Trève de blablas, allons à l'essentiel. (Juste vous remercier de continuer à me suivre et de me laisser ces commentaires à la lente fille que je suis )


Chapitre 8 : Volterra

« -Je ne te crois pas. »

« -Mais si Lynn ! C'est la vérité ! » Assura Daniel, tout sourire.

« -Et pourquoi ça tomberait sur moi hein ? Je ne suis pas la seule à gérer ce projet hein ! Tu en fais parti aussi ! » Râla l'anglaise.

« -Depuis beaucoup moins longtemps, tu le sais pertinemment… »

Lynn balaya la remarque de son collègue du revers de la main, depuis les récents évènements, Sue n'étant plus là, Daniel avait été chargé de rejoindre Lynn et Démétri dans leur travail. La jeune femme préférait éviter de parler de sa meilleure amie… La plaie était encore trop ouverte et rien que mentionner le prénom de la défunte faisait perler des larmes d'amertume à ses yeux.

Mais pour l'instant, Lynn ne pensait pas à ça, elle avait relevé ses manches, signe qu'elle s'apprêtait à livrer bataille. Daniel connaissait bien les mimiques de sa collègue, le tout était de savoir… Contre qui allait-elle défouler ses nerfs ? Démétri, lui, était assis à son bureau et observait sa tua cantante du coin de l'œil, s'efforçant comme d'habitude d'oublier son parfum. Il souriait, tout se passer comme prévu, étape par étape, pour garantir le succès de sa mission : la faire rejoindre le clan des Volturi.

Quant au reste des employés, environ une dizaine dans cette section, tous gardaient la tête dans leur papier, surveillant la redoutable Mlle Winson discrètement, se demandant si le ciel allait leur tomber sur la tête.

Mais ô gloire, ô joie ! La fougueuse (et fulminante) jeune femme sortit du grand bureau de la section recherche, le visage rouge de contrariété, L'assemblée poussa un immense soupir de soulagement comme un seul homme.

Mais où allait-elle ? Daniel passa sa tête par l'entrebâillement de la porte, discret et vit Lynn qui craquait ses doigts. Il frissonna. Elle avait vers LE bureau. Le bureau du tout puissant. Le bureau du boss.

Round 2.

Prévoyant, Daniel s'éclipsa en direction de la machine à café, il savait ce dont elle aurait besoin une fois sorti de son entrevue avec LUI. Il ne pouvait s'empêcher d'admirer la jeune femme, elle avait un caractère tellement…coriace, que défier l'autorité ne la dérangeait en aucun cas ! Sur son chemin, l'homme rencontra au passage Démétri qui partait dans la direction opposé, il le salua d'un bref signe de tête et poursuivit sa route.

Mais retournons du côté de Lynn qui marmonnait dans ses dents. Elle ne voulait PAS. C'était inconcevable. Une fois de plus le boss la forçait et ça ne lui plaisait pas. Elle regarda très rapidement la secrétaire du patron qui avait son bureau en face du sien, celle-ci secoua la tête de haut en bas, comme pour lui signifier qu'elle pouvait y aller, qu'IL n'était pas occupé. Lynn ouvrit la porte à la volée, ne se donnant même pas la peine de toquer. Elle affronta du regard l'homme responsable de sa colère.

« -Mlle Winson, quelle bonne surprise ! Désirez-vous vous asseoir ? » Interrogea-t-il, aimablement. Ce n'est pas comme si il n'avait pas l'habitude de ses excès de colère…

L'anglaise balaya l'invitation du revers de la main et s'appuya sur le bureau, menaçante, imposante. Elle articula une seule phrase, une seule.

« - Expliquez-moi. »

Le sens de ces mots était lourd, puissant, c'était plus que des mots, même pas une demande. Un ordre. Le patron s'empressa de répondre à son grand étonnement, Lynn ne releva pas.

« -A vrai dire, il n'y a pas grand-chose à expliquer… Voyez-vous Mlle Winson, cela ne vient même pas de moi. Ne me jetez pas ce regard assassin je vous prie, c'est la vérité. Je me contente seulement de maintenir des relations stables avec nos partenaires. »

Lynn haussa les sourcils :

« -Comment ça ? Pourquoi m'envoie t'on là-bas alors ? Pour me rôtir sous la Tour de Pise ? »

« - A vrai dire, ce n'est pas à Pise que se situe le siège de l'entreprise, dois-je vous le rappeler ? Il est à Volterra. »

« -Qu'est-ce que ça change ? » Pesta t'elle. « Ca revient quand même à m'envoyer en Italie avec mon insupportable collègue qui deviendra d'autant plus insupportable quand il sera rentré au bercail ! »

« -Il me semblait pourtant que les relations entre vous et Mr Volturi s'étaient bien arrangées… Vous êtes pourtant très proches à ce que j'ai cru voir… » Répliqua finement l'homme.

