Titre: Au coeur des mystères

Auteur: Gorgonne

Disclaimer: La plupart des personnage et bien sûr le contexte/monde/univers sont à JKR

Résumé: Eté 1996- Victorieux de tant de combats, Sirius a perdu le dernier.
L'ombre du voile plane maintenant sur le monde sorcier… A l'aube d'une guerre inéluctable, le Département des Mystères conserve ses secrets. Harry conçoit l'espoir fou de percer le mieux gardé d'entre eux: un Gryffondor ne fuit ni l'aventure, ni la bataille!
Mais peut-il l'emporter là où le courage ne suffit plus?


TOUS LES LIVRES DE MAGIE DEPUIS LA CREATION DU MONDE

Pic!

Pic! Pic!

Pic Pic Pic Pic!

Harry se retourna dans un demi-sommeil.

Rrmphf, grogna-t-il.

PiiiiiiiiC! Pic Pic Pic!

Cette fois, il s'éveilla tout à fait dans un sursaut qui manqua de le jeter à bas du lit. Qu'est-ce qui pouvait bien… Il dénicha ses lunettes à tâtons pour identifier l'opiniâtre martèlement. L'idée de l'oncle Vernon clouant des planches à la fenêtre de sa chambre lui traversait vaguement l'esprit quand il comprit enfin.

-Coq ! s'exclama-t-il, soulagé.

Harry se hâta d'aller ouvrir la fenêtre au minuscule hibou de son ami Ron. Un parchemin deux fois plus grand que lui était attaché à sa patte.

-Comment un moustique comme toi peut-il faire autant de bruit? s'étonna le garçon en refermant les vitres.

L'oiseau virevolta autour de Harry avec une satisfaction manifeste. Quoi qu'il ait pu comprendre, il le prenait à l'évidence pour un compliment.

Non sans mal, Harry l'attrapa pour détacher le rouleau. Quelle étrange idée d'envoyer un hibou à… il trouva sa montre sur la table de nuit…un peu plus d'une heure du matin ! A moins que le petit volatile n'ait décidé de baguenauder en route. Pourtant, il se montrait toujours si empressé d'accomplir ses missions… Harry s'assit à son bureau. Il hésitait un peu à lire le message de Ron. Celui-ci avait cessé depuis environ une semaine de lui écrire quotidiennement. Harry, un peu mal à l'aise, redoutait une lettre de reproches bien sentis. Il n'avait répondu à aucune des missives de ses amis depuis le début de l'été. Tout juste avait-il envoyé les « rapports » imposés par les membres de l'Ordre pour confirmer qu'il allait bien. Qu'il allait bien ! Ils en avaient de bonnes ! Cependant, peu désireux de voir quiconque le distraire de ses sinistres méditations, Harry avait rempli son devoir. Tous les trois jours, il avait adressé au QG de l'Ordre le même message lapidaire :

Bonjour,

Je vais bien,

Harry.

Mais Ron et Hermione… Il n'avait trouvé ni le courage de leur mentir, ni celui de leur confier les sentiments qui le déchiraient jour et nuit. Leurs lettres formaient une petite pile entassée devant lui, sur le bureau. Depuis son retour à Privet Drive, ses deux amis avaient tenté de briser son isolement et de lui faire accepter l'inacceptable. Il s'était contenté de les lire, partagé entre le réconfort de leur présence et la colère face à une résignation qu'il ne pouvait partager. Mais pas une fois, il n'avait réussi à prendre une plume pour leur répondre quoi que ce soit.

Quel imbécile! réalisait-il à présent. Comment avait-il pu passer plus d'un mois à ruminer ses sombres pensées, au lieu d'employer ce temps précieux à chercher le moyen de retrouver Sirius ? Car il en était sûr maintenant il y avait un moyen, et il le découvrirait. Même s'il me faut ingurgiter tous les livres de magie depuis la création du monde. Souriant à la pensée de concurrencer Hermione, il se décida à dérouler le parchemin.

Cher Harry,

Ça ne commençait pas si mal, après tout.

J'espère que tu vas mieux, car aujourd'hui est tout de même un jour particulier. Tu es sûrement d'accord là-dessus.

Particulier ? Sûrement d'accord ? Qu'est-ce que Ron avait encore bien pu inventer dans son désir de lui changer les idées ?

Je commencerai donc par l'essentiel : BON ANNIVERSAIRE !

