Evening Falls

Disclaimers : Rien n'est à moi, tout est à RTD, à Steven Moffat et à la BBC.

Merci à Shima-chan de prendre sur son temps pour me corriger. Merci à Léara d'être là pour me conseiller, merci à vous de lire ce chapitre. Evening falls se situe deux ans après la fin de la saison 3 de Torchwood.

En vous souhaitant une bonne lecture !


Chapitre 2


52ème siècle, quelque part sur la Planète Felspoon

Assise dans l'un des fauteuils autour d'une immense table en verre, Toshiko se demanda un instant ce qu'elle faisait dans un tel endroit ? Et pour quelles raisons ? Sentant une pointe d'appréhension lui serrer la gorge, la jeune femme baissa le regard sur le plateau de nourriture qu'on venait de lui servir... une délicieuse odeur de viande grillée lui monta aux narines, donnant l'eau à la bouche de la végétarienne qu'elle était.

Méfiance.

Bien malgré elle, Tosh repoussa le plateau d'un mouvement brusque. Habituellement, elle n'avait pour ration qu'un verre d'eau, et un mélange infâme qui lui permettait tout juste de survivre. La tentation était insoutenable, mais la nourriture pouvait très bien être empoisonnée et elle n'avait aucune envie de mourir une nouvelle fois. D'un geste compulsif, elle porta une main à son abdomen, là où la balle mortelle l'avait frappée...

Juste un bout. Un petit bout, pour goûter...

Toshiko déglutit difficilement, son regard se posant avec une insatiable envie sur l'assiette qui continuait ouvertement de la narguer. Elle tendit une main, se figea soudainement, puis se rétracta à la seconde suivante. Était-ce une nouvelle épreuve ? Voulaient-ils la rendre folle ? Si tel était le cas, ils réussissaient leur entreprise à merveilles. Son ventre émit un gargouillement sonore et se contracta, hurlant à la famine, elle serra les dents.

Ridicule, voilà ce qu'elle était.

Une nouvelle seconde. Puis une suivante. Et la tentation fut bien trop forte, la jeune femme tira le plateau dans sa direction à l'instant même où la porte de la salle de conférence s'ouvrait sur une silhouette qui la laissa muette d'effarement. Tosh se leva d'un bond, renversant par mégarde le plateau qui alla se fracasser sur le sol dans un bruit de verre brisé.

Des regards qui se croisent.

Une futile seconde pour le commun des mortels, une seconde d'éternité pour eux. Toshiko était au-delà des larmes depuis bien longtemps, elle ne savait plus pleurer.

Du moins croyait-elle.

Ses grands yeux noirâtres s'embuèrent, tandis que son corps retrouvait sa mobilité, courant à perdre haleine vers cet homme qui l'avait pourtant fait autant souffrir qu'espérer.

— Tosh, souffla la voix rauque d'Owen contre ses cheveux, alors qu'il la serrait contre lui à en faire mal.

Le souvenir des dernières paroles échangées lui revint à l'esprit, et Owen ferma les paupières chuchotant le prénom de la japonaise telle une prière. Elle resserra son étreinte, le visage enfoui contre le cou du jeune homme, sanglotant à perdre haleine.

— Tu es réel, tu es réel, tu es réel, chuchota-t-elle désespérément entre deux halètements. Pitié dis-moi que tu es réel ! Je t'en prie, je t'...

Elle avait tant rêvée de le revoir que parfois, elle s'était inventée des mondes dans lesquels Owen était vivant, dans lesquels ils étaient encore à Torchwood en compagnie de Gwen, de Ianto et de leur Capitaine. Le cœur d'Owen se serra douloureusement, il avait tant à lui dire mais les mots refusaient de passer la barrière de ses lèvres. S'écartant légèrement de la jeune femme, il prit son visage entre ses mains, essuyant du pouce les larmes qui sillonnaient sur ses joues.

— Tosh, chut, Tosh... C'est moi, regarde-moi...

Leurs regards se capturèrent l'un l'autre et ils oublièrent le monde extérieur.

— Non ! Murmura une voix familière. Oh non, non, non, non...

Ianto Jones venait de faire son entrée, le regard écarquillé, le visage défait il recula jusqu'à toucher le mur derrière lui. Reprenant pied dans la réalité Toshiko et Owen se séparèrent rapidement, comme pris en flagrant délit.

— Ianto...
— Vous êtes morts ! Déclara-t-il brusquement en portant une main à sa bouche. Tu es morte sous mes yeux... Et tu...

Owen fronça les sourcils et adressa un regard surpris à la jeune femme qui s'empressa de l'ignorer.

— Ouais, sympa de te revoir aussi coffee-boy, répliqua Owen d'une voix dégoulinante de cynisme.

Ianto secoua la tête, un brusque rire nerveux s'échappant de sa gorge. Le jeune homme prit Tosh dans ses bras puis échangea un simple sourire avec Owen. Un grand sourire sans ironie, un sourire sincère, et cela valait toutes les embrassades de l'univers pour les deux hommes.

— Ouuh, quelle étrange sensation de déjà-vu, chantonna la voix claire de John Hart. Salut, l'équipe ! Comment va ? Content de me revoir j'espère ?

