Rating: 18/ M / NC-17

Disclaimer: tous les personnages appartiennent à... une seconde, je ne trouve plus le générique... M... c'est quoi déjà ? Bon, en tout cas ils ne sont pas à moi (ça se saurait !)

Notes de moi: Je vous préviens... Voilà ce qu'on appelle une fin en queue de poisson. En fait, c'est une fin ouverte, étant donné que j'ai longtemps hésité à continuer ou non. Mais il paraît qu'il ne faut pas abuser des bonnes choses...

ATTENTION !!!! Cette histoire comporte de l'inceste, avec LEMON yaoi à la clé (chapitre 3). Après ça, moi je décline toute responsabilité.


Les normes.
Curieuses lois qui ne sont écrites nulle part et qui pourtant sont présentes partout. Elles existent, elles ont toujours existé, comme une sauvegarde ou une menace; c'est une question de point de vue. Elle sont là, on ne peut les ignorer sans se faire exclure de de telle ou telle société. Les normes ont leur utilité; elles fixent des limites à une masse de presque six milliards d'individus. Pourquoi presque six milliards alors que nous sommes beaucoup plus ? Parce qu'il doit bien y avoir un autre demi-milliard qui ne les respecte pas.
Ce qui me fait dire que ce sont des règles utiles mais souvent erronées, c'est le fait que tous les groupes sociaux, toutes les sociétés depuis les tribus de la forêt amazonienne jusqu'aux poids lourds de la démographie, l'Inde et la Chine, ont trouvé le moyen d'en avoir des différentes. Ce qui est interdit au Nord ne l'est pas au Sud, les tabous de l'Orient ne sont pas ceux de l'Occident. Les individualistes admettent ceci, les collectivistes tolèrent cela... Et si une de ces lois semble peut-être universelle, n'importe quel anthropologue nous citera l'exemple sorti du fin fond de la planète, d'une tribu, d'un village qui ne l'appliquera pas, qui ne la connaîtra pas.
Pour moi, si une règle sociale est naturellement, biologiquement liée à l'humain, alors elle devrait se retrouver chez chacun d'entre nous, dans toute l'humanité, sans exceptions, tout comme Pi vérifie toujours le rapport entre la circonférence d'un cercle et son diamètre. Si ce n'est pas le cas, alors c'est qu'il peut en être autrement.

Voilà ce que moi j'ai découvert. Maintenant j'ai envie de te dire que c'est à toi de trouver les réponses qui te conviennent, même si elles diffèrent des miennes. Nous sommes tous libres.

Ne médite pas trop quand même.

Je t'embrasse

Charlie

Durant son petit déjeuner, Don avait lu et relu la lettre que son frère lui avait laissé avant de partir travailler. Un tel raisonnement reflétait tout à fait son côté scientifique obsessionnel. Mais il ne résolvait qu'une partie du problème.
Don Epps n'avait jamais été très porté sur la religion. Petit, ses parents lui avaient donné ainsi qu'à son frère, une éducation teintée de préceptes religieux sur le respect, l'amour du prochain, ce genre de choses... Mais ils n'avaient jamais insisté lorsque les deux frères s'étaient détachés de toute foi. Don ne croyait en aucun dieu à cause de son boulot, Charlie, à cause des sciences. Et pourtant... Pourtant, il était bien assis dans cette église catholique, ancienne, une merveille d'architecture extraordinairement paisible. Il y était, parce que c'était l'un des seuls endroits d'une ville cosmopolite où un être humain pouvait avoir la paix. Pas de bruits, pas de cris; il n'y avait que silence.
Ce qui l'avait amené là... Ce qui le préoccupait, ce n'était ni le jugement de la croix de bois accrochée au mur, ni la porte du confessionnal désespérément ouverte et qui semblait le narguer.
« Comment vivre jusqu'à la fin de mes jours sans pouvoir avouer à personne que je suis heureux ? »
« Comment résister aux pressions de tous concernant une vie amoureuse inexistante à leurs yeux ? »
« Comment regarder papa dans les yeux et lui dire qu'il ne nous verra jamais mariés, qu'il n'aura jamais de petits-enfants ? »
En bref, et c'était la question de millions de gens.
« Comment rester apparemment célibataire à vie sans paraître suspect aux yeux d'autrui ? »

