A propos de l'histoire : Le temps passe et l'Histoire avance.

Voici la rencontre du couple qui a donné naissance au seigneur Havelock Vétérini.

Important : Ma façon d'imaginer les parents du Seigneur Vétérini est très particulière. J'ai voulu qu'ils incarnent la douceur de vivre.


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Chapitre 3

La foire aux vins

Les yeux fermés, elle sentait le pinceau sur ses paupières qui dessinait des ombres séductrices. Elle craignait de voir le résultat final. Elle entendit du bruit sur la coiffeuse, juste avant qu'un nouveau pinceau vienne s'aventurer sur ses lèvres. Elle savait que sa sœur s'appliquait, ça ne la rassurait guère :

« Tu peux ouvrir les yeux ! »

Elle obéit et vit aussitôt la mine ravie de sa sœur :

« Tu es magnifique ! »

Elle lança un regard à son reflet. Elle fit un effort pour ne pas montrer sa déception. Sa sœur avait beaucoup de talents, elle n'en doutait pas. Le maquillage n'en faisait pas partie :

« Très joli, dit-elle en souriant. La façon dont tu as mis mes yeux en valeur est incroyable. Je savais que j'avais les yeux bleus ; je ne m'étais jamais rendu compte qu'ils avaient une teinte aussi glaciale.

- Glaciale ? Tu as un regard pénétrant.

- Tu as raison. Bon, je vais m'habiller. »

Elle se leva et rejoignit le dressing. Sa sœur se plaça devant le miroir de la coiffeuse et commença à se maquiller.

Lorsqu'elle revint dans la chambre, elle portait une robe bleue ornée d'une délicate dentelle blanche. Les nombreux jupons froufroutaient à chacun de ses pas. Sa sœur l'aperçut dans le miroir, elle se retourna :

« Pourquoi as-tu mis cette robe ? Elle te donne l'air d'une fille sage.

- Je suis une fille sage, répondit-elle.

- Ce n'est pas comme ça que tu vas te trouver un homme ! Vas plutôt mettre celle en soie. Tu sais, celle qui a un décolleté à faire baver un prêtre.

- Bobbie ! Si nos parents t'entendaient dire ce genre de choses…

- Tu ne leur diras rien ? »

Elle lança un regard désapprobateur à sa sœur :

« Non, tu le sais bien ! »

Bobbie se leva d'un bon et se précipita dans le dressing. Sa sœur prit place devant le miroir. Elle regarda son reflet sans conviction. Ça ne lui ressemblait pas. Bobbie avait mis des bigoudis dans ses longs cheveux noirs pour leur donner de jolies bouclettes. Elle les avait ensuite attachés d'une façon bien compliquée :

« Je ressemble un peu à une… euh…

- Une quoi ? cria Bobbie depuis le dressing.

- A une couturière, murmura-t-elle.

- Une quoi ?

- A grand-mère, improvisa-t-elle, quand elle était jeune. »

Elle se saisit d'un mouchoir et retira le rouge à lèvres. Elle pivota brusquement lorsqu'elle vit le reflet de sa sœur :

« Oh, Bobbie ! Tu n'as pas honte.

- Non !

- Ton décolleté est…

- Pigeonnant et attirant. Ma chère Anne, il faut que tu comprennes : les hommes croient diriger le monde et dans une certaine mesure, c'est vrai. Seulement, derrière chaque grand homme, il y a une femme. Tu sais pourquoi ?

- Non, j'avoue que je ne vois pas.

- Parce que les femmes dirigent les hommes. Que ce soit la modeste épouse qui rend son mari esclave ou la femme du monde qui influence les hommes de pouvoir grâce à ses charmes.

- La modeste épouse est plus souvent l'esclave de son mari que le contraire. Elle cuisine, fait le ménage et la lessive, élève les enfants.

- Tu n'as pas complètement tort. Sauf que d'une certaine manière, la modeste épouse rend son mari dépendant d'elle. Tout seul, il ne saurait pas se débrouiller. Tu as enlevé le rouge à lèvres !

- Oui. Ne le prends pas mal.