Les trois membres de Torchwood se tournèrent d'un même homme en direction de l'agent du temps. Celui-ci était négligemment assis sur l'un des nombreux fauteuils, les pieds sur l'immense table en verre, un immense sourire goguenard aux lèvres, il leur fit un petit geste de la main. Comment était-il arrivé là sans qu'ils ne s'en rendent compte ?

— Oh non, pas lui, marmonna Ianto.

Tosh resta silencieuse, mais son regard transperçait John de part en part.

— Hart, grogna Owen, menaçant.

La seconde suivante, le médecin administra un violent coup de poing dans la mâchoire du capitaine. Le coup fut si violent que John tomba à la renverse, il se releva finalement, une main sur son visage douloureux.

— .visage ! S'exclama-t-il l'air bougon. Je vais finir par vous faire payer à chaque fois que vous me frapper...
— Désolé, répliqua Owen plein de satisfaction à la vue du sang au coin de la bouche de John. Tu es tellement propice à te faire frapper aussi. Comment résister ?

Hart lui accorda un sourire mêlant mépris et amusement. Son regard se dirigea alors sur Toshiko, il écarta les bras en s'avançant vers elle d'un pas vif, comme s'il s'apprêtait à saluer une vieille amie perdue de vue depuis trop longtemps.

— Un pas de plus et je te cogne à mon tour, prévient Ianto en se plaçant devant l'informaticienne.
— Oh, eye candy, ton accueil de glace m'attriste grandement, fit-il d'une voix faussement déçue, en portant une main à sa poitrine dans un geste théâtral. J'ai un cœur tu sais, un petit cœur que tu viens de bri...
— La ferme John !

Calen Ventress pénétra à son tour dans la salle de conférence, interrompant ainsi son agent qui lui adressa un regard noir. La directrice de la Time Agency prit place au bout de table et fit signe aux anciens membres de Torchwood de prendre place.

— Je suppose que vous avez des questions ?
— Qui êtes-vous ? Demanda Ianto sans préambule.

Calen leva un regard vers le Gallois, l'admirant un instant dans sa tunique médicale blanche. Ianto Jones était un homme fascinant, courtois et poli, maître de lui-même, il possédait un don particulier pour le mensonge et la manipulation... Oh, la jeune femme s'était délectée des secrets et du vrai visage que le jeune Gallois dissimulait dans les tréfonds de son inconscient. Oui, Jones était diablement intéressant, il ferait un parfait agent du temps.

— Je m'appelle Calen Ventress, directrice de l'Agence du Temps, répondit-elle en ne le quittant pas du regard.
— En quelle année sommes-nous ?
— Nous sommes au début du 52e siècle, expliqua Calen à Toshiko. En l'an 5106 pour être précise.
— Et c'est quoi l'Agence du Temps ? Questionna Owen en s'installant près de Tosh.
— C'est une organisation, répondit John en s'adossant à son siège, les yeux levés vers le plafond. Une organisation dont les agents sont amenés à faire la découverte de nouvelles technologies, de nouveaux peuples et tout ce qui s'en suit... en partie. Tout agent du temps possède un manipulateur de vortex – il lui montra le sien – pour voyager dans le temps et l'espace.

Ils restèrent silencieux un instant, fixant le bracelet en cuir de John, tellement semblable à celui de Jack.

— Vous êtes de – Ianto sembla chercher ses mots – des sortes d'explorateurs, c'est cela ? Des Indiana Jones des temps modernes... enfin futurs... Enfin, je m'y perds un peu là.

Tosh lui fit un sourire encourageant et serra sa main et celle d'Owen dans les siennes, elle ne voulait plus les lâcher, se prouvant ainsi qu'ils n'étaient pas les fruits de son imagination désespérée.

— J'ignore qui est cet Indiana Jones, mais en effet, admit Cal' dans un léger hochement de tête.
— J'ai adoré les films, les trois premiers, le quatrième était à chier, lança John distraitement en se redressant sur son fauteuil. Vous vous en foutez je sais, mais puisque personne m'écoute hein.

Sa remarque lui valut des regards agacés, il haussa finalement les épaules dans une moue boudeuse.

— Dans ce cas pourquoi sommes-nous ici ? Pourquoi nous avoir garder enfermer tout ce temps ? Pour nous torturer ?
— J'allais y venir, Mr Jones. L'Agence a besoin de vous, cela concerne une mission de la plus haute importance et que vous seuls pouvez mener à bien.

Owen arqua un sourcil quelque peu sceptique. Comment pouvaient-ils prêter mains fortes à une organisation comme la Time Agency ? Ils ne connaissaient absolument rien de l'époque actuelle !

— Quoi comme mission ?

Calen laissa échapper un léger sourire. John se renfrogna.

— Le capitaine Jack Harkness.


