A propos de l'histoire : Des milliers d'années se sont écoulés. Ankh et Morpork ne forment plus qu'une seule grande cité. Depuis longtemps les braves rois d'Ankh ont disparu. Ils ont laissé leurs places à la monarchie d'Ankh-Morpork, qui n'a guère brillé. Le dernier souverain a eu la tête tranchée quelques années auparavant.

La famille a parcouru du chemin depuis le temps du jeune Placide.

Important : A la base, j'ai imaginé ce chapitre que pour servir de transition entre les deux autres chapitres. Elle venait surtout pour justifier les circonstances du troisième chapitre.


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Chapitre 2

Ce n'est qu'un au revoir !

Un homme se tenait debout devant la grande fenêtre de son bureau. Il avait la cinquantaine passé. Il jouissait de la respectable bedaine d'un homme souvent invité à des évènements officiels. Il observait la ville qui s'étendait sous ses yeux. Des lueurs rouge-orangées dansaient sur son visage. Dehors, la cité était la proie des flammes. L'homme voyait des gens courir dans tous les sens. Les seaux d'eau passaient de mains en mains pour tenter d'éteindre l'incendie ravageur. Le feu était trop virulent. Tout le monde avait bien compris que les quelques seaux de gadoue déversés dessus n'avait aucun effet. Des hommes s'apprêtaient à fermer les digues de l'Ankh, dans l'espoir que le niveau du fleuve remonte et inonde la ville. A ce jour, les morporkiens n'avaient pas trouvé de meilleur moyen pour étouffer un incendie trop violent.

Un autre homme entra discrètement dans le bureau :

« Monseigneur, dit-il. Votre femme et vos enfants sont à l'abri, comme vous me l'avez demandé. Votre Dame a quelque peu protesté à l'idée d'être enfermé dans la cave.

- Si elle n'était pas du genre à protester, jamais je ne l'aurais épousé.

- Oui monseigneur.

- Ha, ça y est ! Les digues sont fermées.

- La meilleure chose à faire monseigneur. Mon grand-père me le répétait toujours.

- C'est vrai.

- Rejoignez-vous votre famille dans la cave ?

- Je ne pense pas que ce sera nécessaire. Regardez, l'eau commence à monter. Je ne crois pas que l'incendie viendra jusqu'ici. »

Le secrétaire s'avança et lança un regard par la fenêtre :

« Dois-je faire sortir votre famille et le personnel de la cave, monseigneur ?

- Pas encore ! N'êtes-vous pas lasse de cette cité ?

- Lasse monseigneur ? Euh… je ne vois pas ce que vous voulez dire. »

L'homme ne répondit pas. Il continua à contempler l'incendie. Une porte s'ouvrit bruyamment derrière lui :

« Douce Amie, dit-il sans se retourner. Ne devriez-vous pas être à l'abri à la cave avec les enfants ?

- Sans vous ? »

L'homme se retourna et contempla son épouse. Elle avait la moitié de son âge :

« Je viendrais si l'incendie se rapproche. Retournez dans la cave, s'il vous plaît.

- Non ! dit-elle en croisant les bras. Je reste ici !

- Ma Douce Amie…

- Constant ?

- Vous avez décidé de laisser les enfants seuls ?

- Ils ne sont pas seuls. Leur nourrice et tout le reste de notre personnel sont auprès d'eux.

- Ils sont très certainement effrayés. Je pense que votre présence les rassurerait.

- Autant que la vôtre ! »

Constant savait qu'il avait toujours beaucoup de mal à remporter une victoire contre son épouse. Elle faisait preuve d'une volonté farouche quand elle avait une idée en tête. Son caractère effronté et son intelligence étonnante avait séduit Constant, qui pensait pourtant finir ses jours comme un vieux célibataire endurci :

« Restez donc là ma Douce. »

Victorieuse, la jeune femme s'installa dans un fauteuil. Au premier abord, les gens ne la voyaient pas. Elle n'était pas vraiment jolie, elle n'avait pas un physique qui se remarque dans un sens ou un autre. « Banale » était le mot qui la décrivait le plus souvent. Quand certaines personnes la remarquaient, ils la prenaient toujours pour une idiote. Elle devait reconnaître qu'elle jouait souvent la petite naïve, l'ingénue influençable, la cruche qui ne comprenait pas les mots plus compliqués que « le », « et » ou encore « moi ». Elle se prénommait Candice, c'était si près de « candide », que beaucoup de personnes faisaient l'amalgame. Devant elle, les gens parlaient beaucoup trop, puisqu'ils ne la croyaient pas capable de comprendre. Grâce à cela, elle avait fait une petite carrière de maître-chanteur. Elle considérait qu'il s'agissait-là d'une manière très respectable de gagner sa vie, bien plus que le métier de couturière… ou celui de voleuse. Elle connaissait ses victimes, elle savait qu'ils n'étaient pas honnêtes ou qu'ils étaient des maris infidèles.

