Après ce qui ressemblait à un hennissement de frustration, le Sombral redescendit en piquet et Hermione eu l'amère impression d'avoir gagné un ticket droit pour l'enfer…
………….
Le Sombral, sentant tout de même le danger, se posa sur la tour est, loin au-dessus du combat qui faisait rage. Hermione descendit péniblement de l'animal et s'assit sur le toit, regardant la bataille d'en haut, profitant de ces quelques derniers instants de répit que lui donnait la vie. Quelques élèves qui paraissaient minuscules vu la distance se battaient courageusement contre une horde noire et innombrable de mangemorts encapuchonnés.
- Ils se battent tandis que je me cache… souffla Hermione, qui commençait à respirer difficilement.
Le spectrum sempra qui avait déchiqueté Ron avait rebondit et fait des ravages sur son dos. Le sang coulait depuis un bon moment déjà et Hermione vit les pierres rougir sous l'afflux sanguin. Des points noirs passaient de plus en plus souvent devant ses yeux, annonçant l'arrivée imminente de l'évanouissement.
- Alors ça y est… C'est fini… Je vais mourir…Moi aussi … fit-elle faiblement. Son regard se posa sur la maison en feu de Hagrid, qui illuminait d'une douce chaleur le parc dans son ensemble, ce qui contrastait avec la bataille qui y faisait rage. Les morts ne se comptaient plus ni d'un côté, ni de l'autre. Hermione reconnu les cadavres de Lupin et de Tonks serrés par terre près du feu. On pourrait presque croire qu'ils dormaient enlacés, ces deux-là, et seule l'agitation autours d'eux empêchait cette certitude. Les incessants éclairs, les hurlements, les explosions, les survivants titubants sur lesquels se jetaient férocement les valides, la débandade dans les deux camps, tout cela…
- C'est la Guerre…
Elle en aurait pleuré, mais depuis quelques minutes, les larmes ne coulaient plus de ses yeux. Les plus hautes flammes léchaient par moment les cimes des arbres de la foret interdite. La jeune fille se tourna vers le sombral :
- Heureusement qu'on n'y est pas restés hein, on ne mourra pas par le feu… Dommage… ça aurait eu le mérite d'être rapide…
L'animal ne répondit pas, mais stoppa le balancement incessant de sa queue, et frappa ses sabots contre le toit, et hocha la tête avant de l'immobiliser soudainement.
Sa fine crinière, portée par le vent, voletait légèrement autour de lui, de manière presque irréelle. Pour une raison qu'elle ne comprenait pas, elle trouvait en ce moment cette créature belle. Oui, belle.
- Et il y a à peine quelques heures je ne pouvais même pas te voir... souffla t-elle.
En quelques heures seulement elle avait pu … Quelques heures… C'était un temps suffisamment long pour que la bataille éclate, pour que tout un monde s'écroule, pour que toutes ces vies s'éteignent…
Une minute. Elle était sur le sommet de la tour où, quelques années auparavant ils avaient relâché Buck, l'hippogriffe. Avant de le relâcher, ils avaient dû le récupérer. Pour le récupérer, ils avaient dû retourner dans le passé. Passé. Passé... Retourner dans le temps. Retourneur de temps. Changer la bataille. Faire revivre Ron et Harry. Luna, Neville, Fred, Lupin, Tonks, et tout les autres. Les pensées d'Hermione allèrent de plus en plus vite.
Il fallait retourner au début de la bataille et avertir tout le monde. Fermer les portes de Pré-au-Lard et rajouter des sortilèges sur celles de Poudlard, créer des Patronus pour repousser dès l'entrée les Détraqueurs.
