Titre: Au coeur des mystères
Auteur: Gorgonne
Disclaimer: La plupart des personnage et bien sûr le contexte/monde/univers sont à JKR
Résumé: Eté 1996- Victorieux de tant de combats, Sirius a perdu le dernier.
L'ombre du voile plane maintenant sur le monde sorcier… A l'aube d'une guerre inéluctable, le Département des Mystères conserve ses secrets. Harry conçoit l'espoir fou de percer le mieux gardé d'entre eux: un Gryffondor ne fuit ni l'aventure, ni la bataille!
Mais peut-il l'emporter là où le courage ne suffit plus?
LA PROMESSE FAITE AU MARAUDEUR
Si l'on connaissait le mot de passe permettant à la gargouille de pivoter, celle-ci s'ouvrait sur un escalier en colimaçon qui menait à une sorte d'antichambre. Là, de larges portes donnaient sur l'un des endroits les plus apaisants de Poudlard. Le lieu était d'ordinaire peu éclairé à cette heure. Avec la tombée de la nuit, une douce lumière dorée nimbait peu à peu la pièce. Les grandes fenêtres laissaient voir le ciel étoilé, qui s'intégrait harmonieusement au décor. Les fauteuils de velours rouge disposés face au bureau prenaient une teinte plus sombre, parsemée des lueurs du feu crépitant dans la grande cheminée de pierre. Toute la salle semblait plongée dans un halo tamisé le bureau de bois sombre, son siège recouvert de satin vert, et jusqu'aux lourdes tentures qui alternaient avec les boiseries ornant les murs. L'ombre des flammes se reflétait sur les soubassements de pierre. Un épais tapis disposé au centre accentuait l'atmosphère feutrée de la pièce. Son actuel occupant y trouvait alors la paix nécessaire pour méditer sur ce qu'il n'avait encore pu résoudre dans la journée –ou dans sa vie.
Ce soir, cependant, c'est dans un bureau puissamment éclairé et fort peuplé que pénétrèrent les deux professeurs.
Outre Dumbledore, se trouvaient là Hagrid, Maugrey Fol Œil qui observait tout le monde d'un air sinistre, Remus Lupin, plus pâle qu'un mort, les professeurs Flitwick et Chourave, et même Mme Pomfresh.
-Eh bien, nous voici au complet, dit Dumbledore comme entrait son adjointe, traînant après elle le professeur de Potions.
Il fit prestement apparaître deux fauteuils supplémentaires.
-Comment allez-vous, mon cher Severus ? Vous m'avez paru fatigué ces derniers jours, et je sais que je vous demande beaucoup en ce moment…
Le ton serein du directeur exacerba l'humeur de Rogue. L'heure n'était pas à des questions badines sur sa santé, mais à des explications ! Malgré tout le respect que lui inspirait son supérieur, il ne put conserver face à lui sa réserve habituelle.
-Je vais bien, Monsieur le Directeur, lança-t-il plus sèchement qu'il ne l'aurait voulu. Mais il faut que vous sachiez que je viens de rencontrer Potter dans le couloir de l'infirmerie ! Sans doute imaginez-vous ma surprise en croisant ici un élève au beau milieu des vacances d'été !
Les exclamations de Hagrid, Chourave et Flitwick l'empêchèrent de poursuivre.
-Bien sûr, Severus, bien sûr, je l'imagine aisément. La voix de Dumbledore couvrit les autres. Je vous fais confiance, Minerva, pour convaincre Harry qu'il n'a rien à faire dans les couloirs à une heure pareille, n'est-ce pas ?
Le silence s'était fait dans le bureau. Hagrid, Flitwick et Chourave regardaient à présent Dumbledore d'un air éberlué. Mc Gonagall hocha la tête.
-Natur…
-J'ajouterai, la coupa Rogue d'une voix forte, que Potter n'a échappé à son juste châtiment que grâce à la protection de sa directrice de Maison et …
-Allons, allons, Severus ! Dumbledore lui souriait avec bonhomie. Minerva veillera à ce que cela ne se reproduise pas, n'ayez crainte.
