Evening Falls
Disclaimers : Les personnages et l'univers de Torchwood appartiennent à RTD ainsi qu'à la BBC.
Merci à Shima-chan de prendre sur son temps pour me corriger. Merci à Léara d'être là pour me conseiller, merci à vous de lire ce chapitre. Evening falls se situe deux ans après la fin de la saison 3 de Torchwood.
Merci également pour vos commentaires, ils me font grandement plaisir. En vous souhaitant une bonne lecture !
Chapitre 1
52ème siècle, quelque part sur la Planète Felspoon
Il dépérissait.
Assis misérablement à même le sol, les bras ballants, Owen ferma les paupières, tentant d'ignorer sa gorge sèche qui le torturait à chaque déglutition. Il avait soif. Énormément. À cet instant il tuerait père et mère, sans aucun état d'âme, pour une gorgée d'eau, une simple gorgée d'eau. La tête penchée en arrière, il ouvrit ses paupières, fixant les lumières vives et artificielles qui l'éblouissaient. Le médecin sombrait peu à peu dans cette douce folie qu'il avait, jusqu'à présent, tenté d'ignorer... Oh, qu'elle était tentante désormais ! Il n'aurait qu'à se laisser glisser, il n'aurait qu'à abandonner la lutte. L'homme de science délaisserait alors sa si chère raison, piétinant tous les principes qui faisaient de lui le docteur Owen Harper.
Que ce serait facile... Il se laisserait tomber...
Et la souffrance disparaîtrait. Certainement. Il voulut rire, acerbe, mais sa gorge se contracta, lui arrachant un râle étouffé. Il se souvint d'une époque où les certitudes jalonnaient sa vie. À présent, la seule certitude dont il avait conscience était la douleur qui le transperçait de part en part. Ses derniers souvenirs remontaient à cette centrale nucléaire, enfermé, condamné... encore une fois. Il aurait dû mourir définitivement à ce soir-là, et il regrettait que ce ne fut pas le cas ! Décidément Dieu, du moins s'il existait, était un gros salaud pervers qui aimait le voir souffrir !
Des bruits de pas résonnèrent dans le couloir et Owen arqua un sourcil mi-surpris, mi-intrigué, quand la porte s'ouvrit sur une femme entourée d'un escadron armé. Les soldats mirent en joug l'alien qui montra les dents en grognant, menaçant.
— Bonjour Docteur Harper, déclara l'inconnue dans un léger sourire. Vous devez vous poser beaucoup de questions, n'est-ce pas ?
Owen eut un clignement de paupières, le visage impassible, il lui accorda un regard las.
— Dît... Qui êtes-vous ? Demanda-t-il sans préambule, d'une voix rauque.
— Bien entendu, je m'appelle Calen Ventress, directrice de l'Agence du Temps.
— L'Ag... Agence du Temps ?
Owen se renfrogna, dévisageant d'un œil critique la femme qui le fixait avec supériorité et arrogance. Elle lui donnait la désagréable sensation d'être pris pour un insecte, il se sentait démuni et faible... et putain qu'il détestait ça !
Calen Ventress était une femme à l'âge indéfini. La peau sombre, un visage fin, un regard noir et ombrageux, des cheveux court coupé à la garçonne. Elle dégageait une autorité naturelle qui acheva de faire taire Owen, lui faisant ravaler la nuée d'insulte qu'il lui avait réservée. Le jeune homme avait des choses à lui dire, ô tellement de choses, mais sa gorge sèche et douloureuse se rappela à son souvenir lui coupant soudainement toute notion de velléité.
— Qu'est-ce que vous me voulez ? Chuchota-t-il, fatigué, en fermant les yeux sous la lumière trop vive de sa prison aseptisée.
Calen esquissa un léger sourire faussement complaisant.
— J'ai du travail à vous proposer, docteur Harper, déclara t-elle, croisant les bras sur sa poitrine, sa tête penchant légèrement sur le côté. Je vous propose de travailler pour l'Agence du Temps, vous avez toutes les qualifications requises pour devenir un de nos agents. Vous serez libre de vos mouvements, vous serez intégré à une équipe et vous devrez obéir aux ordres de votre supérieur hiérarchique. Nous vous...
