Chapitre 10 : Nouvelle vie.
A Volterra…
Trois semaines. Trois longues semaines pendant lesquelles Lynn n'avait pas quitté ces murs. Le plus souvent, la jeune anglaise avait passé son temps dans sa chambre ou même dans la bibliothèque car Alec lui avait clairement fait comprendre que tenter d'aller autre part sans que l'un des gardes soit au courant était une affaire risquée…
Le secret qui emplissait chacune des pièces de ce palais souterrain était épais. Lynn le savait. Et quelque part… Elle ne voulait pas en savoir plus que maintenant… Le… massacre auquel elle avait assisté et même fait part quelques semaines auparavant était et reste encore aujourd'hui un traumatisme pour l'humaine. Elle ne le montrait pas, non, elle restait la Lynn forte et intuitive, la Lynn de bonne humeur et taquine, la Lynn qui ressemblait à Félix, la Lynn qui se chamaillait avec Démétri…
Enfin ça c'était avant… Depuis ce jour elle ne l'avait pas revu… Pas un seul signe du Volturi. C'était à se demander s'il était encore en vie… Quand Lynn demandait de ses nouvelles à Félix, Alec ou même Heidi, les seules personnes qui la voyait de temps à autre, tous baissaient les yeux et refusaient de répondre. C'est vraiment à se demander s'il était toujours en vie…
Lynn passait donc des journées entières à attendre, attendre que sa jambe guérisse, attendre que l'un des trois seigneurs des lieux daignent lui accorder une audience, attendre que Démétri vienne la voir… Elle voulait le voir… Il lui manquait… Elle se rendait compte qu'elle s'était vraiment attachée à lui. Parce que passer ses journées à attendre permet de réfléchir, de prendre du recul. Ainsi, elle eut l'occasion de repenser à sa relation avec son ancien collègue, de où elle se trouvait, avec qui elle était, de trouver des solutions pour ne pas paniquer, prendre sur soi… Envisager qu'effectivement le monde n'était pas forcément comme elle l'avait toujours cru…
Elle eut tout le loisir de repenser à sa tendre amie, Sue, qui lui manquait terriblement. Souvent, Lynn se demandait comment aurait réagit sa romantique d'amie face à tous ces évènements. Aurait-elle paniqué ? Aurait-elle trouvé ça fabuleux ? Aurait-elle crié à la sorcellerie ? Lynn aurait tendance à penser que Sue aurait trouvé ceci merveilleux. Effrayant certes, mais extraordinaire. Sue faisait preuve d'une telle ouverture d'esprit !
Quelqu'un toqua à la porte, Lynn sursauta. Une fois de plus. Plus elle restait à l'écart, sans explication, plus l'angoisse qui lui étreignait le cœur la détruisait… Elle ôta rapidement quelques larmes, souffla un grand coup et bloqua ses mains sous ses jambes pour contrôler leurs tremblements :
« - Oui ? »
Alec et Félix trouvèrent Lynn recroquevillé sur elle-même, le teint pâle et les yeux rouges. Elle dépérissait à vue d'œil… L'inquiétude de ne plus voir Démétri et de se retrouver dans un des lieux les plus effrayants du monde y jouait pour beaucoup… Tant qu'elle serait humaine elle ne pourrait pas supporter l'atmosphère du Palais des Volturi bien longtemps… Il fallait faire bouger les choses et les deux vampires qui entraient dans la chambre de l'anglaise en avaient bien conscience. C'est pour cela qu'ils étaient venus tous les deux, ils avaient obtenus l'autorisation des Seigneurs.
« -Viens avec nous, on a quelque chose à te montrer. » dit Félix
« - Où allons-nous ? »
« - Contente-toi de t'habiller pour sortir. » rétorqua Alec.
La jeune femme se leva non sans mal car ses blessures n'étaient pas encore entièrement remises, elle enfila une veste et mit des chaussures qu'elle récupéra dans la valise qu'elle avait emmené. Puis elle clopina vers les deux hommes qui se tenaient dans l'encadrement de la porte, Félix lui sourit gentiment tandis qu'Alec passa un bras dans le dos de l'anglaise pour la soutenir. Lynn fut surprise se ce geste et tourna sa tête vers le jumeau qui se contenta de regarder autre part.
« - Merci » lui murmura-t-elle doucement.
Puis les trois s'engouffrèrent dans l'un des longs couloirs de la bâtisse.
