Titre: Au coeur des mystères
Auteur: Gorgonne
Disclaimer: La plupart des personnage et bien sûr le contexte/monde/univers sont à JKR
Résumé: Eté 1996- Victorieux de tant de combats, Sirius a perdu le dernier.
L'ombre du voile plane maintenant sur le monde sorcier… A l'aube d'une guerre inéluctable, le Département des Mystères conserve ses secrets. Harry conçoit l'espoir fou de percer le mieux gardé d'entre eux: un Gryffondor ne fuit ni l'aventure, ni la bataille!
Mais peut-il l'emporter là où le courage ne suffit plus?
DERNIERES VOLONTES?
Ron Weasley passait une excellente matinée.
Harry arrivait aujourd'hui ! Ils s'étaient quittés depuis quelques semaines, mais son ami lui manquait comme s'il ne l'avait pas vu depuis des mois. De plus, il commençait à s'ennuyer ferme. Arthur, Bill et Charlie étaient plus que jamais accaparés par l'Ordre et ne faisaient au Terrier que de brefs passages. Seule Molly avait été dispensée de missions pendant les vacances de ses deux plus jeunes enfants. Les jumeaux passaient leurs journées à discuter –et parfois tester- leurs idées dans leur chambre. La seule compagnie de Ginny était loin de satisfaire le jeune garçon.
Ce jour-là, sa sœur et lui s'étaient levés plus tard que d'habitude pour fêter la fin de l' « opération Terrier propre », selon l'expression des jumeaux. Ils avaient pris un excellent petit-déjeuner préparé par leur mère, qui n'avait fait aucune remarque sur leur réveil tardif.
Molly s'était transformée en tornade toute la semaine précédente. Elle était partout à la fois, du grenier au jardin. Elle n'avait pas connu un instant de répit –et n'en avait accordé à personne. Houspillant énergiquement tout un chacun, elle avait traqué sans merci la moindre trace de poussière et la plus petite herbe folle. Cette obsession d'ordre et de propreté n'était, heureusement pour les siens, que périodique chez Molly Weasley. Elle y succombait environ une fois par an, avec parfois un léger décalage dans les dates. Comme possédée par une sorte de fée du logis maniaque, elle semblait alors agir indépendamment de sa volonté. Son mari et ses enfants avaient cependant remarqué une condition essentielle à cette métamorphose : toute la famille devait être présente et susceptible d'être mise à contribution.
Mais ce matin-là, Molly était redevenue la mère attentionnée, protectrice et…quelque peu soupçonneuse que Ron connaissait. Ginny était remontée écrire l'une des interminables lettres qu'elle échangeait avec ses amies. Il allait quitter la cuisine à son tour, quand sa mère l'avait retenu pour s'informer de ses projets de la matinée.
-Heu…Je crois que je vais jouer un peu aux échecs…et…peut-être au quidditch miniature…Pas grand-chose d'autre à faire avec cette pluie, avait-t-il ajouté en jetant un coup d'œil aux carreaux trempés de la fenêtre.
-C'est vrai, mon chéri, avait-elle approuvé en lui ébouriffant machinalement les cheveux. Ron avait réprimé un léger agacement -ce geste était pour lui le plus infantilisant qui soit.
-Amuse-toi bien, alors, avait dit Molly en souriant. Elle semblait rassurée, n'ayant repéré aucune bêtise à commettre dans l'innocent programme de son plus jeune fils.
Celui-ci entendait bien suivre le conseil et se dédommager de sa terrible semaine. L'orage qui grondait ne suffisait pas à l'attrister : ses courbatures l'auraient gêné pour s'entraîner au quidditch, et des distractions plus passives étaient pour une fois tout ce qu'il souhaitait.
Après une éblouissante partie d'échecs qui avait rendu les pièces adverses rouges de honte, Ron était à présent entièrement absorbé par le souaffle de son jeu de quidditch miniature. Craignant que « son » gardien n'arrive pas à l'intercepter, il lui criait des instructions dont l'autre ne tenait aucun compte. La figurine de Miguel Rios, gardien de l'équipe brésilienne, ne comprenait manifestement pas l'anglais.
La bruyante irruption d'un hibou ruisselant stoppa net les invectives que Ron lançait maintenant au joueur.
-Non, Coq, pas sur ma tête !
L'interpellé se posta alors sous le nez de Ron pour qu'il dénoue le parchemin attaché à sa patte. Il continua à secouer ses plumes, inondant le visage du jeune garçon.
-Arrête ça tout de suite, espèce d'idiot ! Je ne peux même pas voir ta patte !