« Oui, c'est possible, c'est jouable, tu vas sauver tout le monde, tu peux le faire ! » Fit une petite voix à l'intérieur d'elle-même. Mais immédiatement une grosse voix s'imposa et recouvrit la petite : « Non tu peux pas. Ils ne te croiront pas. Souviens toi de ce qu'a dit Dumbledore en troisième année. Ils te prendront pour un mangemort déguisé et te tueront. C'est Voldemort la cause, il faut tuer Voldemort. »
Tuer Voldemort ? Pensa Hermione. Mais il est bien trop fort pour moi, même Dumbledore au ministère n'a rien pu faire ! Autant sauter tout de suite du haut du toit, on arrivera au même résultat !
A moins que… que je revienne avant qu'il ne soit trop puissant, quand il était petit, avant qu'il n'aille à Poudlard... Alors je pourrais...
Ça… Ça peut marcher ! Ça doit marcher ! C'était là sa seule solution, pour elle même, certes, mais surtout pour tous les autres. Un autre dénouement était donc possible, mais il était si improbable de le réaliser, cette chance de réussir si fragile… Cependant la solution était là, et lui tendait les bras.
- Le retourneur de temps, vite, le retourneur de temps !
Hermione se leva brusquement et eut un vertige, mais elle s'agrippa au sombral et passa douloureusement à califourchon sur l'animal.
- Amène-moi au bureau de Dumbledore souffla-t-elle.
Le sombral ne bougea absolument pas et continua à regarder les cadavres du parc en agitant la queue.
- Allez, tu sais où sais non ? Allez petit sombral je t'en prie, je t'en supplie, je t'en conjure, emmène moi là-bas s'il te plaît… fit-elle, les traits transformés par l'angoisse. Elle se devait de réussir ; un bien trop lourd poids reposait sur elle pour qu'elle se permette d'échouer.
Le « petit sombral », cependant, ne bougea pas plus que si on lui avait annoncé la fin du monde, ce qui, dans ce cas-ci, ne faisait pas de maigres différences. Hermione soupira. Un vrai, long et profond soupir qu'on aurait pu prendre pour une déclaration de renoncement. C'était vraiment sans connaître Hermione. Elle descendit de l'animal et lui tira la langue. Il lui lécha le dos. Elle se dirigea, vacillante, vers la porte en bois qui, si elle était ouverte allait lui permettre de rallier les couloirs et de partir de ce toit. Elle tourna la poignée et jura.
- Fermée… C'était à prévoir…
Elle aurait eu sa baguette il suffirait de, hop-là un petit coup de Alohomora et c'était dans la poche. Sauf que la première hypothèse n'était pas remplie. Sa baguette était par terre dans le parc.
- Bon, et bien je suppose qu'il ne me reste plus qu'une seule chose à faire…
Hermione s'accroupit au bord du toit, à quelques centimètres seulement de l'extrême limite de la chute fatale, et se retourna, de façon à entamer une descente périlleuse et sans filet d'un sport moldu que l'on nomme l'escalade en extérieur.
- Quelques centimètres à peine Hermione, quelques petits centimètres, des micros centimètres, tu peux bien faire ça non ? Tu as fait bien pire hein ?
Tout en parlant, elle accrocha une main à une tuile qu'elle jugea stable, posa un genou sur le toit et descendit l'autre jambe dans le vide.
- Allez, rappelle toi qu'est-ce que te disait le prof d'escalade lors du stage en France, un truc comme « trouve ta voie » pas vrai ?
Son pied gauche fouillait le mur, à la recherche d'une prise, qu'il fini par déceler.
- Ben tu vois, c'était pas si dur ! Il est sympa le prof … « Trouve ta voie »… La bonne blague …
Son pied droit descendit plus bas encore que son pied gauche, l'obligeant à lâcher la tuile du toit qu'elle tenait dans sa main droite, tandis que le sombral regardait la jeune humaine qui vociférait avec une incompréhension évidente.
La gorge d'Hermione lui faisait mal, mais elle n'aurait su dire si c'était parce qu'elle venait de lâcher son second et dernier appuis sûr de la main gauche pour en trouver un plus bas, ou si c'était parce que même salement blessée elle crapahutait à 40 mètres du sol et monologuait avec un dérivé de cheval pour s'auto rassurer.