21e siècle, Los Angeles (USA), Planète Terre

Gémissements rauques, respirations précipitées et haletantes, les grincements d'un vieux matelas qui retentissaient en échos dans l'ambiance feutrée d'une petite chambre d'hôtel miteuse. Vera Juarez se mordit les lèvres, ses mains s'accrochant compulsivement aux épaules de Jack qui accentua son rythme aphrodisiaque. Leurs peaux moites de sueurs se frôlaient, il n'y avait aucun sentiment dans leurs gestes ou leurs mouvements, ils ne recherchaient que le plaisir. Ce plaisir animal et éphémère, simplement pour oublier l'espace futile de quelques secondes la dure réalité de leur existence. Leur respiration devint difficile, Vera sentit la chaleur de son bas ventre explosée dans le fracas d'un gémissement d'extase qu'elle laissa échapper contre le cou de Jack. Ce dernier la rejoignit en quelques coups de hanches.

Une seconde de suspend.

Juste le temps de reprendre conscience de leur condition, puis Jack roula sur le côté dans un silence religieux. Il passa deux mains sur son visage, son regard fixant sans ciller le plafond craquelé de sa chambre. Ils demeurèrent de longues minutes inertes, reposant l'un à côté de l'autre, transpirants et haletants de leur corps à corps... Vera tourna finalement la tête vers Jack qui s'obstinait à observer le plafond. Comment étaient-ils arrivés là ? Elle avait terminée l'autopsie du Slitheen et était venue lui apporter son rapport, les agents de la CIA venaient tout juste de chercher le cadavre et...

Fausses excuses !

Le rapport aurait pu attendre demain, mais les paroles de cet homme, Owen Harper, continuaient de retentir dans sa tête. Il avait visé tellement juste sur ses motivations de médecin que cela la troublait terriblement. Elle avait alors cherché un semblant de réconfort dans les bras de Jack, sachant pertinemment que ce dernier lui donnerait ce qu'elle voulait sans poser de questions. Il ne posait jamais de questions, et il ne répondait jamais à celles qu'on lui posait. Jack Harkness était une énigme vivante, un énorme point d'interrogation à lui tout seul. La jeune femme se souvint de leur première rencontre, il l'avait effrayée de prime abord, puis l'avait intrigué jusqu'à finir par l'apprivoisé bien malgré elle.

Elle ignorait qui il était réellement, mais à cet instant elle s'en fichait éperdument. Vera avait eu ce qu'elle était venue chercher, rien ne la contraignait à rester plus longtemps. D'un mouvement leste, elle se leva, ramassant à la hâte ses vêtements jonchant sur le parquet.

— Je vais rentrer, Teresa a une représentation de solfège demain matin, j'ai promis d'y être, marmonna t-elle en filant dans la salle d'eau attenante à la chambre.

Jack cligna des paupières, ses sourcils se froncèrent légèrement tandis qu'il s'asseyait au bord du lit, complètement nu. Il se leva à son tour pour aller regarder à travers la fenêtre, le ciel était toujours aussi sombre et les étoiles continuaient de revêtir toutes leurs robes de lumières.

— Tu devrais passer plus de temps avec elle. Tous les gamins ont besoin de leur mère, surtout à cet âge.

Vera se figea instantanément devant le miroir brisé au-dessus du lavabo. Son regard s'assombrit, elle acheva d'attacher ses cheveux en une haute queue de cheval puis déboula dans la chambre, furieuse.

— Comment tu te permets de me dire ce genre de chose, hein ? Tu me prends pour une mère indigne ?
— Je n'ai jamais dit ça, répliqua doucement Jack le regard toujours vissé vers les étoiles. Pourquoi ? Tu te vois comme une mère indigne ?

Vera le fusilla du regard.

— Tu n'as jamais eu d'enfant, ça se sent, dit-elle en fermant précipitamment les boutons de sa chemise.

Jack se crispa imperceptiblement et lui accorda un regard indéchiffrable.

— Non, c'est vrai, fit-il dans un sourire charmeur. Tu me vois avec des gamins, sérieusement ?
— Alors ferma-la si tu ne sais pas de quoi tu parles ! Éructa la mexicaine en ouvrant la porte de l'entrée. Oh ! et au passage, la prochaine fois que tu envoies quelqu'un pour faire un prélèvement sur le corps, aie au moins l'obligeance de me prévenir.

Cette fois Jack perdit de sa superbe.

— Attends, de quoi tu parles ?

La jeune femme s'arrêta dans son élan, elle remonta la lanière de son sac à main sur son épaule.

— Un médecin était à la morgue ce soir, il semblait bien te connaître pourtant... Ce n'est pas toi qui...

Harkness arqua un sourcil surpris et intrigué.

— De quoi il avait l'air ?
— Je... Eh bien, plutôt petit, brun, yeux marrons, très insolent d'ailleurs. Il possédait un fort accent anglais. C'est étrange, il connaissait mon nom... Mais tu dois forcément le connaître, Owen Harper, ça ne te dit vraiment rien ?

Jack tiqua au nom, son corps se tendit et sa mâchoire se crispa. Vera crut déceler dans son regard une détresse sans commune mesure l'espace d'une fraction de seconde, mais il cligna des paupières, redevenant l'homme léger et imperturbable qu'elle connaissait habituellement.

— Qu'est-ce qu'il a fait ?

Sa voix trembla un instant, mais une nouvelle fois cela ne dura qu'une seconde... Peut-être l'avait-elle rêvée ?

— Aucune idée, il a pris quelque chose, une sorte d'objet caché à l'intérieur du corps du Slitheen.
— Quoi ?
— Je n'en sais rien Jack ! – elle soupira profondément – Écoute...
— Rappelle-toi Vera ! S'exclama-t-il soudainement, la faisant sursauter.

