Chapitre 4 :
Elle devait arrêter, elle le savait. Mais à chaque fois, il fallait qu'elle le fasse. C'était devenu comme une obligation pour elle, ou alors un geste du quotidien. Elle se torturait l'esprit à chaque fois, mais elle recommençait, comme des enfants à qui ont dit qu'il ne faut rien toucher dans un musée mais qui le font tout de même. Oui, c'était devenu une obligation pour Hinamori de pointer du doigt ses courbes ingrates que la nature lui avait offertes. Il suffisait qu'elle passe devant le miroir de sa chambre pour qu'elle enlève son kimono afin de juger par elle seule de l'état de son corps. Elle le haïssait, son corps. Si frêle, si fragile. Il n'y avait rien de plaisant. Ses jambes étaient trop fines : on voyait presque ses os, saillants sous sa peau pâle. Ses bras étaient différents désormais, le droit étant peigner d'une longue marque rouge qui partait du poignet et s'arrêtait un peu plus haut que le coude. Hinamori cachait cette brûlure, l'enroulant d'une bande presque aussi blanche que sa peau. Il n'y avait rien qui puisse être attirant dans sa poitrine digne d'une jeune adolescente pénétrant dans sa douzième année. Son ventre était plat, trop plat presque, si bien que ses côtes formaient des sillons avec sa peau. Sous cette dernière, seulement une fine épaisseur de graisse subsistait. Le dessous de ses yeux marron si banals était peint de cernes noirs, accentuant ses joues creuses. Comment Hinamori pouvait-elle être satisfaite d'un tel corps ? Elle était âgée de quelques années déjà et pourtant, elle possédait le corps d'une gamine. Un corps sans aucune beauté, dénué de toute gaieté. La shinigami fit la moue, désemparée. Pourquoi avait-elle hérité d'un tel corps ? Rien n'était beau. Même ses yeux, d'un marron si banal, si commun. Hinamori poussa un très long soupire, passant ses doigts sur ses hanches si peu gracieuse. Elle ne sursauta pas quand la porte s'ouvrit lentement. Aizen entra dans la chambre de son ancienne subordonnée sans se douter que cette dernière n'était qu'en sous-vêtement. Quand elle remarqua la présence du brun, Hinamori ne tenta même pas de se cacher. Qui avait-il à cacher après tout ? Son air abattu, son visage transformé de tristesse se défigurant dans le miroir n'échappait pas à Aizen. Que faisait-elle, les doigts glissant le long de ses côtes comme pour en évaluer la taille ? Il ramassa le magnifique kimono qu'il lui avait offert et le lui déposa sur les épaules. Pourtant, le regard de la shinigami au chignon restait braqué sur l'image d'elle-même que lui renvoyait le miroir. Elle ne faisait pas parti des filles qui pouvaient se venter de leur beauté, demandant à leur miroir si elles étaient toujours les plus belles. La seule chose qu'Hinamori pouvait demander à son miroir, c'est si elle était la plus frêle. Elle est tellement légère qu'un gamin de dix ans pourrait la portée presque sans effort.
« - Qu'as-tu ? demanda Aizen, fixant Hinamori via le reflet de cette dernière.
- Rien..., souffla-t-elle avant de baisser tristement les yeux.
- Il y a une raison pour que tu te défigures ainsi.
- C'est bien ce que je disais. Il n'y a rien, justement... »
Hinamori attacha la ceinture de son kimono autour de sa taille après avoir revêtu les manches. Elle se saisit d'un rouleau de bande et s'entreprit de masquer sa brûlure. Le brun la regarda faire, silencieux. Une fois sa tâche achevée, la shinigami au chignon leva deux yeux tristes sur son ancien capitaine. Ce dernier arqua un sourcil, déconcerté. Jamais il ne l'avait vu ainsi. Avant, elle ne s'inquiétait pas autant de son apparence, ou alors il ne l'avait jamais remarqué...Il avait tout de même démarré un nouveau chapitre. Aujourd'hui, il en avait apprit d'avantage sur son ancienne subordonnée. Il a put pointer du doigt les imperfections de son corps, ainsi ses courbes gracieuses. Il a put étudier du regard ses côtes saillantes sous sa peau, la blancheur de cette dernière. Son ventre, accompagné de cette cicatrice qu'il lui avait laissé. Une petite marque derrière son genoux, une légère cicatrice au sur son front, une cicatrice sur son ventre et son dos, une longue brûlure sur son bras droit...Toutes ces marques racontaient la vie entière de l'ancienne Vice-Capitaine. Aizen vit perler sur les joues de cette dernière des petites larmes silencieuses. Pourquoi pleurait-elle ? Il en connaissait la raison...