-Soyez-en certain, Monsieur le Directeur, affirma vigoureusement Mc Gonagall avec un coup d'œil courroucé au professeur de Potions.
Hagrid et les directeurs de Poufsouffle et Serdaigle contemplaient toujours Dumbledore. Ce fut Rogue qui exprima leur question muette.
-Monsieur le Directeur, si je puis me permettre…Il ne se contenait que difficilement. Comptez-vous…Est-il dans vos intentions de nous expliquer la présence de Potter ?
-Non seulement c'est dans mes intentions, Severus, mais c'est justement pour cela que je vous ai réunis ce soir. Dumbledore le gratifia d'un sourire rayonnant, comme si Rogue avait trouvé la réponse à une devinette particulièrement compliquée.
Il prit un parchemin sur son bureau et le tendit à Flitwick.
-Pour commencer, lisez donc ceci tous les quatre. Il désignait les seules personnes de la pièce qui paraissaient attendre des éclaircissements.
Rogue et Chourave se placèrent derrière le minuscule professeur d'Enchantements pour lire par-dessus son crâne. Hagrid se colla au dos des deux autres qu'il dépassait d'une quarantaine de centimètres et se pencha vers la feuille.
-Je vous dirai ensuite ce que j'en pense, ajouta Dumbledore.
Quand ils eurent terminé, Flitwick, Hagrid et Chourave relevèrent la tête dans une expression perplexe. Rogue, pour sa part, semblait prêt à cracher du feu.
-Comment ce jeune impertinent a-t-il osé…
-Ce n'est pas tout, Severus.
Dumbledore lui tendit un parchemin plus petit, encore roulé et maintenu par un lien.
-Celui-ci vous était adressé.
Rogue prit le rouleau. Sa lecture achevée, il se redressa, le meurtre dans les yeux. Son poing était fermé sur le parchemin qu'il froissait rageusement.
-L'affreux petit hypocrite…Cela dépasse tout ce que j'aurais…S'il espère que je vais croire un seul mot…c'est…c'est…
Il cessa de parler, les yeux exorbités, les mâchoires serrées, cherchant vainement un terme assez fort pour exprimer son sentiment.
Maugrey ricana. Lui-même et Lupin se tenaient un peu à l'écart avec Mme Pomfresh et Mc Gonagall.
-Qu'est-ce qui vous met dans cet état, Rogue ? Potter vous envoie une lettre d'insultes signée par tous les élèves de Poudlard ?
-Alastor ! Dumbledore le regardait d'un air de reproche amusé. Je ne crois pas que votre goût de la plaisanterie fasse l'unanimité, vous savez.
Rogue s'était tourné vers Fol Œil, sa baguette levée.
-Mais asseyons-nous tous, poursuivit le directeur d'un ton courtois mais ferme. Ce que vient de lire Severus n'est sans doute pas un secret, du reste. C'est la suite logique du premier parchemin, je pense ?
Incapable de répondre, Rogue opina de la tête.
-V-vous v-voulez d-dire, bégaya Hagrid, que Harry s'est…qu'il s'est exc…excusé ?
Ses yeux reflétaient un mécontentement stupéfait.
-Oui, Hagrid, c'est bien cela, acquiesça Dumbledore. Comme vous le savez tous à présent, Harry m'a écrit pour me demander s'il pouvait regagner Poudlard plus tôt que prévu. Il me dit vouloir travailler à la bibliothèque les matières dans lesquelles il avait du retard. Il me fait aussi part de son intention d'arrêter le quidditch, qui lui prendrait trop de temps pour pouvoir mener à bien ses études.
-Il est gravement malade ! J'en suis sûr ! Hagrid lui-même parut surpris du son de sa propre voix.
-Excusez-moi, Monsieur le directeur, murmura-t-il aussitôt.
Dumbledore secoua la tête de l'air indulgent qu'il aurait eu pour un élève de première année.
-Harry semble en fait vouloir devenir un étudiant modèle, et honorer ainsi une promesse qu'il aurait faite à Sirius. Le directeur s'interrompit quelques instants, l'air songeur.