Il s'approcha d'elle et la saisit fermement par les bras, son regard plongea dans le sien... et elle prit peur. Cette lueur étrange dans le regard de Jack, cette rage et cette folie qui ne demandaient qu'à être libérées...

— Jack...
— Qu'est -ce qu'il a pris ? Qu'est-ce qu'il a dit ?

Il la secoua sans ménagement, une grimace douloureuse se peignit sur le visage du médecin.

— Jack, répliqua-t-elle d'une voix ferme en se dégageant brusquement. Je n'en sais rien, okay ? -le soudain désarrois qu'elle lut sur son visage, la fit reculer d'un pas – Je... Il a dit tellement de choses que je ne comprenais pas, Jack ! Il... Il m'a dit que je ne devais pas compter sur toi, qu'il était mort deux fois en le faisant... c'est idiot, n'est ce pas ? Écoute, je dois y aller...

Et elle disparut avec hâte, refermant la porte derrière elle, laissant Jack seul avec des souvenirs qu'il s'efforçait d'oublier. D'oublier parce qu'ils le faisaient trop souffrir. La gorge sèche, Jack leva les yeux au plafond, tentant de réfréner les larmes qui s'amoncelaient au bord de ses yeux... Ses jambes flageolèrent et il s'écroula sur le lit derrière lui, sa main s'empara de son portable posé sur la table de chevet... Le seul numéro en mémoire était celui de Gwen Cooper.

L'horloge indiquait 3h30 du matin, il devait être un peu plus de 11h à Cardiff.

Un soupir d'amertume franchit la barrière de ses lèvres, il resta une longue seconde à fixer l'écran de son portable, à admirer ce prénom qu'il s'était juré de protéger de la menace qu'il représentait. Il était loin de Gwen et de sa famille, s'il s'exilait loin de cette dernière personne encore importante dans son cœur, alors rien ne pourrait lui arriver. Du moins, espérait-il.

Une hésitation. Juste une.

Avant d'appuyer sur cette touche décisive, le coeur battant, il attendit que l'un des derniers membres encore en vie de Torchwood Cardiff décroche.


21e siècle, Cardiff (Pays de Galles), Planète Terre

Gwen Williams déposa un bouquet de chrysanthème sur la tombe de Ianto Jones, son regard se perdant au loin, se remémorant à chaque fois plus difficilement la voix, les gestes, les mimiques de son ancien collègue. La douleur qui lui avait serré le cœur s'était presque atténuée, ne restait désormais qu'une profonde mélancolie. Le troisième anniversaire de la mort de Ianto, jamais elle ne pourrait oublier cette date funeste, cette date où toute une facette de sa vie avait volé en éclat.

Un léger sourire tendre et nostalgique s'esquissa sur ses lèvres, quelques bribes de souvenirs revenaient à sa mémoire. Des roses et des lys étaient disposés sur la tombe, il s'agissait certainement de la sœur de Ianto. Gwen mettait un point d'honneur à ne pas la croiser, Rhiannon avait refusé de garder le contact, et elle ne pouvait l'en blâmer.

— Qui étais-tu réellement Ianto ?

Son murmure fut porter au loin par une violente brise, ses grands yeux verts fixaient intensément les lettres en or marquant la stèle en marbre. Elle avait cru le connaître de son vivant, elle n'avait réellement découvert Ianto Jones qu'à sa mort. Le jeune homme n'avait été qu'une façade permanente, mentant, esquivant, manipulant avec une adresse que personne n'aurait imaginé de sa part. Ils pensaient qu'il n'avait été qu'un simple majordome, qu'ils pouvaient se jouer de lui... Qu'ils se trompaient ! Depuis le début, et ce bien après l'affaire « Lisa », c'était Ianto qui s'était joué allègrement d'eux, sans jamais rien faire transparaître.

Quel vrai mystère se dissimulait derrière le Gallois ?

Son cœur se serra à cette pensée. Gwen l'avait apprécié, Ianto était devenu l'un de ses plus proches amis, l'oreille discrète mais toujours présente sur laquelle s'épancher sans penser aux conséquences. Ses questions resteraient malheureusement sans réponses. S'accroupissant, elle disposa correctement les bouquets... Son sourire s'agrandit imperceptiblement, le jeune homme et son sens du perfectionnisme n'aurait certainement pas supporté une telle pagaille sur sa propre tombe.

Et tandis qu'elle frôlait du bout des doigts le nom de l'ancien archiviste de Torchwood, Gwen eut une pensée pour le reste de l'équipe. Owen possédait une tombe dans un des cimetières à Londres mais Emily Harper, sa mère, refusait de lui donner l'emplacement exact. La stèle de Tosh se trouvait au Japon pour ce qu'elle en savait, son corps ayant disparu en même temps que la destruction du HUB... Et Jack.

L'amertume noua sa gorge.