Un soudain ricanement la fit taire. Elle accorda à Owen une œillade passablement agacée, celui-ci leva un regard brillant d'une certaine insolence, teinté de moquerie.
— Vous voulez me faire croire que vous m'avez sauvé d'une explosion nucléaire parce que... — sa bouche se tordit en un rictus goguenard — vous voulez m'embaucher ? Je ne suis pas stupide, en quelle année sommes-nous hein ? Toute cette... technologie... Oh Seigneur pourquoi ça doit m'arriver à moi ?
Se repliant sur lui même, Owen cacha désespérément son visage entre ses mains.
— Docteur Harper, pensez sérieusement à ma proposition, je...
— Travailler pour vous hein ? Cracha-t-il. Je ne vous connais pas, je ne sais même pas ce qu'est cette... Agence du Temps !
— Je m'apprêtais à vous demander de me suivre, je me ferais un plaisir de tout vous expliquer dans les moindres détails.
— Et vous croyez vraiment que je vais bosser pour la nana qui m'a enfermé comme un chien pendant des mois ? Je paraîtrais malpoli si je vous dis : allez vous faire foutre ?
Le sourire de Calen disparut instantanément, son regard se durcit tandis qu'elle s'accroupissait afin d'être à la hauteur de son prisonnier.
— Je ne vous laisse pas le choix, dit-elle en s'emparant fermement du menton d'Owen entre le pouce et l'index, soulevant ainsi son visage dans sa direction. Soit vous acceptez ma proposition, soit je vous laisse pourrir dans cette pièce... et croyez-moi, vous concernant, cela risque de durer une petite éternité.
— Crevé comme un chien où devenir le chien de quelqu'un, rétorqua le médecin, acerbe. Je vous préviens, les laisses ne me vont pas et je risque de mordre dès que vous aurez le dos tourné.
Ils s'affrontèrent du regard un instant, le sourire de Calen réapparut alors qu'elle se redressait. Elle commençait à apprécier ce jeune homme au grand franc-parler et à la réplique sarcastique.
— Je prends ça pour un « oui » ?
Un instant de silence. Et puis...
— Ouais.
21ème siècle, Santa Monica (USA), Planète Terre
Respiration haletante.
Aspiration inexistante. Les lèvres chaleureuses du soleil léchèrent le grain de sa peau accentuant cette incapacité... à respirer. De reprendre son souffle. Son cœur tambourinait inlassablement dans ses côtes, la sueur glissait le long de sa nuque continuant sa descente perverse le long de sa colonne vertébrale.
Un frisson. Suivi d'un juron.
Une brise suffocante lui fouetta le visage, son regard se plissa un instant... Il était là. Simplement à quelques mètres. Une dernière poussée, une dernière accélération et il serait sien. Enfin.
Un coup de klaxon furieux.
L'homme hésita, étudia la voiture une seconde avant de traverser la route sans se poser plus de questions. Le feu passa du vert au rouge, les véhicules s'arrêtèrent, luisantes sous le soleil brûlant. Rex Matheson abandonna sa veste sur le trottoir, vêtement qui entravait ses mouvements, et grimpa sur la carrosserie d'une vieille Ford Break, toute son attention dirigée vers le fuyard au loin.
— Dégage de là ! S'exclama le propriétaire du véhicule en levant un poing menaçant dans sa direction.
Le jeune homme ignora les protestations et autres menaces et traversa à son tour la route. Sa chemise blanche lui collait à la peau, ses pas martelaient vivement le goudron qui, sous la torture qui lui infligeait le soleil, laissait échapper une odeur âcre. Rex cracha par terre, tentant d'ignorer l'ignoble goût métallique qui envahissait son palais...
Une bifurcation.
Il s'y engagea. Puis plus rien. Un cul de sac. Essoufflé, ses poumons criant au repos, il s'adossa au mur, le dos courbé, les mains sur ses genoux le regard attentif... Une ombre bougea près des poubelles, suivi d'une explosion. Des détritus dégringolèrent dans la ruelle et la silhouette de l'homme reprit sa course effrénée.