Ron réussit enfin à détacher la lettre. Le petit hibou entreprit de se sécher sur l'oreiller de son propriétaire, qui n'en avait cure. Ce ne pouvait être qu'une réponse de Harry ! La première depuis qu'ils avaient quitté Poudlard au début de l'été ! Dans sa hâte, Ron déchira à moitié le bas du parchemin. Pas grave, remarqua-t-il aussitôt, un peu déçu seules quelques lignes remplissaient le haut du rouleau. Bon, Harry n'allait pas passer d'un silence total à dix rouleaux de parchemins ! Qu'est-ce qu'il s'était imaginé ? Le simple fait qu'il écrive était déjà un progrès, non ?
Dès qu'il commença à lire, les sourcils de Ron se haussèrent dans une surprise muette.
-QUOI ? articula-t-il, médusé.
Ses yeux déjà ronds s'écarquillèrent encore en parcourant la suite. Il retourna alors le parchemin dans tous les sens, comme si le message était forcément incomplet. Ne trouvant rien de plus, il alla droit sur son oreiller.
-Coq, écoute-moi bien. C'est très sérieux. Est-ce que Harry ne t'a rien donné d'autre que tu aurais perdu en route ?
Mais Ron n'avait jamais encore entendu parler d'un hibou perdant son courrier. Même son excentrique petit messager n'avait jamais fait une chose pareille.
Comme pour le confirmer, Coq hulula gaiement en réponse. Il avait l'air aussi satisfait de lui que de coutume, et l'on pouvait difficilement imaginer qu'il ait quelque chose à se reprocher.
Ron réfléchit quelques instants. Il finit par pousser un grand soupir, hocha la tête et sortit de sa chambre. Dans le couloir, il hésita encore, puis se dirigea d'un pas décidé vers la chambre des jumeaux.
Les heureux propriétaires de la boutique « Farces pour Sorciers Facétieux » s'étaient accordé un mois de vacances. Profitant du manque d'affluence à Pré-au-Lard, ils avaient consacré cette période à peaufiner leurs dernières inventions.
Fred et George étudiaient pour l'heure une liste de produits qu'ils comptaient lancer pour la rentrée. Chaque article faisait l'objet de multiples essais de slogans publicitaires –rimés si possible.
Ils en étaient à « écoutez à toutes les portes grâce aux Oreilles à Papote » quand leur propre porte résonna de trois petits coups rapides. Ron entra sans attendre leur réponse.
-Dis donc, Ronnie, commença Fred, est-ce que par hasard…
-…l'un de nous t'aurait prié d'entrer ?continua George.
Ron se sentit écrasé sous deux paires d'yeux menaçants.
-Non, mais…commença-t-il.
-Son châtiment pourrait être…coupa George.
-Bonne idée, ou bien…repartit Fred. Les jumeaux se regardaient d'un air pensif. Nul n'aurait pu dire s'ils se moquaient de Ron, où s'ils comptaient vraiment lui faire regretter son entrée cavalière.
-Arrêtez ! plaça Ron. Il faut absolument que je vous parle ! Vous êtes les seuls à pouvoir m'aider tout de suite et c'est…c'est grave, quoi !
Une expression alléchée illumina instantanément les visages des jumeaux.
-Aaaah !firent-ils à l'unisson. Fallait le dire tout de suite !
-Allez, confie-toi…chantonna George d'une voix de basse.
-Nous sommes les gars qu'il te faut et nous ne te décevrons pas, assura Fred du même ton.
-Mais d'abord, le plus important…poursuivit George, l'index levé.
-Oui… à qui veux-tu nuire ? chuchota Fred d'un air de conspirateur.
Ron leva les yeux au ciel en secouant la tête. Est-ce qu'ils allaient finir par l'écouter ?
-Rien à voir avec une farce, je vous dis que c'est important ! Tenez, ça ira plus vite !
Fred prit la lettre de Harry que Ron leur tendait. George et lui rapprochèrent leurs têtes pour lire en même temps. Ils levèrent enfin sur Ron des visages consternés.
-Oh, Ron !fit George. On est désolés ! Jamais on n'aurait cru…
-Toutes nos condoléances ! Il nous manquera aussi, tu sais…ajouta Fred d'un ton contrit.
- Perdre son meilleur ami comme ça ! Ce doit être affreux ! George paraissait navré.
-Il me faut votre avis Là-dessus sérieusement tout de suite ! hurla Ron, à bout de patience.
-Mais tu l'as ! répondirent sincèrement ses frères.