Quelques minutes plus tard, ils arrivèrent devant la grande porte qui menait à l'extérieur. Lynn se souvenait être passée par là quelques semaines plus tôt, elle savait donc où menait cette porte… Félix, qui devançait de peu l'humaine et son confrère Alec, repoussa les lourds battants. Le Palazzo del Priori dévoilait une nouvelle fois sa superbe architecture à l'anglaise qui ne put rester de glace face à une telle vision. C'était la seconde fois qu'elle y pénétrait mais devant tant de majesté… C'était en ce lieu même qu'elle avait rencontré Heidi…
Le trio avança dans la froide bâtisse et se dirigeait vers la grande porte d'entrée. Parvenu à la hauteur d'une des fenêtres de la salle, Lynn s'arrêta net, surprenant alors Alec qui la tenait toujours par la taille. Il voulut demander à la jeune humaine pourquoi cet acte mais celle-ci était plongée dans ses pensées et dans la contemplation d'un vitrail. Il ne bougea plus et attendit patiemment qu'elle se décide, Félix s'était retourné et regardait le vitrail qui intéressait leur protégée.
Il s'agissait d'une représentation d'une scène de la Bible mettant en scène la naissance de Satan et de ses démons… Le haut du vitrail voyait s'étaler un ciel bleu et pur, parsemé d'anges et de rayons de lumières imposants. Au centre de la fenêtre, il y avait un ange, plus grand et plus majestueux que tous les autres. Il tenait une épée qui tranchait les ailes d'un être rouge et cornu, très semblablement Lucifer, ce dernier tombait dans les abysses et le feu de l'enfer au bas du vitrail. Des flammes léchaient le sol couvert de pierres, de trous et d'innombrables autres démons.
Mais ce n'est pas ce détail qui avait retenu l'attention de Lynn, en s'approchant plus près, on pouvait distinguer entre le Ciel et l'Enfer la terre des Hommes… Une terre avec des petites maisons, des champs, des humains… Mais parmi eux, et là était le détail troublant, des êtres semblables à des hommes. Ces êtres, dont le dos était en sang, attaquaient les humains et les attiraient vers l'enfer…
« - Qu'est-ce que c'est ? » demanda Lynn en pointant du doigt l'une des scènes avec ces êtres au dos ensanglanté.
Félix et Alec semblèrent hésiter… Surtout le premier. Finalement, c'est l'un des jumeaux qui se décida à expliquer.
« - Tu as devant toi une représentation de la création de l'enfer par Dieu et l'Archange Michel, celui au milieu du vitrail. »
« - Oui c'est ce que j'avais cru comprendre mais… Cette représentation est assez différente de ce que j'ai toujours pu voir… Qui l'a faite ? ».
Nouvelle hésitation.
« - C'est Maître Caius qui a donné ses directives pour ce vitrail. Il tenait à ce que certains éléments y apparaissent… Une sorte d'ironie de la Bible… Tu n'es pas sans savoir que nous vivons… Assez longtemps pour certains d'entre nous, et à aucun moment dans la Bible on ne parle de notre espèce. »
« - Votre espèce… » Murmura doucement Lynn.
Jusqu'ici, personne n'avait encore osé prononcer LE nom, LE mot. Car chacun savait que cela engendrerait de lourdes conséquences pour Lynn… Félix et Alec (bien que ce dernier le nie à tout prix) s'étaient beaucoup attachés à la jeune femme, et aucun ne désirait prendre le risque que cela change. Félix prit alors la parole :
« - Lynn, laisse-moi te raconter une de nos légendes… Au commencement, notre race était des lieutenants de Dieu, des anges aussi purs que le veut la tradition. Mais un jour, cinq de ces anges descendirent sur Terre pour visiter les hommes. Quand Dieu l'apprit, il se mit en colère et attendit que les cinq anges remontent. Au milieu de la remontée, il leur coupa les ailes et les condamna à errer sur terre pour l'éternité, ainsi qu'à se nourrir de sang en plus de manger comme les humains. Les anges furent effrayés mais s'habituèrent à leurs nouvelles vies. Ils réussirent à crée d'autres êtres comme eux au bout de la 100ème année d'errances et ce répandirent sur Terre, vivant parmi les humains... »
« - Ce serait… »
« - Notre commencement, oui. » Dit Alec « Cependant, certains détails sont évidemment faux… ! »
« - Et mis à part ça tout est vrai alors ? » articula la jeune femme, intimidée.
« - Sans doute pas non, enfin cela dépend si tu crois en Dieu ou pas. » Expliqua Félix. « Pour ma part, et je crois qu'Alec sera d'accord, après plusieurs centaines d'années tu ne crois plus vraiment en ce genre de bêtises.. ».