Quant au capitaine Harkness, après deux années de disparition au fin fond de la galaxie, il était revenu sur Terre. Sans même une visite. Gwen avait appris son retour grâce à un coup de téléphone d'un agent de la CIA, Rex Matheson, qui voulait de plus amples informations sur l'ancien chef de Torchwood Cardiff. En apprenant son retour, la jeune femme avait été prête à prendre le premier avion pour les États-Unis, mais Jack ne souhaitait pas la revoir. Du moins c'était ce qu'il lui avait fait comprendre au téléphone.

Gwen n'avait pas insisté, elle avait une famille qui comptait sur elle à présent, bien que le cœur lui dictait tout autre chose. Alors elle avait repris son travail au poste de police, elle avait passé le concours d'inspecteur qu'elle avait eu haut la main, et continuait à avoir des contacts avec le monde des extra-terrestres grâce à Torchwood Glasgow, désormais le seul Torchwood restant. La branche écossaise avait fait appel à elle, et Gwen n'avait aucunement hésité à répondre à leur proposition : elle endossait désormais le statut de « conseillère particulière » dès qu'ils avaient besoin de ses services. Inspectrice le jour, chasseuse d'alien la nuit, à mi-temps.

La faille était également surveillée par Torchwood Glasgow. Dès que celle-ci s'activait, une équipe d'écossais basés à Cardiff entraient immédiatement en action. Gwen n'avait pas eu son mot à dire... bien que l'envie de reconstruire Torchwood 3 la tiraillait, les moyens manquaient terriblement. Sans la présence imposante et charismatique de Jack, personne ne daignait l'écouter !

Un léger sursaut la saisit quand elle sentit son portable vibrer dans la poche arrière de son jeans. Un rapide regard à sa montre lui indiqua qu'il serait bientôt l'heure de rejoindre Erwan et Rhys. C'était certainement ce dernier qui l'appelait à la sortie de chez le médecin. Erwan, leur fils de deux ans, couvait une vilaine toux depuis quelques jours.

— Allô ?

Elle se redressa, enfouissant sa main libre dans la poche de sa veste. Un silence lui répondit. Gwen laissa échapper un soupir agacé.

— Allô ? Q...
— Gwen.

La voix la paralysa sur place, l'assommant. Son cœur rata un battement effréné. Deux ans qu'elle n'avait plus entendu ce timbre à la fois rauque, moqueur et taquin.

— Jack...


Rhys pesta dans sa barbe inexistante et se hissa sur la pointe des pieds dans l'espoir d'apercevoir la file d'attente qui le séparait du marchand de confiserie. Le jeune homme regarda un instant sa montre et pesta une nouvelle fois. Il n'avait absolument pas le temps de s'attarder dans le gigantesque centre commercial de Cardiff, Gwen devait certainement déjà les attendre à la maison.

— Tu la veux vraiment cette sucette ? Demanda-t-il en baissant la tête vers son fils.

Installé dans sa poussette canne, Erwan leva ses grands yeux verts, si semblable à ceux de sa mère, vers lui et Rhys se sentit faiblir. Comment pouvait-il refuser quoique ce soit à ce petit bonhomme ? Erwan était la prunelle de ses yeux, sa fierté, et le Gallois avait une certaine tendance à gagatiser face à la bouille de son petit garçon.

— Hé, vous pourriez vous dépêcher ! Râla Rhys en penchant la tête sur le côté.

Mais le marchant ne l'entendit pas, tout occupé qu'il était à bavasser avec la cliente qu'il était en train de servir. Rongeant son frein, le jeune homme soupira et passa une main dans les mèches brunes d'Erwan qui émit un toussotement. Le médecin avait diagnostiqué un léger début de rhume des foins... Le petit garçon n'ayant pas apprécié de se faire manipuler de la sorte, il lui avait donc promis une friandise chez le meilleur confiseur de Cardiff.

Qu'est-ce que j'ai pas fait là ? Pensa-t-il, amèrement.

Erwan possédait déjà un caractère bien trempé, digne de sa mère. Il était têtu et surtout désagréablement insistant. Son téléphone se mit soudainement à sonner, faisant ainsi retentir la musique de James Bond, se décalant un peu il décrocha en grognant. Tout à sa conversation avec l'un de ses clients, Rhys ne remarqua pas le manège de son fils. Lassé d'être assis, Erwan réussit à se glisser sous la barre de protection de sa poussette canne, échappant ainsi à la vigilance de son père. La conversation ne dura que quelques petites minutes, la queue avança légèrement et ce fut à cet instant que Rhys découvrit la disparition d'Erwan. Une brusque panique le saisit violemment, sentant son estomac se contracter douloureusement, son regard chercha avidement la silhouette de son bambin.

— Erwan ! Appela-t-il en se détachant de la file d'attente, tournant et retournant sur lui-même. Erw...

Il l'aperçut finalement quelques mètres au loin, Erwan marchait en chancelant sur ses petites jambes, s'approchant toujours plus près de l'immense escalier du centre commercial. Rhys se précipita à sa suite, la peur au ventre, quand une jeune femme à la longue chevelure rousse se saisit du bébé in extremis.

— Et où tu allais comme ça bonhomme ? Demanda t-elle dans un grand sourire, en le calant contre sa hanche, échangeant un rapide regard avec un homme qui l'accompagnait.

Rhys ralentit sa course, essoufflé, et remercia le couple d'un regard avant de se saisir de son fils.

