Titre: Au coeur des mystères
Auteur: Gorgonne
Disclaimer: La plupart des personnage et bien sûr le contexte/monde/univers sont à JKR
Résumé: Eté 1996- Victorieux de tant de combats, Sirius a perdu le dernier.
L'ombre du voile plane maintenant sur le monde sorcier… A l'aube d'une guerre inéluctable, le Département des Mystères conserve ses secrets. Harry conçoit l'espoir fou de percer le mieux gardé d'entre eux: un Gryffondor ne fuit ni l'aventure, ni la bataille!
Mais peut-il l'emporter là où le courage ne suffit plus?
Rappel: je ne peux ni répondre aux reviews anonymes faute d'adresse pour le faire, ni les commenter ici puisque c'est désormais interdit. Mais remercier, ça doit quand même être autorisé? Alors: MERCI, chers anonymes! Et je ne peux que vous encourager à sortir de l'anonymat pour qu'on puisse discuter... :)
LES APPARENCES PEUVENT ÊTRE TROMPEUSES
Silencieux comme une ombre, le maître des Potions de Poudlard atteignait la volière.
L'aspect félin de sa démarche s'alliait étrangement à la raideur toute minérale de son maintien. Insaisissable autant que sa personne, son pas semblait flotter de marche en marche sans le moindre effort.
Du reste, l'ombrageux professeur n'aurait délégué à personne ces fastidieux trajets: il savourait bien trop ces intermèdes en sa seule compagnie, qu'il préférait si fort à toute autre.
Pour feutrée qu'elle fut, son arrivée imminente tirait déjà les auxiliaires ailés du château de leur torpeur estivale. En témoignaient quelques bruissements d'ailes et petits cris aussi curieux qu'excités à l'idée d'une distraction inattendue.
Qu'est-ce qui incita alors le professeur Rogue à s'attarder sur la terrasse jouxtant l'entrée, observant le parc au lieu de pénétrer dans la volière d'un pas décidé ? Il n'aurait su le dire.
Accès de fatigue ? Il ne ressentait nul besoin de reprendre son souffle.
Attraction du panorama ? Fadaises de romantiques, au nombre desquels il ne se comptait certes pas. Les admirateurs béats des merveilles de la nature l'agaçaient du reste au plus haut point. "Merveilles"! Quand seules celles de la science méritaient cette appellation!
Restait l'appel d'une intuition. Cette éventualité se doubla instantanément de l'image de sa collègue de Divination évoquant son troisième œil. Son humeur s'assombrit aussitôt. Rogue ôtait déjà ses mains du rebord de pierre, impatient de mettre un terme à cette flânerie déplacée, quand ce qu'il vit le figea sur place.
-Par Merl…
Sa baguette était déjà dans sa main.
-Petrificus totalus ! aboya-t-il.
L'expression qui se peignit alors sur le visage du sorcier évoquait une insondable collision de pensées. Un aspect en était toutefois fort clair: elle ne pouvait en aucun cas refléter la victoire.
OoO
Quelques minutes plus tard, le professeur Dumbledore franchissait les marches extérieures du château bien plus sveltement que son âge ne l'aurait laissé penser, revoyant sans fin défiler le contenu du parchemin qu'il venait de lire.
Délivrées par un hibou largué sur son bureau tel un mini cognard un instant auparavant, les inimitables pattes de mouche de Severus Rogue avaient confirmé le pressentiment qui tenaillait le directeur depuis maintenant plusieurs jours. Cette décision - sa décision– les avait-elle précipités vers l'abîme ? L'insoutenable hantise s'insinuait comme un poison dans son esprit tandis que, se penchant vers Fumseck, il lui donnait aussitôt les consignes de sa mission immédiate.
Fumseck… Il avait pourtant semblé l'approuver… Il l'avait approuvé.
Mais la silhouette de Rogue se dessinait déjà dans l'horizon crépusculaire.
-Severus… Que s'est-il passé ?
-Sous mes yeux ! fulminait Rogue. Il a osé disparaître sous mes yeux !