Alec acquiesça silencieusement et Lynn reprit :
« - Tu disais qu'un détail était faux Alec… Lequel ? »
« - Nous ne mangeons pas comme les humains, contrairement à ce que dit la légende. »
« - Ah… Le sang, pas de problèmes mais la pizza… Dur la vie ! »
« - La mort dans ce cas précis Lynn. » Sourit Félix.
« - Ah ? Autant pour moi ! »
L'anglaise retourna à sa contemplation du vitrail, observant attentivement l'une des créatures terrestres. Puis elle murmura, se parlant à elle-même :
« - Des créatures ailées auxquelles on aurait coupé les ailes… Voilà pourquoi leur dos est couvert de sang sur ce vitrail… ».
Il y eut un bref silence, Lynn ne faisant plus aucun bruit, son regard rivé sur l'un des êtres. C'est alors qu'elle se retourna, observa tour à tour Félix puis Alec puis le vitrail, recommença encore deux fois de suite.
« - Une révélation ? » demanda Félix.
Lynn tourna ses yeux vers lui puis se mit à rougir. Alec ajouta :
« - Son cœur s'affole Félix. Tu as touché juste je crois. »
Elle rougit de plus belle et repoussa Alec comme elle le pouvait. Celui-ci ne se laissa pas faire et maintint fermement sa prise contre sa taille, il se justifia en disant qu'elle ne tiendrait pas debout très longtemps sans lui. Félix souriait de toutes ses dents, il fixait l'anglaise, inquisiteur, attendant une explication. Lynn déglutit, releva la tête et marmonna :
« - Ta légende parle de lieutenants de Dieu… Des anges… »
« - Et ? » Encouragea Félix.
« - Les anges sont connus pour être… Très beau. » Lâcha t'elle, affreusement confuse. « Je me disait juste à quel point cette légende avait des côtés vrais… »
Félix, ravi et fier comme un paon s'apprêtait à prendre la perche que Lynn lui avait si généreusement tendu pour la taquiner un peu plus, mais il fut interrompu par une voix forte et impériale qui résonna dans toute la salle vide.
« - Tu as justement souligné un point intéressant Lynn ! Les lieutenants de Dieu. N'est-ce pas là la tâche que se sont imposés les Volturi ? »
Aro Volturi.
Le Seigneur et Maître de ces lieux se montrait enfin après trois semaines sans que Lynn ne put serait-ce que l'apercevoir. La seconde d'après, elle remarqua que Félix et Alec avait incliné leur tête vers Aro, respectueux, Lynn songea alors à faire de même mais se ravisa, après tout, ce n'était pas son maître à elle !
« - Que voulez-vous dire ? » interrogea-t-elle.
« - Et bien… Je pensais te le dire accompagné de mes deux compagnons, Caius et Marcus, et après ta sortie avec Félix et Alec mais puisque tu le demandes… »
« -Vous parliez des lieutenants de Dieu… »
« - A vrai dire… La famille Volturi est en quelque sorte le clan qui fait régner l'ordre au sein de notre race. Nous sommes ceux qui empêchent le chaos dans le monde Lynn… »
« - Les lieutenants de Dieu… »
« - Nous ne sommes les lieutenants de personnes jeune humaine. » fit Aro impérieusement. « Nous sommes la famille royale Volturi. C'est nous qui prenons chacune des décisions importantes de notre race, et chacun les respectent car on nous craint et on nous vénère. Marcus, Caius et moi-même sommes les créateurs de cet ordre. Nos soldats bien aimé comme Félix, Alec ou Jane en sont les acteurs, ce sont nos lieutenants. »
« - Et nous en sommes fiers » termina Alec alors que Félix hochait la tête comme pour appuyer ses dires.
Un tel discours laissa Lynn pantoise. Elle avait compris que les personnes qui l'entouraient étaient importantes mais à ce point…
« - Alors… Le monde qui nous est caché… A nous les humains… Cet univers entier gravite autour de vous ? »
« -Chacun de nous est libre de faire ce qu'il souhaite » répondit Alec. « Toutefois, il y a quelques règles que les maîtres ont installés… »
« -Où ce serait le chaos… » Termina Félix.
« - Et quelles sont-elles ? » Demanda l'anglaise, curieuse. Question à laquelle Aro répondit en souriant :
« -Chaque chose en son temps Lynn… Il me semble que tes gardiens avaient quelque chose à te montrer… Et moi je suis las, je vais rentrer. »
Aro fit quelque pas en direction de la porte par laquelle le trio était entré puis il se retourna et d'adressa à la jeune femme :
« - Je ne manquerais pas de souligner à Caius l'intérêt que tu as porté à son vitrail. L'art est une chose importante à nos yeux et tu es l'une des rares personnes à avoir remarqué ce détail original… C'est bien. »
Puis il disparut dans l'embouchure de la porte.