Ce ne sont que des règles, semblait lui murmurer la voix de Charlie. Ce ne sont que des comportements, adoptés par la majorité et élevés aux rang de parcours obligatoires. Rien au monde n'oblige quelqu'un à se marier, à exhiber compagnes ou compagnons, à avoir des enfants si ça ne le rend pas heureux.
Le problème, c'était que ce schéma, le monde le lui avait appris dès sa naissance. Et il est très difficile, à trente-cinq ans, de remettre en question la quasi-totalité d'une existence. Pourrait-il évoluer sans la reconnaissance des autres ? Pourrait-il être heureux sans jamais chérir d'enfant ? Son amour pour Charlie lui suffirait-il pour vivre pendant quarante ans comme ça ?
Des questions, trop de questions...

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« Tµv est le tenseur énergie-impulsion et gµvR est le tenseur d'Einstein... »
Charlie ne put s'empêcher de bailler tout en jouant avec son stylo. A cause de leur sieste prolongée de la veille, il avait mal dormi, et en plus, le programme avait bouleversé: les conférences sur la cosmologie et les calculs matriciels avaient vu leurs horaires être échangés pour une raison de retards d'avion. Du coup, il se retrouvait à potasser, comme au lycée, quelque chose qu'il connaissait presque par coeur depuis longtemps. Et ici, plus question de s'endormir tranquillement près du radiateur. Ç'aurait été très mal vu.
Par contre, Charlie pouvait laisser ses pensées vagabonder librement. Et il songeait à son frère, ni plus ni moins. Il savait qu'en dépit de toutes ses dénégations, Don était sûrement en train de ressasser un tas de questions, des questions auxquelles lui avait déjà répondu, parce qu'il se les était posé depuis longtemps. La seule chose à faire, malheureusement, c'était de le laisser seul, car rien au monde ne pourrait lui apporter les solutions sur un plateau. Don n'était pas du genre à s'approprier les réponses des autres pour se sentir mieux; c'était un esprit farouchement indépendant.
Alors Charlie décida de laisser la journée s'écouler.

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L'agent du F.B.I. était étendu sur son lit, dans le noir, les mains croisées sur son ventre, les yeux perdus dans le vide.
« Don ? »
Ce fut sans surprise que la porte de communication entre les deux chambres de la suite s'ouvrit sur son frère. Le jeune homme pénétra tout doucement dans la pièce obscure. Un rapide coup d'oeil le renseigna sur le fait que son aîné ne dormait pas.
« Il est presque huit heures. Tu veux sortir manger un morceau ? »
Aucune réponse.
« Don, ça va ?
Le mathématicien vint s'asseoir sur le rebord du lit. Sa présence ramena le policier à la réalité.
- Oui, ça va.
Il tendit la main et alluma sa lampe de chevet. A la vue de son frère il sentit son coeur se regonfler d'espoir. Comment se faisait-il qu'il doutait autant lorsque le jeune homme n'était pas là ?
- Tu m'as manqué, fit-il simplement.
Charlie eut un sourire. Il se pencha vers son aîné et l'embrassa avec tendresse.
- Toi aussi tu m'as manqué. Je n'ai jamais eu autant de mal à suivre un calcul matriciel de ma vie que cet après-midi.
Il posa une main sur les siennes.
- Tu es sûr que tout va bien ?
Don hocha à peine la tête. En vérité il avait eu l'esprit occupé toute la journée. Difficile de jouer la comédie dans ces conditions.
- Oh Don !
Et Charlie se pencha pour prendre son grand frère dans ses bras. Ce dernier s'agrippa à lui, enfouissant sa tête dans son cou, submergé par une vague d'émotion. Ils restèrent ainsi quelques minutes, puis Charlie fit doucement:
- Je n'aurais jamais cru qu'un jour ce serait moi qui te consolerais.
Il se redressa, embrassa son aîné sur le front et lui prit la main pour le tirer hors du lit.
- Allez, on sort. Ca te fera du bien. »