- C'était la touche finale, le petit plus.

- Je sais. »

Bobbie fit la moue. Elle contempla le visage clair de sa sœur. Elles étaient si différentes l'une de l'autre, leurs visions de la vie étaient diamétralement opposées. Elles se disputaient souvent à cause de ça. Elles finissaient toujours par se réconcilier, évidemment. Le caractère pondéré d'Anne facilitait les choses. De toute façon, Bobbie n'arrivait jamais à lui en vouloir bien longtemps :

« Allons-y ! » dit-elle.

Les deux sœurs quittèrent la chambre.

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Bobbie et Anne marchaient tranquillement dans les rues bondées de Sto Lat. La ville était pleine d'étrangers, elle accueillait en ce jour la cinquante-septième édition de la Foire aux vins de Sto Lat. La fête de la Bière de Pseudopolis, le festival du Mouton de Lancre ou la semaine du Chou d'Ankh-Morpork rassemblaient davantage de partisans. Ces événements étaient toujours bien plus festifs que la Foire aux vins de Sto Lat. Les organisateurs faisaient pourtant des efforts pour mettre de l'ambiance, rien n'y faisait. Malgré une fréquentation en hausse, la foire n'attirait pas les fêtards escomptés. La plupart des participants étaient issus d'une classe sociale élevée, ils ne buvaient pas jusqu'à se rouler sous les tables. Ils dégustaient les vins, ils prenaient le temps de sentir les bouquets de saveurs émanant des différents crus proposés et souvent ils recrachaient le peu de vin qui franchissait leurs lèvres.

Les deux sœurs attiraient les regards. Deux belles femmes se remarquaient rapidement au milieu d'une foule de gentilshommes. A n'en pas douté, le décolleté de Bobbie faisait son effet. Anne aurait aimé être plus discrète, elle aurait voulu s'effacer, mais une grande brune aux yeux clairs avait toujours du mal à passer inaperçu :

« On prétend que le roi de Sto Lat va venir faire un tour à la foire, dit Bobbie avec enthousiasme.

- Il fait bien comme il veut.

- Anne, tu ne comprends pas ? Ce brave roi est célibataire. Il suffit que tu te mettes bien en vue pour qu'il te remarque et tu te retrouves reine.

- Il me semble que les rois n'épousent que des princesses des autres royaumes. J'ai entendu dire qu'il y avait des pourparlers en vue d'une union avec la princesse de Quirm. Une délégation de Quirm est d'ailleurs « invitée d'honneur » à la Foire de cette année et leurs vins vont être mis plus en avant.

- Où as-tu entendu dire tout ça ? Tu passes ton temps à lire ou à jouer du piano.

- J'ai lu la brochure que tu as ramenée sur la Foire.

- En te voyant, le roi pourrait changer d'avis et renoncer à la princesse de Quirm.

- Bobbie, tu as encore beaucoup à apprendre. Un mariage royal n'a rien à voir avec l'amour, il s'agit d'accord financier et politique entre deux pays. C'est bien beau de vouloir faire du charme à un homme de pouvoir dans l'espoir de le diriger à ta guise, encore faut-il que tu comprennes ce qu'est la politique. Il te faut étudier les tenants et les aboutissants des décisions prises par ces hommes si tu veux un jour être la femme de l'ombre qui mène la barque et conduit son chouchou au sommet du pouvoir. »

Anne vit la mine ébahie de sa sœur. Elle lui fit un sourire radieux :

« Si tu passais moins de temps à flirter et davantage à étudier, tu saurais tout ça.

- Je m'appliquerai alors… demain. Regarde cet homme ! Elégant, bonne tenue, gestes raffinés…

- Marié, je dirais ! »

Bobbie s'élança seule dans la foule :

« Bobbie ! Bobbie, revient. »

Anne vit sa sœur s'approchait du stand où l'homme était arrêté. Elle détestait voir sa sœur faire ce genre de chose.

« … une très belle couleur, disait l'homme. Je note un pétillant absolument exquis… »

L'homme se tut à l'arrivée de Bobbie :

« Ho, pardonnez-moi ! dit-elle d'une voix douce. Vous ai-je interrompu messieurs ?

