Chapitre 7 :

Il jeta un regard furtif par-dessus son épaule. Personne ne doit le voir. Discret telle une ombre, il tourna, empruntant un autre long corridor. Ses pieds ne firent aucun bruit quand ils rencontrèrent le sol. Il contrôlait sa respiration, afin de n'être repéré par personne. A cette heure-ci, tout le monde dort dans Las Noches. C'est le meilleur moment pour filer en douce. Malgré tout, il se méfie. Il suffit d'un pour l'apercevoir au tournant d'un couloir, et la nouvelle se rependrait comme une traînée de poudre. Où va-t-il au beau milieu de la nuit ? Pourquoi file-t-il en douce ? Aizen était-il seulement au courant ? Non, personne n'est au courant. Il retint un cri de surprise quand, subitement, arriva Hinamori.

« Ichimaru ? »

Lâcha-t-elle d'une voix rauque. Gin retint un juron. Il fallait qu'il tombe sur elle. L'ancienne Vice-Capitaine lui faisait néanmoins mal au cœur. Il était presque méconnaissable. Ses yeux cernés semblaient avoir perdu toute expression. Ses joues creusées prouvaient qu'elle n'avait pas mangé depuis un certain temps. Ce ne serait pas exagérer de dire qu'elle ressemblait à un squelette. Malgré tout les efforts d'Aizen, Hinamori semblait plonger dans une tristesse profonde. Ichimaru réfléchit un instant. Et si...Et s'il l'emmenait avec lui ? La personne qu'il va retrouver arrivera à remonter le moral de la petite brunette, il en est certain.

« Viens avec moi, mais ne fais aucun bruit. »

Hinamori haussa ses frêles épaules, et suivit docilement Gin quand ce dernier reprit sa route. L'ancienne Vice-Capitaine avait prit l'habitude de déambuler dans les couloirs lorsque le sommeil ne venait pas (c'est-à-dire très souvent) et connaissait dès maintenant le labyrinthe de corridors comme le fond de sa poche, comme si elle avait toujours vécu dans cet édifice immaculé. L'ancien Capitaine jeta un regard par-dessus son épaule, s'assurant que la protégée d'Aizen le suivait toujours. Hinamori le regarda sans émotion, le suivant sans poser de questions. Ils déboulèrent alors dans une toute petite alvéole. Rien qu'à deux, ils étaient à l'étroit. La brunette arqua un sourcil quand elle aperçut une sorte de portail, gueule béante flottant au dessus du sol. Gin remarqua l'air dépassé de la jeune shinigami, mais ne chercha pas à lui expliquer quoi que ce soit. Il a d'autres chats à fouetter. Le traitre s'enfonça dans le passage et disparu. Hinamori sembla hésiter. Avec Gin, on n'est jamais trop prudent. Pourtant, une petite voix disant à la brunette de suivre l'homme au sourire mystérieux. Elle avança une main timide vers le passage, et sursauta quand un froid mordant la figea sur place. Elle ressorti immédiatement sa main de la faille, et constata avec stupeur qu'elle était trempée de pluie. Est-ce donc un de ses portails qui lient le Hueco Mundo au Monde des Vivants ? Pourquoi Gin s'y rendait ? Poussée par la curiosité, Hinamori s'engagea dans la gueule béante. Ses épaules furent alors violemment frappées par des gouttes de pluie. Cette dernière tombait à verse, clapotant sur le bitume. Habillée de son simple petit yukata vert pomme, l'ancienne Vice-Capitaine mourrait de froid. Gin, se trouvait à quelques pas d'elle, lui indiqua du bout de son index un cabane en bois. Hinamori comprit le message, et courut se mettre à l'abri. Une voix qu'elle connaissait que trop bien l'accueillit.

« - Gin ! Tu en es retard, ca fait dix minutes que je t'attends !

- J'ai eu un petit imprévu. »

Se justifia l'ancien Capitaine en désignant Hinamori d'un regard. Rangiku écarquilla des yeux étonnés en apercevant la forme frêle de son amie. Cette dernière grelotait de froid. Matsumoto farfouilla dans les cartons posés dans un coin de la pièce et en sorti une chaude couverture. Elle la déposa sur les épaules de son amie, qui poussa un soupire de bien-être. Bien que son yukata soit encore mouillée, la chaleur de la couverture la réchauffait. Rangiku se pencha devant elle, puis demanda à son ami :

« - Pourquoi l'as-tu emmené ?

- Elle m'a vu.