Était-ce le fait d'enfin faire face, de se parler à soi-même ou alors d'avoir un but, elle ne savait pas, mais en tout cas les points noirs avaient progressivement disparus. Pour le moment, pour le moment du moins.
Peu à peu, elle retrouva ses réflexes et descendit doucement le dernier mètre, en espérant que tout le monde en bas serait trop occupé à s'entre-tuer pour faire attention à une ombre et une fenêtre sous le toit d'une tour. Elle brisa enfin le verre d'un coup de pied, et se glissa dans l'ouverture. Mais c'est en passant à travers la brèche qu'elle se rendit compte, un peu tard, que dans sa hâte d'être à l'intérieur, l'obscurité lui avait dissimulé le pourtour de l'ouverture, tranchant, coupant, comme des pointes acérées.
Hermione s'effondra sur le sol. Mais son espoir lui, ne cessait de s'accroître. Fermant les yeux sur plaies, elle bascula sur le côté, et se releva tant bien que mal. Elle ramena ses cheveux en arrière d'un douloureux mouvement de tête, prit une profonde inspiration et s'élança dans le sombre dédale de couloirs. Peu lui importait son dos meurtri, ses jambes en sang, son point de côté et les battements affolés de son cœur. Elle avait un but, quelque chose à accomplir et ne mourrait pas avant alors il ne restait plus d'autres choix pour ses muscles que tenir. Il n'y avait plus qu'un minuscule espoir, attendant d'être saisit.
Le fait d'avoir parlé, même à elle-même, lui avait soulagé la conscience. Elle avait l'impression de ne plus être seule. Telle un petit poucet sanguinaire, Hermione laissait des traces de sang de ça de là dans les longs couloirs vides, se dirigeant avec une vélocité incroyable pour son état vers le bureau du directeur.
A quelques mètres à peine de l'arrivée, un immense bruit sourd fit trembler le château des caves aux plus hautes tours. Les mangemorts ! Se maudissant de ne pas avoir pu courir plus vite, Hermione bondit dans l'escalier qui menait au bureau du directeur, la gargouille habituelle gardienne de l'endroit ne faisant même plus office de présence. Elle monta quatre à quatre les marches de l'escalier et, s'écrasant de tout son poids contre la porte pour l'ouvrir, elle entra sans sommation dans le bureau du directeur.
Deux filles étaient là, tremblantes d'effrois. Hermione les classa immédiatement dans la catégorie « godiche » et prit à peine le temps de leur formuler une phrase d'une inintelligibilité rare, surtout pour Hermione : « Mangemorts venir chercher ici premier, partir cacher vous château. ». Et elle se précipita sans plus d'informations vers un tableau vide du mur qu'elle secoua tellement fort qu'il s'en décrocha.
- Dumbledore ! Dumbledore ! Hurla-t-elle. Elle rapprocha son visage de la toile, comme si sa voix allait porter plus loin si son nez était y collé.
- Dumbledore !
Ce dernier apparu haletant dans la toile, sa longue barbe sans dessus dessous. Voyant la flamme de la volonté dans les yeux de la jeune Gryffondor, il comprit d'emblé la question qu'Hermione traduisit par un seul mot : « Retourneur de temps ?? »
- Étagère sous la fenêtre, à droite de la pensine souffla-t-il. Lachant sans plus de cérémonie le tableau de son cher directeur, Hermione se précipita sur l'étagère, bouscula les meubles sur son passage, et renversa à moitié des instruments en attrapant le retourneur du temps. Elle l'arracha à son ancienne immobilité et le fit tourner fébrilement entre ses doigts. Tout en comptants les tours, elle calcula le nombre qu'il lui en faudrait faire. Elle estimait l'âge physique de Voldemort à 50 ans au minimum, plus les 20 ans qu'il avait « perdu » en renaissant...