- Ce genre d'interruption est toujours un plaisir, mademoiselle.

- Vous parliez de ce champagne ?

- Pourriez-vous me donner votre avis ? »

Bobbie acquiesça. L'homme derrière son stand sortit un verre de cristal qu'il remplit. Bobbie contempla la couleur et le pétillant. Elle huma le champagne avant de le goûter :

« Je dirais des arômes de noisette et de poire… entre autres. Un très bon champagne, si vous voulez mon avis.

- Vous avez raison, mademoiselle.

- Si je ne m'abuse monsieur, vous êtes de Genua ?

- C'est exact !

- J'ai reconnu votre accent. J'ai toujours rêvé d'aller vivre là-bas, c'est un si beau pays.

- Je me ferais un plaisir de vous le faire visiter.

- Fort aimable monsieur. »

« Je déteste que tu fasses ça, Bobbie, dit Anne alors que sa soeur revenait près d'elle. Je te préviens, si tu recommences ce genre de chose, je ne t'accompagnerais plus jamais où que ce soit.

- Cet homme m'a invité à visiter Genua ! N'est-ce pas merveilleux ? Nous pourrions y aller en septembre. Il paraît que les automnes sont splendides là-bas. »

Anne reprit son chemin. Les deux sœurs marchèrent plusieurs minutes en silence :

« J'ai repéré un type là-bas ! Tout à fait mon genre.

- Bobbie, tu arrêtes ça immédiatement.

- Je reviens dans quelques minutes ma sœur chérie. »

Bobbie repartit à travers la foule. Anne était agacée, elle savait pourtant que cela allait se passer comme ça. Elle avait quand même accepté d'accompagner sa sœur, espérant que ce serait différent aujourd'hui.

Anne lâcha Bobbie du regard et contempla autour d'elle la foule de badauds tranquilles. Au milieu des milliers de visages, l'un d'eux attira son attention. Elle trouva qu'il détonnait. Les gens avaient mis leurs plus beaux atours, haut en couleur. Tous s'étaient coiffés avec soin. Beaucoup avaient un chapeau dans les cheveux ou portaient une perruque qui se voulait être la grande mode. Sauf cet homme. Ses vêtements avaient la couleur de la terre, ils avaient visiblement été beaucoup portés. Ses cheveux n'avaient pas croisé de peigne dans la journée et son visage n'avait pas eu droit à la visite d'un rasoir depuis plusieurs jours. La plupart des visages étaient pâles, l'homme avait la peau hâlée.

Son stand n'attirait pas les foules, personne ne semblait le voir ou plutôt ne voulait le voir. L'homme regardait autour de lui. Il finit par croiser le regard d'une jeune femme. Elle était grande, fine, elle avait les cheveux noirs et les yeux clairs. Elle lui sourit. Une voiture traversa la foule et s'interposa en lui et cette femme. Lorsque le véhicule s'éloigna, elle avait disparu. Il la chercha parmi la foule :

« Vous cherchez quelqu'un ? » demanda Anne.

L'homme la découvrit devant son stand :

« Oui ! Vous. »

Elle lui fit un nouveau sourire :

« Voulez-vous goûter mon vin ? demanda-t-il timidement.

- Non merci ! »

Ils échangèrent un regard gêné :

« Où produisez-vous votre vin ?

- A quinze kilomètres d'Ankh-Morpork.

- Je croyais qu'il n'y avait que du chou dans cette région.

- Principalement ! Notre exploitation est assez petite. Nos vins ne sont consommés que par des connaisseurs. »

Anne regarda autour d'elle :

« J'ai l'impression qu'il n'y en a aucun à Sto Lat.

- Je me faisais la même réflexion. J'avoue que mon père n'était pas d'accord pour que je participe à cette Foire. D'après lui, notre exploitation n'a aucun besoin de cette mascarade…

- Anne ! » dit Bobbie.

Elle attrapa le bras de sa sœur et l'entraîna dans la foule :

« Qu'est-ce que tu fais ? demanda Anne.