La sortie d'Aro instaura un long silence dans le groupe, silence que Lynn interrompit en demandant :
« - Alors, vous vouliez me montrer quoi ?"
« - Il est juste hors de question que je monte sur ton dos Félix ! » Fulmina Lynn.
« - Oh allez ! C'est pour le poids que tu as peur ? Tu oublies que j'ai une force surhumaine, et je suis le plus fort du clan Volturi ! Ca va peut être être un peu juste mais j'y arriverais ne t'en fait pas ! »
Lynn poussa un cri de rage suite à sa remarque et croisa les bras, bien décidé à ne pas changer de place. Alec, situé un peu en retrait, s'appuya contre un arbre, les mains dans les poches de sa longue veste grise en soupirant. Il ferma les yeux, un air de profond ennui peint sur son visage, il ne désirait pas prendre part à la chamaillerie entre Lynn et Félix.
Il faisait nuit noire dans la vallée toscane où se trouvait le trio. En sortant du Palazzo, Lynn fut perturbée par le fait qu'il fasse nuit, rester dans les sous-sols de Volterra aussi longtemps lui avait fait perdre la notion du temps. Elle avait alors demandé à ses compagnons pourquoi ils avaient attendu la nuit pour l'emmener au dehors. Félix avait alors levé son index comme réponse à la jeune femme et elle s'était rappelé ce que Démétri lui avait montré trois semaines auparavant et la plaisanterie qu'elle lui avait sorti : « Vous n'êtes pas des lumières pourtant ». A l'évocation de ce souvenir, un léger sourire s'était dessiné sur ses fines lèvres.
C'est alors qu'une main sur son épaule fit sursauter l'anglaise et la sortit de ses songes, Alec.
« - Lynn, tu devrais accepter de monter sur son dos, nous avons eu l'autorisation de t'initier à notre espèce. Nous allons te montrer ce que nous pouvons faire. »
Son air sérieux fit perdre ses moyens à Lynn qui baissa les yeux, confuses. Devait-elle accepter et les suivre en sachant qu'aucun retour en arrière ne serait possible après cette initiation ? En avait-elle vraiment envie ? Elle pensa alors à Démétri. Si elle était venue jusqu'en Italie, c'était parce qu'il était là, mais si maintenant il ne pouvait plus être à ses côtés… Elle était bien moins sûre d'elle…
« - Quand vais-je revoir Démétri ? »
Félix et Alec écarquillèrent les yeux, s'il y a bien une question à laquelle ils ne s'attendaient pas tout de suite, c'était celle-là. Mais pourquoi diable demandait-elle cela s'interrogea Alec. Félix, lui savait. Il savait le lien qui unissait ses deux amis, il entreprit alors de répondre malgré l'interdiction qu'avait formulé maître Caius, au pire, il savait que maître Marcus interviendrait en sa faveur… Lui aussi connaissait l'affection de Lynn et Démétri, il comprendra que si Lynn n'a aucune garantie que Démétri soit là, elle ne rejoindra jamais les Volturi. C'est donc sous le regard surpris d' Alec qu'il s'exprima :
« - Démétri est parti en mission pour un petit moment, il y a des choses que lui seul peut régler. »
« - Pourquoi est-il parti sans me le dire ? » s'enquit Lynn.
« - Démétri à obéit aux ordres des Seigneurs. De plus, laisse-moi te dire qu'il n'a aucun compte à te rendre. » Intervint sèchement Alec.
Mais Félix s'approcha, prit les mains de la jeune femme et ajouta plus doucement :
« -Il voulait venir te voir Lynn, mais ce n'était pas raisonnable avec tes blessures… Tu n'es pas sans savoir que Démétri est plus affecté que nous tous réunis par toi… Par ton odeur… C'est moi-même qui lui ait conseillé de partir faire ce qu'il avait à faire lui plus rapidement possible. »
Elle plissa les yeux et observa les pupilles écarlates cherchant à y déceler la moindre lueur de mensonge. Sa voix changea alors de ton et elle prononça avec force :
« - Jure le moi Félix. »
« - Je te le jure. »
Elle sembla convaincue car elle dégagea ses mains de celle du colosse et passa un bras autour de sa nuque en tendant une de ses jambes.