Elle avait sa morale. Elle ne réclamait qu'un seul versement à ses victimes. Elle n'était pas du genre à faire monter les enchères. A ses yeux, c'était le meilleur moyen pour se faire remarquer et attraper. Autant dire que la justice n'était pas douce en ce temps-là. Candice n'avait aucune envie d'être torturée au fond d'un cachot.

Un jour, elle avait choisi de se faire engager par le seigneur Constant Vétérini. C'était un homme puissant et comme tout homme de cet acabit, Candice pensait qu'il cachait d'odieux secrets. Elle fut étonnée de découvrir un homme calme, patient et intelligent. Il comprit son jeu rapidement. Au lieu de la dénoncer, il lui proposa de la prendre sous son aile. Elle fut méfiante. Elle savait ce que voulaient la plupart des hommes quand ils se montraient très gentils avec une femme. Finalement, elle accepta. Constant lui consacra une heure chaque jour. Il lui enseigna l'histoire, la géographie, la politique, la littérature, les arts.

Après des mois d'enseignement, il lui avait proposé une union. Elle y avait réfléchi, puis elle avait fini par se dire qu'elle obtiendrait difficilement mieux qu'un mariage avec l'un des hommes les plus riches et les plus puissants d'Ankh-Morpork. Après une petite séance de relookage, elle fut présentée comme la nièce d'un seigneur de Quirm – malheureusement décédé. Ainsi, elle fut très bien acceptée par ses anciennes victimes.

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Constant était installé dans son fauteuil de bureau. Il étudiait les nombreux papiers étalés devant lui. Son secrétaire l'assistait du mieux qu'il pouvait. Ce qui n'était guère évident :

« Qu'est-ce que la parfumerie « Amour et Volupté » ? demanda Constant.

- Ma foi, je n'en sais rien. »

Le regard que lui lança Constant le força a cherché rapidement une réponse un peu plus construite :

« L'acte d'acquisition est introuvable, monseigneur.

- Même chez le notaire ?

- Oui, monseigneur. Je pense que l'acte a dû être détruit par l'incendie… enfin un des multiples incendies qui ont ravagé la cité.

- Je vois ! Nous allons la fermer. Son bilan est déficitaire depuis plus d'une dizaine d'années.

- Il faut dire que les produits n'ont pas évolué depuis bien longtemps. La dernière nouveauté de A&V est sortie l'année du Cheval Furieux. »

Constant d'adossa à son fauteuil. Il fit un rapide calcul :

« Soixante-trois ans ! dit-il. Avant ma naissance ? Vous parlez d'une nouveauté. Qu'était-ce ?

- Un parfum, monseigneur. Il se nommait "Véhémence". »

Constant se pencha sur ses papiers :

« Je lis pourtant que A&V emploie quatre parfumeurs. Ne sont-ils pas censés produire de nouvelles fragrances ?

- Je l'ignore monseigneur. Je crois que personne ne s'est vraiment intéressé au travail qu'ils devaient accomplir depuis six décennies. »

Le secrétaire regarda son patron se pencher une nouvelle fois sur les documents qui recouvraient son bureau. Constant Vétérini était un employeur agréable – pas forcément dans le sens de jovial – il était juste et d'humeur « constante ». Il regrettait de devoir quitter le service de cet homme.

Des coups frappaient à la porte sortit le secrétaire de ses pensées. Il alla ouvrir et fit entrer le visiteur. Constant leva les yeux de ses papiers et observa le nouveau venu. « Juvénile » était le premier mot qui lui venait à l'esprit. L'homme avait beau porté un élégant costume et être coiffé d'une perruque blanche, son visage était celui d'une personne à peine sortie de la puberté :

« Maître Finasseur m'envoie ! dit le jeune homme.

- Pourquoi n'est-il pas venu en personne ? Après tout, il est l'avocat de la famille depuis plus de quarante ans.

