Evening falls
Disclaimers :Rien n'est à moi, tout est à RTD, à Steven Moffat et à la BBC.
Merci à Shima-chan de prendre sur son temps pour me corriger. Merci à Léara d'être là pour me conseiller, merci à vous de lire ce chapitre. Evening falls se situe deux ans après la fin de la saison 3 de Torchwood.
Merci beaucoup pour toute vos reviews, vous ignorez à quel point elles m'encouragent ! ^^
En vous souhaitant une bonne lecture !
Chapitre 3
52ème siècle, quelque part sur la Planète Felspoon.
Après les diverses explications sur leur situation et leur nouvelle mission, Calen Ventress quitta la salle de conférence, laissant derrière elle une ambiance à la fois lourde et électrique. Elle passa à côté du jeune Ianto Jones qui lui adressa un sourire faussement affable, le défi brillait au fond de ses pupilles bleuâtres. Elle devait se méfier de ce jeune homme : pour avoir été aux tréfonds de son esprit, Cal' savait ce que Jones était capable de faire.
Une grimace contrite.
La mission était primordiale. Ils ne devaient en aucun cas échouer, les conséquences seraient désastreuses non seulement pour eux, mais également pour l'avenir de la Time Agency. Calen avait des comptes bien plus personnels à régler avec Fry, ou Jack Harkness comme il se faisait désormais appeler. Elle le haïssait. Quand Fry avait disparu, Calen s'était mise à sa recherche, la rage au ventre... Mais son ancien ami possédait un don particulier pour la fuite, pour se cacher, tel le lâche qu'il était.
Les portes de l'ascenseur s'apprêtaient à se fermer quand une silhouette se faufila de justesse dans l'habitacle. John Hart. Sa grimace s'accentua légèrement, le sourire narquois de John se fit carnassier.
- Tu le détestes toujours autant, pas vrai ?
Calen se tendit immédiatement mais ne répondit rien. Cela donnerait raison à John et c'était bien la dernière chose qu'elle souhaitait. John Hart était semblable à un serpent, il se faufilait dans la moindre fissure de faiblesse pour y répandre son poison pervers et agonisant. Néanmoins son silence ne suffit pas à faire taire ce trop grand bavard.
- Il l'aimait tu sais, fit-il en lui accordant un regard étrangement compatissant.
- Tais toi, siffla-t-elle entre ses dents.
Une lueur à la fois satisfaite et jouissive brilla dans les yeux de l'agent du temps.
- Hibuen était son coéquipier, Calen. Il l'aimait, toute l'agence le savait !
Hibuen Ventress, son frère jumeau, assassiné de sang froid par son propre coéquipier. Le sang de Cal' ne fit qu'un tour à la prononciation de ce prénom. Elle agrippa violemment John par le devant de sa veste et le plaqua contre la paroi de l'ascenseur avec hargne, son visage a seulement quelques centimètres du sien.
- Je t'ai dit de te la fermer, Hart ! Menaça-t-elle les traits déformés par la colère.
John éclata d'un léger rire amusé, un sourire goguenard aux lèvres. Cal porta une main à la petite dague qu'elle dissimulait dans la doublure de sa veste en cuir. Elle avait la brusque envie de l'égorger sur place.
- Tu sais qu'il n'aurait jamais pu tuer ton frère.
- Depuis quand tu prends la défense des autres, John ? Hum ?
Ils se défièrent une seconde.
- Oh, oh, ne te détrompe pas chérie, répondit-il en arquant un sourcil. Hibuen était un très bon pote à moi, c'était un très bon coup aussi... Aie ! Mollo !
Calen lui tordait le poignet sans aucun ménagement.
- Alors pourquoi est-ce qu'il a fui ?
- Peut-être parce que l'Agence lui a effacé deux ans de sa mémoire ? Tu sais aussi bien que moi que cette putain d'histoire est tordue ! Mais là, j'en ai un peu rien à foutre de ton frangin et de Fry...
- Qu'est-ce que tu veux, John ?
- Ne te fait pas plus conne que tu n'es ! L'Uriel, Calen ! Tu viens de nous envoyer en mission pour retrouver l'Uriel ! Déclara-t-il, soudainement très sérieux. Ce n'est pas une de tes idées ça...
La directrice de l'Agence du Temps le darda d'un regard supérieur.
- Qu'est-ce que t'en sais ?
- Cette arme est capable de détruire l'Univers en seulement quelques secondes. Des dizaines d'agents du temps sont mort en la recherchant !
- Fry a réussi lui...
- Ah ouais, super ! Tu vois où ça l'a mené !
- Qu'est-ce que tu essayes de me dire ?
- J'ai pas très envie de crever, tu vois. Pour le reste, je m'en balance.