-Que veux-tu qu'on y ajoute, hormis que tout ceci est d'un goût…Fred grimaça d'un air écoeuré.
-…pour ne pas dire d'un ingoût! compléta George d'un ton sentencieux.
Ron les regardait, éperdu. Si eux ne comprenaient pas…ils étaient ensemble à Poudlard, jusqu'à cette année ! Ils auraient du réaliser comme lui…
Son air désespéré finit par inquiéter les jumeaux.
-Est-ce qu'on doit comprendre qu'à ton avis, il est sérieux ?s'enquit Fred.
-Bien sûr qu'il est sérieux ! Il n'a écrit ni à Hermione, ni à moi depuis tout ce temps ! S'il se décide, c'est pas pour faire une blague !
Les jumeaux échangèrent un regard d'effroi.
- Alors, qu'est-ce que je peux faire ? insista leur cadet.
-Hmm…Dans ce cas, c'est grave…George ne riait plus.
-Pour ne pas dire désespéré…Fred soupira.
-Bref : montre cette lettre aux parents tout de suite! conclurent-ils d'un ton catégorique.
-C'est VRAIMENT obligé ? tenta Ron.
Mais il savait bien que si les jumeaux eux-mêmes lui donnaient un tel conseil pour la première fois, c'est que toute autre solution était inutile.
Fred et George confirmèrent de la tête.
-Fais vite, c'est ce matin que Papa va le chercher, non ?
-C'est…Ron consulta sa montre. J'y vais ! cria-t-il en courant vers l'escalier.
Arthur Weasley venait de transplaner dans le jardin. Poussant la porte d'entrée, il
pénétra dans la cuisine en même temps que son plus jeune fils. Il le salua d'un joyeux « Hello, Ron ! » et embrassa Molly qui préparait le repas.
-Arthur ! Mais tu es en avance ! Moi qui craignais que tu ne te libères pas à l'heure…
-Penses-tu, chérie ! Ce n'est pas tous les jours que…
-Papa ! Tu…ne dois pas… partir avant… d'avoir lu ! coupa Ron. Arthur considéra d'un air surpris son fils qui, rouge et essoufflé, lui tendait un parchemin. Il faut que vous lisiez, reprit Ron avec force. Je crois que…je crois que Harry a perdu la tête, acheva-t-il d'un ton éteint.
Arthur continuait de le contempler comme s'il le voyait pour la première fois. Molly, quant à elle, eut tôt fait de poser sa baguette et de saisir le rouleau tendu par son fils. Elle le parcourut rapidement puis, le passant à son mari, regarda Ron :
-Eh bien, c'est un peu étonnant, mais…Tu apprends cela d'un seul coup, alors que lui doit y réfléchir depuis longtemps…Non, je ne vois rien là de si affolant, Ron. Avec ce qui lui est arrivé, il ne pouvait pas rester exactement le même…Il a…comment dire…mûri d'un seul coup, voilà…Et tu sais, au fond…tout ce qu'on peut regretter, c'est que ce soit du à ces circonstances terribles ! Je serais personnellement comblée de te voir suivre un tel exemple et, en fait, si les choix de Harry pouvaient t'influencer…Quand je pense à tous les reproches que j'ai pu faire à son…
Ron fixait à présent sa mère comme s'il doutait qu'elle ait toute sa raison.
-MOLLY !
La voix d'Arthur les fit tous deux sursauter. Plus posément, il reprit :
-Molly, comment réagirais-tu si Ron –RON- désirait annuler ses vacances pour rester étudier tout l'été à Poudlard et « prendre de l'avance pour l'année prochaine » ? S'il t'annonçait qu'il va abandonner le quidditch pour mieux se consacrer à ses études ? S'il suppliait Dumbledore de lui obtenir des cours particuliers avec Severus Rogue ? Qu'est-ce que tu en penserais, Molly, s'il prétendait en plus faire tout cela pour respecter les volontés du Maraudeur Sirius Black ?
Les yeux de sa femme se mirent à briller de ravissement. Rayonnante, elle soutint son regard :
-Eh bien, Arthur, comme je viens de le dire, j'en serais bien sûr tout à fait comb…
Elle n'acheva pas. Son sourire se tordait lentement en une grimace horrifiée.
-J'en penserais…Elle murmurait presque à présent. J'en penserais… qu'il projette une autre aventure catastrophique et qu'il me ment…ou qu'il a perdu l'esprit…ou que Tu-Sais-Qui l'a soumis à l'Impérium…ou encore tout cela à la fois ! Sa voix tremblait sous l'émotion.