- Et bas tiens ! La discrétion incarnée ! »

La jeune femme rousse jeta un regard amusé à son compagnon, qui se contenta de hausser les épaules. Rangiku comprit qu'il ne l'avait pas emmenée de gaieté de cœur, parce qu'il ferait tout pour privilégier ses moments passer rien qu'avec elle. La Vice-Capitaine de la Dixième Division avisa les joues creuses de son amie, et fit la moue. La dernière fois qu'elles s'étaient vues, à la plage, elle n'était pas dans cet état là. Que se passait-il dans le monde des Hollows ? Est-elle heureuse parmi les Arrancars et les trois traitres ?

« Hey, vous me la nourrissez au moins ? »

Lança Matsumoto en pointant du doigt la maigreur des joues de sa jeune camarade. Cette dernière se renfrogna, baissant les yeux. Gin fit la moue, et Hinamori fut surprise de ne pas voir ses lèvres étirées par ce sourire si mystérieux. Il semblait laisser libre court à ses émotions en présence de sa compagne rousse. Depuis combien de temps se retrouvent-ils ainsi en secret ? Depuis la journée à la plage ? Rangiku semblait désappointer de l'état d'Hinamori. Cette dernière évita son regard, ne voulant pas y lire l'inquiétude. Matsumoto était si inquiète qu'a donc sa pauvre amie ? Est-elle malade ?

« Hinamori, qu'est-ce qui ne va pas ? »

La principale concernée ne répondit pas, si bien que la jeune femme rousse eut l'impression de parler à un mur. Gin observait les deux femmes, grommelant sur son infortune. Il avait rêvé toute la semaine de son rendez-vous avec la Vice-Capitaine, et le voila à attendre sagement que sa belle daigne s'intéresser à lui. Malgré ça, l'ancien Capitaine ne pouvait en vouloir à Hinamori, et ça pour deux raisons. D'une, si Rangiku arrivait à remonter le moral de sa camarade, cette dernière cesserait de jouer les fantômes dans les couloirs et d'inquiéter Aizen. Gin en a raz la casquette d'entendre l'ancien Capitaine se poser des questions quant à la santé de sa petite protégée. Et de deux, sûrement la plus importante, ces deux femmes devaient se voir. Rangiku lui a souvent faire part comme quoi la présence de la petite brunette lui manquait. Pour la Vice-Capitaine, s'était comme si on lui avait enlevé un membre de sa famille, sa petite sœur. Ichimaru fit signe à sa douce de s'approcher, et la rousse obéit sur le champ. Il lui résuma en quelques mots l'accident s'étant déroulé une semaine plus tôt, quand cet arrancar avait tenté de la tuer. Le reflexe premier d'Hinamori fut, bien sûr, de sortir son sabre pour le planter dans le corps de son ravisseur, ce qui eut pour l'effet de lui ôter la vie. Hinamori ne semblait pas parvenir à ce le pardonner. Attristée, Rangiku couva Hinamori d'un regard maternelle. Elle est si gentille...Matsumoto passa doucement sa main dans la chevelure brune de sa camarade, lui offrant un magnifique sourire, comme personne n'en a jamais fait :

« - Hinamori...Arrête de te morfondre. Tu n'as fait que te défendre.

- Mais Ran-chan...Je l'ai tué...

- Mais ce n'est pas ce qu'il a essayé de te faire ? Tu as eu un reflexe instinctif, ne te considère pas comme un assassin. S'il te plait, nourrie-toi. Tu te verrais ma pauvre chérie, tu es maigre à faire peur. Je pense tout de même qu'Aizen te nourrie.

- Oui...

- Presque mieux que nous, bougonna Ichimaru.

- Alors pourquoi refuses-tu de manger ?

- Je n'ai pas faim. »

Rangiku reconnaissait bien là sa jeune camarade. Elle n'a jamais été réputée comme étant un estomac sur patte, tout le contraire justement. Hinamori n'est pas le genre de personne à grignoter (sauf bien sur quand son Capitaine lui proposait un thé et des petits gâteaux, ce qu'elle ne pouvait pas refuser). Matsumoto enlaça sa petite camarade, l'étouffant presque dans sa poitrine. Hinamori éclata en sanglot, ne pouvant plus retenir ses larmes. La grande rousse laissa son amie pleurer contre elle, sachant qu'elle irait mieux qu'une fois les larmes écoulées. Quand la brunette se calma enfin, elle osa affronter le regard de son amie. Cette dernière la regardait d'un air tendre, comme une mère qui regarderait sa fille. Matsumoto écarta une mèche qui masquait les yeux de son amie, et lui offrit un beau sourire.

« - Es-tu seulement heureuse là bas ?