Bon ann…? Quel jour…? Ron avait sans doute perdu la notion du temps, à force d'être en vacances. Cela ne pouvait faire aussi longtemps… Harry se mit à fouiller fébrilement son bureau. Il finit par trouver ce qu'il cherchait : son calendrier ensorcelé clignotait à la date du jour. Ce n'était pas Ron qui avait perdu la notion du temps : on était bel et bien le 31 juillet.

Harry demeura stupéfait. Jamais encore il n'avait oublié le jour de sa naissance. Jusqu'à l'âge de onze ans, il avait été seul à se souhaiter son propre anniversaire. Mais il n'avait jamais manqué cette occasion de faire un vœu depuis qu'il la connaissait. Ensuite, il avait attendu cette date avec impatience : il recevait désormais des lettres et des présents de ses amis sorciers. Mais maintenantson cœur se serra tout à coup. Bien sûr qu'il avait oublié son anniversaire. Quelle importance ? La lettre et le cadeau qu'il attendait le plus impatiemment n'arriveraient plus jamais…Au bord des larmes, Harry se reprit. Cette année, se raffermit-il. Seulement cette année. Il reprit résolument la lecture du parchemin.

Malheureusement, ton cadeau empêchait Coq de s'envoler. Il t'attend donc au Terrier, et nous aussi. Si tes moldus sont d'accord, Papa viendra te chercher demain à midi. S'ils ne sont pas d'accord, c'est Fred et George qui viendront (c'est pas vrai, les parents ont trop peur qu'ils fassent des expériences sur ton cousin, mais dis-le à tes moldus et ils te laisseront partir). En tout cas quelqu'un viendra.

Je ne crois pas qu'on restera au Terrier ensuite. Dumbledore a fini par accepter qu'on vienne te chercher mais il veut qu'on passe le reste des vacances où tu sais (histoire qu'on soit surveillés, gardés et soupçonnés de tout par tout le monde bien sûr). Naturellement, les parents trouvent ça très bien. Hermione aussi, ça t'étonne ? Elle devrait nous rejoindre là-bas.

C'est pour ça que je ne t'ai pas écrit cette semaine : ma mère a embauché toute la famille pour dégnomer le jardin et nettoyer toute la maison avant de partir, et j'étais vraiment trop fatigué.

Comme tu n'as pas répondu aux autres lettres, je suppose que tu vas faire pareil. C'est sûr que tu ne dois pas être en forme pour écrire, ce sera mieux de se voir.

Harry sentit une vague de gratitude honteuse l'envahir. Quel excellent ami était Ron, et quel égoïste il était lui-même ! Non seulement Ron ne lui en voulait pas de n'avoir jamais répondu à ses lettres, mais il semblait trouver cela normal et se réjouissait de le voir !

Il lut les dernières lignes de l'écriture brouillonne de son ami.

Alors on n'attendra pas ta réponse pour venir te chercher, prépare juste tes affaires.

A demain,

Ron

Posant le parchemin sur son bureau, Harry se leva, alla ouvrir la fenêtre et s'y accouda, contemplant la nuit. Les pensées se bousculaient à présent dans sa tête. Le Terrier…Il n'y avait passé que des moments heureux, parmi les meilleurs de sa vie. L'idée d'y retourner était la première qui le tentait depuis longtemps. Mais il devait rattraper le temps perdu et commencer ses recherches pour retrouver son parrain, et ce n'était pas au Terrier qu'il en aurait l'occasion. Mais où, au fait ? Où trouverait-il la clé de la plus grande énigme du Département des Mystères ?

S'arrachant à sa rêverie, il se souvint alors que, de toute façon, Ron ne parlait pas d'un séjour prolongé chez lui. Il annonçait un autre départ, vers l'un des endroits où Harry souhaitait le moins au monde se retrouver. A l'évocation du QG de l'Ordre, ses plus noires pensées lui revenaient et il sentait le désespoir l'envahir. Le serment qu'il avait fait avant de s'endormir lui paraissait tout d'un coup le plus illusoire qu'on puisse imaginer. Non, il ne voulait à aucun prix retourner là-bas. Sitôt entré dans la sombre demeure, il sentait que ses résolutions et l'optimisme qu'il avait cru regagner l'abandonneraient à jamais.

A ce moment, une ombre se dessina face à lui dans la nuit. Il ne distinguait que ce qui semblait être des ailes déployées. Elles encadraient une étrange petite silhouette. Harry recula instinctivement et la créature se glissa aussitôt dans la pièce.