Un instant de flottement.
Chancelant, ses jambes tremblèrent quelque peu, l'agent de la CIA reprit sa poursuite. Évitant les passants, la gorge en feu, les poumons au bord de l'agonie, le jeune homme le suivit en le talonnant de près. Il était hors de question de le laisser s'échapper cette fois. Ils longèrent les quais, traversant et slalomant entre les divers caissons de bois entreposés, Rex inspira profondément, puisa dans ses dernières ressources et accéléra davantage. Ils pénétrèrent dans une usine désaffectée de boîtes de sardines et Rex cessa sa brusque course quand son fuyard s'arrêta, faisant brusquement volte-face. Tentant de reprendre son souffle, l'agent de la CIA porta instinctivement sa main à son arme de fonction, ne détachant pas son regard de l'homme boursoufflé...
— Voilà que vous devenez plus raiso... Olà, qu'est ce que vous fichez !
Sous son regard horrifié, l'homme souleva les mèches rousses de son front, passant une main sur celui-ci. Immédiatement un corps monstrueusement jaune, aux griffes acérées, fit son apparition. Une grimace dégoûtée sur le visage, Rex baissa un regard sur la peau humaine qui gisait désormais aux pieds de l'alien.
— Ne bougez pas où je tire ! S'exclama t-il en levant son arme.
— Vos ridicules petites armes n'ont aucun effet sur moi ! Rugit une voix aiguë et sifflante.
Déglutissant avec peine, Rex se renfrogna et vida son chargeur sur la créature qui continuait de s'avancer, menaçante, dans sa direction. Les détonations se répercutèrent en échos contre les parois métalliques de l'usine. Les balles ricochèrent sur la peau jaunâtre, la créature émit un ricanement moqueur, tandis qu'elle levait son immense main toute prête à l'abattre sur cet insignifiant humain.
Un hurlement agonisant !
Rex écarquilla les yeux et se redressa, tandis que l'alien se retournait, hurlant à la mort. Derrière lui se tenait un Jack Harkness armé d'un gigantesque pistolet à eau.
— Besoin d'un coup de main ? Répliqua-t-il, amusé et moqueur, en tirant une nouvelle salve d'eau sur l'alien qui cria davantage en se repliant sur lui-même.
— C'est seulement maintenant que tu débarques ? Rétorqua Rex pour toute réponse, en s'approchant à grands pas. Je lui ai couru après à travers tout Santa Monica pendant que toi... tu... il y a quoi là-dedans d'ailleurs ?
Jack demeura un instant silencieux, puis leva son jouet et l'agita sous le nez de l'agent américain.
— Du vinaigre, déclara-t-il. C'est la seule arme efficace contre eux... Quand j'ai compris à quoi on avait affaire, je suis juste allé me ravitailler à l'épicerie du coin.
Il tira une nouvelle fois jusqu'à acculer la créature contre le mur, s'assurant ainsi toute tentative de fuite.
— Tu te fous de moi ! Du vinaigre, on va combattre E.T avec des condiments... c'est la grande classe, dis-moi. Plus sérieusement, qu'est ce que c'est que cette chose ?
— Un membre de la famille des Slitheen, ils viennent de la planète Raxacoricofallapatorius... Je pensais la famille exterminée.
— Raxaco... quoi ?
Rex lança une rapide œillade à Jack, mais ce dernier cessa d'asperger le Slitheen, l'ignorant royalement.
— Ces trois derniers mois, quatre bâtiments d'UNIT ont été cambriolés, énuméra Jack d'une voix qui n'admettait aucune répartie. Deux objets bien précis ont été volés et je sais que c'est toi...
— Au... aucune preuve ! Cracha le Slitheen en dardant ses immenses yeux noirs dans ceux du capitaine Harkness.
— Les caméras de surveillance, répondit Rex en chargeant à nouveau son arme. Pas très malin, même pour un E.T.
L'alien grogna mais le pistolet de Jack le calma immédiatement.