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Après un dîner rapide dans un restaurant chinois (Don avait décidé d'arrêter les pizzas après un sermon de son médecin), les deux frères allèrent se promener sur la jetée. La nuit n'existait presque plus tant il y avait de lumières, de néons, de phares... L'éternelle fête foraine, semblable à celle de Los Angeles, illuminait l'obscurité sans interruptions.
Aucun d'eux n'avait parlé depuis près d'un kilomètre. Ils s'étaient contentés de déambuler le long de la plage pendant un long moment, bras dessus bras dessous. Et maintenant... Maintenant, Don se tenait à l'extrémité de la jetée, debout sur l'un des murets, et contemplait l'océan devant lui, les mains dans ses poches. Et il n'avait toujours pas lâché un mot.
Au bout d'un moment, Charlie se décida à le rejoindre. Il grimpa lui aussi sur le mur et vint poser son menton sur l'épaule de son frère.
« A quoi est-ce que tu penses ?
- Tu te souviens de cette chanson que maman nous chantait quand on était petits ? Tu avais trois ou quatre ans.
- Elle nous la chantait durant l'hiver, non ?
- Oui. Même petit, tu étais toujours frigorifié. Les premiers temps, c'était elle qui te serrait dans ses bras. Puis quand tu as commencé à te balader partout, tu la quittais pour venir contre moi.
- J'avais déjà repéré le fait que tu étais une vraie bouillotte vivante.
Don eut un sourire, puis continua.
- Au début elle était étonnée que tu la quittes, toi qu'on protégeait toujours. Puis finalement, ça la faisait sourire de voir qu'on s'aimait tant que ça.
Il y eut un silence. Charlie leva les yeux et contempla les étoiles.
- Tu crois qu'il reste une parcelle d'elle dans l'univers ?
- Tu as vraiment un sens de la poésie très particulier.
- Désolé.
Mais le policier n'y pensait déjà plus.
- Quand on était gosses, notre complicité a toujours à la fois amusé et effrayé maman. Il y avait entre nous une forme de fusion qui lui faisait toujours peur.
- Qu'est-ce qui te tarabuste autant ?
Don soupira puis demanda:
- Que crois-tu qu'elle penserait de nous aujourd'hui ?
- Je n'en sais rien. J'ai regardé trop de films pleins de faux beaux sentiments pour pouvoir te donner une réponse objective.
- On n'est pas dans un film Charlie.
- Je sais. C'est ça qui est terrible.
Brusquement, les frissons le reprirent. Don le sentit trembler sur son épaule.
- Tu veux qu'on rentre ?
- Non, ça va.
Le jeune mathématicien s'assit cependant sur le bord de la jetée, les jambes dans le vide au-dessus de la mer, vite imité par son frère. Le policier, la tête penchée, contempla pendant un long moment les vagues qui venaient doucement s'écraser sur les pierres, puis croisa les mains sur ses genoux pliés.
- Je m'en fous, dit-il soudain.
- De quoi ?
- De tout. Du secret inhérent à notre choix. De ce qu'on pensera de ma vie amoureuse, d'être catalogué comme célibataire incurable. De regarder papa avec un poids au coeur, de ne jamais avoir d'enfants. J'ai joué à celui qui avait peur, mais c'était des conneries. Je voulais surtout ne pas trop prendre mes désirs pour des réalités. Si j'avais vraiment eu un problème avec tout ça, je serais allé voir un psy depuis longtemps. Alors maintenant je n'ai pas le droit de me défiler sous prétexte que cette histoire est tordue. Je suis tordu, moi aussi; et je ne me taisais que pour mieux te respecter. Si nous voulons la même chose, alors je suis le plus heureux des hommes et je n'ai pas le droit de me plaindre.
Charlie écouta sa confession sans dire un mot, le coeur battant. Puis il rit doucement.
- Quoi ?
- En sommes, tu voulais encore me protéger.
- Durant toute ma vie, je n'ai su faire que ça.
Le jeune homme se rapprocha de son aîné.
- Je ne sais pas si tu te souviens... Un jour, après une affaire, tu m'as avoué que tant qu'il y avait quelque chose à faire, tu étais inépuisable, mais que dès que tout étais fini tu restais abattu, vidé, épuisé.
Don le regarda, étonné qu'il se souvienne de ça.
- Tu as beau jouer les durs, les indestructibles, je sais très bien qui tu es, Don. Le grand, le leader, le guide que tu es ne doit jamais craquer, en tout cas pas devant témoins. Les gens comptent sur toi et ne veulent pas d'un chef chancelant.
