-Tony, va chez Abby avec Lee, reposez-vous comme vous pouvez, je ne veux pas te voir dans les alentours quand j'interrogeraiSutherton. Compris?
-Compris.
Gibbs allait partir en direction des salles d'interrogatoires quand Tony l'interpella un peu gêné.
-Je... Permission d'aller chercher son doudou dans mon sac? Il est en haut.
Gibbs esquissa un sourire et hocha la tête puis se retourna.
-Permission accordée.
Ziva et Mc Gee suivirent le patron tandis que Tony détachait Lee qui somnolait à l'arrière de la voiture.
Le parking du NCIS était presque désert et seuls quelques réverbères propageaient de la lumière. Tony ne vit pas l'ombre qui s'approchait derrière lui, lentement, prête à lui sauter dessus. Il pataugeait avec les attaches du siège auto. Quant à l'ombre, elle se rapprochait de plus en plus de la voiture.
Gibbs et Ziva pénétrèrent dans la salle d'interrogatoire où Blake Sutherton attendait depuis quelques minutes. Gibbs avait estimé qu'ils n'avaient pas le temps de le faire patienter. Gibbs prit la chaise et s'assit à la manière cowboy tandis que Ziva alla se placer dans le coin près de la porte, sous la caméra et donc hors champ. Elle commença à triturer son couteau ce qui eut pour effet d'intimider Sutherton.
.o0O0o.
L'ombre n'était plus qu'à quelques mètres de l'agent spécial. Tous ses habits étaient noirs, ainsi que ses cheveux. Elle n'avait même pas pris la peine de se cacher le visage.
Gibbs commença l'interrogatoire par quelque chose de simple:
-Où est Morenzo?
-Je n'en sais rien!
-Vous êtes son complice! Vous savez où il est! hurla Gibbs en frappant de la paume sur la table.
-Non... Enfin oui, je suis son complice mais pas dans le sens que vous pensez. Je connais Morenzo depuis mon adolescence, je ne l'avais pas revu depuis plusieurs mois et là il débarque à ma cabane et me supplie de planquer cette demoiselle et le petit.
.o0O0o.
Tony sentit une présence derrière lui. L'ombre était prête à passer à l'action. Au moment où Tony se redressa et se retourna, l'ombre lui sauta dessus.
-Tonio!
-Abby, tu m'étouffes là!
-Comment tu vas dis? Et Lee, il est où?
Tony s'effaça pour permettre à Abby de voir le petit garçon qui dormait. Émerveillée, elle fit une liste d'adjectifs pouvant définir ce qu'elle voyait, tous se rapportant de près ou de loin à "mignon".
-J'arrive pas à défaire ça... dit-il en pointant du doigt les attaches. Gibbs veut qu'on vienne se reposer dans ton labo.
-Tu es toujours le bienvenu Tony! Attends, je vais t'aider.
Elle poussa Tony pour pouvoir détacher le petit garçon qui commençait à se réveiller. Ceci fait, Tony le porta dans ses bras et suivit Abby en direction du labo. Elle ne cessait pas de faire des petits coucous à Lee qui semblait un peu apeuré. Quand ils furent arrivés au labo, Abby sortit son futon et regarda Tony coucher le gamin. Il passa une main dans les cheveux de Lee avant de lui déposer un baiser sur le haut du front.
-Il est où Moumoutte? s'inquiéta le petit.
-Il est dans mon sac, je vais le chercher et je reviens.
A peine Tony se releva que Lee s'écria:
-Nan!
Tony s'accroupit à nouveau pour être à la hauteur du petit garçon.
-Qu'est-ce qu'il y a? Je reviens dans moins de cinq minutes.
-Je veux pas que tu me laisses, implora-t-il.
-Je suis là, ne t'inquiète pas. Tu vois Abby?
Lee hocha la tête de haut en bas.
-Elle est très gentille, c'est une de mes supères amies!
-Mais elle est tout en noir.
-C'est la plus gentille des chauves souris.
-C'est quoi une cheuve souris?
-Comme Batman.
Il lança un regard étonné à Abby qui souriait, assise devant son ordinateur.
-Tu reviens vite hein?
-Dans moins de cinq minutes je suis là avec Moumoutte.