« - Il est hors de question que tu me portes sur ton dos, c'est dans tes bras ou je demande à Alec. » Dit-elle.
« - Et qui te dit que j'accepterais de te prendre dans mes bras moi ? » Demanda Alec avec un petit sourire.
« - Tu m'obéiras. » répondit-elle, une lueur de défi dans les yeux et en baissant sa jambe.
« - Que tu crois ! »
« - Alec, porte moi dans tes bras, c'est un ordre ! » Dit-elle en souriant et en détachant son bras du cou de Félix.
« - Nope ! » Conclut Alec en s'asseyant par terre.
Sa réaction eut le don de faire bouder Lynn qui croisa les bras de dépit. C'est alors que Félix l'emporta soudainement dans ses bras. Surprise, la jeune femme eut à peine le temps de passer ses bras autour de la nuque de l'homme qu'il partit à toute allure. La surprise passée, elle dit à Félix :
« - Et non, je ne savais pas que Démétri était plus affecté par moi que n'importe qui d'autre… »
Et le petit groupe s'enfonça dans la nuit noire italienne pour initier Lynn au monde des vampires…
A plusieurs milliers de kilomètres de Volterra…
Le soleil venait de se coucher sur les montagnes… L'atmosphère froide et humide de la journée ne se trouvait qu'amplifié avec la venue de la nuit. Même si l'été pointait le bout de son nez, le pays ou les deux vampires se trouvaient ne connaissait la chaleur que pendant de rares périodes. Ici, le quotidien se résumait à de la pluie, de la brume et des montagnes… Rien de plus.
Sur le flanc d'une des montagnes se trouvaient une petite cabane, visiblement l'habitation d'un homme-ermite. Une personne qui désirait vivre seule… Elle ne manquait à personne en fait…
Non loin de la cabane, un homme vêtu d'un long manteau gris sombre se tenait assis sur la branche d'un sapin. Il ne faisait pas attention à la fraîcheur de la nuit, ni à l'obscurité d'ailleurs. En fait, il suffisait de regarder un peu mieux pour constater qu'il était assis sur une branche à plusieurs centaines de mètres du sol, et pas la moindre trace d'une échelle pour y grimper. N'importe quelle personne se serait posé quelques questions en le voyant…
Ses pupilles flamboyaient d'une lueur écarlate, scrutant le flanc de la montagne à l'opposé. Mais pouvait-il vraiment voir à une telle distance ? Cet homme dégageait une aura particulière… Une sorte de majesté qui émanait de son être sans qu'il ait besoin de faire le moindre geste, il se tenait droit, la tête relevée fièrement. Son dos reposait contre le tronc du sapin, une jambe ballant dans le vide alors que l'autre était repliée sur la branche de l'arbre. Il paraissait être le maître des lieux. En le voyant on ne pouvait que s'incliner devant tant de prestance et de charisme. Tout cela était en plus amplifié avec l'apparence de l'homme, sa peau blanche contrastait avec l'obscurité de la nuit, elle semblait douce et fragile au toucher alors qu'en réalité elle était froide et dure comme le marbre. Ses cheveux bruns coupés courts dessinaient d'élégantes arabesques avec leurs courbes sur sa tête.
La quiétude du moment fut alors interrompue par le deuxième être surnaturel qui se trouvait là. Un être en apparence très semblable de part sa beauté, sa peau diaphane et sa prestance mais en observant plus attentivement, on pouvait discerner des différences majeurs par rapport à l'homme sur l'arbre. Les yeux tout d'abord, autant ceux de l'homme brillait d'une lueur écarlate comme les siens, mais on pouvait y lire la sagesse et le calme de plusieurs centaines d'années d'expérience alors que dans ceux du second vampire, on n'y voyait que la flamme féroce d'un nouveau-né sauvage et incontrôlable. Mais aussi de la tristesse…
Son apparence différait également de celle du premier. Alors que l'homme portait un long manteau gris impeccable, arborait une apparence propre et soignée, une stature élégante et raffinée, l'autre était plus sauvage, des longs cheveux qui n'avaient pas été peignés depuis sans doute un bon bout de temps, attachés en une rapide queue de cheval, des vêtements abimés, usés et sales et une allure bien moins gracieuse, plus… Sauvage.
Le vampire descendit de son sapin, il rejoignit le second vampire qui baissa la tête, un air de profonde détresse peint sur le visage. Le premier posa sa main sur son épaule, en guise de soutien, c'est alors que le second prononça :
« - C'est fait Démétri… »
« - Et ça va mieux ? » lui répondit-il.