— Erwan ! S'exclama-t-il en le serrant contre lui. Ne me fait plus une peur comme ça, ta mère me tuerait s'il t'arrivait quelque chose. Merci beaucoup... ?
— Oh, Rory Williams, se présenta l'homme en serrant la main que Rhys lui tendait. Et voici ma femme, Amélia ! Fit-il avec une fierté sans commune mesure, puis se tournant vers son épouse. Tu as entendu ça, hein ? Ma femme !

Celle ci leva les yeux au ciel et secoua la tête amusée malgré tout.

— Amy, reprit-elle dans un sourire. Je préfère Amy.

Rhys eut un petit rire en serrant la main de la ravissante Amy Williams.

— Rhys Williams, dit-il d'une voix pleine de connivence pour Rory qui parut agréablement surpris. Les Williams ont toujours bon goût pour choisir leur femme. Pas vrai Erwan ?

Le petit garçon cacha son visage contre l'épaule de son père, intimidé sous le regard d'Amélia, et eut un léger hochement de tête.

— Vous avez un accent assez prononcé, dit-il avec une pointe de curiosité. Écossais ?
— Yep, approuva Amy en hochant vivement la tête.
— Nope, répliqua Rory en même temps.

Ils échangèrent un rapide regard amusé.

— Elle est écossaise pour être plus précis, nous sommes originaires de Leadworth.
— Leadworth ? C'est bien loin de Cardiff, vous êtes ici pour faire du tourisme ?
— Hum... oui, nous pouvons dire ça, répondit la jeune femme en haussant les sourcils. Nous sommes simplement de passage, un ami à nous a besoin de recharger son véhicule pour qu'on puisse repartir. Alors en attendant, on découvre la ville.

Rhys devint légèrement soupçonneux. Gwen lui avait parlé de ses Écossais de Torchwood qui surveillaient la faille qui traversait la ville.

— Et votre destination finale ?
— Londres.
— Manchester.

Un silence.

— D'abord Londres, se rattrapa le jeune homme avec une assurance maladroite. Puis on remontera vers Manchester !
— Oui, renchérit sa femme avec un grand sourire forcé. C'est exactement ça !

Le Gallois n'en crut pas un mot. Il hocha cependant la tête, s'apprêtant à repartir quand son téléphone se remit à sonner à nouveau. Ainsi que tous les cellulaires de toutes les personnes présentes dans le centre commercial. Des milliers de sonneries différentes résonnant en même temps, les hauts parleurs se mirent à leur tour en marche, laissant échapper de leurs enceintes un son crissant et continu. Le bruit fut insupportable mais ne dura que l'espace de quelques secondes.

— Qu'est-ce que c'était que ça, putain ? S'exclama Rhys, les yeux écarquillés.

Le couple resta silencieux. Au même moment, un drôle d'hurluberlu vient les rejoindre en courant à perdre haleine. Grand, maigre, les cheveux en bataille, le regard pétillant d'une lueur à la fois hallucinée et extatique, il portait une veste en tweed, des bretelles et un ridicule nœud papillon.

— Rory, Amy ! S'écria-t-il en les saisissant tous les deux par les épaules.
— Docteur ! Renchérit cette dernière. Vous avez entendu ce bruit ?

Le dénommé Docteur jubilait pour une obscure raison.

— Oh oui, oh oui, magnifique ! Ce bruit était magnifique, des ondes télé-communicantes entre elles, des ondes douées de consciences, splendide ! Ah si vous pouviez entendre ce qu'elles se disent entre elles, de vraies petites fripouilles ! Brillant, mais c'est une technologie beaucoup trop avancé pour être ici... Et qui est-il ? Questionna-t-il à Amy avant de dévisager Rhys des pieds à la tête. Qui êtes-vous ? Et qui suis-je ? Non, rien à voir ! Ah, vous vous faîtes des amis, si ce n'est pas... adorable ! Typiquement humain ! Bon pas le temps à perdre, nous devons rejoindre le TARDIS, car dans exactement – il regarda sa montre – deux minutes et treize secondes nous assisterons au plus grand piratage que le monde n'ait jamais connu.

Ne s'arrêtait-il donc jamais de parler ? Rhys en avait mal à la tête. Le Docteur s'agitait, marchait à grandes enjambées, levait les bras, les mains, parlait et s'extasiait pour une chose que le Gallois ne comprenait rien. Et de toute évidence, il n'était pas le seul à en juger par les visages d'Amy et de Rory, bien que ceux-ci semblaient avoir l'habitude de l'étrange attitude de ce jeune homme dégingandé.

— Mais quoi ? Mais quoi ? Comment ces ondes télé-comminucantes sont arrivées ici ? Qui les a placées et pourquoi ? Dites-moi, pourquoi ? Demanda-t-il en s'arrêtant à quelques centimètres de Rhys, plongeant son regard dans le sien.

Et Rhys eut soudainement peur. Peur de ce regard à la fois sauvage, dur, glacial, brûlant, tendre, sage, enfantin et vieux. Tellement vieux, toute une éternité passait dans ces deux prunelles bleues. Et il se sentit brusquement minuscule et minable face à cette présence à la fois imposante, effrayante et merveilleuse.