- Maître Finasseur n'est plus tout jeune, il a choisi de ne se consacrer qu'au dossier important.

- Important ? Vous voulez dire que les milliers de piastres que je lui ai versées pour qu'il défende au mieux les intérêts de ma famille sont sans importance ? »

Le jeune homme hésita un bref instant :

« Non, monsieur ! J'entends par là qu'il préfère défendre des clients injustement accusés de crimes, plutôt que de passer des heures à étudier les termes juridiques d'une acquisition de propriété.

- Je vois ! N'avait-il aucun avocat dans son cabinet pour s'occuper de cette acquisition ? N'avait-il personne de mieux qu'un gamin ?

- J'ai fini mes études à la guilde des avocats, monsieur. Je suis le meilleur de ma discipline.

- Qu'elle est-elle ? Coloriage ? Vous arrivez à remplir vos dessins sans déborder ? »

Le secrétaire lança un regard étonné à son patron. Il ne l'avait encore jamais vu prendre ainsi quelqu'un en grippe. Il comprenait son agacement, il savait les sommes que Constant versait aux avocats chaque année :

« Je suis avocat monsieur !

- Quelle affaire avez-vous instruit ? »

L'avocat eut un instant de réflexion :

« Aucune d'un point de vue personnel. Néanmoins j'ai assisté maître Finasseur sur un certain nombre de dossiers. Il pense que j'ai un grand avenir dans la profession. »

Constant observa le jeune homme. Il est certain qu'il ne pouvait être qu'au début de sa carrière :

« Je vous en prie, asseyez-vous… monsieur… ?

- Biaiseux ! » répondit le jeune avocat.

Monsieur Biaiseur s'installa sur un fauteuil. Il ouvrit son porte-documents et en sortit un dossier. Il le déposa sur le bureau de Constant :

« Vous pouvez voir que tous les documents sont en règle. Vous êtes à présent le propriétaire d'un domaine de vingt hectares à quinze kilomètres d'Ankh-Morpork. Bon, quelques paysans vivent sur les terres, ils ont planté des vignes. Je pense qu'il sera assez simple de les chasser et d'arracher leur culture. Vous pourrez faire bâtir une très belle résidence secondaire.

- Ce sera une résidence principale.

- Vraiment ? s'étonna Biaiseux. Vous quittez Ankh-Morpork ?

- Oui !

- Pourquoi ? »

Constant se leva de son fauteuil et s'approcha de la grande fenêtre. Il contempla la ville qui se reconstruisait doucement dans des matériaux aussi inflammables que ceux partis en fumée quelques semaines auparavant :

« Il s'avère que je suis lasse de cette cité ! Ses incendies à répétition…

- Vous êtes plutôt à l'abri ici. Le feu vient rarement dans ce quartier.

- Et ses inondations régulières. Son odeur méphitique…

- Des personnes lui vouent pourtant un culte. Cette odeur a sauvé la cité après tout.

- Je veux que mes enfants puissent sortir de la maison sans risquer de se faire poignarder pour une poignée de piastres. Ankh-Morpork vit dans une insécurité permanente que je ne veux pas pour ma famille.

- Je pense que vous avez les moyens de vous offrir des gardes du corps.

- C'est vrai ! Quand je parle d'insécurité, je ne fais pas uniquement référence aux divers malfrats, voleurs et assassins qui peuplent les rues de la cité. Je parle de politique ! Les rois étaient tous de véritables cinglés, ce n'est un secret pour personne. Aujourd'hui, nous avons ce nouveau système : les patriciens ! Ils sont tous aussi fous que les rois. Les gens espèrent à chaque fois avoir trouvé celui qui gouvernera sans… sans quoi d'ailleurs ? Sans torture gratuite ? Sans perversions ? Sans ambition démesurée ? A peine au pouvoir, tous deviennent de parfaits tyrans. Chaque nouveau patricien est pire que le précédent. La royauté était accompagnée de son lot de complots en tout genre. Le patriciat en est de même. Je n'ai pas envie d'attendre de voir les décisions meurtrières que prendra le prochain. Je préfère quitter Ankh-Morpork de mon propre chef ! Je n'ai aucune envie d'être chasser par un gouvernement dément.

- Vous êtes une personne censée, dit Biaiseux. Pourquoi ne tentez-vous pas de devenir le nouveau patricien. Vous pourriez faire beaucoup pour la ville.