Voilà qu'elle retrouvait ce bon capitaine John Hart, l'égoïsme et l'égocentrisme fait homme. La jeune femme le dévisagea une seconde alors que les portes de l'ascenseur s'ouvraient derrière elle.
- Tu te défiles ? Demanda-t-elle en arquant un sourcil.
- Bingo, répliqua ce dernier. Ce n'est pas trop mon trip les missions suicides, chérie.
Le visage de Cal se durcit, ses yeux s'assombrissant dangereusement tandis qu'elle accentuait la pression sur le poignet de son employé, manquant de le lui briser.
- Crois-tu avoir le choix ? Chuchota-t-elle à son oreille. Tu appartiens à l'Agence du Temps désormais John. Soit tu obéis, soit je fais exploser cette puce que nous t'avons implanté dans le crâne...
- Espèce de petite salope, grogna ce dernier en lui accordant un regard meurtrier.
D'une main langoureuse, elle fit glisser la paume de sa main le long de son torse en une caresse suave.
- Prépare-toi. Toi et ton équipe, vous partez pour le 21e siècle dans moins de deux heures.
- C'est tout ? T'étais quand même beaucoup plus sympa il y a une minute, quand tu te frottais langoureusement tout contre moi...
La fin de sa phrase fut interrompue par un cri rauque. Calen venait de lui administrer un coup de genou dans l'entrejambe, lui coupant ainsi le souffle.
- Ça devrait calmer tes ardeurs, Hart, dit-elle en sortant de l'ascenseur pour rejoindre son bureau.
21e siècle, Los Angeles (USA), Planète Terre
Les questions se bousculaient dans l'esprit de Ianto. Les sourcils froncés, le visage baissé sur la pointe de ses chaussures, il avait été sceptique sur l'explication farfelue que leur avait donnée la directrice de la Time Agency. Calen Ventress était une femme magnifique, un regard ombrageux, des lèvres pleines, des cheveux coupés à la garçonne, une peau sombre et exotique. Sur beaucoup de points, elle lui rappelait tant sa regrettée Lisa.
L'amertume noua sa gorge. Penser à Lisa le rendait toujours profondément amer et nostalgique. Inconsciemment, il caressa du pouce le chronomètre dissimulé dans l'une des poches de sa veste. Ce chronomètre était un cadeau d'anniversaire, offert par une personne spéciale, pour ses douze ans. Un cadeau dont il ne se séparait jamais. Ianto avait été soulagé, rassuré, quand il l'avait trouvé dans la poche du pantalon qu'on lui avait redonné... les mêmes vêtements qu'il portait le jour où il avait été tué. Un léger bruit venant des moniteurs le sortit de ses sombres pensées, son regard s'attarda un instant sur les écrans disposés autour de lui.
Sur l'une des tables se trouvait une montre, une ancienne montre à gousset argentée dont les côtés étaient gravés de cercles et de symboles étranges. Un si petit et insignifiant objet, ils avaient forcé et cambriolé quatre bâtiments de l'UNIT simplement pour le retrouver... jusqu'à ce qu'ils s'aperçoivent que l'objet étaient aux mains -où en l'occurrence dans le ventre- d'un des derniers membres de la famille des Slitheens. Délaissant lentement les ordinateurs, Ianto s'approcha de la table comme attiré par une voix intérieure et effleura du bout des doigts la surface froide et lisse de la montre.
« Je suis... je suis... Je suis... »
Un frisson électrique le parcourut et Ianto recula, soudainement effrayé, l'estomac au bord des lèvres. Avait-il réellement entendu cette voix ? Cette voix qui avait murmuré dans son esprit, cette voix glaciale aux nuances d'éternité. Le regard écarquillé, le teint pâle, déglutissant avec difficulté, il s'approcha à nouveau, tendant une main tremblante au-dessus de la montre. Son instinct de survie lui hurlait de fuir, ses jambes flageolaient dangereusement sous son poids, mais sa raison lui interdisait toute retraite, tout son corps le poussait vers cet objet.
Il ne se contrôlait plus.
La peur l'envahissait peu à peu, tandis que ses doigts se posaient à nouveau sur la surface gravée de cercles entrecroisés. La voix se fit plus imposante, plus intimidante, éveillant en lui un étrange sentiment de domination.
« Je suis la Mort, le Néant et le Chaos... »
Des images d'une violence barbare envahirent son cerveau. Des hurlements, des cris agonisants, des explosions, il pouvait presque sentir la chaleur perverse des flammes sur sa peau. L'image fugace d'une gigantesque citadelle lui apparut, deux soleils la surplombaient, teintant le ciel de lueurs rosâtres et violettes, un léger parfum d'éternité planait dans ce lieu reculé. Les arbres possédaient des feuilles argentées, des immenses étendues de pâturages rouges où des formes menues et enfantines courraient, riant aux éclats... avant de hurler d'horreur. Des hommes, des femmes et des enfants périssant sous les tirs dévastateurs des Daleks.