« -Oui et bien vous croyez mal ! »

« -Enfin, enfin, ne vous emportez pas plus que de raison, c'était juste une petite remarque en passant… Bref, je vais vous montrer le courrier que j'ai reçu concernant ce voyage… »

Sur ce, il ouvrit le tiroir situé à sa droite, plongea sa main dedans et sortit quelques papiers, recherchant celui qui l'intéressait. Au bout de quelques secondes, il prononça un petit « Ah ! » de contentement. Il posa la missive sur son bureau et s'affaira à ranger les autres papiers dans le fameux tiroir. Lynn ne tenait plus en place. Il lui semblait que son patron prenait son temps exprès pour se « venger » du caractère fougueux de la jeune femme.

Finalement, il referma le tiroir et ouvrit le courrier. Il en sortit plusieurs feuilles qu'il parcourut très rapidement, puis il en sélectionna une et la tendit à Lynn qui s'en empara avidement.

Alors qu'elle lisait, ses yeux s'ouvrirent grands, puis elle redéposa calmement la feuille.

« -Je vois… Si ce n'est que ça, je ne vois pas où est le problème. »

« -Etonnant tout de même non ? Enfin, votre travail doit les avoir vraiment satisfait pour juste désirer vous rencontrer. Pour simplement vous remercier qui plus est. Vous n'aurez qu'à prendre ce temps sur vos congés… »

« - Oui je vous l'accorde… Ca doit être un usage italien… Une sorte de coutume. Un peu comme les Français font la bise pour saluer quelqu'un, ce qui est biz… Attendez un peu… Comment ça « sur mes congés » ? » Lynn éleva de nouveau la voix.

Son patron ne sembla plus si sur de lui en cet instant, redoutant une nouvelle « crise ».

« -Eh bien… Oui… C'est un peu co… comme… comme des vacances, vous n'allez pas travailler à ce moment là vu que c'est juste une rencontre de formalités, c'est pour ça que… » Lynn l'interrompit.

« -Mais ça m'est égal ! Vous feriez mieux de considérer cette rencontre comme un rendez vous d'affaire, un peu comme pour finaliser le contrat ! On n'a pas idée de travailler pendant ses vacances, or, c'est du travail ! Même aller en Italie ! N'imaginez pas que vous allez me payer à ne rien faire, j'utiliserais judicieusement mon temps ! Sur ce, bonne fin de journée Monsieur ! »

Et elle s'en alla, superbe, le menton relevé, et claqua la porte du bureau. Pas par colère, il n'y avait aucune raison pour cela, mais parce que depuis quelques mois, la poignée avait une drôle de forme, personne ne savait pourquoi, elle ne fermait plus aussi bien qu'avant.

La jeune femme était satisfaite, un léger sourire ornait ses lèvres fines, Daniel, qui l'épiait du détour d'un couloir, café à la main, se découvrit et s'avança vers elle. C'est alors que, pour une raison qu'il ignorait, il sentit son pied buter contre quelque chose et s'étala de tout son long par terre. Café compris. Quand il releva la tête, il vit Démétri Volturi lui tendre la main.

« -Et bien Daniel, vous perdez l'équilibre ? Vous ne vous êtes pas blessé j'espère ? »

Un peu secoué (et trempé), l'homme regarda autour de lui quelques instants, Démétri attendait patiemment sa réponse. Finalement, il répondit :

« -Non, ça va, j'ai atterris sur ce tapis, j'ai du me prendre les pieds dedans… »

« -Très certainement. Laissez moi vous aider. » Il attrapa la main de Daniel et le releva sans aucun effort. « Maintenant, si vous voulez bien m'excuser… » Et il s'éloigna après avoir récupéré un gobelet de café posé sur une table juste à côté, laissant là son collègue trempé.

Lynn observait Daniel et Démétri parler, son maladroit collègue se releva et son imbécile d'Italien s'avança vers elle, dans une démarche particulièrement… Sexy. La jeune anglaise s'infligea une gifle mentale et se forca à adopter une expression convenable, quoique un peu forcé.