La créature hésita, et elle murmura, honteuse :
« - Oui… »
Démétri hocha la tête satisfait. Il la laissa là et entra dans la cabane. Quelques secondes passèrent et il réapparut à l'extérieur.
« - Ne t'en fais pas, il ne manquera à personne. » Il se tut un instant et reprit. « - Je suis fier de toi, tu te contrôles beaucoup mieux, tu vas certainement pouvoir la revoir très bientôt. »
Démétri guetta une quelconque réaction, rien ne vint de la part de son acolyte qui gardait la tête obstinément baissée.
« - Que se passe-t-il ? Tu n'es pas heureuse de cette nouvelle ? »
« - Si, si, j'en suis satisfaite. » répondit la femme vampire. « - Je repensais juste à ce vampire… La cause de mes malheurs… Heureusement que tu es là maintenant… »
Démétri réfléchit un instant, puis il lui répondit, hésitant :
« - Je suis soulagé que tu ne me considères pas comme fautif… »
La jeune femme releva soudainement la tête, comme électrisée. Elle dit vivement :
« - Bien sûr que non Démétri ! Je sais quand même qui m'a fait cela, et ce n'était pas toi ! De plus, je te connais bien mieux maintenant, je sais que tu ne transformerais pas quelqu'un en vampire pour le plaisir ! Comme lorsque tu te nourris, tu sais te contrôler toi… » Sa voix diminua… « - Quand rencontrerais-je les Volturi ? J'aimerais les remercier. »
« - Bientôt j'imagine. Mais nous sommes toujours à sa recherche… »
« - Cet Emmett Cullen va regretter de m'avoir fait ça… »
Plusieurs mois auparavant, Londres.
Félix Volturi venait à peine d'arriver à Londres que déjà les ennuis commençaient ! Rien à faire, côtoyer des humains ne lui allaient décidément pas. A chaque fois qu'il retournait dans le monde des humains, il fallait toujours qu'un problème lui tombe sur le dos.
Une heure. Cela faisait une petite heure qu'il était là et il était déjà en train de courir à travers les toits de Londres, un humain sur le dos. En fuite. Comment s'appelait-elle déjà ? Ah oui, Démétri lui avait dit avant qu'il ne parte, Sue. Alors que le vampire courait à toute allure, il réfléchissait aussi vite qu'il le pouvait. Son objectif : trouver une parade, trouver une solution à cet épineux problème. Sue est la meilleure amie de Lynn, le futur membre des Volturi. Donc si Sue meurt et que Lynn vient à savoir que c'est la faute des Volturi… Il n'y a aucune chance pour qu'elle rejoigne le clan… De plus, il ne peut pas la laisser en vie, la loi des vampires, établie par le clan Volturi lui-même, stipule bien qu'aucun humain au courant du secret ne peut garder la vie. Deux solutions s'offrent alors à lui : soit il la tue et il y a des chances pour que Lynn comprennent un jour que c'est la faute des vampires… Elle n'est pas bête quand même. Soit il la transforme et là… C'est encore plus de complications…
Félix se torturait les méninges. Que faire ? Il arrivait maintenant dans la campagne londonienne avec son fardeau. Une maisonnette avec une grange à côté retint son attention. Parfait. Un peu d'intimité. Il déposa Sue dans la grange et fila espionner rapidement les habitants de la maisonnée. Quelques secondes passèrent à peine qu'il était déjà revenu. Il n'avait vu qu'un petit couple de vieille personnes probablement sourds. L'idéal.
Le Volturi s'assit dans la paille à côté de la jeune femme, songeur. Il n'avait toujours rien décidé. La tuer ou la transformer ? Pour lui, la loi était claire, hors de question de la laisser en vie. C'était soit la mort, soit une vie de vampire pour la jeune Sue Fitzgerald. Elle n'aurait pas dû autant fouiner dans la vie de Démétri… Il la regarda, évanouie, et décidé d'établir une liste mentale de toutes les raisons qu'il avait à la tuer ou la transformer :
La mort : S'il la tuait, une fois Lynn au courant du secret des Volturi et de Démétri, elle leur en voudrait et refuserait catégoriquement de les rejoindre. Peut-être trouver une excuse ? Comme un braquage ou une maladie… ?