- Je n'ai pas envie de me retrouver avec un couteau planté dans le dos. J'ai deux enfants et une épouse, je pense à eux avant tout. Ils ont besoin de moi. »

Constant se réinstalla dans son fauteuil. Il lança un regard au jeune avocat :

« Je vais vendre un certain nombre de sociétés. Je préfère prendre le plus de recul possible avec la ville. Je fermerais celles qui ne réalisent pas, ou insuffisamment, de bénéfices pour trouver acquéreurs.

- Je peux m'en charger. J'ai bien étudié le droit commercial.

- Je tiens à ce que tous les employés des entreprises qui fermeront aient une nouvelle place.

- Pardon ?

- Je ne veux pas que des personnes qui ont travaillé durant des années pour moi se retrouvent sans emploi à la fermeture de ces sociétés. »

Biaiseux semblait ne pas comprendre où Constant voulait en venir :

« Quelle importance ? finit-il par dire. Vous ne les connaissez pas personnellement ? »

Le regard de Constant s'assombrit un bref instant. Puis soudain, il fit un sourire à Biaiseux :

« Vous voulez dire que l'on se fiche de ce que vont devenir quelques inconnus ? L'important est avant tout les profits que je réaliserai sur ces ventes. Si de pauvres gens se retrouvent à la rue parce qu'ils ne pourront plus payer leur loyer ou nourrir leurs enfants, ce n'est pas très grave. Tant que moi et les miens sommes à l'abri du besoin, aucune raison de s'inquiéter outre mesure pour des personnes qui se sont escrimées durant des années à faire fonctionner mes entreprises. »

Biaiseux hésita un instant. Le revirement de comportement de Constant le perturbait :

« C'est exactement ce que je voulais dire, finit-il par dire.

- Dehors !

- Je vous demande pardon ?

- Dites à maître Finasseur que si je ne le vois pas en personne pour mon affaire, je me retire de son cabinet d'avocats.

- Je lui dirais…

- Quant à vous monsieur Biaiseux, je ne veux plus jamais vous voir vous occuper des affaires de ma famille.

- Je ne cherchais qu'à défendre vos intérêts monsieur, se défendit l'avocat.

- Je ne veux pas faire passer mes intérêts avant le bien des autres. Si vous êtes du genre à écraser les petits gens, grand bien vous fasse ! En ce qui me concerne, j'estime que même les personnes dans l'incapacité de se payer un avocat hors de prix ont droit à de l'estime. Sortez de chez moi monsieur Biaiseux. »

L'avocat se leva et quitta le bureau. Il était vexé et même blessé dans son amour propre. Il n'arrivait pas à croire qu'il ait pu si lamentablement échouer avec son premier client. Pour sa défense – après tout il était avocat – le seigneur Constant Vétérini était un client extrêmement difficile. A la guilde des avocats, il n'avait jamais entendu dire qu'un client pouvait s'inquiéter des intérêts d'autrui, surtout celui des pauvres. Il estima n'avoir fait aucune erreur dans cette affaire. Toutes les fautes revenaient au seigneur Vétérini.

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La fête battait son plein. Toutes les grandes familles d'Ankh-Morpork avaient été conviées par Constant à célébrer le départ de la famille Vétérini. Les gens de Haute ne refusaient jamais une invitation. Des serveurs passaient entre les convives en portant sur des plateaux des petits fours ou des flûtes de champagne. Dans un coin de la salle de réception, des musiciens jouaient une musique d'ambiance. Constant et son épouse passaient de convives en convives afin de s'assurer que chacun passait une bonne soirée.

D'un pas léger, Candice s'approcha de deux hommes. Ils discutaient tranquillement, une flûte de champagne à la main :

« Il faut dire ce qui est, dit l'un des deux hommes, cette jeune femme est une vraie idiote !

- Je ne pense pas que Vétérini l'a épousée pour sa conversation. Cette Candice n'a que du vent entre les oreilles.

- Vous parlez de moi ? » demanda la jeune femme de sa voix la plus innocente.

Les deux hommes furent confus. Ils se lancèrent un regard gêné :

« Je vous ai entendu dire mon nom, continua-t-elle.

- Euh… oui. C'est vrai ! dit le premier homme.

- Ho ? Et que veux dire "avoir du vent entre les oreilles" ? »

S'ils avaient pu s'évaporer ou se faire tout petit, les deux hommes l'auraient fait. Ils remuèrent nerveusement :

« En fait, commença le second, vous savez comment est le vent ?