Je ne peux pas le rejoindre petit parce que je ne sais pas ni où il est né ni où il a vécu donc il faut que je le retrouve à sa première année de Poudlard. Ça fait du 60 ans. 60 ans x 52 semaine x 7 jours x 24 heures égal…
- 524 000 tours… souffla une voix aigue vers sa droite.
- Mais… Mais c'est énorme j'y arriverais jamais ! Même si je le rejoins en 7ème année, 50 ans x 52 semaine x 7 jours par semaines x 24 heures par jour ça fait…
- 437 000 tours… suffoqua la même voix pointue.
- C'est toujours trop...J'en suis à peine à 50 tours… Les mangemorts sont dans le château, ils vont arriver d'un instant à l'autre… Je ne vais pas y arriver… Que dois-je faire… ?
Réfléchis Hermione réfléchis, que ta tête te serve à quelque chose au moins une fois dans ta vie !
- Circulum Léviosa, cria-t-elle presque. Le pendentif si mit à tourner sur lui-même avec une vitesse affolante.
Je ne pensais pas qu'un vulgaire sort de première année me serrait un jour aussi utile… se dit la jeune sorcière.
- Essaye Comptabilis en plus souffla le tableau de Dumbledore.
Hermione murmura la formule et un compteur apparu, éclairé par la lueur rouge de la bataille qui arrivait de par la fenêtre derrière elle.
Après 5 secondes, il affichait déjà 10 000 tours. Au bout de 10, 25 000, et lorsque la première jeune fille tomba foudroyée, il ne manquait à Hermione que 3000 tours. Les voix se firent plus distinctes dans sa tête, et elle entendit clairement le sortilège impardonnable heurter la seconde jeune fille, qui mourut dans l'instant.
Cinq mangemorts étaient dans la pièce, baguettes brandies. Quatre vers les jeunes filles maintenant mortes et une vers elle. Ce qui pressa Hermione à prendre une décision rapide. Qui arriva trop tard. Quand son cerveau envoya l'ordre à ses muscles de bouger pour se cacher derrière n'importe quoi de consistant, le bout du bâton magique de l'homme en face d'elle brillait déjà de trop nombreuses étincelles vertes, tandis que ses lèvres s'entrouvraient dans un sourire cruel pour dire les mots qui lui seraient fatals. A cause à la peur qui lui écartelait le ventre et le coeur, la jeune sorcière terrorisée ne ferma pas les yeux, et la scène qui suivit lui sembla tourner dans un inconcevable ralenti. Fumseck plongeait avec un hurlement glaçant vers le sort qui avait déjà jaillit de la baguette et fut frappé en plein torse par la mort. Quelque millièmes de secondes plus tard, il explosait dans un tempête de flammes, de cris et de plumes brûlantes, donnant à Hermione les quelques secondes nécessaires pour se reprendre.
L'esprit de la sorcière, qui avait définitivement laissé toute raison derrière elle, venait de finir de peser le pour et le contre. Ses jambes s'arquèrent brusquement et, avec une détente inexplicable pour leur état, propulsèrent leur propriétaire en arrière. Hermione se fracassa de tout son poids contre la solide fenêtre du bureau du directeur.
Beaucoup de choses se cassèrent sous l'impact.
Pas seulement le solide châssis en bois verni.
Hermione n'avait aucune conscience de ce qu'elle vivait. Elle ne distinguait rien, tout était noir, elle se sentait juste tomber. Tout en éprouvant une sensation de chute inexorable, Hermione sentit un doux engourdissement l'envahir rapidement. Trop rapidement. Elle ne voyait plus rien et ne se souffrait plus. De nul part. Elle sombra dans la nébuleuse et obscure inconscience de ceux qui ont outrepassé leurs forces, comme si elle coulait, profondément en dessous de la surface de la mer.