Il lui tendit le gobelet, un sourire en coin dessiné sur ses lèvres. Il semblait fier de lui, mais elle ne comprenait pas pourquoi. Plus loin, Daniel, tout en s'épongeant, venait apparemment de comprendre la raison de ce sourire. Elle accepta le café après une brève hésitation.

« -Alors ? » Questionna le Volturi.

« -Alors tout est clair. Le patron m'a montré la lettre. Donc, officiellement, je sais pourquoi je vais en Italie. » Répondit-elle.

Il plongea son regard dans le sien, inquisiteur. Il savait qu'elle n'était pas dupe, d'où le terme « officiellement », maintenant le tout était de voir si elle voulait en savoir plus. Elle soutint l'échange, brûlant ses pupilles émeraude à l'encontre de celles de feu du vampire. Gênée, elle finit par baisser les yeux et sirota doucement sa dose de caféine quotidienne. Mine de rien, elle était touchée qu'il lui apporte un café, il la connaissait bien.

Lui, avait sa réponse, il l'avait lu dans le vert de ses yeux. Elle voulait savoir.

« -Tu vas rencontrer mes Maîtres, la source même de ce que je suis, un retour en arrière après ce voyage est inenvisageable. Sache –le. »


« - Je déteste les petites lignes qu'on ne voit pas dans les contrats… ! »

« - Il n'y avait aucune clause cachée ma chère, il fallait t'en douter que je rentrerais au pays avec vous deux. Et puis, je ne peux pas te laisser seule avec lui, c'est bien trop dangereux. »

Félix marqua une pause, mesurant l'effet de ses paroles.

« - Hé bien oui ! C'est dangereux pour toi ! Il va te sauter dessus ce pervers ! »

Lynn cacha son visage dans ses mains, exaspérée. C'est alors que la porte d'entrée s'ouvrit pour la seconde fois de la journée laissant apparaître à l'anglaise une vision idyllique, Démétri. Ses yeux s'égarèrent un bref instant sur le torse de l'homme avant de revenir brutalement à la réalité. Démétri adressa un sourire en coin à sa chanteuse puis il fixa Félix, sournoisement. Un rictus moqueur souleva ses lèvres…

« - Félix, j'ai prévenu Jane de ton retour, elle est apparemment impatiente de te voir pour régler le petit problème de, je cite « la petite vieille au sale goût »… !

« - Mais… C'était Heidi ça ! Je n'ai été au courant qu'une fois que c'était fait ! C'est Heidi qui a dit que j'avais combiné ça ? »

« - Qu'est-ce qu'il y a Félix ? Tu as peur de Jane ? » S'amusa le Volturi.

Lynn les écouter, sans comprendre, quand ces deux là étaient réunis, elle découvrait un Démétri souriant, lumineux, une petite fissure de lumière dans sa carapace sombre. Elle l'avait cernée depuis longtemps, cette âme noire qui l'engloutissait. Et cela lui plaisait.

Elle entendit Félix pousser un gémissement désespéré :

« - Je ne suis plus aussi sur de vouloir rentrer à Volterra si c'est Jane qui m'accueillera… »

« - Dans ce cas tu n'as qu'à rester ici ! » dit Démétri, saisissant l'occasion.

« - Qui est Jane ? » demanda Lynn.

Deux paires d'yeux écarlates se tournèrent alors vers elle, à la fois étonnés par le fait qu'elle cherche à en savoir toujours plus sur le secret des Volturi, et aussi mêlés de crainte parce que Jane n'est pas… des plus amicales. Cependant, Félix reprit constance et avec une voix emplie d'amertume il articula :

« - Jane, c'est ta future compagne de sadisme, tu vas t'entendre à merveille avec elle, je le vois gros comme une maison… »

Démétri acquiesça, l'air sombre. Félix avait raison, Lynn ne pourrait que s'entendre avec Jane une fois qu'elle serait devenue… des leurs.