La transformation de Sue : Plusieurs risques se présentaient alors, Sue pourrait tuer Lynn en cherchant à la revoir, elle pourrait révéler à son amie que les Volturi sont les méchants garnements qui ont détruit sa vie…
Dans tous les cas, il y avait de fortes chances pour que Lynn refuse de les rejoindre. Game over. Félix fronça les sourcils, Démétri allait s'en prendre une belle ! Il ne pouvait pas faire plus attention ? Bon d'accord, il parait que le parfum de sa chanteuse vous fait perdre la tête mais s'il a réussi à se contrôler pour ne pas la tuer il aurait plus faire plus attention à son comportement ! Félix songea que, de la bande des soldats Volturi, le cérébral de la bande était Alec… Peut-être il pourrait lui demander … Non. Félix était un grand garçon et il allait se débrouiller tout seul. Il replongea dans ses pensées…
C'est alors que d'un seul coup, il releva la tête et la tourna vers Sue comme si en la contemplant cela l'aidait à peaufiner son idée. Il détailla son visage point par point, son menton, ses joues, ses lèvres, ses pommettes, son nez… Une chose est sûre, elle allait faire une très jolie immortelle… Ses oreilles, ses délicats sourcils, ses yeux… Ses yeux qui se mirent à papillonner ! Elle se réveillait ! Félix se redressa et se concentra sur l'idée qu'il allait boire son sang, il imaginait déjà la chaleur du liquide parcourir son corps défunt. Il savourait déjà la saveur du nectar entre ses lèvres.
Sue toussa violemment, Démétri avait serré fort au point de la faire s'évanouir ! Elle se redressa doucement et ouvrit les yeux. Mais où était-elle ? Elle regarda aux alentours et ne vit personne. Elle était allongée dans la paille et ne voyait que des ballots de paille et de foin s'empiler. Une grange. Elle secoua sa tête pour retrouver les idées claires et dans un sursaut d'effroi elle se souvint de Démétri et de son secret, ainsi de ce qu'il faisait. Prise de panique, elle fouilla dans sa poche et constata avec soulagement que son portable était toujours là. Ses mains tremblaient alors qu'elle pianotait avec difficulté les touches du téléphone. Un grincement sinistre la fit sursauter, elle lâcha son portable et se redressa sur ses genoux pour regarder autour d'elle. Plus rien. Son cœur battait à vive allure, elle se pencha pour récupérer son bien perdu dans la paille, la remuant, quand elle entendit un sifflement sur sa gauche. Puis sur sa droite. De nouveau sur sa gauche. Devant elle. On se déplaçait excessivement vite. La panique était à son comble, Sue respirait fort, elle commençait à pleurer d'effroi, telle une proie prise au piège. Les bruits de déplacement ne s'arrêtait plus, ils étaient très distincts, Sue savait très bien qu'on tournait autour d'elle, elle ne parvenait pas à mettre la main sur son portable. Elle hurla comme on hurle de désespoir:
« - Arrête ça tout de suite Démétri ! ».
Elle sanglotait, ne perdant pas espoir de retrouver son téléphone, cherchant frénétiquement dans la paille, la retournant. Elle sentit alors la froideur du portable dans sa main, elle ne put retenir un cri de soulagement. Elle s'en saisit et l'ouvrit.
Une ombre passa et la plaqua de nouveau au sol, projetant l'objet bien loin de sa propriétaire qui hurla de peur. Un homme massif se tenait au dessus d'elle, il la maintenait plaqué au sol et la regardait avec un grand sourire cruel. Sue remarqua ses pupilles sanguines et cria, cherchant à attirer l'attention d'une bonne âme qui passerait par là. Le vampire colla sa main à sa bouche et se pencha sur elle.
« - Il n'y a personne aux alentours pour te venir en aide ma jolie… » Il susurra. « - Démétri a bien essayé de te protéger mais il faut croire qu'un Volturi tout seul ne vaut pas grand-chose… »
Sa bouche toujours recouverte de la main glaciale du vampire, Sue se débattait et tentait d'hurler à travers la poigne de l'homme. Curieux, il libéra sa bouche :
« - Qui êtes-vous ? » interrogea l'anglaise.
Le vampire alors sourit, et se pencha sur elle doucement. Il murmura à l'oreille d'une Sue figée par la peur.
« - Emmett Cullen, un ennemi des Volturi… Et donc de ton ami Démétri… »
« - Si… Si Démétri était un ami, il n'au… il n'aurait pas essayé de me tuer ! » Balbutia-t-elle tant bien que mal.