- Tu me remercieras plus tard. »

Anne dégagea son bras de l'emprise de sa sœur :

« Qu'est-ce que tu fais ? tu n'as pas vu que je discutais…

- Avec un paysan ! Je te sauve. »

Anne voulut revenir sur ses pas. Sa sœur la rattrapa :

« Qu'est-ce qui te prend Anne ? Tu es suffisamment belle pour conquérir le cœur d'un roi…

- Arrêtes avec ça ! Je ne veux pas de roi, ni de prince, ni d'un quelconque seigneur.

- Tu veux être l'épouse d'un paysan ? Tu veux vivre dans une petite bicoque et élever ses quinze mômes ?

- Je veux être heureuse ! Contrairement à toi, je ne crois pas trouver mon bonheur chez les hommes de pouvoir.

- J'ai vraiment l'impression que tu t'égares. Je crois que tu ne comprends pas les réalités de la vie.

- Bobbie, je suis l'aînée, ne l'oublie pas ! J'ai une plus grande expérience de la vie que toi.

- Je n'en ai pas l'impression.

- Vas donc faire du rentre-dedans à tous les richards de la foire si tu en as envie, mais laisse-moi tranquille ! »

Anne ne laissa pas à sa sœur le loisir de répondre. Elle s'éloigna d'un pas majestueux et rejoignit le stand qu'elle venait d'abandonner :

« J'ai l'impression que votre amie est en colère, dit-il.

- C'est ma sœur ! Nous n'avons pas la même conception de la vie.

- Ho !

- Pour elle, il est important de trouver un homme de haute extraction.

- Ho !

- Je ne sais pas si vous voyez ce que je veux dire.

- Mon père ne se soucie guère de ce genre de chose. Il a épousé sa femme de chambre. »

Anna lui lança un regard étonné. Il n'était pas courant chez les paysans d'avoir une femme de chambre :

« Votre grand-père ne s'y est pas opposé ? demanda-t-elle à tout hasard.

- Non. Il est arrivé que mes ancêtres se marient avec un membre de leur personnel.

- Vous avez beaucoup de personnel ?

- Ben oui ! En plus, nous avons deux résidences principales : une à Ankh-Morpork où mon père séjourne à chaque fois qu'il y va pour affaire et un autre à la campagne où je vis et où j'exploite notre "modeste" vignoble. »

Anne contemplait le visage de l'homme qui lui parlait. Il n'avait pas l'air d'un fils de riche. Il semblait si simple :

« Vous avez beaucoup d'intérêt à Ankh-Morpork ?

- Beaucoup moins que par le passé. Disons que notre famille s'est effacée depuis plusieurs générations du monde politique et financier d'Ankh-Morpork.

- Je vois ! Euh… comment vous nommez-vous ?

- Modeste !

- Modeste ? » s'étonna-t-elle.

Anne et Modeste discutèrent plus d'une heure, sans aucune interruption. Tous deux se sentaient comme sur un petit nuage.

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Un homme s'avança d'un pas déterminé jusqu'au stand de Modeste. Il ne prêtait aucune attention à ce qu'il y avait autour. Il était suivi de près par Bobbie :

« Père ? s'étonna Anne.

- Anne, je n'aime pas beaucoup que tu laisses ta petite sœur toute seule au milieu d'une telle foule. Ne vous avais-je pas demandé de rester ensemble ? »

Anne lança un regard noir à sa sœur qui affichait l'air le plus innocent dont elle était capable :

« Pardonnes-moi père ! »

Anne se rapprocha de sa sœur :

« Peste ! lui souffla-t-elle. Tu es allée chercher notre père…

- Non. Je l'ai croisé par hasard. Quand il m'a vu seule, il m'a demandé des explications. Que voulais-tu que je fasse ?

- Mentir ! tu es très doué habituellement pour manipuler ton monde.

- Tu me vexes.