Lynn trottinait tant bien que mal derrière les deux Volturi, traînant derrière elle sa lourde valise. Les deux vampires, eux, n'avaient pour leur part qu'un léger sac à dos chacun. Ils avançaient trop vite pour elle, de plus, l'aéroport étant bondé, elle devait zigzaguer entre les voyageurs ce qui étaient d'autant plus compliqués. Elle due la sortir elle-même du coffre de la voiture, elle monta plusieurs escaliers en portant son lourd chargement, en descendit quelques-uns également. C'est seulement quand elle se rendit compte qu'elle allait devoir la soulever pour l'enregistrement que le vase déborda. Elle interpella les deux hommes qui l'ignoraient superbement, chacun perdu dans ses pensées :

« - Hé ho là ! Les deux êtres surhumains qui me servent de baby sitter ! Puisque vous êtes aussi fort que vous le dites, vous devriez plutôt me filer un coup de main au lieu de réfléchir à quelle sauce vous allez me manger ! Et ça se dit gentleman ! N'est-ce pas Démétri ? »

Les deux concernés se retournèrent à une vitesse fulgurante, purement et simplement ébahis qu'elle évoque avec tant de légèreté un sujet si secret. Félix ne se le fit pas répéter et s'occupa de la valise de la demoiselle. Quant à son ami, il contemplait avec des yeux surpris la fougueuse jeune femme, quelques mots se répétant encore et encore dans son esprit : « à quelle sauce vous allez me manger » « à quelle sauce vous allez me manger » « à quelle sauce vous allez me manger »…


« - En première classe, tu es sur ? » Lynn retourna son billet à la recherche de l'information.

Les trois passagers évoluaient dans l'avion à la recherche de leurs places. Félix en première ligne ouvrait la marche, cherchant les numéros correspondant à leurs sièges, Démétri le suivait, gardant cependant un œil sur sa protégée qui, de son côté, lisait son billet en même temps qu'elle avançait. Et ce qui devait arriver arriva : elle se prit un mur.

Félix ricana alors que l'anglaise pestait, maugréant qu'en plus d'avoir tâté le mur de l'avion, elle n'avait toujours pas trouvé la preuve qui lui assurait qu'ils avaient bien le droit d'être en première classe. Et comme une enfant boudeuse qui n'apprend pas de ses erreurs, elle recommença son manège : avancer en regardant son ticket. Sauf que Démétri, lui, en parfait vampire âgé de plusieurs siècles, apprenait de ses erreurs. Il n'était pas aussi jeune que sa chanteuse. Il lui attrapa donc une main et la tira pour la diriger.

Tout d'abord, elle fut surprise de sentir ce contact glacé contre sa main, elle dirigea son regard vers ce froid, et quand elle vit à qui la main appartenait, elle sourit discrètement et savoura le contact avec l'homme qu'elle aimait bien plus qu'un ami au point d'en oublier son obsession du billet d'avion.

Les trois individus arrivèrent alors dans un petit compartiment où se trouvaient trois sièges positionnés autour d'une table, Félix présenta le tout avec le ton d'un homme d'affaire.

« - Voici notre compartiment, chers associés, ici nous pourrons parler affaires. »

Sur ce, il s'assit très dignement dans l'un des sièges, le plus éloigné des deux autres. A la vue des deux mains liées, il fronça nettement les sourcils puis reprit contenance. Mais rien n'avait échappé à Démétri. Lynn lâcha sa main et s'affala sur l'un des sièges, inconsciente de la tension qui régnait soudainement dans l'étroite pièce.

Au bout d'un moment, l'appareil décolla, les deux vampires restèrent impassibles pendant que Lynn mâchait furieusement un chewing gum destiné à lui déboucher les oreilles.

Félix et Démétri ôtèrent leur ceinture de sécurité.

« -Tu peux te détacher Lynn. » Précisa Démétri

En bref coup d'œil par le hublot et l'anglaise se détacha. Volterra… Ca allait être bien plus qu'un voyage d'affaire, elle le savait. Et Démétri le lui avait bien dit, aucun retour en arrière ne sera possible. Elle avait peur, mais au plus profond d'elle-même, une excitation naissait dans son cœur. Elle était pressée d'y être, la vie est trop courte, il faut se dépêcher…


« - Drôle d'endroit pour le siège d'une entreprise… »

« - Tu devrais plutôt dire 'drôle d'entreprise', parce que le lieu est plutôt adapté pour le genre d'activité que nous pratiquons. » Souligna Démétri.

Lynn ne releva pas, se contentant de contempler la magnifique bâtisse qui s'offrait devant elle. Elle était baignée dans la lumière, les rayons du soleil sublimaient les vielles pierres du Palazzo Dei Priori. Deux majestueuses portes de dressaient fièrement, défiant quiconque de les franchir. Mais pour la jeune femme, c'était plus qu'une invitation, elle voulait ressentir le passé de ces pierres. Elle fit un premier pas, sortant de l'ombre des arcades dans lesquelles elle et ses étranges amis s'étaient réfugiés, c'est alors que Lynn sentit une pression glaciale sur son épaule, elle se retourna et tomba dans le regard flamboyant de Démétri.

