Tout en éprouvant une sensation de chute inexorable, Hermione sentit un doux engourdissement l'envahir rapidement. Trop rapidement. Elle ne voyait plus rien et ne se souffrait plus. De nul part. Elle sombra dans la nébuleuse et obscure inconscience de ceux qui ont outrepassé leurs forces, comme si elle coulait, profondément en dessous de la surface de la mer.
…………. •◘•
A son réveil, Hermione entrouvrit légèrement les yeux. Elle les garda juste mi-clos car une sensation de brûlure la transperça. La lumière qui filtra à travers ses paupières lui permit juste d'apercevoir la blancheur immaculée de l'endroit. Tout ce qui l'entourait était blanc, un blanc éblouissant. Elle se demanda quel pouvait bien être ce lieu, mais fut incapable de pousser ne serait-ce qu'un grognement. Sa bouche était pâteuse et elle était de toute façon bien trop fatiguée pour réfléchir. La douleur irradiait de son dos dans tout son corps, et elle replongea bien vite dans un sommeil bénéfique.
Hermione resta plusieurs jours ainsi, oscillant entre état éveillé et semi comateux, lorsqu'un matin, des bruits de pas et des voix attirèrent son attention. Elle entendit des personnes approcher, mais ne les reconnut pas à l'oreille. Elle les écouta donc vaguement, se laissant plus bercer par leurs paroles qu'autre chose. Mais soudain, une troisième personne prit part à la conversation. Hermione connaissait cette voix, elle la CONNAISSAIT même trop bien ! Impossible, c'était forcément un rêve ! Il fallait qu'elle s'en assure, qu'elle vérifie que ce sentiment d'euphorie était bien fondé. Elle fit donc un douloureux effort pour se redresser et ouvrir les yeux. Presque aussitôt, moult petites taches noires lui embrouillèrent la vue. Elle secoua la tête pour les faire disparaître, mais elle sentit un vertige la saisir, ainsi que deux grandes mains sur ses épaules pour amorcer sa chute. Il lui fallut à peine quelques instants pour se remettre, ouvrir à nouveau les yeux et en rencontrer deux autres. Bleus, clairs, si bienveillants, si calmes, cerclés par des lunettes en demi-lunes... C'était LUI ! Lui en qui reposaient tous ses espoirs…
- Vous… souffla-t-elle dans un murmure à peine audible.
Dumbledore leva un sourcil, confus, et ses yeux s'agrandirent légèrement. Comment cette jeune fille pouvait-elle savoir qui il était ?
Tellement soulagée et apaisée, elle se laissa emporter par ce doux sentiment et retomba paisiblement dans un sommeil profond.
…………………….
Hermione se rétablissait lentement, toutefois ses heures de sommeil se réduisaient peu à peu, et ses yeux rougis ne la brûlaient plus comme avant. Une semaine s'était à peu près écoulée depuis son arrivée. Tard dans une belle matinée ensoleillée, elle parvînt à se redresser complètement sur ses oreillers et à regarder tout autour d'elle. La pièce était grande, inondée de lumière, et de nombreux lits semblables au sien se succédaient dans une symétrie se rapprochant de la perfection. Nul doute, c'était l'infirmerie de Poudlard. Rien n'avait changé… Les mêmes lits, le même dallage en damier, les mêmes hautes fenêtres donnant sur le parc… Tout était pareil. Trop pareil. Elle avait remontée le temps, ça c'était sûr car elle avait vu Dumbledore vivant, mais de combien d'années ? La jeune fille en était là dans ses réflexions quand un bruit l'alerta.
A sa droite une porte grinça et surgirent tout à coup deux choux-fleurs géants à travers l'ouverture. Non, impossible. C'était forcément son imagination qui lui jouait des tours...
Mais non, c'étaient bien deux choux-fleurs colossaux qui se tenaient là, aussi ronds que les yeux avec lesquels Hermione les regardait.
Brusquement, ils firent un écart vers la gauche, révélant ainsi celui qui les portait... Une silhouette sombre et massive se détacha de l'entrebâillement de la porte, et s'avança. Des pas lourds résonnèrent dans toute la salle et firent sursauter Hermione. Elle reporta son attention sur l'individu. A contre-jour, et muni d'un airbag facial multilatéral, il était impossible d'observer son visage. Alors, elle se contenta du reste. Il avait une tête hirsute ornée de cheveux noirs, un corps large et lourd revêtu d'un vieux gilet rouge à grands carreaux et d'un pantalon de laine grossièrement taillé.
