Titre: Au coeur des mystères
Auteur: Gorgonne
Disclaimer: La plupart des personnage et bien sûr le contexte/monde/univers sont à JKR
Résumé: Eté 1996- Victorieux de tant de combats, Sirius a perdu le dernier.
L'ombre du voile plane maintenant sur le monde sorcier… A l'aube d'une guerre inéluctable, le Département des Mystères conserve ses secrets. Harry conçoit l'espoir fou de percer le mieux gardé d'entre eux: un Gryffondor ne fuit ni l'aventure, ni la bataille!
Mais peut-il l'emporter là où le courage ne suffit plus?
SYBILLINES DECEPTIONS
L'homme en cape noire n'en croyait pas ses yeux, qu'il avait pourtant fort perçants.
Il avait quitté la salle commune d'une humeur massacrante. A son arrivée, Nick-Quasi-Sans-Tête lui avait d'abord annoncé que Minerva Mc Gonagall et Albus Dumbledore ne paraîtraient pas ce soir-là. Cela l'avait prodigieusement agacé il soupçonnait Mc Gonagall d'être plus au fait que lui-même des projets de Dumbledore, et leur absence simultanée ne faisait que le démontrer. Encore quelque réunion secrète dont il n'apprendrait que ce qu'en souhaiteraient le directeur et son adjointe.
Il commençait donc son dîner en compagnie du professeur Flitwick, quand une convive inattendue s'était jointe à eux. Sybille Trelawney, car c'était elle, avait glissé jusqu'à leur table de son inimitable démarche aérienne, environnée d'une odeur d'encens qui avait rapidement envahi les plats.
-Sybille quittant sa tour pour se mêler aux profanes que nous sommes ! Que nous vaut tant d'honneur ?
-Oh, voyez-vous, c'est assez mystérieux…J'ai tout à coup ressenti l'irrépressible besoin de descendre vous rejoindre…avait-elle susurré, le regard vague.
-Vraiment ? Et cet irrépressible besoin ne serait-il pas du à une…déception face à un simple sort de cuisine rapide ?s'était-il enquis, plein d'une hypocrite sollicitude.
-Eh bien, mon cher, il est curieux de vous entendre parler de déceptions…car celles qui vous attendent sont particulièrement cruelles ! Elle ne susurrait plus du tout et le fixait d'un œil féroce.
La simple vue du professeur de Divination suffisait d'ordinaire à mettre le sorcier sur les nerfs. Après avoir enduré ses prédictions tout le repas durant, il était littéralement hors de lui.
Dédaignant les desserts, il s'était brusquement levé et avait marmonné un sec « Bonsoir » en direction de Flitwick, qui semblait souffrir avec galanterie la présence de l'intruse.
Il pensa alors aux délicates recherches qu'il devait poursuivre dans son bureau. Qu'au moins, elles ne pâtissent pas de cette détestable soirée ! Il changea de direction pour aller demander à Mme Pomfresh un quelconque remède apaisant. Quand, tournant à l'angle du couloir qui menait à l'infirmerie, il crut apercevoir à l'autre bout une silhouette qui s'éloignait.
La seule silhouette dont la vue pouvait encore augmenter sa rage.
C'était impossible, ses yeux le trompaient. L'énervement, sans doute. Peut-être un léger surmenage ? Voilà qu'il avait des hallucinations, comme cette affligeante Trelawney ! C'était ridicule. Cette silhouette n'avait strictement rien à faire dans le château. Rien, se répéta-t-il avec hargne.
Mais n'était-ce pas justement la meilleure raison pour qu'elle s'y trouve ?
N'y tenant plus, le sorcier traversa le couloir à grandes enjambées, sa cape noire volant après lui. Atteignant l'escalier éclairé de torches qui menait à la tour des Gryffondors, il eut la triste confirmation que sa vue était toujours aussi bonne.
-POTTER ! rugit-il.
Harry fit un tel bond à la voix détestée qu'il manqua de tomber à la renverse. Seul le poids de son sac rempli de livres l'empêcha de rouler à bas du grand escalier. Il rétablit son équilibre et se retourna. Severus Rogue fondait sur lui comme un rapace sur une musaraigne.
-Potter, répéta-t-il, la bouche contractée en un rictus qui évoquait pour Harry le masque d'un sorcier vaudou.
La victime était sur le point d'être sacrifiée, à en juger par le regard dont l'enveloppa son professeur de Potions. Celui-ci détaillait à présent Harry de la tête aux pieds avec un dégoût incrédule. Enfin, très lentement, il se mit à parler :
-Je croyais ce collège débarrassé de votre personne pour deux mois, Potter, proféra-t-il. Il semblerait que je me sois trompé. On ne se défait pas comme cela des nuisibles de votre espèce!
Il se pencha un peu plus vers Harry, son nez crochu à quelques centimètres du visage du garçon.