Tous les regards convergeaient vers lui, mais nul n'osa interrompre sa réflexion. Lupin parut sur le point de dire quelque chose, mais il se mordit les lèvres et secoua la tête.
-Je pense que ces dispositions exagérément studieuses vous ont tous surpris, reprit Dumbledore. Je peux les expliquer en partie. Si j'en crois Minerva, le but de Harry serait de suivre une formation d'Auror. Son premier but, devrais-je dire. Personnellement, je suis convaincu qu'il a fait ce choix pour nous débarrasser plus sûrement de Voldemort, quand ils combattront à nouveau.
L'énoncé de ce nom provoqua un frisson dans son auditoire.
-Comment cela, quand ? Mme Pomfresh s'était raidie. Vous voulez dire s'ils combattent à nouveau, j'espère ? D'après ce que j'ai pu voir tout à l'heure, il a été assez éprouvé pour que nous fassions tout…
-Non, Pompom. Quoi que nous fassions, nous ne lui éviterons pas cela. Vous ignorez la fin de la prophétie. Tout au plus pouvons-nous espérer retarder ce moment pour permettre à Harry de s'y préparer le mieux possible.
-Vous savez que je ne comprends rien au galimatias de ces prophéties, et que…
-Oh, celle-ci est très simple, fit Dumbledore avec un sourire amer. Et on ne peut plus claire. Harry est destiné à tuer Voldemort ou à être tué par lui.
L'infirmière couvrit son visage de ses mains et se recroquevilla dans son fauteuil.
-Bref, pour atteindre ses objectifs, Harry est conscient qu'il doit, entre autres, maîtriser l'Occlumencie. C'est pourquoi il m'a également adjuré d'intervenir auprès de Severus ici présent, pour qu'il accepte de la lui enseigner à nouveau après leur petit…disons, différend de l'an dernier.
Le visage de Rogue avait pris la couleur des fauteuils. Lupin le fixait avec une tension inquiétante dans le regard.
-Et c'est aussi pourquoi Harry a joint à sa demande une lettre destinée à Severus. Lettre dans laquelle, je suppose, il réitère les excuses qu'il m'a prié de transmettre et s'engage solennellement à ne plus se retrouver dans la même…situation ?
Les yeux de l'assistance oscillaient à présent, tels des balles de ping-pong, entre Rogue et Dumbledore. A l'exception de Lupin qui n'avait pas quitté Rogue du regard, tous semblaient se demander de quoi il pouvait bien être question. Mais l'enseignant et son directeur, eux, devaient se comprendre, car Rogue explosa finalement.
-C'est exactement cela ! Il a l'audace, après ce qu'il a fait…Il ose penser que ses prétendues excuses…que ses mensonges…vont vous suffire…me suffire ! J'espère quand même que cette fois…
Dumbledore leva la main en signe d'apaisement.
-Oui, Severus, oui, j'espère moi aussi que cette fois, Harry se concentrera davantage et qu'il progressera rapidement, dit-il d'un ton calme mais sans réplique.
Le maître des potions lui faisait face, pétrifié. Les yeux rivés au visage de Dumbledore, il semblait chercher désespérément le détail qui lui indiquerait une plaisanterie du directeur. N'ayant rien découvert de tel, il prit une lente inspiration :
-Est-ce que vous voudriez dire…je vous aurai mal compris, sans doute…que vous souhaitez me voir de nouveau enseigner l'Occlumencie à Potter -ou tout au moins tenter de le faire ? grinça-t-il.
-Vous m'avez parfaitement compris, Severus. Je vous demande d'oublier cette insignifiante querelle de l'an passé, pour ne vous soucier que de l'avenir. Il se trouve que cet avenir ne concerne pas seulement Harry et vous-même, mais le monde sorcier tout entier. Nous ne pouvons pas prendre le risque de permettre à ce cher Tom de pénétrer l'esprit de Harry. S'il en était besoin, l'attaque du Ministère et la mort de Sirius suffiraient à nous en persuader.