« Ne pleure pas, Hinamori-kun. »
Dit-il d'une voix qui, malgré lui, ressortie d'un air doux. La concernée leva ses petits yeux brillants sur son ancien Capitaine, plantant ce regard triste dans celui d'Aizen. Ce dernier s'approcha d'Hinamori et posa doucement sa main sur sa tête. La shinigami au chignon senti un frisson lui courir le long du dos. Il avait posé sa main de la même façon sur sa tête la veille de son « assassinat ».
« - Cesse de te défigurer ainsi, Hinamori-kun. Tu es belle.
- Je ne suis pas belle. Je ne suis même pas jolie...Je suis...Frêle. »
Aizen retira sa main du crâne de son ancienne subordonnée. Il ne se souvenait vraiment pas d'une Hinamori comme celle-là. Celle qui travaillait sous ses ordres n'était vraiment pas aussi soucieuse de son apparence. Depuis qu'elle était arrivée ici, Aizen avait l'impression qu'elle s'était métamorphosée. Elle sortait les griffes quand ont la caressait à rebrousse poil mais quand elle se retrouvait seule, le chat sauvage s'endormait, laissant place à un chaton si innocent qu'on lui donnerait le bon Dieu sans confession.
« - Tu es toi.
- Vous parlez d'un cadeau...
- Je t'apprécie comme ça. »
Hinamori rougit légèrement. Disait-il cela pour la rassurée ou était-il sincère ? Impossible de le deviné, son ancien Capitaine est si...mystérieux. Personne n'arrive à deviner à quoi il pense. Il garde ce léger sourire constamment coller à ses lèvres, même lors de situations graves. Le brun caressa doucement la joue d'Hinamori du plat de son index.
« Ta peau est peut-être pâle, mais elle est douce comme la peau d'une pêche. »
Hinamori ne savait pas quoi dire, quoi faire. Devait-elle le laisser faire ou écarter sa main ? Devait-elle accepter ces compliments d'un petit sourire ou les ignorer ? Le brun ne lui laissa pas le temps d'y réfléchir. Il posa l'une de ses mains dans le dos d'Hinamori afin de l'attirer vers lui. La shinigami se retrouva la joue colée contre le torse de son ancien supérieur. La rougeur de ses joues s'accentua, devenant plus voyante.
« Tu es peut-être frêle comme tu dis, mais tu es gracieuse. »
La shinigami aurait voulu qu'il arrête. Elle ne croyait pas à ce qu'il disait. Sa peau n'était pas douce, elle n'était pas gracieuse. Hinamori n'était rien de tout cela. Elle était...si banale. L'ancienne Vice-Capitaine recula, se libérant de l'étreinte de son ancien Capitaine. Elle baissa les yeux, honteuse d'avoir rougie pour de pareilles sottises.
« Tu es mignonne quand tu rougies, Hinamori-kun. »
C'était le compliment de trop. Hinamori allait craquer. Ses larmes se multiplièrent, de plus en plus nombreuses sur ses joues rouges. Elle finit par hoqueter et se réfugier dans les bras d'Aizen. Ce dernier la regarda, déconcerté. Hinamori venait de se lover dans ses bras, comme le jour où elle avait apprit qu'il n'était pas mort. Mais cette fois, il ne la blesserait pas. Il ne la blessera plus. Il la serra doucement dans ses bras, caressant d'une main ses cheveux ébène.
Gin observait cette petite scène par l'ouverture de la porte. En effet, Aizen ne l'avait pas complètement fermée, et Ichimaru avait put les espionner tranquillement. Ce qu'il avait vu était intéressant. Très intéressant même.
« Oh oh ! se réjouit-il après s'être éloigner suffisamment pour pas qu'Hinamori ou Aizen ne l'entende. C'est très prometteur tout ça, très prometteur ! »