« J'attends, j'apporte la victoire et l'obscurité... »
Une explosion dévastatrice.
« Ouvre la montre... je te guiderai jusqu'à moi... »
Les portes d'une cabine téléphonique bleue en orbite autour d'une galaxie en feu s'ouvrirent sur un homme aux cheveux courts et à la veste en cuir. Le visage impassible, la tristesse, la douleur et l'horreur se lisaient pleinement dans son regard bleuâtre.
« L'ultime arme des Seigneurs du Temps... Trouve-moi... »
Les portes du Tardis se refermèrent brusquement et violemment sur l'homme. Réussissant à s'arracher à l'emprise de la montre, Ianto tomba à la renverse. Le souffle court, les images de destruction, d'agonie et de mort continuaient de danser sous ses paupières. Tremblant, assis misérablement par terre, il se traînait sur le sol poussiéreux de l'usine désaffectée où ils avaient basés leur QG afin de s'éloigner le plus loin possible de cette... chose. Complètement déphasé avec la réalité, il sursauta quand une main se posa sur son épaule.
- Mollo eyecandy, déclara John en arquant un sourcil, surpris. Tu vas bien ? On dirait que tu viens de voir un fantôme.
- Je...
Devant le balbutiement de son « sulbaterne », l'agent du temps haussa les épaules et alla vérifier quelques constantes sur l'un des écrans. Prenant quelques longues secondes pour se remettre, le Gallois se releva en tentant de reprendre la maîtrise de ses émotions. Ianto s'attarda un instant sur le dos et les épaules que lui offrait John, il avait de belles épaules... pensée qu'il chassa immédiatement.
« L'ultime arme des Seigneurs du Temps... L'ultime arme des Seigneurs du Temps... »
L'écho de la voix résonna dans sa tête et Ianto adressa un regard peu rassuré à cette montre d'apparence inoffensive qui semblait l'appeler...
- Cette arme qu'on doit rechercher, déclara-t-il en s'éclaircissant la gorge. L'Uriel... c'est une arme de Seigneur du Temps, c'est ça ?
John lui adressa un rapide regard par-dessus son épaule.
- Hum, ouais. La plus puissante des armes jamais créées à travers l'univers, répondit John en se détachant du moniteur. Les Time Lords sont une légende, on dit que c'était l'une des races les plus anciennes et les plus puissantes qui n'ait jamais existé. Leur peuple est mort, ça fait quelques millions d'années maintenant. Ils maîtrisaient les voyages dans le temps, le Temps n'avait plus aucun secret pour eux... Y paraît qu'on leur doit la technologie des manipulateurs de vortex.
Ianto ferma les paupières un instant, une affreuse migraine commençait à percer dans son crâne.
- Comment... Jack a réussi à mettre la main sur une de leurs armes, demanda-t-il, fronçant les sourcils. Si ça fait aussi longtemps qu'ils ont disparus ?
- Fry était en mission d'infiltration, répondit John en s'approchant du jeune homme, les mains dans les poches. Pour ce que j'en sais, il bossait depuis deux ans sur un trafic d'esclave pas très net. Je sais pas trop ce qui s'est passé, mais d'après ce qu'on m'a dit, Fry aurait tué son coéquipier de l'époque -son sourire se fit jouissif devant la subite crispation de la mâchoire de Ianto- puis aurait volé l'Uriel et se serait enfui pour cacher l'arme sur cette planète. Il s'est ensuite laissé capturer par l'Agence... Tu sais ce qu'on fait aux agents qu'on renvoie, Ianto Jones ?
Il laissa s'écouler quelques petites secondes, durant lesquelles il s'approcha de Ianto, jusqu'à ce que leurs deux corps se frôlent.
- On lui efface la mémoire pour que jamais on ne puisse dévoiler les secrets de l'Agence, susurra John, sadique et amusé par la situation. L'Agence a effacé deux ans de la mémoire de Fry... C'était bien avant qu'on découvre qu'il avait caché l'Uriel. Ce salaud s'est rendu sans se battre, il n'a pas bronché quand lui a sucré deux ans de sa vie... Il savait qu'en oubliant la cachette de cette arme, l'Uriel serait en sécurité des ambitions des agents du temps.
Sans se laisser impressionner par la brusque proximité de John, Ianto darda ses yeux bleus dans les siens.
- Et cette montre ? C'est l'Uriel ?
Le dévorant du regard, le capitaine Hart se colla tout contre cette appétissante friandise... Oh, il comprenait désormais pourquoi Jack avait succombé aux attraits de ce jeune homme. La douce fragrance qui s'échappait de sa peau, ses lèvres n'appelant qu'à la luxure, ses yeux bleuâtres où brillait cette fausse timidité mêlée de défi. Qui résisterait à monsieur Jones ?