Les visages se tendirent. Lupin et Maugrey remuèrent nerveusement dans leurs fauteuils. Chacun évitait de croiser le regard de l'autre, tant le souvenir de cette terrible nuit devenait soudain vivant.
Il y eut un interminable silence, au terme duquel Rogue baissa finalement les yeux.
-Monsieur le Directeur, quelqu'un d'autre ne pourrait-il pas …tenta-t-il.
-Personne de votre niveau, Severus. Si c'était le cas, je n'aurais imposé ces cours à aucun de vous deux. Nul ne sait mieux que vous à quoi nous nous exposerions en négligeant cette priorité. Votre réussite est d'une importance capitale. Mais vous avez toute ma confiance, acheva Dumbledore en souriant, et je sais que tout se passera bien.
Rogue ne répliqua pas. Le visage fermé, il se laissa tomber dans son fauteuil et attendit la suite. Il y en avait forcément une. Dumbledore ne les avait pas tous réunis pour parler des cours d'Occlumencie. Le maître des potions sentit son esprit, qu'il avait fort vif, démarrer à toute allure pour mettre bout à bout un élément et un autre puis un autre encore, et ainsi de suite. Additionnant deux et deux, il conclut rapidement que le résultat faisait quatre.
Maugrey grogna tout à coup :
-Au fait, Dumbledore, j'imagine que toutes les précautions nécessaires ont été prises avec ces lettres ? Pas de magie noire là-dessous, au moins ?
Maugrey et ses délires paranoïaques ! Les autres se regardèrent, pris entre l'exaspération et la conscience soudaine de ne pas avoir songé eux-mêmes à cela. Après tout, c'était de Harry ET de Voldemort dont il était question…
Quand Dumbledore parla, Rogue était presque certain de ce qu'il allait dire.
-Non, pas cette fois, Alastor. Mais j'avoue y avoir pensé. Tous mes examens se sont révélés négatifs, ce n'est donc pas cela qui est à craindre.
Rogue sut alors, non sans une certaine satisfaction, qu'il avait visé juste.
-Pas cela ? Que voulez-vous dire ? demanda vivement le professeur Flitwick.
-Je veux dire que j'ai au moins une certitude : Harry me cache quelque chose. Je ne crois pas qu'il ait menti au sens strict du terme il souhaitait réellement revenir à Poudlard, étudier à la bibliothèque –d'après Fumseck, c'est de là qu'il sortait quand vous l'avez rencontré, Severus- et reprendre ses cours d'Occlumencie, dut-il baiser la robe de son professeur. L'espace d'un instant, Rogue crut voir un clin d'œil dans sa direction. Ce que j'aimerais savoir, c'est pourquoi. Pourquoi tout cela, d'un seul coup, avec si peu de mesure ? Arrêter le quidditch, je vous demande un peu !
Mc Gonagall secoua la tête d'un air désespéré. La nouvelle avait de toute évidence été un coup dur pour elle.
-Et cette question, poursuivit Dumbledore, je ne suis pas le seul à me la poser.
Comme il disait cela, ses yeux s'étaient arrêtés sur Lupin.
-Remus, vous vouliez dire quelque chose tout à l'heure, je crois ?
Lupin hésita. Il paraissait encore plus mal en point qu'au début de la réunion. Il était clair que la discussion l'affectait particulièrement. Mais sous le regard insistant du directeur, il dut se résoudre à parler.
-C'est…c'est tout simplement grotesque ! Et cette histoire d'arrêter le quidditch plus encore que tout le reste ! Dumbledore, vous connaissiez Sirius ! Qu'est-ce que c'est que cette promesse que Harry voudrait respecter ? Jamais Sirius ne lui aurait fait promettre…Je veux dire, il l'encourageait à étudier sérieusement, bien sûr…Je l'ai entendu plusieurs fois sermonner Harry à propos de certaines matières…Il ne put s'empêcher de sourire au souvenir du Maraudeur incitant Harry aux vertus du travail. Mais ce n'était pas…Enfin, je suis certain que jamais Sirius ne lui aurait fait promettre de passer ses vacances d'été enchaîné à ses livres pour « prendre de l'avance », « avoir des E.E. en Potions » ou autres fadaises du même genre !