Naturellement, il avait fallu que Potter choisisse avec son infaillible instinct le moment précis de son arrivée sur la terrasse de la volière. Rogue n'était pas près de lui pardonner cet ultime affront.
Dumbledore ne cilla pas. Plus vite Severus épuiserait son courroux, plus vite il lui donnerait le détail des évènements.
-Il a touché un… une créature. J'ignore ce que c'était, mais ils ont disparu là-dedans!
Rogue brandissait le livre trouvé sur l'herbe. Celui-ci était ouvert sur deux pages immaculées.
-Dans ce livre, Severus ?
Rogue eut beau dévisager le vieux sorcier, il ne décela pas trace dans ses yeux de l'incrédulité attendue.
-C'est hélas ce que j'ai vu, M. le Directeur. Je me trouvais à l'entrée de la volière quand…
Oh, devoir relater ce ridicule épisode ! Evoquer l'improbable "fantôme" digne d'un livre pour enfants Moldus ! Avouer pour finir sa propre impuissance face à… Potter, Potter et encore Potter !
Son récit terminé, Rogue fixait le lac d'un regard ulcéré.
Dumbledore retourna, caressa, observa longuement le livre sous tous ses angles.
-Il a donc réussi… murmura-t-il enfin.
Après la parfaite absence de questions du vieux directeur, cette remarque acheva d'éveiller la nature soupçonneuse du Serpentard. Il ne lui avait pas échappé non plus que Dumbledore évitait soigneusement de refermer le livre -tout comme lui-même s'en était abstenu. Son supérieur obéissait-il au même réflexe de prudence, ou avait-il une autre raison de maintenir l'ouvrage tel qu'il avait été trouvé ?
Dumbledore, plongé dans la contemplation des pages blanches, ne semblait guère soucieux de s'expliquer.
Alors ? Attendre avec les autres qu'il daigne leur livrer ce qu'il savait sur l'ouvrage –si toutefois il en avait l'intention ? Très peu pour Rogue.
A propos de cachotteries, il se remémora alors l'attitude de Lupin lors de leur dernière réunion. Celui-là non plus ne disait sûrement pas tout ce qu'il savait…
Le brillant sorcier s'interrogeait déjà sur les liens éventuels entre ces deux énigmes, quand ses conjectures furent interrompues par la demande la plus malvenue que son directeur pouvait formuler.
-Severus, pourriez-vous me dessiner cette… créature ?
Les sourcils de Rogue se haussèrent malgré lui avant qu'il n'acquiesce finalement de mauvaise grâce.
L'éclabouille soit de ces Potter. Il faudrait en passer par la trace écrite de cette grotesque apparition qui ne l'embarrassait déjà que trop.
Soit, admit Rogue en suivant le directeur vers son bureau. Le croquis circulerait sans doute parmi tous les membres de l'Ordre mais, tout compte fait, son image ne devrait guère en souffrir. Le seul aspect plaisant de sa funeste découverte serait sans doute de leur ravaler quelque temps dans la gorge cette détestable manie de rire niaisement à tout propos.
OoO
Ministère de la Magie
-… et c'est pourquoi, M. le Ministre, Mme la Sur-Chef de Cabinet, M. le Sous-Sur-Chef de Cabinet, mesdames et messieurs les Secrétaires d'Etat, Sous-Secrétaires d'Etat, Archi-Brigadiers, Sous-archi-Brigadiers et Archi-Sous-Brigadiers de Divisions, Ultra-Majors, Majors et Majorettes de Services, Agrémenteurs et Agrémenteurs Adjoints de Bureaux, Inspecteurs d'Ornementation et Ornementalistes de Sous-Bureaux, ainsi que tous les Aspirants nouvellement recrutés, j'estime indispensable de vous faire part de la nécessité absolue d'adopter pour nos parchemins officiels les modèles en papier de riz, sachant que son alliance de résistance et de finesse…
- Vigilance constante ! siffla Kingsley à l'oreille d'une Tonks assoupie qu'il fit sursauter sur son siège. Il adorait effrayer sa collègue de sa très bonne imitation de leur redoutable mentor commun : cela marchait à tous les coups avec elle. Et, en cas d'urgence au cœur des soporifiques réunions où ils avaient ordre de laisser traîner leurs oreilles, c'était le plus sûr moyen de lui rendre instantanément la possession de toutes ses facultés.