- Non, chuchota-t-il en le coinçant avec une certaine autorité au bord d'une table. J'ignore ce que c'est, Tosh essaye de traduire le langage Gallifreyen gravé sur les côtés. Mais pas facile d'y percer les secrets quand il s'agit d'une langue morte depuis des millénaires.
Un surprenant sourire suave s'esquissa sur les lèvres de Ianto, qui s'empara fermement des poignets de John l'attirant d'avantage contre lui, ses lèvres se baissèrent vers les siennes... L'agent du temps jubilait déjà du baiser à venir, quand le Gallois se figea à quelques malheureux millimètres.
- Merci, chuchota-t-il, narquoisement. C'est tout ce que j'avais besoin de savoir.
Et d'un geste brusque, il se détacha de l'étreinte de ce dernier, s'avançant vers la montre dont il s'empara fermement. John demeura un instant interdit, grinçant des dents, tentant d'ignorer la brusque érection qui le faisait souffrir.
- Vous n'êtes qu'une petite salope, monsieur Jones, siffla-t-il en le suivant du regard. Je comprends mieux pourquoi Jack s'est amusé à te sauter. Il a toujours adoré ce genre de gars.
- C'est un plan, prévint Ianto en l'ignorant.
- Quoi ?
- Cette montre, reprit-il, extatique. C'est un plan, un guide, qui nous mènera droit à l'Uriel.
À cet instant, le hangar s'ouvrit sur Owen et Toshiko qui revenaient, chargés de provisions. Le médecin fronça les sourcils, tandis que la jeune femme posait ses sachets sur la table la plus proche.
- Qu'est ce qui se passe ? Demanda le médecin.
Ianto ne pouvait détacher ses yeux de la montre garder jalousement au creux de sa main.
- J'en sais rien, eyecandy s'amuse à nous refaire le remake de Gollum, répliqua John, frustré et de mauvaise humeur.« Mon prééééciiieeux. »
- Ianto ? Appela Tosh
Mais Ianto Jones n'était plus parmi eux.
- Bonjour ! Oh, étrange...
Owen réagit au quart de tour, il s'empara de son arme.
- Ianto ?
Le Gallois tourna un regard dans sa direction et fronça les sourcils.
- Qui ?
- Qui êtes-vous ? Répliqua Tosh en reculant.
- Moi ? Demanda-t-il surpris, en regardant curieusement autour de lui. Je suis le Docteur... où est-ce que je suis ? Hum ?
….
Une brusque secousse.
Suivie d'un juron. Pinçant les lèvres, le front plissé par la concentration, Amy se redressa lentement, un plateau en bois dans les mains sur lequel était disposé le service à thé en porcelaine offert -d'après le Docteur- par le célèbre empereur de Chine Xuanzong. Elle ne doutait absolument pas de la valeur inestimable de ce service à thé que le Docteur laissait traîner dans le gigantesque capharnaüm qu'était la cuisine du TARDIS. Respirant profondément, attendant que les tremblements du vaisseau cessent, Amélia reprit son chemin en marchant précautionneusement. Il était près de seize heures et à cette heure-ci, le Docteur ne manquait jamais de prendre une tasse de thé Zygorifien accompagné de biscuit au miel made in Melissa Majoria. Le miel. Le Seigneur du Temps adorait le miel, elle l'avait déjà surpris vidant un pot entier à la petite cuillère.
Une seconde secousse. Plus violente.
- Bon sang ! Il nous a encore crashés quelque part, marmonna t-elle en réussissant par elle ne savait quel miracle à rester debout, le plateau intact dans les mains.
Les tasses en porcelaine tremblèrent légèrement sur le socle, et Amy accentua l'allure... Un cri lui échappa quand, soudainement, le TARDIS fit une embardée, la propulsant contre le mur. Le plateau se fracassa au sol, le thé se répandit en une flaque ambrée alors qu'une des portes s'ouvrait sur le visage intrigué et stupéfait de Rory.
- Mais qu'est-ce...
Il n'eut pas le temps de continuer sa phrase, qu'un tremblement le déstabilisa et l'envoya valser à son tour contre le mur.
- Docteur ! S'écria Amy en se relevant tant bien que mal, chancelant sous les secousses intempestives.
- Je le savais. Je te l'avais dit, maugréa Rory en l'aidant à se remettre sur ses jambes. Il n'a pas de permis pour conduire le Tardis !
- Oh, pitié ! Renchérit sa femme en lui adressant un regard d'avertissement. C'est un alien de neuf cent ans, tu crois vraiment qu'il a besoin d'un permis ?
Une énième secousse les firent tomber par terre.
- Tu veux une réponse ? S'exclama Rory. OUI !
- Oh, tais-toi.