-Mais je suppose, reprit-il d'un ton doucereux, qu'un motif inconnu de moi justifie pleinement votre présence ?
Exactement, espèce de vieille chauve-souris ! Harry se garda bien d'exprimer sa réponse.
La question de Rogue était lourde de sous-entendus. Chaque fois qu'il avait rencontré Harry ailleurs que dans une salle de cours, celui-ci s'apprêtait à enfreindre plusieurs articles du règlement de Poudlard. Tout deux en étaient parfaitement conscients et Rogue, toujours penché sur Harry, attendait avec une visible délectation. Ce fut d'un ton hésitant que le jeune sorcier se risqua à répondre :
-Professeur…Je…je croyais…
-TAISEZ-VOUS ! hurla Rogue.
Harry referma la bouche, déconcerté.
-Vous ne parlerez que quand JE vous y autoriserai ! SI toutefois je vous y autorise avant d'en avoir fini avec vous ! Voilà trop longtemps que vous me narguez, Potter ! Cette fois, vous ne m'échapperez pas ! Même Dumbledore refusera de vous sauver la mise ! Ah, par exemple ! S'introduire dans le château en pleine nuit comme dans un moulin ! De toutes les stupidités que vous ayez commises, Potter, celle-ci…
Rogue semblait en proie à une véritable crise de folie. Son teint habituellement jaunâtre avait pris un ton de blanc prononcé. Dans son visage crispé par la rage, seuls les yeux qui lançaient des éclairs semblaient vivants.
-Et d'abord, mille gargouilles, comment vous y êtes-vous pris pour briser les sortilèges qui protègent Poudlard des indésirables tels que vous? cracha-t-il soudain avec fureur, lâchant force postillons sur le jeune homme.
Cette fois, Harry s'abstint prudemment de répondre.
-Oh, mais je peux facilement l'imaginer ! reprit aussitôt son professeur, qui gesticulait à présent en brandissant sa baguette en tous sens. Votre brillant père et ses amis n'ont pas limité leurs hauts faits à une carte animée du château, n'est-ce pas ? Dès leur première année, lui et cet arrogant de Black passaient leur temps à braver les interdits flanqués d'un loup-garou! Ils vous auront dispensé quelques leçons particulières propres à développer vos penchants criminels !
Harry osait à peine respirer. En temps normal, entendre Rogue parler ainsi de James, Sirius et Remus l'aurait mis dans une colère noire. Là, c'était la peur qui l'envahissait. Rogue avait clairement perdu la tête : il parlait maintenant comme si le cas de Harry relevait directement de la prison d'Azkaban. Plus inquiétant encore : comme si James et Sirius, bien vivants, passaient leur temps libre à comploter avec lui !
-Avancez, Potter ! ordonna le professeur en poussant le jeune homme devant lui de sa baguette. A la grande horreur de Harry, ils ne prirent pas la direction du bureau de Dumbledore, mais bien celle des cachots.
-Vous savez que je peux vous faire avouer ce que vous cherchiez ici ! siffla Rogue dans son dos. Je m'en vais tenter sur vous une petite expérience… Il éclata d'un rire dément.
Harry tressaillit. Il était interdit d'utiliser le Veritaserum sur un mineur, Rogue n'allait quand même pas…Personne ne devait découvrir ce qu'il cherchait !
-P-Professeur…
-SILENCE, VOUS DIS-JE !
Dans le couloir encaissé qu'ils avaient emprunté, la voix de Rogue résonna comme un coup de tonnerre.
-Savez-vous, Potter, ce qui mijote en ce moment même dans mon bureau ? Mon premier chaudron de Potion Contrariante …L'une de mes plus brillantes créations…Quelques gouttes vous suffiront pour faire le contraire exact de ce que vous voulez. Je la destinais aux Mangemorts les plus récalcitrants…
Harry, avançant tel un automate, se vit en un éclair sauter au cou des Dursley, gifler Hermione, hurler en pleine Grande Salle: Vive Severus Rogue ! et…confier à celui-ci les vraies raisons qui l'avaient conduit au château.
-Si j'avais osé espérer que vous en seriez la première victime, croyez bien que j'aurais pris sur mon sommeil pour la terminer plus tôt ! Vous devrez hélas la boire quelques jours avant son achèvement complet. Ce qui pourrait modifier ses effets –j'ignore encore comment, ricana sauvagement Rogue. Mais il y a une autre possibilité, ajouta-t-il d'un ton plein d'espoir: la première goutte pourrait vous tuer net.
Tout le corps de Harry frissonna. Il sentit les battements de son cœur s'accélérer. Le Serpentard jouait avec ses nerfs, c'était évident. Mais l'idée de Rogue faisant une plaisanterie était-elle seulement concevable ?
-Bien sûr, un antidote est prévu, comme c'est presque toujours le cas.