Elle darda sur lui un regard furieux, puis surpris quand elle s'aperçut qu'il fixait le sac à main en imitation bézoard posé sur ses genoux. Abaissant les yeux sur son sac, elle vit alors qu'une plume de phénix en dépassait. Kingsley faisait maintenant discrètement tourner entre ses doigts la plume identique qui s'y trouvait.
OoO
Larnak, ancien Comté de Larnakshire, Ecosse
-Toujours aussi exquis, ton Ness'cotch, ma chère Bourbonia! M'avoueras-tu un jour ton secret de fabrication ?
-Oh, l'entrée de mon américaine de mère dans la famille a dépoussiéré quelques traditions… tout en en gardant l'essence. Comme tu n'en sauras pas plus, que dirais-tu d'une dernière petite larme avant le dîner ?
-Eh bien… Oh, et puis par la barbe de Merlin !
La sorcière tendit son verre dans un énergique assentiment qui fit légèrement trembler son chignon.
-Une petite larme passera bien. C'est tout de même ma première demi-journée de libre depuis…
Son amie éclata de rire.
- Inutile, ça fait si longtemps que tu ne pourras pas t'en souvenir !
Reposant sur la table basse la petite carafe aux reflets dorés, elle se détourna brusquement vers son invitée, une expression presque enfantine sur son visage façonné par le temps.
-Minnie ! Sais-tu que mon télescope est toujours au grenier ?
Le malicieux sourire qui lui répondit aurait surpris n'importe qui d'autre venant de la respectable sorcière qui le lui adressait.
Les yeux de Bourbonia pétillèrent.
-Tu es partante ?
-Et comment !
Une silencieuse émotion les enveloppa.
Combien de décennies s'étaient-elles écoulées depuis la dernière fois qu'elles avaient transporté le lourd objet sur la terrasse pour deviner les signes des étoiles à la manière des centaures ? Mais elles n'avaient pas su les lire et les temps sombres étaient venus… Après le départ de celle qui lui était une sœur depuis l'âge le plus tendre, avec qui d'autre Bourbonia aurait-elle eu le cœur de déchiffrer les astres ?
Mais ce soir… Pour un soir seulement, les années d'insouciance allaient enfin renaître. Combien elles leur avaient manqué, elles le réalisaient ensemble à cet instant.
Reposant son verre en se raclant bizarrement la gorge, la sorcière au chignon sentit comme une légère caresse sur sa main.
L'effleurement provenait de la plume de phénix accrochée au bracelet quelque peu déluré pour son goût austère qu'elle s'était exceptionnellement autorisé ce jour-là.
Minerva Mc Gonagall releva la tête vers son amie, plus désolée qu'elle n'aurait su le dire. Ce n'était pas encore ce soir que le télescope sortirait du grenier.
OoO
Le Terrier
L'aiguille de l'horloge familiale représentant Arthur Weasley annonça "A la maison" bien avant l'heure où Molly commençait habituellement à ne plus guère la quitter des yeux. Arthur sourit au sorcier grisonnant qui avait transplané dans le salon désert en même temps que lui.
-Installe-toi, je nous ramène une bièraubeurre !
-Laisse-moi tout de même saluer Molly… Que fais-tu de mes bonnes manières ? rétorqua le sorcier avec un entrain légèrement forcé.
Leurs pardessus encore sous le bras, ils allèrent surprendre Mme Weasley dans la cuisine.
-Bonsoir, chérie!
Molly fit volte-face, un voile d'appréhension retenant le sourire en suspens sur son visage.
-Arthur ! Tu es en avance ! Il n'est rien arri…
Il la coupa d'un hochement de tête rassurant. L'angoisse permanente instaurée par cette guerre les tuerait bientôt tous sans que Voldemort ait même à s'en mêler.