Ils coururent jusqu'à la salle de commande, ou la silhouette du Docteur s'agitait dans tout les sens, les mains passant frénétiquement dans ses cheveux, paniquant.
- Docteur !
Le Seigneur du Temps sursauta et se tourna en direction du couple, leur adressant un regard surpris, stupéfait et complètement effrayé.
- Docteur, qu'est-ce que vous faites avec le Tardis ? Demanda Rory en le rejoignant en deux grandes enjambées. Je...
Une alarme retentit, stridente, à leurs oreilles. Une lumière rougeâtre clignotait, menaçante, au dessus du frein à main.
- Qu'est-ce que vous foutez, bon sang ? S'exclama le jeune homme tandis qu'Amy allumait l'écran afin de voir ce qui se passait.
Cela ne dura qu'une seconde. Qu'une stupide fraction de seconde pour que l'information ne gagne leur esprit. Ils survolaient New-York en 1931... et le TARDIS était en train de foncer droit en direction de l'Empire State Building.
- Docteur ! On va se crasher !
- Oh bordel ! Hurla Rory
Mais le Docteur semblait tout aussi désemparé qu'eux. Amélia poussa son mari qui marmonnait un « King-Kong va se casser la figure sans ça » horrifié, et secoua le Time Lord. Celui-ci sortit de sa léthargie...
- Docteur, supplia-t-elle. Faites quelque chose !
Il secoua la tête, dépité.
- Je ne sais pas...
- Vous êtes le seul à savoir la piloter ! Répliqua t-elle, s'agrippant fermement au tableau de bord.
- Mais je...
- Docteur, renchérit Rory en tanguant dangereusement. Ah ah ! Avouez, vous n'avez pas de permis pour piloter le... wouah !
Le Tardis tremblait, les envoyant valser dans tous les sens. Les deux jeunes gens échangèrent un regard, tandis que le Docteur éclatait d'un rire à la fois nerveux et déphasé.
- Docteur ! Ce n'est pas le MOMENT de CRAQUER ! Hurla Amélia.
- Oui, non, mais...
- Faîtes quelque chose !
- Ouais, mais...
- Docteur, impact dans une minute ! L'interrompit cette fois Rory.
Un soupir exaspéré lui échappa.
- Si vous me laissiez en placer une ! S'écria-t-il pour se faire enfin entendre à travers les injonctions et le hurlement de l'alarme.
Le couple se figèrent soudainement, toute leur attention enfin dirigée vers lui.
- Ecoutez moi bien, et ne paniquez pas. Je ne sais pas qui vous êtes, je ne sais pas piloter cet engin et je ne suis certainement pas le Docteur !
BAM.
Amy s'était emparé de la batte de cricket que Rory laissait traîner près de la rampe et l'assomma brusquement. Un silence pesant plana un instant. Interdite, surprise elle-même par sa réaction, la jeune femme lâcha la batte et releva un visage incrédule en direction de son mari qui la dévisagea, stupéfait quoique légèrement blasé.
- Ah bien...
- J'ai paniqué, marmonna t-elle contrite, en fermant les yeux. Désolée. J'ai pas réfléchi...
Rory esquissa un sourire qui se voulait serein.
- Ce n'est pas grave chérie, dit-il, crispé. ON VA TOUS MOURIR !
Et le Tardis émit un bruit assourdissant et menaçant comme pour approuver ses dires. Le moniteur indiquait clairement : impact dans 45 secondes.
….
Ianto regardait autour de lui avec curiosité et intérêt. Son visage aux traits impassibles s'illumina soudainement d'une légère lueur exaltée. Owen fronça les sourcils et baissa son arme, ordonnant muettement à Tosh de faire de même. Celle ci obéit immédiatement. Nonchalamment adossé à la table des moniteurs, les bras croisés sur le torse, John pencha la tête sur le côté, un léger sourire goguenard sur les lèvres.
- Le Docteur qui ? Demanda-t-il, intrigué, en consultant les données sur son bracelet.
- Juste le Docteur, répondit Ianto, ou du moins son enveloppe charnelle. Oh, un manipulateur de vortex, on en devient très vite accroc, pas vrai ? J'ai essayé d'arrêter, ce fut très difficile... Mais on n'est pas là pour parler de moi, parce que manipulateur de vortex signifie agent du temps, et agent du temps signifie Agence du Temps. Et Agence du Temps signifie que vous n'êtes pas de cette époque.
- Bingo, répliqua John. On doit être impressionné ?
Mais Ianto -le Docteur- se détourna de lui, soudainement beaucoup plus intéressé par Owen.
- Et pas de cette époque signifie : problème. Et généralement, des problèmes pour moi, chuchota-t-il en s'approchant du docteur Harper, les yeux plissés. Regardez-vous !
Owen arqua un sourcil et jeta une rapide œillade sur ses vêtements.