— Pourquoi ? Continua celui-ci. À quoi vont te servir ces objets au juste ? J'ai pas beaucoup de temps là, et j'avoue que ma patience commence à atteindre ces limites ! Alors ?
Un silence.
Suivi d'un ricanement du Slitheen, il se redressa soudain, dépassant ainsi largement les deux hommes. Jack et Rex reculèrent, méfiants.
— Oh, le fameux Capitaine ne sait donc pas ?
La voix se fit basse, à la fois moqueuse et apeurée. Jack baissa légèrement son pistolet...
— Ne sait pas quoi ?
Le Slitheen se recroquevilla sur lui-même, effrayé.
— Le silence, chuchota-t-il. Bientôt, le Silence se fera* et tout disparaitra. Il arrive et ni vous, ni même le Docteur ne pourra s'y opposer...
La mâchoire de Jack se crispa à la seule mention du Seigneur du Temps.
— Le Docteur ? Répéta Rex, sans comprendre. Jack ?
— Qu'est ce que tu veux dire par « le Silence se fera » ? Ça à avoir avec les objets volés ? REPONDS !
Le cri de Jack se répercuta à travers l'usine, et Rex fut surpris un instant. Cela faisait désormais plus de six mois qu'ils collaboraient tous les deux et c'était la première fois qu'il le voyait se mettre en colère. Habituellement tout était sujet à la rigolade, Jack Harkness ne prenait jamais rien au sérieux... du moins le faisait-il croire.
— Je suis mort si je parle !
— Tu le seras si tu ne le fais pas, répliqua sombrement Jack.
Le Slitheen le dévisagea et secoua la tête.
— J'ai beaucoup plus peur d'eux que de vous Capitaine !
L'instant suivant, le Raxacoricofallapatorien s'injecta un poison par le biais de son collier, un gargouillement lui échappa en s'écroulant contre le mur.
— NON !
Jack laissa tomber le pistolet et s'accroupit près de l'alien, ce dernier cligna des paupières puis le fixa une seconde, agonisant.
L'immortel le dévisagea, crispé, impassible.
— ... O... Owen... Ha... Harper...
Le Slitheen mourut avant d'avoir pu achever sa phrase. Le sang de Jack avait quitté son visage, pâle et interdit, il se leva rapidement en ignorant le regard insistant d'un Rex quelque peu perdu. L'agent de la CIA avait fait des recherches sur Torchwood avant de rencontrer Harkness, il savait pertinemment qui était Owen Harper.
Mais Harper était mort.
— Jack...
Aucune réaction. Un soupir échappa à l'Américain.
— Harkness, reprit-il. Ce machin a dit ça pour te faire chier, ne le laisse pas te déstabiliser.
L'ex agent du temps resta une seconde, livide, face au cadavre du Slitheen avant de sursauter comme il le ferait en sortant d'un mauvais cauchemar.
— Ouais, déclara-t-il soudainement avec entrain. Surveille-le, le temps que j'aille chercher la caisse.
— Vera va nous tuer ! Maugréa Rex en passant une main sur sa nuque endoloris.
Il le regarda s'éloigner en fronçant les sourcils. Il n'existait rien de plus excitant que de travailler avec le capitaine Jack Harkness, mais il n'existait rien de plus fatigant et de plus dangereux également. Il arrivait que le capitaine se lance dans des missions suicidaires, tête baissée, ne demandant qu'à mourir pour mieux revenir. Ces fois-là, Rex avait l'impression que Jack revenait de ses « morts » plus inébranlable et plus distant que jamais. Ces six derniers mois, il était mort plus d'une centaine de fois... Il en était arrivé à la conclusion qu'Harkness testait son immortalité, que s'il mourrait assez de fois, alors peut-être qu'un jour il ne pourrait plus revenir parmi les vivants.
Ou alors était-il seulement sadomasochiste ?
Ce qui, le connaissant, s'avérait être certainement bien plus probable.