« - Te tuer ? Ma pauvre amie… Le petit Volturi essayait au contraire de protéger ta Lynn que je convoite tant… Et te protéger toi aussi par extension… Celui qui veut vous tuer, c'est moi ! »
Félix se jeta alors sur la gorge de Sue qui hurla. Puis il disparut en emportant un petit téléphone pendant que tout son corps brûlait… Sa lente mort la faisant basculer dans la dégénérescence la plus complète…
Quelques jours plus tard, Sue venait d'arriver dans le Nord de l'Angleterre. Elle n'était plus que l'ombre d'elle-même. Ses vêtements étaient en lambeaux, elle était couverte de sang et se cachait dans une grotte humide et froide. Mais elle ne souciait guère de où elle se trouvait, elle repensait au mal qu'elle avait fait ces derniers jours, à tous ces gens qu'elle avait tués… Sue poussa une longue complainte désespérée. Ses yeux ne pouvaient plus pleurer, son cœur ne battait plus mais la souffrance qui la déchirait suffisait à exprimer sa détresse. Elle était seule. Elle avait tué. Elle se souvenait du nom qui lui avait infligé cela. Sa gorge la brûlait. Et ce qui restait de l'âme de l'anglaise luttait pour réfréner cette envie de soulager sa soif. Elle resta là plusieurs jours, plusieurs nuits. Elle ne savait plus. Elle avait perdu toute notion du temps. Elle attendait sa mort. Elle voulait mourir. Mais la mort ne semblait pas vouloir lui rendre visite… C'est quelqu'un d'autre qui vint la voir.
Son nouvel instinct de vampire l'avait senti venir. Sue s'était redressée et penchée en avant, sa lèvre supérieure s'était levée pour découvrir des canines incroyablement blanches et tranchantes. La jeune femme s'était entendue grogner.
Puis quand elle découvrit l'identité de son visiteur, ses yeux se voilèrent et elle s'effondra. L'homme s'approcha d'elle doucement, les deux mains levées, signe qu'il ne voulait rien tenter contre elle. Sue avait alors parlé, la voix morne et éteinte :
« - Comment m'as-tu retrouvé ? »
« - Je t'ai traqué. »
« - Tu as peur de moi Démétri ? » Elle ricana. « - Tu peux faire pareil que moi il me semble, pourquoi serais-tu effrayée d'une jeunette comme moi ? Tu n'as pas commis autant de crimes que moi c'est ça ? » Elle leva les yeux vers lui.
« - Sue… J'ai essayé de te protéger, mais il m'a eu par surprise… Tu avais disparu… Je t'ai cherché… Et puis j'ai compris qu'ils allaient s'en prendre à Lynn… Je suis donc parti la protéger. »
« - Mais qu'est-ce qui se passe avec Lynn à la fin ? » cria Sue.
« - Elle… Apparemment, elle serait capable de remettre de l'ordre dans le monde des vampires… J'ai été désigné pour la protéger Sue. Pas pour vous faire du mal… Je suis ton allié Sue… Et je vais t'aider comme je peux… Mais je dois rester près d'elle le plus souvent possible pour l'aider à se remettre. Elle est détruite depuis ta mort… »
Sue s'emporta.
« - Ma mort ? »
« - Il valait mieux lui faire croire cela pour l'instant Sue… Tu sais à quel point elle est fragile au fond… Mais ne t'inquiète pas… Tu la reverras. »
La vampire se leva et tenta d'attraper Démétri par la gorge. Celui-ci l'esquiva, tapa dans son bras tendu et la projeta contre le mur de la grotte dans un fracas assourdissant. En retombant, Elle se mit à genoux et garda la tête baissée. Elle dit dans un sanglot :
« - Comment pourrais-je la revoir Démétri ? Je ne serais jamais capable de me contrôler ! Pas après avoir tué Mark… »
DONE ! Chapitre 10 bouclé. Bon, j'ai mis le temps mais j'avoue que je suis assez fière de ce que j'ai écrit là. L'histoire avance bien. Que pensez-vous de mes révélations ? Que pensez-vous de Démétri ? De Sue ? Et oui… Je n'ai pas eu le cœur de la tuer… Elle est importante pour moi après tout. Et la mascarade de nos deux Volturi ? Votre avis ?
Concernant le début de chapitre, j'ai cherché à faire bien évoluer le rapport qu'avait Lynn avec le clan Volturi. Mais il n'y a rien à faire, faire intervenir Aro me met mal à l'aise, j'ai tellement l'impression de le dénaturer. Par contre j'ai beaucoup de plaisir à écrire avec Félix et aussi la relation Lynn-Alec !
Ce chapitre commence avec assez de légèreté je trouve. Et plus l'histoire passe plus l'ambiance devient lourde, vous ne trouvez pas ?
J'espère que vous avez aimé ! Et on se voit pour la suite j'espère (de votre côté hein ! Moi je suis toujours là !) ;)
Vampiriquement,
Yuna Casull