Rogue, s'estimant personnellement visé, lui décocha un regard venimeux.
-Quant à arrêter le quidditch, je me demande si Sirius n'aurait pas préféré le voir expulsé de Poudlard !
A cette dernière remarque, des rires étouffés échappèrent à plusieurs membres du groupe. L'atmosphère s'en trouva quelque peu détendue.
-Je suis entièrement d'accord avec vous, Remus. Les yeux de Dumbledore pétillaient d'amusement.
Les autres hochaient la tête en signe d'approbation. L'intervention de Lupin leur avait fait réaliser l'aspect irréel des propos tenus dans la lettre de Harry. Ils avaient été si rassurés par ce qu'ils y avaient lu qu'aucun soupçon ne les avait alors effleurés.
-C'est pourquoi j'ai décidé d'accepter la demande de Harry. Le ton de Dumbledore était devenu grave. Alastor et Remus sont allés le chercher et l'ont ramené ici. Malgré la protection liée à Privet Drive, je ne pouvais plus être rassuré de le savoir là-bas, sachant qu'il ne me confiait pas ce qu'il avait réellement en tête. Comment, dans ces conditions, savoir ce qu'il comptait faire ? Comment être sûr qu'il continuerait de tenir compte de mes instructions ? Qu'il ne s'exposerait pas inutilement aux pièges de Voldemort…Des soubresauts parcoururent à nouveau l'assistance.
-…entraînant à sa suite notre communauté entière, compléta froidement Rogue.
-Il m'est apparu, continua Dumbledore en ignorant l'interruption, que le meilleur moyen d'empêcher Harry de commettre un acte irréfléchi était encore de l'avoir sous les yeux. Pourquoi nous cache-t-il ses motivations réelles ? Il pense que nous les désapprouverions, cela seul ne fait aucun doute. Ses projets sont donc vraisemblablement périlleux –dans le meilleur des cas. C'est pourquoi nous devons les découvrir.
Dumbledore posa sur le groupe un regard pénétrant.
-Je vous demande à tous de réfléchir : lors de vos derniers contacts avec Harry, avez-vous remarqué quoi que ce soit qui puisse expliquer son comportement ? Surtout, ne négligez rien le moindre détail peut être essentiel.
-Je n'ai pas revu Harry depuis son dernier cours, et cela remonte maintenant à deux mois, avant les BUSES, fit remarquer le professeur Chourave.
-Même chose pour moi, ajouta Flitwick. Et à ce moment-là, je n'ai rien remarqué d'inhabituel. Sa collègue approuva de la tête.
-Cela ne m'étonne guère, répondit Dumbledore. Je ne pense pas que cela remonte à si loin. Mais essayez tout de même de rassembler vos souvenirs les plus précis, car je puis me tromper.
Hagrid se frottait la barbe, les sourcils froncés. Dumbledore avait fait signe à Mme Pomfresh de le rejoindre et ils parlaient à voix basse.
Lupin s'était levé et se tenait à présent face à la fenêtre, accoudé à son rebord. Il semblait très loin du bureau de Dumbledore, très loin de Poudlard, très loin d'eux tous. De temps en temps, un profond soupir lui échappait. Il fermait les yeux quelques secondes, puis se remettait à fixer les ombres du parc sans les voir.
Maugrey faisait les cent pas, marmonnant pour lui-même. Tout à coup, il s'arrêta.
-J'y pense, Dumbledore, grogna-t-il en se tournant vers le directeur, Potter n'aurait-il pas du être examiné en arrivant ici ? Il avait beau être protégé, comme vous dites…Sait-on jamais, avec la magie noire ! Peut-être n'agit-il pas de son propre chef ! Peut-être même est-il possédé ! Ses cours d'Occlumencie n'ont pas été très efficaces, je crois ? Son œil magique roula, menaçant, dans la direction de Rogue.
