa les draps et se leva. Elle grelottait. Elle alla prendre une douche puis se regarda longuement dans le miroir. Avec le temps, les ecchymoses avaient disparu et seules quelques cicatrices, sur sa cuisse notamment, rappelaient encore les tortures qu'elle avait endurées. Elle fouilla parmi les affaires que Mac lui avait ramenées de chez elle et échangea son large t-shirt et son pantalon contre une petite robe volantée à fines bretelles. Elle se drapa dans une grande étole pour se tenir chaud et observa à nouveau son reflet dans la glace. Elle sentit son estomac se nouer. Elle ne parvenait pas à se reconnaître dans l'image que lui renvoyait le miroir… Elle se maquilla légèrement, brossa ses longs cheveux bouclés, mais ça ne changeait rien… Elle quitta la salle de bain en pleurant et gagna le salon. Mac avait laissé un petit mot sur la table. Elle prit le papier et le lut lentement.

Ma chère Stella.

Je ne voulais pas vous réveiller mais nous avons eu du neuf concernant vos agresseurs. Ils seront bientôt hors d'état de nuire, je vous le promets.

Je ne devrais pas rentrer trop tard aujourd'hui, j'aimerais vous parler... En attendant, reposez-vous et passez une bonne journée.

Bien affectueusement.

Mac.

Elle parcourut une nouvelle fois les quelques lignes. Une larme roula le long de sa joue et tomba sur le papier. Elle caressa la feuille du bout des doigts, puis elle la lâcha et quitta la pièce en sanglotant…


Ils se trouvaient devant un ancien entrepôt. De la lumière provenait des bureaux, au troisième étage Ils entrèrent en silence et traversèrent la grande salle à peu près vide… Mac dégaina son arme, la brandit devant lui et s'engagea dans l'escalier. Il gravit lentement les marches. Prudemment, silencieusement. Alors qu'il arrivait en haut, il jeta un coup d'œil derrière lui. Il aperçut Flack qui se tenait en bas de l'escalier et lui fit signe de monter le rejoindre. Puis il poursuivit son ascension. Plus que deux marches. Plus qu'une. Il retint son souffle. Dans la pièce attenante, il était certain d'avoir entendu un bruit. Des pas. De la précipitation. Il s'arrêta. De longs instants s'écoulèrent. Quelques minutes. Puis tout se précipita…

Le bruit d'une vitre fracassée résonna dans la pièce et Mac se rua à l'intérieur, prêt à faire feu.

« NYPD ! Rendez vous ! »

Mais la pièce était vide. Il eut à peine le temps d'apercevoir un homme enjamber la fenêtre. Il se précipita, se pencha par-dessus le rebord, esquiva une balle de justesse alors qu'il se mettait à découvert. Après quelques secondes, il se risqua dans l'encadrement de la fenêtre et vit trois hommes dévaler les escaliers de secours de l'immeuble. Il se tourna rapidement vers Flack qui venait de le rejoindre, lui commanda de prendre par les escaliers intérieurs et de les coincer en bas. Le jeune homme voulut protester mais avant qu'il ait pu dire quoi que ce soit, Mac enjambait à son tour le rebord de fenêtre et sautait sur la passerelle métallique, quelques mètres en contrebas, avant de se ruer dans les escaliers, à la poursuite des trois hommes.

Mac tira. La balle heurta un pilier métallique. Les fuyards s'arrêtèrent et firent face au détective. Pendant quelques minutes, il y eut des échanges de coups de feu, mais Mac ne parvenait pas à les atteindre à travers la structure des escaliers. Finalement, ils reprirent leur course, mais cet arrêt avait permis à Flack de les gagner de vitesse et les criminels se retrouvèrent nez à nez avec lui lorsqu'ils atteignirent les dernières marches. Le premier se jeta sur le jeune policier. Il devait probablement le croire incapable de tuer un homme de sang-froid mais il se trompait… Flack l'abattit à bout portant avant qu'il puisse parvenir jusqu'à lui. Les deux autres avaient profité de l'instant pour se défiler mais l'un d'eux se retourna en entendant le coup de feu. Voyant son compagnon à terre devant Flack, il braqua son arme sur le policier et tira plusieurs fois.