— Hum... pourquoi ? Ou pour qui ? Pour quoi, pourquoi et pour qui ? Réfléchis, ré.flé.chis, ré.flé.chiiis, continua-t-il, s'amusant à baisser et à relever son visage, ne se préoccupant pas de la brusque proximité qu'il imposait à un illustre inconnu. Oh, oh, génial ! Bien sûr ! Mais bien sûr ! – il se frappa le front à plusieurs reprises en s'éloignant de Rhys pour se tourner vers Amy et Rory – Come along, Mr and Mrs. Pond !
— Ce n'est pas Mr et Mrs Ponds, répliqua soudainement Rory exaspérer. Ça ne fonctionne pas comme ça, expliqua le jeune homme.
— Rory laisse tomber, chantonna Amy en croisant les bras sur sa poitrine.
— Si, ça fonctionne comme ça ! Déclara le Docteur avec conviction en revenant sur ses pas.

Rory poussa un soupir et haussa les épaules, vaincu une fois de plus.

— Ouiii, ça fonctionne comme ça...

Le Docteur eut un sourire satisfait, puis s'empara des mains d'Amy et de Rory, les entraînant dans sa course étrange et maladroite, laissant derrière eux un Rhys abasourdi. Secouant la tête, ce dernier se retourna afin de rejoindre la poussette quand une jeune femme le bouscula sans ménagement.

— Vous pourriez faire attention !

Il fronça les sourcils, sceptique, alors qu'il la regardait descendre les escaliers. Étrange, l'espace infime d'une seconde, il avait cru reconnaître Toshiko Sato.


Quartier résidentiel de Londres (Grande-Bretagne), Planète Terre.

Sarah Jane Smith acheva la dernière page de son roman quand Mr. Smith se mit en état d'alerte. Une épaisse fumée s'échappait de ses circuits, l'écran se brouillait, parasiter, faisant tressauter la voix du super ordinateur. Inquiète, Sarah Jane abandonna son livre sur la table et descendit voir ce qu'il se passait

— Mr. Smith, appela-t-elle, les sourcils froncés. Mr. Smith que vous arrive-t-il ?
— Un pr... un pro... Sara... Sarah Jane... Je...

Mr. Smith semblait sur le point d'exploser, appliquant immédiatement les procédures d'urgence elle le déconnecta du réseau. Mais l'ordinateur alien semblait toujours avoir des difficultés, quelque chose réussissait à le parasiter... Et quoi que ce soit, elle était certaine que ce n'était pas une bonne chose.

— K9 ! S'exclama-t-elle tandis qu'elle allumait rapidement son portable, essayant d'appeler Clyde et Rani.
— Je suis là, Maîtresse, clama le robot en apparaissant dans le grenier.

Abandonnant son téléphone un instant, elle adressa un rapide regard à son chien métallique.

— K9, connecte-toi à Mr. Smith, quelque chose semble le rendre malade.

Ne se le faisant pas répéter, le robot s'exécuta, la connexion acheva de mettre K9 en état de surchauffe. Sarah Jane rompit aussitôt le lien, elle se baissa à la hauteur de son compagnon de toujours.

— Qu'est-ce qui se passe ?

Le chien robot tourna ses antennes et recula un peu.

— On a forcé les protections de Mr. Smith. Des ondes télé-communicantes ont effacé une partie du système. Vous l'avez déconnecté à temps, Maîtresse.

La journaliste se releva, incrédule, ignorant ce que pouvait bien être des ondes télé-communicantes. Mr. Smith était l'ordinateur le plus performant qui existait sur Terre, UNIT et Torchwood avaient déjà fait montre de leur grand intérêt le concernant. Qui possédait les connaissances extra-terrestres pour réussir à s'introduire dans le système de Mr. Smith ?

— On a essayé de le pirater ?

K9 remua sa queue en métal.

— Affirmatif Maîtresse !

Sarah Jane grimaça, sans Mr. Smith elle se retrouvait couper de toutes activités extra-terrestres.


Quartier Général de l'UNIT, Genève (Suisse), Planète Terre

Les écrans des ordinateurs s'éteignaient les uns après les autres, les tours explosaient et les alarmes d'urgences ne cessaient de crier aux oreilles d'une Martha Jones-Smith épuisée. Elle ne comprenait absolument pas ce qu'il se passait... Qui avait pu pénétrer dans le système même des archives d'UNIT ?

— Martha, déclara soudainement Mickey en raccrochant son téléphone portable.

La jeune femme leva la tête vers son mari qui lui adressa un sombre regard.

— Torchwood Glasgow vient d'appeler, dit-il en passant une main tendre dans ses longs cheveux. Ils ont eu le même genre d'attaque que nous. Leur système est complètement mort lui aussi... Ils nous ont presque accusés de les avoir pirater.

Mi-inquiète, mi-lasse, Martha secoua la tête et rongea l'ongle de son pouce tandis que le Général Franck Helzmann pénétrait dans la salle pleine de scientifiques et de soldats d'UNIT. L'air grave qu'il abordait n'envisageait rien qui vaille, les sirènes se turent finalement et la jeune femme les en remercia intérieurement.