Cette fois, Fol Œil n'avait provoqué aucun haussement d'épaules parmi les membres du groupe. A l'exception de Lupin toujours plongé dans ses pensées, tous guettaient anxieusement la réponse de Dumbledore.
-Harry a bien été examiné à son arrivée, Alastor. D'abord pour nous assurer qu'il était en bonne santé ensuite pour diverses raisons, dont celles que vous évoquez. Pompom me confirmait justement les derniers résultats : aucune trace de magie moire n'a pu être détectée en lui. Ce qui revient à dire que nous pouvons totalement éliminer cette possibilité.
-Mmm…Pour l'instant, Dumbledore, pour l'instant…Vous savez aussi bien que moi ce que Potter peut trouver à la bibliothèque…pour peu qu'il le cherche.
-C'est là le risque de ma décision, en effet.
Mc Gonagall haussa un sourcil.
-Pensez-vous sérieusement que Potter ait l'intention…
-Non, Minerva. Pas au sens où vous l'entendez. Je crois que Harry, dès l'âge de un an, a été en quelque sorte immunisé contre les tentations de la magie noire. Je crois qu'il ne souhaitera jamais gouverner le monde des sorciers, ni être reconnu comme le plus puissant d'entre eux. Je crois au contraire que, si l'on pouvait plus souvent oublier qui il est, il en serait extrêmement heureux. Le vieil homme se mit à caresser sa barbe.
-Mais je crois aussi, poursuivit-il, pensif, que dans une situation extrême –telle que l'a été pour lui la mort de Sirius-, il pourrait être tenté de vaincre le mal par le mal. Cependant, si telle était son idée, il serait malaisé pour lui de la mettre à exécution. Connaissant le risque, nous ne serons pas pris au dépourvu. Harry m'a déjà surpris en poursuivant Bellatrix dans l'intention de la tuer. Je ne compte pas me laisser surprendre une deuxième fois.
Dumbledore se tut un instant, les laissant réfléchir à toutes ces informations.
Le professeur Flitwick, le premier, secoua la tête.
-Non, j'ai beau chercher, je ne me souviens de rien de particulier.
-Professeur Chourave ?
-Pas davantage, Monsieur le directeur.
Comme Dumbledore se tournait vers elle, Mc Gonagall soupira.
-Non, décidément rien, hormis bien sûr le fait qu'il était extrêmement choqué après …cette nuit au Ministère. Les derniers contacts que j'ai eus avec Potter suivaient malheureusement de près mon retour de Sainte Mangouste, et il est possible que certains détails m'aient échappé…
-Ce serait bien compréhensible, Minerva, acquiesça le directeur d'un ton compatissant.
-Comme vous le savez, je suis loin d'entretenir des relations de proximité avec Potter, Monsieur le directeur. Rogue parlait de sa voix la plus basse et la plus sifflante. Mais pour ce que j'ai pu en juger jusqu'à ce soir, il n'est que trop égal à lui-même.
-Hagrid ?
-Eh bien…Je ne sais pas trop…Il était sous le choc de la mort de son parrain quand il a quitté Poudlard, alors bien sûr…Non, il n'était pas dans son état normal…Mais justement…Il n'était pas en état de faire ce que vous dites… De monter un coup…De décider quoi que ce soit…
-Non, bien sûr. Mais…vous a-t-il écrit depuis ?
-Pas une fois, Monsieur le directeur. Alors que d'habitude…Non, pas une fois !
-D'après les résultats de mes examens, il n'y a pas lieu de s'en étonner ! Il avait l'esprit tellement à l'envers que j'ai cru m'être trompée dans mes sorts ! C'est certain, Monsieur le directeur, il n'agit ni ne pense comme d'habitude. Ce serait impossible avec les marques que son esprit a gardé de cette nuit-là. Physiquement, par contre, il semblait en meilleure santé que de coutume –si l'on excepte le manque de sommeil, bien sûr.
-Merci, Pompom. Remus ?