Le vampire accrocha son regard au sien et sans la lâcher lui dit :

« - Nous ne te suivrons pas… »

La jeune anglaise haussa un sourcil interrogatif, puis acquiesça sans poser de questions. Elle continua de marcher vers le monument, mais à reculons. Démétri la tenait toujours, quand son épaule plongea dans la lumière, il retira sa main si vivement qu'elle en resta bouche bée.

Trois réactions : Félix esquissa un sourire d'excuse, un sourire gêné, Lynn avait les yeux grands ouverts et Démétri avait un sourire en coin, fier.

Il fut cependant décontenancé un instant quand elle demanda :

« - Ca va sentir le cochon brûlé ? »

Et tout cela très innocemment ! Les deux vampires hésitaient sur la conduite à adopter ? Devaient-ils se moquer d'elle ou se sentir vexé ? Autrement dit, l'avait-elle fait exprès ou non ? Démétri interpréta cela comme un jeu et y prit part : Il tendit la main et exposa son index au soleil. La réaction ne se fit pas attendre, il brilla de milles éclats. La jeune femme exprima une expression satisfaite à cette vue, comme fascinée.

Puis elle s'arracha à sa contemplation et, espiègle, elle lanca un retentissant.

« - Et pourtant vous n'êtes pas des lumières. »

Elle se retourna et fonça à grand pas vers le Palazzo.

« - Elle a compris qu'on ne pouvait pas la suivre. » articula amèrement Félix, la comparaison à un cochon lui restait en travers de la gorge...

Démétri haussa les épaules, l'observant disparaître dans l'ombre du monument.

Il faisait sombre et frais. Mais les quelques vitraux qui ornaient l'intérieur étaient inondés de soleil et laissait transparaître les couleurs du verre en de longs rayons lumineux. Quelques touristes flânaient prenant un ou deux clichés à l'occasion. Le silence était assourdissant, elle pouvait percevoir chacun de ses pas dans un long écho qui retentissait sur le sol du marbre vert. La chaleur qui ressortait sur les murs extérieurs n'était plus du tout présente à l'intérieur. Un contraste troublant.

*Le principe de l'être humain…* songea Lynn amèrement. *Un être chaud en apparence mais on ne peut plus glacial quand on creuse un peu plus…*

Etait-ce pour cela qu'elle s'attachait toujours à des êtres disons… marginaux ? Dieu seul le savait…

*Et encore faudrait-il qu'il existe celui-là… !*

Elle continua son tour solitaire dans les allées du Palais, elle n'avait pas chaud. La peau de ses bras nus commençait à sérieusement refroidir, peut être devrait-elle faire demi tour et rejoindre ses deux amis ? Une voix mélodieuse la sortit de ses songes…

« - Vous pouvez observer une superbe peinture Toscane du célèbre peintre… »

Mais Lynn n'écoutait plus, elle ne pouvait plus détacher les yeux de cette magnifique femme aux longs cheveux acajou, elle se mouvait comme elle n'avait jamais vu personne le faire, enfin si, cela lui rappelait vaguement quelqu'un mais elle n'était plus capable de réfléchir à ça. De toute manière elle n'en avait pas envie, tout ce que Lynn désirait à présent, c'était écouter cette femme et la regarder se déplacer, juste ça.

Cette dernière due justement remarquer qu'on l'observait car elle se retourna et fixa Lynn dans les yeux, Un large sourire orna son visage, se magnifiques dents blanches parfaitement alignées se dévoilèrent. Lynn frissonna sans pouvoir autant se décrocher de ce visage. Les yeux couleur de sang, ça lui disait quelque chose, mais quoi ? Mais quand la belle créature s'adressa à elle, toutes pensées parasites s'éclipsèrent. Lynn voulait la suivre, Lynn voulait l'écouter, Lynn voulait l'admirer, Lynn voulait jalouser sa beauté sans égale.

« -Vous désirez vous joindre à nous ? »

Lynn décrocha ses yeux et se rendit compte qu'une vingtaine de personnes suivaient cette femme. Une guide.

« - Je… Euh… C'est-à-dire que je … Je n'ai pas de… Euh… » Balbutia l'anglaise.

La femme afficha une mine très satisfaite d'elle-même et d'un mouvement de bras, elle l'invita à les rejoindre. La petite humaine ne se fit pas prier et entra dans les rangs.