Mac avait hurlé et Flack s'était jeté à terre, parvenant à esquiver les balles. L'une d'elles l'avait frôlé mais il n'avait rien. L'homme s'était alors retourné vers Mac et l'avait canardé sans relâche. Trop à découvert, l'expert ne pouvait se protéger des balles qui fusaient autour de lui. Dans un élan de lucidité, il prit son élan et sauta par-dessus la rambarde de l'escalier pour atterrir trois mètres plus bas, derrière un tas de sable qui lui servirait de bouclier. Il jeta un coup d'œil à Flack, qui avait réussi à s'abriter derrière un mur. Il lui fit signe d'attendre, de rester là. Puis il cria…

« Cessez le feu ! Le quartier est bouclé ! Vous êtes cernés ! Rendez vous ! »

Pour toute réponse, les balles fusèrent à nouveau autour d'eux. Lorsque les déflagrations s'arrêtèrent, Mac et Flack risquèrent un œil derrière eux et virent les deux autres s'enfuir dans la direction opposée. Ils se lancèrent aussitôt derrière eux. Ils traversèrent plusieurs arrière-cours et finirent par les rattraper. Ils les mirent en joue et les sommèrent de s'arrêter et de lâcher leurs armes. Les quatre hommes n'étaient plus séparés que par quelques mètres. Les deux criminels n'eurent pas d'autre choix que de lever les mains et de se retourner vers Flack et Mac qui braquaient leurs armes sur eux.

Une déflagration provenant de derrière eux.

Mac vit Flack s'effondrer à quelques pas de lui. Il allait se retourner violemment lorsqu'une voix criminelle l'en empêcha…

« Ne tentez rien, Détective ! Vous allez lancer votre arme au sol, lever bien gentiment les bras en l'air et vous tourner doucement ! »

Mac aurait reconnu cette voix entre mille et il eut comme une impression de déjà-vu. Il obtempéra, jetant au passage un regard inquiet à Flack qui ne bougeait plus… Il toisa l'homme qui se trouvait en face de lui…

« Comme on se retrouve… »

« Je ne vous le fais pas dire, Taylor ! Mais rassurez-vous… Cette fois-ci sera la dernière, et votre charmante copine n'est plus là pour vous tirer d'affaire aujourd'hui !... »

Mac cilla à l'évocation de Stella… Il repensa à cette terrible journée… Il s'en voulait encore tellement pour ce qui était arrivé… Il tenait tant à elle ! Dire qu'il n'avait même pas osé le lui avouer… Il fixa l'homme qui le tenait en joue. Une fois déjà, ils s'étaient retrouvés dans la même situation et Mac avait alors pensé ne jamais revoir la lumière du jour. Mais le miracle s'était produit. Elle était arrivée…

« Je me suis renseigné » poursuivit l'autre. « On m'a dit qu'elle avait repris des forces… Tant mieux ! Comme ça, nous aurons encore l'occasion de nous amuser un peu avec elle avant de la liquider, pas vrai les mecs ?... »

Les trois criminels se mirent à rire. Ils ne virent pas Mac serrer les poings… Il fulminait. Comment pouvaient-ils encore oser s'en prendre à elle ? Cette fois-ci, il la protégerait, quel qu'en soit le prix ! Il regarda discrètement dans la direction où il avait lancé son arme. Elle n'était qu'à deux mètres de lui… Il restait une chance. Il s'apprêtait à la saisir quand…

« NYPD ! Plus un geste ! »

Mac jeta un bref coup d'œil derrière lui, le temps d'apercevoir Lindsay, Hawkes et un grand nombre de policiers s'avancer vers eux et tenir les trois criminels en joue. Mais tout s'accéléra brusquement… L'un des trois gangsters se mit à tirer sur les policiers et fut aussitôt abattu par ces-derniers. Perth se crispa sur son arme en assistant à la débâcle. N'ayant plus rien à perdre, il pointa son pistolet sur Mac mais ce-dernier se jeta au sol. En un instant, il se saisit de sa propre arme et tira sur Perth à deux reprises. L'autre s'effondra. C'en était fini.

Lindsay accourut vers Mac. Elle soupira de soulagement en voyant qu'il n'avait rien et que les balles de Perth ne l'avaient pas atteint. Elle lui tendit la main pour l'aider à se relever, lui sourit. Incapable de parler, sous le choc de ce qui venait de se passer, Mac se contenta de lui rendre son sourire. Ils se dirigèrent tous les deux vers Flack qui venait de se relever. Il était blême. Il ôta son gilet pare-balles et l'observa longuement, comme admiratif. Cette espèce de carapace venait de lui sauver la vie !

Hawkes vint les rejoindre. L'enquête était close : Sunder assassiné, Perth, son frère et leur homme de main tués, le dernier de la bande pris en flagrant délit et arrêté… Celui-ci irait finir ses jours en prison. Les quatre experts se regardèrent, satisfaits, et retournèrent à leurs voitures.

« Allez, on est partis ! Est-ce que je ramène quelqu'un ? » demanda Flack.