Lupin sursauta. Il s'était retourné quand Dumbledore avait évoqué l'épisode où Harry lui avait échappé pour courir après Bellatrix. Les yeux fixés vers un point imaginaire, il était ensuite resté adossé à la fenêtre, spectateur indifférent du débat.
-Vous êtes peut-être celui qui a le plus à dire, l'encouragea Dumbledore.
-Oh…En fait, je ne pourrais que répéter ce qu'a dit Hagrid…J'ai quitté Harry presque en même temps que lui, et il était comme Hagrid l'a décrit. Quand nous l'avons attendu à la gare, il a paru réconforté de nous voir, et j'ai pensé que c'était bon signe…
-Harry ne vous a jamais contacté ensuite ?
-En plus des mots qu'il envoyait à l'Ordre ? Deux fois. Pour me dire exactement la même chose en ajoutant que…Qu'il pensait à moi, et que je devais tenir bon, acheva-t-il dans un souffle.
-Il tentait donc de vous soutenir après la mort de Sirius ?
-C'est ça, et je croyais qu'il avait lui-même trouvé la force…Je le crois toujours, d'ailleurs, se reprit Lupin d'une voix plus ferme.
Dumbledore continua de l'observer quelques instants.
-Alastor ? demanda-t-il enfin.
-Personnellement, Potter ne m'a jamais donné à penser quoi que ce soit de louche, commença Maugrey. Et pourtant, je m'intéresse aux détails, moi. Il jeta au groupe qui l'entourait un regard de reproche. Cela dit…Les recoupements que j'ai faits d'après vos déclarations à tous me donnent le début d'une piste.
Même après sa retraite, Maugrey ne s'était jamais défait du jargon des Aurors, et tous eurent la soudaine impression d'avoir subi un interrogatoire au Ministère.
-UN, point de départ temporel : juillet -Potter était hors d'état de rien fomenter avant de quitter Poudlard. Point d'arrivée: inconnu, inexistant si nous le pouvons. Deux, point de départ géographique : Privet Drive. Point d'arrivée : Poudlard et plus précisément sa bibliothèque. Trois, comportements douteux : raréfaction des contacts avec l'extérieur coïncidant avec points de départ temporel et géographique demande de cours d'Occlumencie. Quatre, évènement déclencheur : assassinat de Black par un Mangemort. Cinq, ennemi héréditaire : un certain Tom Jedusor. Avec ça, Dumbledore, si vous doutez encore que Potter va chercher à affronter Voldemort avant l'heure !
Prononçant le nom maudit, Maugrey provoqua une fois de plus quelques réactions qui le laissèrent de marbre.
-Voilà qui est parfaitement résumé, Alastor. Seule la conclusion est peut-être un peu hâtive, mais pour l'instant, je reconnais ne pas en avoir d'autre moi-même.
Lupin était plongé dans ce qui semblait être la contemplation d'un tapis. Un tremblement nerveux l'agita.
-Remus, une autre idée ? Dumbledore l'avait à peine quitté des yeux depuis qu'il avait parlé.
Lupin, encore une fois, se mordit la lèvre. Il leva la tête pour articuler :
-N-non, rien…désolé.
Après un bref silence, le directeur reprit :
-Bien. Nous nous en tiendrons donc à la version d'Alastor. Il se leva et les autres l'imitèrent, comprenant que l'entretien s'achevait.
-Mes amis, je vous demande une extrême discrétion au sujet de la réunion de ce soir. Vous savez ce que certains donneraient pour apprendre où se trouve Harry Potter en ce moment. Je vous demanderai d'être tout aussi discrets vis-à-vis de Harry lui-même. Nos chances de savoir ce qu'il cache seraient singulièrement réduites s'il doutait de notre crédulité. Disant cela, Dumbledore sourit derrière sa longue barbe blanche.
-A bientôt, et merci à tous pour votre aide.
Un à un, les sorciers quittèrent le bureau après avoir salué le directeur. Quand Lupin passa devant lui, il l'arrêta.
-Remus, voulez-vous attendre un instant, s'il vous plaît ?