« - La visite continue mes amis ! Je vais demander de bien vouloir me suivre car je vais vous montrer un espace que peu de guides ont l'autorisation de faire visiter, mais vous avez de la chance d'être tomber sur moi ! »

Elle ponctua sa phrase d'un clin d'œil et d'un rire cristallin. Rire auquel toute la troupe suivit comme un seul homme.

Tous ensemble, ils marchèrent une dizaine de minutes, descendant d'innombrables escaliers, empruntant de nombreux couloirs. La guide lâchait de temps à autre un commentaire sur tel ou tel élément d'architecture mais poursuivait sa route. Lynn prenait du retard sur des compagnons de visite, il lui semblait que la cadence s'accélérait, la guide désirait-elle aller plus vite ?

Le froid lui mordait désormais les joues et le bout du nez, elle replia ses bras sur elle-même et tenta de les frictionner pour les réchauffer. Mais le froid a quelques effets bénéfiques, ou était-ce la distance avec le peloton de tête ? La brume qui recouvrait l'esprit de la jeune femme semblait se dissiper légèrement. Elle ressentait toujours le besoin de suivre la magnifique femme mais… Où avait-elle vu ces yeux ? Où avait-elle vu cette façon de se déplacer ? Et surtout… Où avait-elle déjà senti ce parfum sucré ?

En y repensant, elle était maintenant persuadée que si elle touchait la peau de la femme, le contact serait glacé…

Mais que signifiaient ces indices ?

Plongée dans ses pensées, se battant avec son esprit et sa mémoire, persuadée qu'elle devait se souvenir de quelque chose, Lynn ne se rendit pas compte que le cortège venait de pénétrer dans un tout autre décor… Un lieu… Royal. Gigantesque. Recouvert de marbre. Un couloir s'offrait à eux sur leur gauche.

« -Nous prendrons par la gauche dans un instant, je vous laisse découvrir pendant quelques minutes ce chef d'œuvre d'architecture. »

Elle partit d'un autre rire joyeux que le groupe suivit une fois de plus. Mais il sonnait faux aux oreilles de Lynn, crispé, pressé… Elle ne rit pas, d'autres touristes ne riaient plus non plus, ils avaient les yeux hagards, interrogatifs. Ils semblaient venir de se réveiller.

Mais la superbe femme ne s'en soucia pas, elle franchit une petite porte disparaissant brièvement. Les quelques personnes qui semblaient perdus regardaient le couloir de gauche avec envie, comme s'il était une sorte d'échappatoire, mais ils furent trop longs à penser, la guide réapparut dans l'instant.

« - Par ici s'il vous plait. » Elle désigna le fameux couloir. « - C'est arrangé, vous allez pouvoir découvrir LA salle qui vaut le coup d'œil dans ce bâtiment, une salle du trône en quelque sorte… »

Et tous lui emboîtèrent le pas, Lynn compris. Arrivés devant une immense double porte aussi massive que majestueuse, ils s'arrêtèrent, un homme attendait à l'entrée. Brun aux cheveux mi-longs, un air enfantin peint sur le visage, et toujours ces yeux… Il s'adressa à la guide, le sourire en coin :

« - Heidi, tu ne devineras jamais qui vient de rentrer au bercail… »

« -Non… C'est vrai ? » Un air radieux éclaira son visage, sincère pour une fois. « -Alors n'attendons pas une seconde de plus pour les voir ! »

Heidi Volturi, chasseuse pour ses maîtres poussa les battants.


POUET ! Fin du chapitre !

Alors verdict ? C'est le plus long que j'ai écrit jusque là. En fait... Plus ça vient, plus j'écris de longs chapitres. Je crois que c'est parce que l'intrigue que j'essaye d'instaurer me donne tellement d'idées que je sais pas par où commencer !

Bref, alors ? Qu'avez vous pensé de Lynn ? De Démétri ? De Daniel ?

Et Heidi ? Ravi de la voir ? Désolé mais je l'adore elle, je ne pouvais décemment pas l'ignorer ! Par rapport à la blague sur la petite vieille, il faut avoir lu mon one-shot sur Heidi "Dans un but, les servir", mais je me suis tout de même arrangé pour placer ce passage sans que ça n'entrave à la compréhension. Ai-je réussi ma mission ?

Alors ? QUE VA T'IL SE PASSER ? Lynn va t'elle se faire dévorer toute crue ? Va t'elle devenir un vampire ?

Merci de me lire !

Yuna Casull