- Quoi ? Cracha Owen, sur la défensive.
- Vous ! S'exalta le dénommé Docteur. Vous êtes enveloppé d'un champ de force à condensation négative ! Comment avez-vous fait ça ? Aucun être vivant ne peut absorber autant d'énergie sans en mourir ! J'ai déjà vu l'utilisation de ce champ de force, il y a très longtemps. Oh mais m...
Owen se crispa tandis que l'autre s'interrompait soudainement et se précipitait vers les ordinateurs.
- Hey ! S'exclama Toshiko en le rejoignant afin de l'empêcher de tapoter sur ses précieux claviers.
- Mais bien sûr, les ondes télé-communicantes, elles viennent d'ici ! Vous les avez créées, n'est-ce pas ? Demanda-t-il en adressant un sourire complice à la jeune japonaise qui se contenta de rougir légèrement. Vous êtes brillante.
- Oh, merci...
- Wowowo ! Clama John en pointant soudainement le canon de son pistolet contre la tempe du dénommé Docteur. Finis les blablatages, si vous n'êtes pas Jones, vous êtes qui ? J'vous laisse deux minutes pour répondre, ou je repeins les murs avec votre cervelle.
- Hart, baisse cette arme ! Déclara Owen d'une voix ferme. Hart. C'est Ianto que tu menaces !
- Ah ouais ? Bizarre, j'ai pas trop l'impression d'avoir à faire à eyecandy.
Le clic de sécurité d'un pistolet retentit lugubrement, Harper le pointait vers l'agent du temps.
- Je ne me répèterai pas, Hart ! Pose ce flingue OU JE TIRE !
- Oh, docteur Harper, surenchérit John. C'est une rébellion ou je ne m'y connais pas.
- Il reste Ianto, intervint la jeune femme, paniquée.
- J'ai pas l'impression, non.
Un silence. Un silence pesant, lourd et assourdissant. L'usine désaffectée semblait désormais minuscule, une peur redoutable vint alourdir leur estomac. Owen saisit fermement Toshiko par l'épaule afin de la placer derrière lui... Une tempête. Glaciale et brûlante s'apprêtait à noyer leurs pauvres âmes de mortels. Ce n'était qu'un pressentiment, et Owen n'était pas superstitieux mais Ianto -ou ce qui semblait le posséder- dégageait une présence à la fois rassurante, merveilleuse et ô combien redoutable.
- Les agents du temps, marmonna le Docteur en tournant la tête vers John, le dardant d'un regard indéchiffrable. Baissez cette arme, la violence ne sert strictement à rien avec moi. Ne me provoquez surtout pas, et vous savez pourquoi ?
John hésita une seconde. Il frémit sous les yeux qui le fixaient, ancestraux, mais raffermit sa poigne quand l'inconscient s'approcha de lui, le canon de son arme enfoncé contre son front. Et pour la première fois de sa vie, le capitaine Hart n'osa répondre.
- Je vais démanteler l'Agence du Temps, morceaux par morceaux, jusqu'à ce qu'il ne reste plus que des cendres. Je rendrais inutiles vos ridicules manipulateurs de vortex, car seuls les Seigneurs du Temps ont le droit de posséder ce pouvoir ! JE SUIS LE SEUL À POUVOIR POSSÉDER CE POUVOIR !
« L'ultime arme des Seigneurs du Temps... »
Une pulsation au cœur de l'Univers. Futile et éphémère, un chuchotis au creux d'une mémoire écorchée et légendaire. Et cette Tempête qui attendait patiemment son heure, patientant perversement aux confins des étoiles, parmi le Chaos et les Ténèbres, pour exploser et illuminer, incinérer toute faible étincelle de vie.
Une inspiration. Redoutable.
Le Docteur baissa lentement les yeux, sa paume s'ouvrit plus largement, dévoilant la montre argentée.
Une expiration. Fataliste.
Souvenirs agonisants, remords suicidaires, douleurs funèbres. La Tempête gronda, la Cascade de Méduse trembla, l'Univers frémit.
- Où avez-vous trouver ça ? Demanda-t-il d'une voix rauque. OU ?
Le hurlement se répercuta en échos dans l'usine.
- Vous êtes à sa recherche ?
Le silence persista. Et la Tempête, cruelle, sournoise et fière, éclata enfin.
- Humains stupides ! Cracha le Docteur en serrant compulsivement la montre dans la paume, hargneux. Stupides et pathétiques, si prompts à vous faire sauver à cause de votre imbécillité et votre arrogance !
« Docteur, souffla la voix. Venez à moi, encore. Encore. Je vous attends depuis si longtemps, le dernier des Seigneurs du Temps encore vivant. »
La colère enfla d'avantage. Enfla. Encore. Et encore. Puis le Néant l'enveloppa.