- Je passais un merveilleux moment et tu as tout gâché. »

Les deux sœurs se mirent à bouder chacune de leur côté. Leur père ne leur prêta aucune attention. Quand on devait élever deux filles, on connaissait chaque jour des « drames » qui mettaient en rogne au moins l'un protagoniste de l'histoire. Il avait appris à ne plus s'en soucier et surtout à faire abstraction des querelles, notamment quand elles se tenaient à voix basse. Tandis que les deux jeunes femmes se faisaient mutuellement la tête, leur père discutait avec Modeste :

« Anne, approche ! » dit-il au bout d'un moment.

La jeune femme obéit. Son père tenait un verre à la main et semblait de bonne humeur :

« Ce monsieur repart ce soir pour son village, expliqua-t-il. Il m'a demandé si je consentirais à ce que tu partes avec lui. J'ai accepté parce qu'il m'a l'air d'un homme fort louable.

- Quoi ? s'étonna Bobbie. Enfin père…

- Roberta, je parle ! Je te pris de te taire et de ne pas m'interrompre. Pour en revenir à ce que je te disais, Anne : je t'autorise à partir avec ce jeune homme. Cependant, si tu n'as pas envie de faire ce voyage, je ne t'y forcerais pas. Que choisis-tu ?

- J'accepte, répondit-elle.

- Anne ! se scandalisa Bobbie. Tu ne vas quand même pas partir loin de moi ?

- Je vais aller préparer ma valise. »

Anne commença à s'éloigner du stand de Modeste. Elle revint rapidement sur ses pas :

« Merci père ! » dit-elle avant de repartir.

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La voiture s'arrêta devant un impressionnant portail en fer forgé. Anne regarda par la fenêtre et vit un grand V noir se séparait en deux sous l'impulsion de deux hommes. La voiture pénétra sur le domaine et remonta le chemin jusqu'à la demeure familiale. Modeste descendit le premier. Un homme l'attendait sur le perron. Il ouvrit grand les bras en voyant le jeune homme :

« Modeste ! dit-il joyeusement. Alors as-tu trouvé de nouveaux clients à Sto Lat ?

- J'avoue que non, père. »

Anne descendit à son tour du véhicule. Le père de Modeste haussa un sourcil sous le coup de l'étonnement :

« Mademoiselle !

- Bonjour monsieur.

- Père, dit Modeste, je te présente Anne Méserole. Je l'ai rencontré à Sto Lat. »

Le père Modeste appela un domestique, qui accourut aussitôt :

« Monsieur ?

- Cette jeune femme est notre invitée. Veillez à ce qu'elle soit installée le plus confortable possible.

- Bien monsieur ! Mademoiselle, si vous voulez bien me suivre. »

Anne suivit le domestique. Elle entra dans la demeure, laissant derrière elle Modeste avec son père. Le jeune homme lança un regard à son père qui souriait :

« Faute de client, vous avez ramené une jeune femme ?

- Oui.

- Intéressant !

- Elle est très bien. Son père travaille comme… »

Le père de Modeste leva la main pour obtenir le silence. Aussitôt le fils se tut :

« La valeur d'une personne ne se mesure pas par sa naissance. Des seigneurs sont de véritables fous et même sans aller jusque-là, nombre de nos égaux ont une moralité douteuse, des vices qu'ils considèrent comme normaux. Sais-tu que beaucoup de mes pairs à Ankh-Morpork estiment que je me suis avili en épousant ma femme de chambre ?

- Je l'ignorais père !

- Parmi tous ces bien-pensants, qui se scandalisent devant mon mariage, combien ont abusé de la faiblesse de leurs jeunes domestiques ? Tout le monde sait que beaucoup de bâtards des quartiers pauvres ont en fait de riches géniteurs. Il existe des gens bien dans tous les milieux et nous trouvons malheureusement des inadaptés dans toutes les classes sociales. Si tu penses que cette jeune femme est quelqu'un de bien, alors je me fiche de son ascendance. Elle sera accueillie dans cette maison avec respect aussi longtemps qu'elle se montra déférente. »

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Deux mois plus tard, la propriété des Vétérini accueillait la famille Méserole au complet pour la célébration du mariage de Modeste et Anne.

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