- Non, dit-elle. Je ne l'ai jamais vu. Je crois qu'il est transparent. »

Les deux hommes échangèrent un nouveau regard lourd de sens :

« Le vent a beaucoup de force, repris l'homme.

- C'est vrai, confirma son compère. Le vent fait s'agiter les feuilles sur les branches des arbres. Il fait tourner les ailes des moulins.

- Et même, il permet à des navires d'avancer.

- Ho, fit la jeune femme. Vous voulez dire que j'ai des arbres, des moulins et des bateaux dans ma tête ?

- Pas exactement ! reprit le premier homme, qui se sentait rassuré par la bêtise de Candice. Nous voulons juste dire que vous avez une grande force intellectuelle. »

Le second étouffa un rire. Candice lui lança un regard. Elle n'avait demandé que deux mille cinq cents piastres quand elle avait découvert son aventure extraconjugale. Elle aurait certainement dû exiger davantage :

« Ho, fit-elle, voilà votre épouse seigneur Selachii ! »

L'homme tourna la tête et vit l'épouse de son compère, le seigneur Venturi :

« Dame Candice, ce n'est pas mon épouse.

- Ah bon ? s'étonna-t-elle de façon très convaincante. Pourtant je vous ai vu lui prendre la main et l'embrasser l'autre jour. »

Selachii était de plus en plus mal à l'aise. Il ignorait quand Candice avait pu le voir, il avait pourtant cru être discret :

« Non ! affirma-t-il. Vous faites erreur.

- Je suis certaine de ce que j'ai vu. Bon, je vais allez voir d'autres invités. Bonne soirée messieurs. »

Candice s'éloigna. Elle souriait intérieurement. Il en était fini de l'amitié entre les Selachii et les Venturi, elle était certaine.

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La nouvelle demeure des Vétérini avait été aménagée et décorée avant l'arrivée de la famille et son personnel qui avait choisi de la suivre. L'installation fut donc rapide.

Constant Vétérini était dans son nouveau bureau. Assis dans un confortable fauteuil en cuir, il contemplait les deux hommes qui se tenaient devant lui. Chacun d'eux avait un chapeau de paille dans les mains qu'ils faisaient tourner nerveusement. Constant saisit la bouteille de vin que les deux hommes avaient amené et en versa un fond dans un verre ballon. Il sentit le liquide et plissa le nez. Il prit une gorgée une bouche et étudia le goût avant de l'avaler :

« Votre vin est incroyablement mauvais.

- On fait de notre mieux messire ! dit l'un d'eux. On le trouve plutôt goûteux.

- Goûteux ? s'étonna Constant. Oui, il est vrai qu'il a du goût. Il oscille entre le vinaigre et le jus d'oignon.

- Vous exagérez messire !

- Je dirais aussi qu'il a une odeur épouvantable. Il sent… »

Constant sentit une nouvelle fois le vin :

« Il sent les pieds. »

Les deux paysans échangèrent un regard incrédule. Constant reprit une gorgée de vin :

« L'odeur, c'est peut-être à cause la façon dont on le fabrique messire. »

Constant posa un regard sur les deux paysans, il baissa les yeux. Ils portaient de vieilles chaussures terreuses. Il se leva et alla cracher le vin. Il se servit un verre d'eau et se rinça la bouche :

« Vous voulez qu'on arrache nos vignes messire ? demanda nerveusement l'un des paysans.

- Je pense qu'il doit avoir un moyen d'améliorer. On ne peut pas faire pire de toute façon. J'ai déjà au moins une idée pour en faire un produit de meilleure qualité, dit-il en jetant un regard aux pieds crasseux des deux hommes. Je vous le dis messieurs, ces vignes vont vous donner beaucoup de travail. Nous n'aurons de cesse que lorsque ce vin aura le plus délicat des bouquets et la plus harmonieuse des saveurs. Nous ferons de cette piquette un vin d'exception, car chez moi, nous ne tolérons pas la médiocrité. Si quelque-chose ne fonctionne pas, nous l'améliorons jusqu'à la perfection. »

Les deux paysans étaient sacrément impressionnés. Ils se doutaient que le seigneur venu d'Ankh-Morpork allait changer des choses dans leur vie. Ils n'imaginaient pas qu'il allait vouloir faire d'eux de véritables viticulteurs.

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