- Je...J'ai l'impression d'avoir trouvé ma place... »

Hinamori baissa tristement les yeux. Pourquoi se sent-elle plus à l'aise au Hueco Mundo, le pays des Hollows, plutôt qu'à la Soul Society, où elle avait grandit et où elle était devenue shinigami ? Est-ce parce qu'elle se sent bien à l'endroit où se trouve son ancien Capitaine... ? Cette pensée la fit rougir jusqu'aux oreilles et, heureusement, Rangiku ne lui posa aucune question. S'en suivi une longue discussion entre les deux amies. La rousse voulait tout savoir sur la baisse de morale de sa petite camarade. Cette dernière lui détailla les événements, n'omettant aucuns détails. Gin les observait du coin de l'œil, tentant de retenir la colère qui bouillonnait en lui. Il aurait du assommer Hinamori, et non l'emmener. A cause d'elle, le voilà privé d'un de ses rares rendez-vous secret avec Rangiku. Depuis qu'ils s'étaient revus à la plage, ils organisaient des petits rendez-vous nocturnes. Ils se retrouvaient dans cette petite cabane, et se rappelait leur enfance avec mélancolie. Parfois, la rousse reprochait à son ami d'être parti, la laissant une fois de plus seule. Ichimaru en riait, puis l'embrassait. C'était sa manière à lui de s'excuser, et Rangiku savait qu'il ne pourrait pas revenir en arrière.

Enfin, les femmes semblaient être à court de sujet de discussion. Dehors, le soleil commençait lentement à se lever, le ciel se colorait de pastel et d'orange. Gin poussa un grognement de mécontentement, et fusilla Hinamori du regard. La shinigami tourna la tête, sachant pertinemment qu'il ne la pardonnerait pas de si tôt. Les deux habitants de Las Noches saluèrent la rousse, et rentèrent chacun dans leur monde. En chemin, l'ancienne Vice-Capitaine ne put retenir les questions qui lui trottaient dans la tête :

« - Depuis combien de temps vous voyez-vous ?

- Deux mois. Grogna-t-il.

- Pourquoi vous ne me l'avez jamais dit ?

- J'aurais voulu que tu ne le saches jamais. »

Hinamori fronça les sourcils. C'est lui qui a choisit de l'emmener au départ, alors pourquoi se plaint-il ? Il aurait dû s'y attendre. Quand ils pénétrèrent dans le palais de Las Noches, les arrancars semblaient...chercher quelque chose, ou quelqu'un. Nell repéra Hinamori et fonça sur elle, visiblement irritée. Elle l'attrapa par les épaules, comme une enfant ayant fait une bêtise. Hinamori se raidit, tandis que Gin riait de son infortune.

« - Mais où diable étais-tu passée ? Rugit l'ancienne Espada.

- Bah...tenta de dire Hinamori.

- Suis-moi ! »

Penaude, l'ancienne Vice-Capitaine laissa son amie la traîner dans les couloirs. Elle pouvait distinctement voir la monstrueuse veine qui palpitait sur le front de Nell. Qu'avait-elle fait de mal ? La brunette déglutie, imaginant des scénarios stupides et illogiques quant à la colère de l'ancienne Espada 3. Cette dernière la conduisit jusqu'à la bibliothèque, où des arrancars semblaient faire un rapport à Aizen. Celui-ci, ayant repéré Hinamori, s'écria :

« - Ah, te voilà ! Tu sais que j'ai ordonné aux arrancars de te rechercher ?

- P-Pourquoi ? S'étonna la shinigami aux cheveux bruns.

- J'ai passé ma nuit dans la bibliothèque. J'y ai trouvé un livre fort intéressant, un mythe grec. Sachant que tu étais fort attirée par ce genre de livre, je suis venu te l'apporter dans ta chambre, puisque ces temps-si tu ne dors plus. Grande a été ma surprise en te trouvant nulle part. J'ai même cru que tu avais tenté de retourner à la Soul Society, alors j'ai envoyé des arrancars à ta recherche. »

Les yeux écarquillés, Hinamori n'en croyait pas ses oreilles. Comment son ancien Capitaine aurait-il put penser une seule seconde qu'elle était retournée à la Soul Society ? Oui ses amis lui manquent, mais cela ne change rien. Si elle avait voulu partir, elle l'aurait fait depuis longtemps. Aizen lui tendit alors un livre, et l'ancienne Vice-Capitaine lut le titre : Antigone. Elle remercia chaudement son ancien Capitaine, et s'installa afin d'entamer sa lecture. Finalement, ni Aizen ni personne ne sût où s'était rendue Hinamori cette nuit-là. A part Gin, évidemment. Justement, ce dernier essayait déjà de contacter Rangiku afin d'avoir un nouveau rendez-vous avec elle, comme ils se l'étaient promis.