Il lui déposa un autre baiser sur le front et se leva. Lee le regarda partir puis remonta le plaid sur son visage, la laborantine lui faisait peur. Sans Tony ou sa mère, il se sentait seul. Il avait eu énormément peur ces derniers jours, il n'avait pas compris tout ce qu'il s'était passé. Mais quand Tony était apparu dans cette chambre d'hôtel, au fond de lui, il avait su que tout irait bien. Malgré son jeune âge, il savait que quelque chose ne tournait pas rond. Si tout allait bien alors pourquoi sa mère n'était pas là? Pourquoi Moumoutte n'était pas dans son lit? Pourquoi il n'était pas dans son lit, chez lui? Pourquoi Tony disait que cette étrange dame était très gentille si elle avait l'air inquiétante? Tous ces détails qui n'aillaient pas lui faisaient peur. De plus, son héros était partit, le laissant seul dans un endroit inconnu. Des petites larmes s'échappèrent de ses yeux pour venir au coin de sa bouche. Il les aspira. Ce petit jeu qu'il faisait à chaque fois qu'il pleurait le réconfortait. Cela l'aidait à penser à autre chose.
Abby débuta sa recherche sur les virements bancaires de Morenzo. Il avait reçu un virement bancaire de trente mille dollars à peine vingt minutes après l'appel passé à Tony. Elle lança une recherche automatique pour trouver à qui appartenait le compte. Elle se retourna ensuite vers le petit pour voir si tout allait bien. Il pleurait sans faire de bruit, le plaid remonté au menton, l'air pétrifié. Une boule se forma dans la gorge de la laborantine qui se leva, suivie du regard par une petite paire d'yeux. Elle prit quelque chose sur son étagère dans la pièce d'à côté et la mit derrière son dos. Ensuite, elle s'approcha de Lee et s'accroupit pour lui parler.
Elle brandit Bert devant elle et l'offrit au petit garçon.
-C'est Bert, il est très rigolo, tu vas voir.
Lee se saisit du cadeau et remercia poliment Abby, comme le lui avait appris sa mère. Il le serra bien fort contre lui et un bruit de pet en sortit. Tout d'abord étonné, il refit la même action, ce qui reproduisit le même bruit. Le garçonnet partit d'un grand fou rire, accompagné d'Abby.
.o0O0o.
-Écoutez, dit-il calmement, pendant le peu de temps où il était là, j'ai remarqué que... Enfin il était bizarre quoi.
-Comment ça?
-Je ne sais pas trop... Il piquait des crises de colère sans raison et il disait des choses étranges, incompréhensibles... Il parlait de trahison tout le temps, il me pointait avec son révolver en me disant: "Tu ne me trahiras pas toi?". Il faisait vraiment peur.
-Vous essayez de nous dire qu'il devenait fou? demanda Ziva, se rapprochant de la table.
-Possible... En gros oui. bredouilla Sutherton.
-Vous avez forcement des infos sur sa destination.
-Je ne sais pas trop...
-Être complice d'un enlèvement peut vous coûter cher, vous feriez mieux de coopérer!
-Je ne demande qu'à vous aider! s'exclama Blake. Je ne me rappelle pas de tout ce qu'il disait et je n'étais pas souvent là, je lui ai juste prêté ma cabane. Mais il a dit un truc...
Il prit le temps de bien se rappeler les paroles de son ancien acolyte.
.o0O0o.
Tony fit le tour de son bureau, alluma son PC pour vérifier s'il n'avait pas reçu un mail concernant l'enquête. Le temps que l'ordinateur ne s'allume, il chercha la peluche du petit dans son sac. L'objet de sa quête enfin trouvé, il déposa le mouton sur son bureau et récupéra ses mails. Il en avait plusieurs sans grand intérêt mais l'un d'eux attira sa curiosité. En effet, il était marqué comme indésirable mais l'adresse n'avait rien de commerciale et aucun objet n'était stipulé. Il double-cliqua sur le mail ce qui afficha une page quasiment blanche. Seule la phrase "Turkey Run Park, kilomètre 4, 00h00 au plus tard" était écrite.
Tony regarda sa montre rapidement. Il ne lui restait qu'une demi-heure. A cette heure-ci, le trajet serait rapide, il n'en avait pas pour plus d'un quart d'heure. Il prit une feuille et rédigea très rapidement une lettre qu'il plia en trois. Il prit ensuite son sac, vérifia que son arme était chargée et qu'il avait au moins deux chargeurs. Ceci fait, il mit le gros mouton en peluche sous son bras, prit son sac et la lettre et se dirigea vers l'ascenseur.
Ducky était en route pour rejoindre son ami Leroy Jethro Gibbs lorsqu'il croisa Tony, prêt à prendre l'ascenseur.
-Et bien Anthony, où vas-tu comme ça?
-Je vais rejoindre Ziva, elle m'attend au garage.
Ducky ne fit aucune réflexion mais savais très bien que Tony cachait quelque chose. Il ne prenait pas son sac pour aller au garage. Enfin bon... Peut-être avaient-ils prévu d'aller quelque part.