Le docteur Vera Juarez poussa un soupir contrit et darda un regard las et meurtrier en direction de Rex Matheson et de Jack Harkness. Les deux hommes se trouvaient actuellement dans son bureau à l'hôpital universitaire de Los Angeles, Rex parcourait distraitement l'écran de son Iphone tandis que Jack lui accordait un sourire charmeur... auquel elle ne put rester insensible, bien qu'elle tentât de le dissimuler. Ils avaient passé une nuit ensemble, une nuit torride et endiablée et le capitaine pouvait se vanter d'être son meilleur amant. Cet homme était tout simplement...
Inhumain.
D'origine mexicaine, âgée de trente-huit ans désormais, Vera passa une main dans son épaisse chevelure noirâtre.
— D'accord, je ferais cette autopsie, accorda t-elle d'une voix profondément blasée.
— Super, marmonna l'agent du CIA en se levant. Je dois y aller, Esther nous demande de la rejoindre, elle a du nouveau concernant notre affaire Jack.
Après un rapide hochement de tête, il quitta le bureau d'un pas vif, le capitaine s'apprêtait à le suivre quand il se tourna vers le docteur, un léger sourire en coin.
— Tu m'appelles si tu trouves quelque chose d'anormale...
— Tu veux dire encore plus anormale qu'un alien dans ma morgue ? Répliqua t-elle, cynique.
Le sourire séducteur de Jack s'agrandit, mais une lueur étrange brillait au fond de ses yeux.
— Tu sais très bien ce que je veux dire. Merci Vera...
— Ne me remercie pas Harkness, coupa le médecin en se levant, plongeant ses mains dans les poches de sa blouse blanche. C'est la dernière fois que je te rends service, c'est clair ? Si j'ai quitté UNIT, ce n'est pas pour rien.
Il hocha la tête, hésita une seconde, puis sorti sans une parole. Elle prit une seconde et inspira profondément avant de s'emparer de son téléphone portable, prévenant sa mère qu'elle rentrerait plus tard que prévu. Vera échangea quelques paroles rapides en mexicain avec sa fille, Teresa, âgée de neuf ans puis raccrocha, son regard se levant sur l'horloge murale qui indiquait vingt heure trente. Ce fut en soupirant, une tasse de café dans une main, qu'elle descendit au sous-sol...
Chirurgienne de métier, elle avait appris les notions du médecin légiste en travaillant pour UNIT. La dissection des aliens n'avait plus aucun secret pour elle, mais elle avait quitté l'organisation à la mort de son mari, soldat pour la même organisation, il avait été tué par un Dalek cette terrible soirée où la terre avait été « déplacée » à travers l'univers**. Depuis, la jeune femme ne souhaitait plus jamais entendre parler de l'UNIT ou d'extraterrestres, alors quand le mystérieux Jack Harkness était venu la trouver... Vera l'avait mis à la porte, le menaçant de le tuer si jamais il osait revenir.
Finalement, elle s'était laissé convaincre par l'une de ses amies d'UNIT avec qui elle avait gardé le contacte, Martha Jones, une personne qu'elle et le capitaine avaient en commun. Martha semblait bien le connaître et lui faisait une confiance aveugle, cela avait suffit à convaincre Vera.
Voilà pourquoi je me retrouve dans cette situation...
D'un mouvement machinal, elle ouvrit la porte et sursauta brusquement en apercevant la silhouette d'un homme.
— Qu'est-ce que vous faites ici ? Demanda-t-elle, surprise. Je ne m'attendais pas à ce qu'il y ait encore quelqu'un.
L'inconnu esquissa un rapide sourire et lui accorda un rapide regard intéressé.
— Moi aussi, répliqua-t-il distraitement dans un fort accent anglais, en retournant à sa table de travail.
Intriguée, Vera posa sa tasse de café sur le bureau et dévisagea le jeune homme, c'était la première fois qu'elle le voyait : plutôt petit, quelque peu chétif, brun, yeux marrons il dégageait une étrange impression... qui la terrifia l'espace futile d'une seconde. Il portait une blouse blanche avec des pin's de divers groupes de rock anglais épinglés sur le devant.
— Vous êtes nouveau ? Je ne vous ai jamais vu auparavant, docteur... ?
— Hum ? Fit-il d'une voix lointaine. Moi ? Ouais, je suis nouveau ici, on peut dire ça comme ça...