-J'ai réussi à traîner Remus ici pour le dîner…
Sa femme se détendit aussitôt.
-Bonsoir, Molly !
Remus Lupin apparut derrière Arthur comme celui-ci se dirigeait vers le buffet pour en retirer deux chopes.
-Désolé pour cette intrusion, mais ton mari ne m'a pas vraiment laissé le choix…
Molly éclata de rire.
-Tu restes le bienvenu, Remus… Même si je suis vexée que l'invitation d'Arthur ait eu plus de succès que les miennes! Maintenant, retournez au salon au lieu d'encombrer ma cuisine, voulez-vous ?
Près d'une heure plus tard, les deux hommes rejoignirent la famille réunie pour apprêter le dîner. Seule la voix de Molly parvenait à couvrir le brouhaha de ses enfants, encore monté d'un cran à la vue de Remus.
-Les jumeaux, amenez un peu de bièraubeurre et pas de bêtises, cette fois ! Ron, il manque les verres, mon chéri… Ginny, peux-tu me passer le plat qui est sur ce meuble ?
Molly se retournait vers sa fille quand ses yeux s'élargirent en direction des places de Remus et d'Arthur. Une plume couleur de feu reposait sur chacune de leurs assiettes encore vides un instant auparavant.
OoO
L'Acromantula, Londres
Sans quitter du regard les harpies siamoises attablées à l'entrée, le vieux sorcier au chapeau enfoncé désigna son verre d'une subtile flexion du doigt.
Sur un geste du barman au teint d'un jaune prononcé, une bouteille de whisky pur feu glissa le long du comptoir crasseux jusqu'au verre, le remplit pour la troisième fois et regagna sa place derrière le comptoir.
Le barman retourna à sa partie de roulette sorcière –les mises s'y effectuaient en nature sous forme d'articles prohibés de 6e catégorie, le gros lot provenant de la 7e et dernière catégorie d'objets illicites selon arrivages.
L'homme pointa alors discrètement sa baguette sur le verre.
-Evanesco.
Le liquide disparut instantanément.
La main du sorcier avait plongé dans sa poche et se refermait sur une petite flasque quand le contact d'un objet doux et caressant l'arrêta. Un objet qu'il savait pertinemment ne pas s'être trouvé là quelques secondes plus tôt.
Après qu'un rapide examen tactile eut confirmé ses soupçons, il jeta quelques pièces sur le comptoir et s'éloigna vers la sortie. Sa claudication, qui l'aurait rendu aisément repérable si le monde sorcier avait eu connaissance de son identité, marqua un léger temps d'arrêt à la hauteur des harpies.
On se reverra, mes jolies…
OoO
Si les yeux de Harry s'arrondirent, ce ne fut pas d 'émerveillement.
Emerveillé, ô combien l'avait-il pourtant été en voyant Hope lui faire signe de le suivre… dans le livre !
-Alors, c'est pour ce siècle ou le prochain ? J'ai envie de me dérouiller, moi !
Hope, à présent revêtu d'une cape de voyage, engagea sa tête vers les pages blanches avant de la retourner pour lancer un coup d'œil narquois à Harry par dessus ce qui lui tenait lieu d'épaule.
-Je vais partir sans toi… chantonna-t-il.
-NON !
La face de Hope, maintenant entièrement tournée vers lui, affichait clairement sa satisfaction devant l'effet de son petit chantage.
Mais Harry ne remarqua même pas la façon dont la petite créature le menait déjà par le bout de la baguette.
-Attends… Je…
Le "Je viens" qu'il avait au bord des lèvres avait refusé d'en sortir. Au moment de franchir le dernier obstacle, un nœud à l'estomac le retenait encore. Il avait peur. L'indigne élève de la Maison de Godric Gryffondor avait peur, s'avouait-il enfin, honteux jusqu'aux tréfonds de lui-même.