- Je suis le seul à pouvoir mettre un terme à cette guerre !
Le Panthéon de l'Assemblée Sauvage avait été déserté. Ce lieu sacré où grouillait toujours une multitude de Time Lord, s'adonnant à la surveillance accrue du Temps et à son déroulement. L'endroit où les siens avaient créé les « trou-noirs », l'endroit ou les Tardis étaient élevés. Le ciel de Gallifrey était en flammes, une bataille stellaire faisait rage entre les Seigneurs du Temps et les Daleks juste au-dessus de sa tête.
Derrière lui, il sentit la présence familière de son jeune frère. Celui-ci le suivait, surveillant la moindre ombre autour de lui.
- Rien n'est encore perdu, tenta-t-il. Une flotte est partie empêcher l'Empereur de s'emparer du Cruciforme. S'ils réussissent, nous a...
- Là, n'est pas le problème, coupa le Docteur en ouvrant une seconde porte à l'aide de son tournevis sonique. Tu as aussi bien entendu que moi ce que Rassilon s'apprête à faire.
- Tu n'en sais rien, écoute-moi !
Il s'arrêta sous l'injonction de son cadet.
- L'Uriel, reprit-il, essoufflé. Si tu utilises l'Uriel, les conséquences seront désastreuses. Notre civilisation peut disparaître en une fraction de seconde. Et tout ce que nous avons été, sommes et seront sera anéantit pour l'éternité. Es-tu prêt à courir ce risque ?
Souvenirs. Douloureux. Le Docteur ferma les paupières, refusant d'en voir d'avantage, refusant de faire face à ses responsabilités, à son crime.
- Vous l'avez fait, n'est-ce pas ? Vous l'avez utilisé.
Les bras croisés, le regard perdu, le Seigneur du Temps hocha légèrement la tête. Ianto Jones s'arrêta à sa hauteur et le dévisagea avec curiosité.
- Oui, confirma-t-il dans un murmure. Je ne l'ai pas écouté. J'ai pris l'Uriel, je l'ai utilisé et j'ai mis fin à l'existence de mon espèce, de ma famille et de mes amis. Je me suis débarrassé de cette arme maudite.
- Vous ne l'avez pas détruite ? Demanda Ianto, étonné.
Le Docteur lui accorda une œillade légèrement amusée.
- Cette arme est beaucoup trop puissante. La détruire la ferait exploser, détruisant sur son passage la moitié d'une galaxie, je ne pouvais pas prendre ce risque, expliqua-t-il. Je l'ai scellée et je l'ai cachée sur une étoile en perdition, j'ignore comment elle a atterri sur Terre.
- Jack.
Un brusque sourire.
- Évidemment.
- Vous avez changé Docteur, fit remarquer Ianto.
- Oh ? Oui, nouvelle régénération ! Comment tu me trouves ?
- Si je peux me permettre, le nœud papillon... sérieusement ?
Le Docteur fit une grimace quelque peu vexée et porta une main à son magnifique nœud papillon bleu. Ils avaient au moins retrouvé leurs corps.
- Les nœuds papillons, c'est cool ! Retiens bien ça, jeune effronté.
Un léger rire échappa à Ianto.
- Où sommes-nous ?
- Nos esprits sont connectés simultanément au champ magnétique de la montre. Nous avons échangé de corps, le temps de la connexion, puisque la montre a besoin d'un Seigneur du Temps pour être activée, et comme je suis le seul dans les parages, elle a fait appel à moi. Mais je ne pouvais pas être là physiquement, elle s'est donc contentée de faire basculer nos esprits. Actuellement, nos psychés se croisent en plein transfert d'inversement. Ça ne prendra que quelques secondes pour que nous nous retrouvions dans nos corps respectifs.
- Elle m'a parlé pourtant, déclara le Gallois, en fronçant les sourcils.
Le Docteur esquissa un sourire.
- C'est parce que tu es plus ou moins lié à moi, Ianto Jones, éclaira-t-il alors que son sourire s'agrandissait, prenant des nuances plus complices, plus tendres. Je vois que tu as gardé le chronomètre.
- Je ne m'en suis jamais séparé, répondit Ianto en caressant la surface du chronomètre de son pouce. Il m'est précieux. Après tout, c'est vous qui me l'avez offert.
- J'étais différent, à cette époque. Et je suis désolé de ne pas avoir été présent, ce jour-là.
Le Gallois se crispa à l'allusion du Docteur.
- Ne soyez pas désolé, je n'en vaux pas la peine.
- Oh, oh, Ianto Jones, laisse-moi te dire une chose. Au cours de mes voyages, j'ai rencontré bon nombre de personnes et chacune d'entre elles en valaient la peine. Et toi, mon jeune ami, tu en vaux plus que les autres. Ah, ça commence...
Les images du Docteur et de Ianto s'effacèrent lentement...