Le poids diminua dans la poitrine du garçon.
-Malheureusement, je n'en suis pas encore à ce point de mes recherches, acheva négligemment son professeur de Potions.
Sans s'en rendre compte, Harry avait ralenti son allure et ces derniers mots le figèrent sur place.
-AVANCEZ, POTTER !
-SEVERUS!
Surpris, Rogue s'immobilisa, tandis que Harry soupirait de soulagement. Il n'avait jamais été aussi heureux d'entendre cette voix.
-Plus tard, Minerva, jeta Rogue sans se retourner.
Il se remit à pousser Harry qui résistait à présent de toutes ses forces. Mc Gonagall lui infligerait certes à coup sûr une punition. Elle le savait à Poudlard, mais pas hors de son dortoir à cette heure tardive. La directrice de Gryffondor n'était guère suspecte d'indulgence envers les élèves de sa Maison. Mais du moins ne tenterait-elle pas de le supprimer, songea-il, rasséréné.
-Severus, attendez, bon sang ! Où l'emmenez-vous ? La voix se rapprochait rapidement.
Rogue et Harry se retournèrent en même temps. Mc Gonagall les rejoignait en marchant aussi vite que sa dignité le lui permettait.
-Enfin, Severus, haleta-t-elle, que se passe-t-il ? Vos hurlements ont ameuté tous les portraits du château !
-Ce qui se passe, Minerva ? CE QUI SE PASSE ? Vous ne semblez pas vous formaliser de trouver Potter déambulant clandestinement dans les couloirs ! Il est vrai que nous n'en sommes plus à une incartade près avec lui, mais je ne suis pas directeur de sa Maison, MOI ! Et pour une fois, un traitement impartial ne lui fera que du bien !
Craignant sans doute qu'il n'en profite pour lui échapper, Rogue avait saisi Harry par un pan de sa robe de sorcier.
Minerva Mc Gonagall darda sur son collègue un regard furibond.
-Jamais, Severus, jamais depuis que je dirige les Gryffondors, personne n'a pu me reprocher mon manque d'équité et vous le savez fort bien ! Par contre, certains n'ont qu'à se louer des traitements de faveur de leur directeur de Maison, que je sache !
Il était de notoriété publique que Rogue, directeur des Serpentards, favorisait honteusement ces derniers. Il rendit à Minerva regard pour regard mais ne répliqua rien.
-Et lâchez immédiatement ce garçon Dumbledore vous attend dans son bureau !
-Vraiment ? fit Rogue, les lèvres pincées. Sans doute pour un compte rendu expurgé de votre réunion de ce soir, songea-t-il avec rancune.
Il lâcha néanmoins Harry. Mais Severus Rogue ne pouvait s'avouer si aisément vaincu. Il n'avait aucune intention de laisser Potter aux soins du professeur de Métamorphose.
-Je crois, Minerva, que ce garçon va venir avec moi. Dumbledore voudra certainement le punir lui-même pour sa présence illicite, continua-t-il d'un ton mielleux.
-Illicite ? Vous avez donc réussi à croire qu'un sorcier de cinquième année pouvait pénétrer à Poudlard à l'insu de Dumbledore ? C'est très flatteur pour Potter, notez –et assez insultant pour notre directeur.
-Jamais Dumbledore n'a parlé…
-Mon pauvre Severus, vos vieilles rancunes vous aveuglent ! Quelle que soit la gravité des évènements extérieurs, ce château n'est pas encore transformé en passoire, savez-vous ? Potter est évidemment autorisé à être ici !
Rogue semblait changé en statue. Il mit quelques instants à recouvrer la parole. Ce fut d'une voix sourde qu'il demanda :
-D'autres professeurs sont-ils au courant ?
-Pas encore, mais…
-Et comment se fait-il, coupa Rogue d'un ton mauvais, que vous soyez la seule informée de la présence de Potter ?
-Il vient d'arriver, voilà pourquoi personne n'est encore au courant ! Et en tant qu'adjointe, il n'est tout de même pas si surprenant que Dumbledore me fasse part de ses décisions en priorité ! Maintenant, si vous daignez me faire grâce de vos persiflages, le directeur nous attend.
Elle s'effaça pour laisser passer Harry.
-Et vous, Potter, regagnez immédiatement votre dortoir et RESTEZ-Y !
-Oui, professeur.
Trop heureux d'obéir, Harry partit presque en courant.
Mc Gonagall emprunta la même direction d'un pas décidé, suivie d'un Rogue plus irrité que jamais. Ils dépassèrent l'escalier qui menait à la tour des Gryffondors, poursuivirent leur chemin vers l'aile gauche du château et, après maints détours dans les étages, s'arrêtèrent devant une gargouille de pierre.
-Crème canari, prononça la directrice adjointe dans un soupir non dénué d'agacement.