Il posa son tube à essai et se dirigea vers le caisson qui contenait le cadavre du Slitheen. La Mexicaine réagit d'instinct et posa une main ferme sur la porte, l'empêchant ainsi de l'ouvrir.
— Navrée, je m'occupe de ce cadavre. Et il serait temps que vous partiez.
L'inconnu lui adressa un regard agacé et blasé, avant de la pousser d'un geste brusque.
— Vous êtes marrante – il la reluqua des pieds à la tête – et pas vilaine du tout. Sacré Jack !
— Vous connaissez Harkness ? Demanda t-elle en se détendant un peu.
La bouche de l'anglais se tordit en un rictus amer.
— Si je le connais ? On a longtemps travaillé ensemble. Voyons ce que nous avons là... Oh, oh, un Slitheen, j'en ai déjà autopsié un... enfin une – il prit une mine pensive – elle se faisait passer pour le maire de Cardiff*** si mes souvenirs sont bons...
Vera le regardait s'agiter autour du corps, incrédule, elle s'approcha lentement et saisit vivement son poignet lorsqu'il s'empara d'un scalpel, s'apprêtant à ouvrit le Slitheen en deux. Leurs regards se croisèrent un instant...
— Comme je le disais, cette autopsie est à moi, répliqua-t-elle, ferme. Et qui êtes-vous à la fin ?
— Je suis docteur, tout comme vous, répondit-il en se dégageant vivement. Je m'appelle Owen Harper, et je suis ici simplement pour récupérer un objet qui m'appartient. Ça prendra seulement deux petites minutes.
— De...
— Dîtes-moi, docteur Juarez, marmonna Owen en traçant une entaille sur l'estomac de l'alien avant d'y plonger la main. Pourquoi êtes-vous devenue médecin ?
La question la prit au dépourvue, elle le dévisagea une seconde, sans pouvoir rien dire. Elle commençait à détester l'insolence qui semblait transpirer de chaque pore de sa peau.
— Vous n'avez pas besoin de le savoir !
— Ouais, c'est ça, marmonna-t-il sous l'effort alors qu'il enfonçait le bras plus profondément dans le corps du cadavre, recherchant elle ne savait quoi. Je vais vous dire moi... Vous pensiez que si vous pouviez sauver une seule vie, la votre vaudrait le coup, hein ? Mais on en sauve une et encore une, et ce n'est ja... jamais assez, elles s'agrippent à vous, demandant à être sauvées... Et même si vous réussissez, vous n'en sauvez jamais assez. Alors vous vous battez contre la mort, et vous priez pour que quelqu'un finisse pas vous sauver vous... Et vous savez quoi ?
Interdite, l'estomac noué et la gorge serrée, Vera se contenta de secouer la tête.
— Ne comptez pas sur Jack Harkness pour ça. Je suis mort deux fois, preuve qu'il a du mal à tenir ses promesses... Ah putain, ça y est, je l'ai ! S'exclama-t-il en ressortant un bras taché de sang verdâtre au bout duquel il tenait une montre à gousset argenté.
— Qu'est-ce que c'est ?
Owen ôta rapidement ses gants en latex qu'il jeta dans la première poubelle venue, puis enveloppa la montre dans une serviette en papier qu'il rangea dans l'une de ses poches.
— Quelque chose qui ne vous regarde pas, soupira-t-il en levant la tête vers elle. Bon et bien, ravi d'avoir pu causer avec vous.
Il passa les portes de la morgue, non sans lancer à la cantonade.
— Passez le bonjour à Jack de ma part.
À suivre...
*Issu du premier épisode de la saison 5 de Doctor Who. Le prisonnier zéro prévient le Docteur que bientôt « Silence will falls »...
**Episode 4x12 de Doctor Who. Les Daleks avaient volés 27 planètes, incluant la Terre, ils avaient ensuite essayer de détruire toute organisation pouvant s'opposer à eux; dont UNIT et Torchwood.
***Episode 1x11 de Doctor Who, le nouveau maire de Cardiff était en réalité un membre de la famille des Slitheen.