« Tu peux me déposer au labo ? Danny doit m'attendre… »

« Sans problèmes Lindsay. Sheldon ? »

« Merci vieux, mais je dois passer récupérer de la paperasse à l'hosto. Je vais prendre un taxi. »

« Comme tu voudras… Et vous Mac ? »

Flack s'aperçut que son patron ne les avait pas écoutés. Il regardait dans le vide, un mince sourire aux lèvres. Il était ailleurs. Lindsay posa doucement sa main sur le bras de Mac pour le tirer de sa rêverie…

« Mac ? »

« Hmm… Excusez-moi, Lindsay… Je réfléchissais... Vous disiez, Flack ? »

« Je vous demandais juste si vous vouliez que je vous dépose quelque part… »

Mac ferma les yeux un instant puis sourit à son jeune collègue.

« Merci Don. Ca ira. L'affaire est bouclée et je vais rentrer chez moi. Je… Elle… »

Il hésita…

« Je crois qu'elle commence à se remettre de tout ça, et je veux être là pour elle, pour l'aider à se reconstruire !... »


Mac gara son Avalanche et se pressa vers son appartement. Il ne pouvait s'empêcher de sourire. Il était heureux. Certes, ils avaient traversés de très durs moments, mais c'en était fini. Les salauds qui étaient à l'origine de tout étaient désormais six pieds sous terre ou sous les verrous. Il avait retrouvé Stella, dans un sale état mais vivante. Il l'avait recueillie et prise sous sa protection, chez lui. Et, depuis plusieurs semaines déjà que le drame avait eu lieu, elle semblait enfin reprendre goût à la vie. Bien sûr, elle demeurait encore très fermée sur elle-même, ne parlait que très peu, mais ses blessures corporelles avaient totalement guéri et elle recommençait à mener une vie normale, prenant régulièrement des nouvelles de ses collègues, s'informant sur la vie du labo… Elle souriait de nouveau. Alors, comme les fêtes approchaient et que l'équipe devait organiser une petite soirée pour le réveillon de la Saint Sylvestre, Mac lui avait proposé de l'y accompagner. Elle avait hésité, attendu quelques jours avant de répondre, et finalement accepté.

Il inspira profondément. On était maintenant au 30 décembre. Le cauchemar était terminé ! Une fois de plus, elle avait réussi à surmonter sa souffrance pour continuer à vivre. Bientôt, tout redeviendrait comme avant. Ils la retrouveraient telle qu'elle était : entêtée, passionnée, vive, joyeuse…

Mac tourna la clef dans la serrure et poussa la porte.

« On les a eu Stella ! C'est fini ! »

Il jeta un coup d'œil dans le salon, dans la cuisine… Ne la voyant pas, il l'appela. En vain. Il fit le tour de l'appartement mais elle n'était visible nulle part. Toutes ses affaires étaient là, son téléphone était posé sur le lit… Elle ne pouvait pas être sortie ! Mac s'inquiéta, se sentit étouffer. Il se dirigea vers la fenêtre, l'ouvrit en grand, et inspira profondément. C'est alors seulement qu'il remarqua l'ombre projetée sur l'immeuble d'en face, la silhouette étrangement familière d'une femme, ses cheveux bouclés voletant autour de son visage.

Le sang du détective ne fit qu'un tour. Immédiatement, il se précipita hors de son appartement et grimpa les escaliers quatre à quatre jusqu'au dernier étage… et pus haut encore. Après quelques dizaines de secondes qui lui semblèrent une éternité, il déboucha sur le toit de l'immeuble… et la vit. Elle se tenait debout, face au vide, ses pieds nus enfoncés dans la neige à quelques centimètres du gouffre, portant pour tous vêtements une robe légère et un châle. Elle tremblait de tout son corps, de froid, de peur, de souffrance… Mac cria.

« Stella ! »

En entendant son nom, elle se retourna. Il était là, à quelques mètres d'elle… Il fallait qu'elle lui dise… Il fallait qu'il sache...

« Je suis désolée, Mac… » murmura-t-elle en sanglotant. « J'ai essayé d'oublier, mais… » Elle ne savait pas quoi dire. Elle plongea son regard émeraude dans les yeux noirs de son ami. Il ne bougeait pas. Il la fixait intensément, n'osant pas même cligner des yeux, comme si ce regard eût été le seul filin qui ait encore retenu la jeune femme de tomber dans le vide.

Et puis il y eut cette rafale de vent. Stella fut déséquilibrée, porta son pied en arrière, chuta… Mac se jeta vers elle en criant…

« Non ! »

TBC...