- Nous nous reverrons bientôt Jones, promit le Seigneur du Temps dans un demi sourire. Et navré, tu vas te réveiller avec... heu... je te laisse la surprise de découvrir par toi-même !
- Moi aussi je suis désolé, Docteur.
- Ah ? Pourquoi donc ?
Ianto grimaça quelque peu puis souffla avec de disparaître complètement.
- Pour votre tête...
Et en effet, le Docteur poussa un cri en reprenant conscience, allongé à même le sol du Tardis. Instinctivement, il porta une main à son crâne, ses doigts effleurant la bosse qui commençait à poindre à l'arrière de sa tête. Des secousses violentes perturbaient le Tardis, et il se releva en grommelant dans sa barbe inexistante.
L'écran indiquait clairement 7 secondes.
- Docteur ?
Celui ci releva le visage vers Amy et Rory qui le fixaient avec soupçons.
- C'est vraiment vous ? Demanda le jeune homme.
- Bien sur que c'est vraiment moi ! Renchérit-il en jetant un œil sur son tableau de bord. Qui veux-tu que ce soit ? Ouuuh... On fonce directement sur l'Empire State Building ! J'adore !
Trois secondes avant l'impact. Le Docteur s'acharna sur les commandes du Tardis, courant à droite, puis à gauche, écrivant sur la machine à écrire, appuyant sur des boutons, en tournant d'autres et puis...
- Accrochez-vous, les Pond ! S'écria-t-il en activant une lourde manette jaune.
Et sous les yeux des Américains horrifiés et intrigués, l'étrange boîte bleue disparut à la seconde ou elle allait entrer en collision avec le bâtiment.
Le bruit caractéristique de l'atterrissage retentit soudainement. Amy abandonna sa batte de cricket et se précipita vers le Docteur qui se massait, grimaçant, l'arrière du crâne.
- Docteur ! Vous allez bien ?
Celui-ci prit une expression scandalisée.
- Comment puis je allé bien, Pond ? Tu m'as frappé avec une batte de cricket... encore !
- C'était étrange, c'était vous et pas vous, blatéra-t-elle sans réellement l'écouter.
- Une batte de cricket ! Répéta-t-il, choqué cette fois. C'est quoi ton problème avec les battes de cricket?
- Oh, c'est bon. J'ai paniqué !
- Est-ce que j'ai l'air d'être une balle ? Je n...
Rory fronça les sourcils, prêtant une oreille peu attentive à l'échange entre sa femme et leur hôte. Il avait désormais l'habitude, et était quelque peu blasé parfois. Néanmoins, ce qu'il voyait sur l'écran l'intriguait davantage.
- Où est-ce qu'on est ?
Le Docteur abandonna Amy pour rejoindre Rory et lui piquer sa place. Son sourire s'agrandit brusquement, alors qu'il se précipitait vers les portes du Tardis qu'il ouvrit à la volée !
- Docteur !
- Sarah Jane, répliqua ce dernier, souriant. J'aurais besoin de ton aide, et de celle de Mr. Smith.
Cardiff (Pays de Galles), Quartier résidentiel, planète Terre
Après avoir fait manger, baigner puis coucher Erwan, Rhys s'était installé devant la télé. La BBC diffusait la série Sherlock, et même s'il adorait l'émission, le Gallois avait tout autre chose en tête. Gwen n'était pas encore rentrée. Elle ne répondait pas sur son portable, et le commissariat de l'avait pas vue de l'après-midi. Rhys tempêtait intérieurement, râlant, jurant sur l'imprévisibilité de sa femme.
Était-elle sur une affaire pour Torchwood ? Si tel était le cas, elle l'aurait prévenu. Mort d'inquiétude, il leva une nouvelle fois un regard sur l'horloge du salon qui indiquait sombrement vingt-trois heures.
Un soupir. Et Rhys s'empara de son portable, essayant de la joindre à nouveau. Mais une nouvelle fois, il tomba sur cet agaçant répondeur.
- À quoi ça sert que tu aies un portable si tu ne réponds pas, ragea-t-il au téléphone. Gwen, où tu es ? Rappelle-moi !
Le « tic, tac » incessant de l'horloge finirait par le rendre fou. Finalement, il était près d'une heure du matin quand Gwen Williams franchit le seuil de sa maison. Rhys, qui s'était assoupi, se réveilla en sursaut et se leva tout prêt à pousser une gueulante.
- Gwen ? Appela-t-il, l'inquiétude redoublant face au visage défait de sa femme. Qu'est-ce qui se passe ? Où est-ce que tu étais, bon sang ?
Celle-ci resta un instant immobile, puis inspira profondément.
- Je pars dans sept heures pour Los Angeles.
La nouvelle l'assomma.
À suivre...
Un petit commentaire serait le bienvenu ^^