"Ne te fie jamais à une créature…"
Qu'avait dit M. Weasley, déjà ? C'était si loin…
"…si tu ne vois pas où se trouve son cerveau…" Oui, c'était quelque chose comme ça…
Mais une autre voix, bien nette et audible celle-ci, se superposa au souvenir flou des paroles d'Arthur Weasley.
La chaleur qui envahit Harry au son de cette voix-là relégua la peur, le doute et la méfiance dans un absolu néant.
"Pour James, c'était justement le risque qui était amusant".
Hope fronçait maintenant les sourcils. La patience n'était décidément pas au nombre des qualités du petit esprit.
-Tu attrapes ma cape maintenant, ou tu ne la toucheras jamais, menaça-t-il, les bras croisés dans une attente qui semblait bien sur le point de se terminer d'une seconde à l'autre.
Un sourire de bonheur intense illuminait maintenant les traits de Harry. Le premier depuis si longtemps que son visage lui semblait s'éveiller de la prison d'un long sommeil.
Il attrapa un pan de la cape de Hope, qui plongea aussitôt dans les pages ouvertes.
La sensation qui suivit enchanta le jeune sorcier: c'était la même que lorsqu'il fendait l'air en poussant son Eclair de Feu à sa vitesse maximale. S'abandonnant à ce délice à l'exclusion de toute pensée, il n'aurait su dire combien cela dura.
-Teeerminus ! Tout le monde descend ! annonça Hope sans crier gare.
Le temps de voir défiler quelques couleurs, des formes impossible à identifier et d'entendre des bruits étouffés au loin, les fesses de Harry prenaient contact avec quelque chose de douloureusement déplaisant.
-Aïe !
-Héhé ! Tu as vraiment le chic pour les situations brûlantes ! ricana une voix au-dessus de lui.
Les petits yeux noirs de Hope, installé sur la branche la plus basse d'un confortable chêne, l'observaient ironiquement.
Harry avait déjà sauté sur ses pieds. Se retournant, il aperçut la cause de son piquant atterrissage.
-La prochaine, fois, essaye quand même autre chose qu'un buisson de chardons ! Quelques orties en fleurs pourraient varier les plaisirs, par exemple…
Harry ne répliqua même pas : il était bien trop occupé à tourner sur lui-même pour identifier l'endroit où ils pouvaient bien se trouver.
Après deux tours complets, le doute n'était plus permis. Il connaissait ce lieu.
-Hope ! Je suis déjà ven…
Mais non.
Ils étaient forcément ailleurs. Le choc du voyage l'égarait.
-Bien sûr que tu es déjà venu ici !
Hope flottait maintenant devant lui, chaussant ses petites lunettes.
-Il va falloir te réveiller un peu, tu sais ! Je suis censé te guider, pas faire les choses à ta place ! l'admonesta-t-il.
-Si je dois même te présenter ce coin-là, je crains que nous n'allions pas très loin…
Harry écarquillait maintenant les yeux devant la maison qui leur faisait face.
Une maison qu'il aurait reconnu entre mille. Elle était à jamais l'un des ses pires souvenirs.
D'un bond, il se retourna vers Hope, les yeux empreints d'une rage sourde.
-Alors, c'était CA, ta mission ? Me ramener au 4, Privet Drive, pour que Dumbledore …
-Pffui ! coupa le petit esprit avec hauteur. Tu me trouves une tête de Magicobus, peut-être ?
-Mais qu'est-ce qu'on fait là, si…
-Si Dumbledore avait eu l'insigne honneur de faire ma connaissance –et si tu m'écoutais, tu saurais que ce n'est pas le cas- j'ose prétendre que l'idée de m'employer à recueillir d'insignifiants élèves en perdition ne lui traverserait AUCUNEMENT l'esprit !
Hope trépignait maintenant sous le nez de Harry, image de la plus vive indignation. Ce que voyant, le garçon se calma quelque peu.
-Bon, bon… Excuse-moi, d'accord ?
Une moue peu amène lui répondit.
-Je serai magnanime pour cette fois, finit par lâcher son déconcertant compagnon. Mais si j'étais toi, j'éviterais de m'insulter à nouveau. Les esprits de livres sont réputés pour leur naturel… chatouilleux, si tu vois ce que je veux dire?