— Mesdames et messieurs, dit-il, son regard plana un instant sur l'assemblée. C'est officiel, à partir de maintenant, UNIT se retrouve dans l'impossibilité de prévoir une éventuelle attaque extra-terrestre. À l'heure actuelle nous sommes complètement sans défense. Nos ordinateurs, détecteurs et archives ont été détruits, il ne reste plus rien. Mais nous allons travailler dès à présent pour que tout fonctionne à nouveau dans les plus bref délais. Nous comptons sur vous, alors au travail.

L'ordre claqua dans l'air et immédiatement les scientifiques se mirent à l'ouvrage. Les bras croisés sur sa poitrine, Martha demeura immobile un instant avant de saisir Mickey par le bras afin de l'éloigner des oreilles indiscrètes.

— Il faut appeler Jack, dit-elle en sortant son propre portable. Il doit certainement avoir une idée sur ce qu'il se passe.

Mickey hocha la tête et fit une grimace.

— Et au passage rappelle-lui qu'il me doit toujours trois dollars et une barre de chocolat !
— Mike ! Prévient Martha dans un sourire amusé malgré la situation.

Bureau caché de la CIA, Los Angeles (USA), Planète Terre.

— Non ! Non ! NON ! Hurla Esther Katusi en se prenant la tête entre les mains, ses yeux ne pouvant quitter l'écran de son ordinateur qui devenait tout simplement fou.

L'Américaine pianota sur un autre ordinateur, les lèvres pincées, tentant à tout prix de sauver ce qu'il restait de leur archives. À ses côtés, Rex perdait patience, lui qui ne comprenait déjà pas grand chose à l'informatique, semblait sur le point de tuer quelqu'un. Énervé, il s'empara d'un marteau qui traînait sur un bureau et frappa le clavier avec force...

— Tu vas marcher foutu truc à la con ! Marmonna-t-il en secouant l'écran comme s'il s'agissait d'un suspect qu'il devait interroger.

Esther soupira et secoua la tête... Ah, tout ces ordinateurs de gâchés lui donnait envie de pleurer. Peut-être méritait-elle son surnom de geek, mais que pouvait-elle faire ? Elle ne vivait que pour les ordinateurs, Hugh Jackman et les pizzas aux fromages.

— Ce n'est pas en le frappant qu'il va t'obéir ! Rétorqua t-elle sèchement.

Rex lui lança un regard noir.

— Et bah, qu'est-ce que tu attends alors ? C'est ton domaine les ordis ! Prouve que tu sers à quelque chose pour une fois !

Elle encaissa la pique sans mot dire, mais lui adressa un joli geste grossier auquel il répondit par un sourire carnassier. Leur relation était basée sur des « je t'aime, moi non plus », et ils adoraient se lancer des répliques acerbes à la figure. Se concentrant sur sa tâche, Esther tenta une manœuvre de blocage qu'elle avait mise au point elle-même. Cela fonctionna deux petites secondes dérisoires, avant que les écrans ne s'éteignent tous simultanément.

— J'ai rien pu faire, maugréa-t-elle en se levant, frustrée. J'avais encore jamais rencontrer cette forme de piratage, c'est... Tu appelles Jack ?

La cravate défaite, les manches de sa chemise remonter jusqu'aux coudes, Rex se contenta d'un hochement de tête.

— Tain Harkness, bouge ton cul et décroche !


Cardiff (Pays de Galles), Planète Terre.

Vêtue d'une jupe tailleur marron, d'un chemisier en soie noir, Toshiko Sato arborait un petit sourire jouissif et satisfait. Les jambes élégamment croisées, un mini pc portable sur ses genoux, elle acheva de pirater toute les organisations qui se rapprochaient de près ou de loin avec des activités extra-terrestres.

— C'était vraiment trop facile, fit-elle en s'étirant de tout son long.
— J'ai déjà dit que c'était malsain et pervers ce que tu faisais avec un ordinateur, répliqua Ianto toujours aussi impressionné de la voir à l'œuvre.

Il se tenait à quelque pas derrière elle, sur la terrasse d'un petit salon de thé. Le soleil déclinait lentement à l'Ouest, colorant le ciel de lueurs violettes, orangées, rouges. Deux silhouettes s'approchaient d'eux, Owen et John revenaient d'une petite expédition dans les locaux du MI5. Ianto interrogea silencieusement le médecin qui se contenta d'un rapide hochement de tête.

— Vous n'avez pas eu trop de difficultés ? Demanda Tosh en ôtant ses lunettes.

John lui accorda un sourire narquois alors qu'il agitait devant ses yeux une clé USB.

— Ne jamais douter de son chef, ma belle, dit-il dans un clin d'œil charmeur.

Owen grogna et prit place à côté de la japonaise.

— Tu n'es pas notre chef, John !

L'agent du temps haussa les épaules et envoya un baiser imaginaire au docteur qui se renfrogna.

— Et toi, ma sublime informaticienne ?

Toshiko pencha la tête sur le côté, un grand sourire aux lèvres.

— Personne ne viendra nous déranger, je m'en suis occupée. J'ai également récupéré toutes les informations qui nous intéressaient. Je te les transmets.

John hocha la tête et consulta son manipulateur de vortex un instant, puis le referma d'un geste vif.

— Team Hart, tenez-vous prêt. Prochaine destination : Los Angeles.


À suivre...


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