Il contourna le lit d'Hermione, pour rejoindre sa haute table de chevet.
- Par ici mes jolies…
Alors Hermione eut le déclic. Cette voix, cette silhouette, ces cheveux, mais oui, c'était :
- Hagrid ?
Pourquoi ne pas l'avoir reconnu plus tôt ?
Celui-ci se retourna. Bien trop occupé à mettre ses "fleurs" dans le vase, posé sur la table, ou plutôt d'essayer de les y rentrer, il n'avait pas remarqué que la blessée était réveillée. Il n'avait pas non plus entendu distinctement ce qu'elle avait pu dire. Mais ça n'avait aucune importance. Depuis une semaine sa protégée ne montrait que peu de signes de vie. Et là, aujourd'hui, elle était assise bien droite, adossée contre ses oreillers et le regardait avec de grands yeux où se mêlaient étonnement et incompréhension...
C'était Hagrid oui, mais en bien moins grand... 2 mètres au lieu des 3 mètres cinquante qu'Hermione était habituée à côtoyer.
Il saisit une chaise au côté du lit et s'assit près d'Hermione.
Elle continua de l'observer. Sans barbe, il avait un visage bien plus juvénile, plus poupin, ses yeux marrons caramels étaient toujours aussi chauds, aussi naïfs et ses joues toutes lisses avaient de jolies couleurs, ainsi que de belles pommettes rosies par l'air frais. Cela le rendait presque mignon, croquant, adorable... Si jeune...et si timide à la fois. Osant à peine la regarder, il se dandinait sur sa chaise, maladroit, incapable de dire un seul mot.
Elle décida de rompre ce silence.
Comment t'appelles tu ? demanda-t-elle doucement.
Il releva les yeux vers elle et murmura :
- Rubeus… Rubeus Hagrid...
Puis prit une décision et ajouta:
- Et toi ?
- ...
Elle ne savait quoi répondre. Est-ce qu'elle devait dire son vrai nom ? C'était sûr qu'elle était dans le passé à présent; il ne pouvait donc pas y avoir deux Hermiones, mais... Ne vaudrait-il pas mieux tout recommencer ? D'être une nouvelle personne ? De modifier le futur en oubliant le passé ? Un flot de pensées se déversa sournoisement en elle. Harry, Ron, Ginny, Molly, Luna, Lupin,... tous surgirent de sa mémoire. Tout ces éclairs verts, tout ce sang, tout ces cris... Non. Elle devait assumait son nom, ce nom qui lui rappelait malheureusement tant de choses. Mais elle le devait. C'était un peu leur mémoire qu'elle portait.
- Her... Hermione, parvint-elle à articuler, la gorge serrée.
Mais elle ne voulait pas en rester là.
- Que s'est-il passé ? Depuis quand suis-je ici ? Quel jour on est ? demanda-t-elle en espérant que posée sous cette forme, la question n'étonnerait pas Hagrid.
- Oh, et ben, ça fait bien une semaine ! Je ne sais pas exactement ce qui s'est passé..., dit-il d'un air penaud, mais lorsque j'ai entendu un bruit venant des douves, je me suis précipité et je t'ai aperçu inconsciente en train de sombrer dans l'eau, alors j'ai sauté et je t'ai amenée ici, ajouta-t-il le regard brillant de fierté et de gentillesse.
Hermione resta perplexe. Ainsi c'était lui qui l'avait sauvée... Elle regarda ses fleurs.
- Je les change chaque jour... Sinon, elles flétrissent et sentent mauvais.
Ha, Hagrid et ses réflexions toujours aussi poétiques... Elle ramena son regard vers lui.
- Merci Hagrid, souffla-t-elle les yeux brillants. Merci du fond du coeur...
Elle prit la main du garçon qui traînait au bord du lit et la serra de toutes ses forces. Tant de reconnaissance dans ce regard... Les yeux du géant ne purent pas bien longtemps le supporter et furent bientôt tout humides.
Ils se regardèrent ainsi un long moment et Hermione ajouta:
- Je te le rendrai.
Hagrid fut surpris mais ne dit rien. Il ne savait pas pourquoi mais il aimait bien cette jeune fille, il se sentait en confiance avec elle ; elle était si douce avec lui, si calme et si gentille... Personne ne lui avait encore parlé ainsi, elle était la seule avec Dumbledore...