Le bleu du nez de Hope avait presque disparu au profit des veines rouges et jaunes de plus en plus larges et colorées, semblant furieusement prêtes à s'embraser. Le regard dont l'esprit fixait maintenant Harry n'aurait pu, de l'avis de ce dernier, donner envie de rire qu'au dernier des inconscients.
Il se hâta de hocher la tête.
-Compris.
-Parfait, fit Hope, la bille de son nez retrouvant son bleu habituel.
Il se retourna pour diriger son regard vers un point précis du jardin des voisins des Dursley.
-Alors ? Tu ne vois toujours pas pourquoi nous sommes ici ?
Harry tenta de fixer la même direction que l'énigmatique créature. Il ne voyait qu'un amas de buisson d'hortensias qui pouvait difficilement constituer le but de leur périple.
Secouant la tête, il se résigna donc à attendre l'explication que l'esprit, comme souvent, semblait peu empressé de lui donner.
Mais celui-ci se tourna soudain vers lui, ses sourcils arrondis exprimant une confusion inattendue.
-Oh ! Il m'arrive d'être un peu distrait… C'est vrai que tu ne peux voir à travers les choses…
Il vint alors se placer devant Harry, pour une fois à sa hauteur.
-Voilà, regarde à travers moi, indiqua-t-il en ôtant sa cape.
A travers lui ?
Harry s'y résigna en levant les yeux au ciel. Il se demandait si le souvenir des paroles de M. Weasley n'aurait pas mérité un peu plus d'attention, et si la phrase de Sirius choisie par sa mémoire était bien la plus sensée que ce dernier lui ait adressée, quand son visage se figea.
Il voyait maintenant à travers les buissons.
Et derrière la masse compacte des luxuriants hortensias…
-Parfait. Tu dois maintenant connaître quelques détails avant de continuer, commença Hope. Il se racla ostensiblement la gorge.
Cette silhouette accroupie…
-Leçon n°1 : Les apparences peuvent être trompeuses, si évidentes qu'elles paraissent, énonça l'esprit, englobant d'un large geste tout ce qui les entourait.
Le contour de ce profil…
-Tu dois donc faire preuve de prudence et suivre mes instructions. Tout d'abord… Hope brandit un index professoral.
La couleur de ces cheveux…
-… il n'est pas question de te manifest…
-SIRIUS !
D'un bond, l'adolescent avait jailli de derrière l'arbre qui les abritait.
-NON ! hurla Hope. HARRY ! NON !
Mais le Gryffondor ne l'entendait plus. Volant littéralement par-dessus la haie du voisin, il était déjà sur le massif de fleurs et se jetait sur son parrain.
L'homme se retourna en un éclair, l'envoyant d'un coup d'épaule valser sur la pelouse.
-Sir…
-Expelliarmus !
Le paysage tanguait maintenant un peu autour de Harry.
Il était à terre, sa baguette dans la main de Sirius.
Sirius qui le fixait d'un regard qu'il ne lui avait jamais vu –si, peut-être une fois, dans la cuisine du 12, Square Grimmaurd. Ce regard s'adressait à Rogue.
Harry ne pouvait que le regarder, bouche bée, en secouant la tête.
Cela ne pouvait être.
Sirius avait eu peur. Il l'avait pris pour un Mangemort en le voyant se jeter ainsi sur lui. C'était juste un réflexe de défense…
Mais le regard métallique ne montrait toujours aucun signe de conscience de la moindre erreur.
-Sirius…
-Pas un geste, lui intima son parrain d'une voix tranchante comme une lame.
Harry en resta quelques instants paralysé sur place.
-Sirius… souffla-t-il enfin. C'est… c'est moi… C'est Harry…
Avec lenteur, il tenta de se lever.
Les yeux agrandis d'une horreur incrédule, il vit alors Sirius élever sa baguette.
-Stupefix !
Harry retomba à terre, inconscient.
OoO