-Tu saurais où je peux trouver Gibbs? demanda le médecin.
-En salle d'interrogatoire. Qu'est-ce que c'est? demanda Tony en montrant le dossier que tenait Ducky.
-Ho... un profil psychologique. répondit-il un peu évasif.
Tony hocha la tête.
-Tu pourrais remettre ça à Abby s'il te plait? dit-il en tendant la peluche et la lettre.
-Bien sûr Anthony. Fait attention à toi.
-Tu me connais, plaisanta le jeune homme avant de pénétrer dans l'ascenseur.
Lorsque les portes furent fermées, Ducky murmura:
-C'est bien pour cela que je m'inquiète...
Le vieil homme se dirigea vers les escaliers car le médecin lui avait conseillé de délier les muscles de ses jambes et de faire un peu d'exercice.
.o0O0o.
-Il a dit: "Lorsque le prince viendra pour sauver la princesse, il la tuera sans même le savoir." C'était assez effrayant...
Gibbs resta figé un moment, il venait de comprendre le sens de ces paroles. Il regarda Ziva qui semblait aussi avoir compris.
-Ne bougez pas d'ici! conseilla Ziva au prisonnier avant de suivre Gibbs qui s'en allait.
Ils couraient dans les couloirs quand Gibbs heurta presque Ducky au détour d'un croisement.
-Ha Jethro, j'ai besoin de te parler, commença le médecin.
-Désolé Ducky, j'ai pas le temps, Tony...
-Anthony vient de partir, il est allé rejoindre Ziva... - il s'aperçut de la présence de l'Israélienne - Hooo...
-Où est-il allé?
-Je ne sais pas, je l'ai croisé dans l'open-space.
-Merci Duck'.
Le légiste regarda son ami accompagné de Ziva et de Tim courir vers l'ascenseur. Il se décida alors à aller au laboratoire d'Abby.
Gibbs se dirigea à grands pas vers l'ordinateur encore allumé de son agent sénior. Le mail était toujours affiché à l'écran. Il jura contre cet imbécile et nota l'adresse. Tony devait avoir cinq bonnes minutes d'avance sur eux mais ils pouvaient encore arriver à temps.
.o0O0o.
Abby était assise en tailleurs à côté de Lee qui s'assoupissait petit à petit. Elle lui caressait les cheveux en lui racontant une histoire de ninja lorsque Ducky entra dans le labo.
-Abbigaëlle, il faut que je te parle.
Pour toute réponse, Abby prit la peluche des mains de Ducky pour faire l'échange entre les deux peluches. Le petit serra très fort son mouton et ferma les yeux. Abby attrapa alors le bras du légiste et l'entraina dans la pièce d'à côté d'où Lee ne pourrait pas les entendre.
-C'est grave? demanda Abby.
-Et bien Anthony est partit assez précipitamment je-ne-sais-où et cela à rendu Gibbs furieux. Il m'a demandé de te donner ceci.
Abby s'empara de la lettre pour l'ouvrir d'un geste sec. Ils parcoururent les quelques lignes écrites avec un air triste. Il allait se passer quelque chose ce soir, ils espéraient juste que ce ne soit pas grave.
Cette journée avait été exténuante pour eux deux. Pas autant que pour les agents mais ils avaient passé leur journée à attendre les nouvelles, bonnes ou mauvaises. Malheureusement, tout n'était pas fini et ils pressentaient le pire pour leur ami Italien. Si jamais il lui arrivait malheur, l'équipe ne serait plus comme avant.
Ils jetèrent un coup d'œil sur Lee qui dormait à présent, trop épuisé pour attendre le retour de Tony. Abby avait bien vu qu'il avait lutté contre le sommeil.
Heureusement, le petit n'avait pas eu besoin de passer à l'hôpital, durant le trajet, Tony avait désinfecté la griffure et y avait mit un nouveau pansement.
Ils décidèrent d'aller dans la pièce principale, Abby continua ses recherches sur le fantôme tandis que Ducky veillait sur le petit garçon.
.o0O0o.
Tony ne prit même pas la peine de se garer sur le bas côté, il sortit en trombe de sa Mustang de 1966 sans prendre la peine de la verrouiller. Il était bien au kilomètre 4, il restait une dizaine de minutes. Il marcha de long en large et finit par découvrir un papier scotché à la borne kilométrique, à quelques mètres de sa voiture. Tony lut ce qui y était écrit, prit soin de remettre le papier à sa place, au cas où Gibbs le suivait - mais il n'en doutait pas -, regarda autour de lui et s'engagea dans l'épaisse forêt du Turkey park.