-Oh, Arthur ! Que devons-nous faire ? Harry n'a pas pu écrire cela, n'est-ce pas ?
Son mari la prit dans ses bras.
-Allons, chérie, calme-toi…Sa voix se voulait rassurante. Ce n'est peut-être rien, après tout. Une idée sans suite, sûrement…Un tel choc…Et il est si seul avec ces moldus, il rumine sans doute n'importe quoi…
Mais déjà, Molly se reprenait. Le général rassemblait ses troupes.
-Arthur, tu vas immédiatement le chercher -s'il est encore à Privet Drive. Ron, appelle Fred et George. Ils t'accompagneront, Arthur. On ne sait pas ce que tu vas trouver là-bas. Cette idée d'Impérium est sans doute idiote, mais…Pendant ce temps, je contacte Dumbledore. Si Harry est sérieux –ce dont je ne doute pas- il lui a forcément envoyé un hibou.
Les jumeaux apparurent alors dans la cuisine.
-Nous sommes prêts, Papa.
Les Oreilles à Papote fonctionnaient décidément à la perfection. La voix tendue, Ron s'adressa à Molly :
-Utilise Coq, Maman. Errol mettrait sans doute des heures…
OoO
Loin de la panique qui s'était emparée du Terrier, un vieil homme réfléchissait, confortablement installé dans le fauteuil de son bureau. Ses yeux, d'une vivacité extrême, contrastaient singulièrement avec les rides de son visage et la blancheur de ses cheveux. Une certaine tension émanait de sa personne, comme s'il était en proie à des pensées particulièrement complexes. Il tenait devant lui un rouleau de parchemin qui lui était parvenu dans la nuit, par une magnifique chouette blanche qui ne semblait pas de très bonne humeur.
Il n'avait pas besoin de relire le parchemin pour savoir ce qu'il contenait. Cependant, il en examina à nouveau chaque ligne, ressentant le besoin d'assurer définitivement sa décision. Quand il eut terminé, un sourire se dessina sur son visage. Non, décidément, son premier instinct ne l'avait pas trompé.
Il prit un autre parchemin, trempa sa superbe plume d'or et commença à écrire. Puis il s'approcha de la chouette blanche qui avait terminé son repas, et l'appela doucement dans une langue que peu d'êtres humains auraient pu comprendre. La chouette vint se poser devant lui et lui répondit quelques sons également inintelligibles au commun des mortels. Il fixa le parchemin à sa patte. La chouette se posa sur son bras. Il alla jusqu'à la fenêtre et, là, elle prit son envol, croisant un minuscule hibou qui s'introduisit dans la pièce comme une comète.
-Eh bien, quand on parle de l'un, l'autre n'est jamais loin…
Le vieil homme libéra la patte du tout petit hibou. Mais ce n'était pas Ron qui lui avait écrit. En terminant sa lecture, l'homme poussa un profond soupir.
Il se sentait tout à coup très vieux et très las. Le message de Molly Weasley ravivait ses plus sombres souvenirs. Ceux d'une époque pas si lointaine où le monde sorcier vivait dans l'angoisse, où la méfiance régnait jusque dans les familles, où l'évènement le plus anodin déclenchait l'affolement, où l'on croyait voir partout la marque d'un mage noir.
Revenant à son bureau, il rédigea rapidement une réponse qui se voulait rassurante. Mais combien de temps, se demandait-il malgré lui, combien de temps pourrai-je encore les rassurer tous ? Il confia le parchemin au petit hibou qui repartit aussi vivement qu'il était venu.
Avant de retourner s'asseoir, le vieil homme s'arrêta devant un magnifique oiseau qui, sur son perchoir, semblait l'attendre. Il le caressa en murmurant :
-Alors, qu'en penses-tu ? Ai-je bien fait ce qu'il fallait? Ai-je au contraire déclenché une série d'évènements qui, tôt ou tard, nous mèneront à notre perte ?
L'oiseau n'utilisa pas le langage humain du vieillard pour lui répondre. Mais celui-ci dut être satisfait, car un sourire éclaira à nouveau son visage parcheminé. Dans ce cas…laissons faire les choses, ajouta-t-il simplement en caressant sa longue barbe blanche.
De toute évidence, Harry Potter lui cachait quelque chose, quelque chose qu'il était peut-être urgent de découvrir. Et il fallait pour cela prendre un risque. Le vieil homme continuait de caresser sa barbe, espérant ne pas voir se retourner contre lui les armes qu'il venait de choisir.