Il vit alors qu'il s'agissait d'une chouette de couleur fauve -une chouette inconnue. Son cœur fit un bond. Se pouvait-il… Là où il était, peut-être que… Stop. Arrête ça tout de suite, s'ordonna-t-il aussitôt. Il serait par trop invraisemblable que, là où il était, son parrain puisse envoyer des hiboux et qu'il ne l'ait pas fait jusqu'à cette nuit, se raisonnait à présent Harry. Mais s'il venait juste d'en trouver un…insista dans sa tête une petite voix obstinée.

Harry devait absolument la faire taire.

-Bien sûr, ricana-t-il. C'est pour cela qu'il a presque attendu un mois et demi pour me dire qu'il était vivant : il n'avait pas de hibou à sa disposition !

L'idée de Sirius arrêté par un détail aussi prosaïque était tout bonnement impensable.

-D'ailleurs, ajouta Harry d'un ton un peu trop sarcastique, il a même réussi à me dénicher un cadeau.

Il venait en effet de comprendre pourquoi la silhouette de la chouette lui avait paru étrange elle était déformée par un gros paquet qui encombrait son dos et dépassait sur les côtés.

Cette fois, la petite voix n'ajouta rien.

Avec une hâte qui démentait son ton assuré, Harry attrapa la chouette un peu rudement, s'attirant un cri mécontent de l'animal. Il dénoua la lettre attachée à sa patte ainsi que le paquet sur son dos avec plus de douceur. La chouette alla rejoindre Coq et Hedwige dans la mangeoire. Couvé d'un œil torve par la chouette blanche, le tout petit hibou fit aussitôt à la nouvelle venue les honneurs d'une discussion animée.

Harry déroula le parchemin. Il aurait reconnu entre mille l'écriture qu'on y lisait.

Il parcourut le rouleau tandis qu'un sourire naissait peu à peu sur son visage. Sans lâcher la lettre, il commença à faire les cent pas dans la chambre. Il semblait pris d'une excitation incontrôlable. Ses yeux brillaient d'une fièvre qui lui ôtait jusqu'à sa pâleur maladive. Des bribes de phrases lui échappaient par moments.

-Par Merlin ! … tout ce temps…sans cette lettre…cerveau de troll!... et s'il…vite!

Harry, envoyant la lettre sur le lit, se jeta sur un tiroir de son bureau. Il en arracha un rouleau de parchemin vierge, se saisit d'une plume et commença à écrire.

Il choisit ensuite un rouleau plus petit et se mit à le remplir. Il eut vite terminé.

-Hedwige ! appela-t-il impatiemment, comme si la chouette blanche se faisait attendre depuis des heures.

Celle-ci vola jusqu'au jeune sorcier et se posa devant lui sans lui accorder un regard, la tête relevée dans une pose hautaine. Harry, réalisant qu'il l'avait sans doute un peu vexée, lui demanda gentiment :

-Hedwige, veux-tu bien porter ces messages à Dumbledore le plus vite possible, s'il-te-plaît ? Excuse-moi si j'ai été un peu brusque, mais c'est très important. C'est même la chose la plus importante de monde.

La majestueuse chouette émit un acquiescement bougon en prenant son vol. Harry la regarda partir, rassuré. Il la savait susceptible et elle mettrait sans doute quelques jours avant de redevenir tout à fait amicale mais il s'était fait pardonner et c'était l'essentiel. Hedwige accomplirait sa mission -la plus importante peut-être qu'il lui ait confiée- avec son efficacité habituelle.

Il retourna s'asseoir à son bureau, prit dans son tiroir un autre rouleau de parchemin et commença calmement à écrire. Après quoi il appela Coq et, le parchemin fixé à sa patte, le petit hibou s'envola dans la nuit.

Harry recommença la même opération avec un quatrième rouleau, qu'il confia cette fois à la chouette fauve.

Quand elle fut partie à son tour, il alla s'allonger sur son lit. Longtemps après, il finit par tomber dans un sommeil troublé de mots qui résonnaient dans sa tête : sermenttous les livres de magie… création du monde…

La lettre d'anniversaire d'Hermione Granger avait, bien malgré elle, apporté à Harry beaucoup plus que des vœux. Elle avait comblé les espoirs du jeune homme au point qu'il avait totalement oublié son cadeau qui gisait par terre, toujours empaqueté.