- Mais dis-moi, quel jour on est ? Hasarda-t-elle, reposant la question critique.
- Oh, le jour, je ne sais pas très bien, je ne suis pas très calendrier tu sais. Mais je crois qu'on est mi-août, les cours reprennent dans deux semaines, fit-il avec beau sourire.
"Et merde !" pensa-t-elle. Il voulait avoir la question foireuse, LA question avec laquelle elle était cuite et avec laquelle il la prendrait définitivement pour une siphonnée du bocal ? Ok-très-bien ! Il l'aura !
- Mais euh, je ne me souviens plus très bien, commença-t-elle, c'est-à-dire que… En quelle année sommes-nous ?
Abasourdi, Hagrid resta figé quelques instants, les yeux écarquillés, la mâchoire retombant mollement. Rapidement, il se ressaisit, secoua légèrement la tête de gauche à droite et murmura, plus pour lui même :
- Mais oui, après ta chute... c'est normal... Puis il releva la tête en la penchant légèrement vers la gauche et dit doucement :
- On est en 1944, à l'école de Poudlard, école merveilleuse de sorcellerie... Tu la connaissais avant de venir ici ? Continua-t-il en voyant aucune réaction chez son interlocutrice.
- Hmm ? Euh...oui oui, vaguement...
Celle-ci ne faisait plus vraiment attention aux paroles du garçon. Elle réfléchissait. 1944... Voyons, que s'est-il donc passé en 44 ? Ca lui faisait une belle jambe de connaître l'année, sans savoir les évènements auxquels elle se rapportait !
Où en était Voldemort ? En première année ? Dernière année ?
- Mais...euh... formula Hagrid hésitant, n'osant pas la regarder.
Les motifs floraux couleur parme, délavés et défraîchis de sa chemise de nuit, étaient, d'un coup, beaucoup plus intéressants...
- Mmoui ? L'encouragea Hermione, sans vraiment l'écouter.
Mais il ne parvenait pas à se décider. Elle se contenta donc d'attendre, de façon posée à l'extérieur, mais une vraie rage contre elle-même bouillait en son intérieur.
Ah ! Elle qui se félicitait si souvent de tout connaître ! Comment avait-elle pu omettre ce léger détail totalement insignifiant à l'époque, mais si important à présent ? La date du futur Mort-de-Trouille, comme aimait l'appeler Harry lorsqu'ils étaient tous les trois, à comploter quelques plans tordus, encore et encore... Par Merlin, avait-elle vécu tout ce qu'elle avait vécu ? Elle commença à réaliser qu'elle était VRAIMENT dans le passé, et que tout, absolument tout ce qu'elle avait fait ou vu était définitivement irréversible... Une boule écoeurante, acide, brûlante remonta lentement de son ventre jusqu'au long de sa george. Elle pouvait à peine déglutir et ses yeux commencèrent à la piquer.
La question d'Hagrid la sortit littéralement de ses pensées.
- Mais au fait... Euh... Je sais que je ne devrais pas te questionner, qu'il faut te laisser te reposer et tout, on me l'a bien dit, mais... Euh…
Puis il se jeta à l'eau et demanda :
- Comment es tu venue ici ?
Vite. Une solution. Respire Hermione... Inspire... et expire... Il faut trouver THE alibi passe-partout en l'espace de 10 petites secondes...Allez, concentration, tu peux y arriver !
Mais rien ne lui venait… Et les secondes s'écoulaient… Et Hagrid s'étonnait du silence de son interlocutrice.
Allez...! Comment surgir brusquement dans le parc de Poudlard ? C'est alors qu'une image s'imposa à elle :
- Mais c'est simple, il n'a eu qu'à transplaner ! Lança Ron, quelques années en moins, emmitouflé sous la couverture de son sac de couchage, au beau milieu de la Grande Salle.
- Chuuut Ron ! Parle moins fort ! Et puis combien de fois faudra t-il te répéter qu'on ne peux pas "transplaner" n'importe où dans Poudlard ? Si tu avais lu L'Histoire de Poudlard en entier, tu saurais que Dumbledore a empêché ça dès qu'il est devenu directeur ! Fit une mimi-Hermione en regardant le jeune Ron avec des gros yeux.
Mais… La voilà sa solution !
•◘•