Comment démentir la vérité ?
- C'est peut-être cruel, mais je voudrais être le premier à te voir chanceler, savoir que tu es aussi humain que n'importe qui. J'ai besoin de savoir que tu peux trembler, que la vie n'est pas qu'un jeu où plus rien ne t'émeut ni ne te surprend. J'ai presque trente et un ans, et ce dont j'ai besoin aujourd'hui, c'est d'un Don amoureux et non plus d'un Don infaillible. Je suis grand, depuis longtemps, et à part dans un champ de tir, je peux me protéger tout seul.
- Je vais avoir du mal à décrocher.
- Lâche-toi Don. Sois toi-même ! Je veux voir ton côté tordu; je veux voir tout ce que je ne connais pas encore de toi. Laisse tomber ton masque, je veux te connaître sans.
Doucement, Charlie prit le visage de son frère entre ses mains.
- Je n'ai plus besoin que tu sois invincible, j'ai besoin que tu sois heureux. »
A ces mots, Don craqua. C'était idiot, ce n'était rien d'autres que quelques phrases. Mais Charlie l'avait si bien mis à jour, si bien compris. Son père lui répétait souvent qu'il avait le droit de souffrir, comme n'importe qui, qu'il avait le droit de pleurer même.
Sauf que personne ne l'avait plus vu pleurer depuis des décennies.
Et là encore, malgré tout ce que venait de lui dire son petit frère, il se retenait toujours. Ses yeux se portèrent sur l'horizon, son regard se fit vague. La méthode était invariable: depuis le temps il savait comment faire pour ne laisser passer aucune larme. Charlie le vit, et il vint se coller contre lui, son front posé sur son épaule.
« Je t'aime Don. »
Et elle fut libérée. Et elle eut enfin le droit de couler, la première larme. Elle chuta longuement le long de son visage avant de tomber, avant d'exploser sur le sol. L'instant de faiblesse aurait pu s'arrêter là. Mais cette première perle de chagrin fut bientôt suivie par ses sœurs, restées trop longtemps prisonnières. Le grand frère essaya bien de se retenir, mais le fait de mettre sa main devant ses lèvres ne les a jamais empêché de trembler. Il tenta tout pour endiguer ce flot, leva les yeux vers les étoiles, luttant contre la gravité qui attirait ses larmes vers la terre.
« Tu as le droit de pleurer. »
« Chaque goutte qui mouille ta peau est comme une de tes peurs qui disparaîtra bientôt. »
« Tu as le droit d'avoir mal. »
Et Dieu seul savait qu'il avait mal. Oh oui ! Cette première larme était scorbutique: elle avait rouvert toutes les vieilles blessures d'un homme qui jusqu'ici n'attendait plus grand-chose de la vie, un homme désabusé, presque absent. Et enfin les sanglots résonnèrent: pour l'amour de son frère, pour sa mère, pour tous ceux qu'il n'avait pas su sauver. Pour les nuits sombres, pour l'appartement froid, pour sa peur de la solitude. Son visage se cacha entre ses bras croisés, mais son cadet détruisit cet abri, saisissant sa main et la serrant entre les siennes. Don ne s'effondrerait pas dans ses bras, il le savait, mais ces pleurs étaient déjà beaucoup pour lui. Alors il respecta son chagrin, il respecta son silence et se contenta de croiser ses doigts avec les siens.
En attendant des jours meilleurs qui ne tarderaient peut-être pas.

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Usé par l'avenir
Usé par un meilleur qui ressemble au pire
Et oui, ça fait mal au coeur !
Usé par l'ironie
Qui tua ma jeunesse
Usé par la comédie
Usé par les promesses
Usé par la folie
Usé par le dégoût
Usé d'être incompris
De marcher à genoux
D'avoir fui l'aventure
D'avoir fui la beauté.
Te voilà qui revient
Te voilà toi mon frère
Qui me dit « Prends ma main. »
« Marchons vers la lumière. »

Et le coeur plein d'espoir
Et le coeur infini
On oublie qu'il fait noir
Alors enfin on vit.
Et loin de leurs tambours
Et loin de l'inhumain
On redevient fou à chaque matin.
Un jour on s'est aimé
Et ce jour c'est demain
Un jour d'humanité
Un jour d'humain.

Damien Saez


Goodbye and farewell. Non, pas farewell ! Car aucune de nos fanfics n'est une fin en soi, n'est-ce pas ? Au contraire...

En espérant vous avoir comblé(e)s

Votre dévouée

Aliyela