Kaïa n'avait pas vraiment profité de la nuit comme il le fallait. Aucun sommeil en perspective, aucune sérénité à conquérir et surtout… aucune envie de se laisser sombrer dans les profondeurs de la nuit. La mage était toujours aussi hors d'elle, comment pourrait-il en être autrement ? Ce n'était pas comme si les agissements de cette Marjolaine étaient sans conséquences. Rien que d'y penser, elle avait des désirs de meurtre. Sa décision était prise, elle ne lui laisserait pas une seule chance. Il n'y aurait pas de grâces et ce n'était que justice à ses yeux. Pas de rédemption, ni de vaine pitié. Elle réservait cela pour des crimes mineurs, pour des gens misérables et bien souvent aux décisions limitées. Alors que cette femme… elle avait tout prémédité, du début jusqu'à la fin. Du moins, la fin n'avait pas vraiment été celle qu'elle envisageait. Elle avait cherché la souffrance de la barde, sa honte et son sang. Ce qui avait été commencé devait se terminer dans la violence. Une vie tuée pour payer une autre brisée. L'aube aux doigts dorés brossait la surface de Ferelden, chassant la nuit vers d'autres horizons. Kaïa soupira, il était bien trop tôt pour qu'elle rue dans la Chantrie ! Elle n'allait pas réveiller ses compagnons maintenant, ce qui ne l'empêcherait pas de faire un tour à Dénerim. Elle avait besoin de changer de tenue, de mettre quelque chose qui colle davantage à son tempérament, un vêtement beaucoup moins cérémonieux et austère. En plus, elle devait tout autant voir pour faire le plein de cataplasmes et de lyrium. Morrigan avait bon dire qu'il en restait assez, Kaïa était d'avis qu'on en avait jamais trop.
La jeune femme se leva, elle récupéra sa bourse, son bâton, son sac et siffla Yuk. Quitte à y aller seule… autant être accompagnée. C'était là tout un paradoxe, mais pour la mage, elle était seule, dans le sens où il n'y avait pas d'autres bipèdes à ses côtés. Et puis la compagnie du Mabari s'avérait appréciable, ce n'était pas une présence nocive, pleine de contraintes. Il lui arrivait de faire le fou, de sauter dans la rivière, de ramener du gibier ou même de déterrer des objets ensevelis dans le sol mais… c'était un compagnon de route fiable, et particulièrement loyal. La mage savait que si elle était attaquée, le chien n'allait pas fuir, car les Mabaris n'étaient pas des lâches. Au contraire, Dragons, araignées géantes et Engeances pouvaient se présenter qu'il ne reculerait pas d'un pouce. Certains passants les disaient trop téméraires voire idiots dans leur volonté absolue de se battre mais pour la jeune femme, il s'agissait surtout d'une bravoure incommensurable que les humains, les elfes et les nains avaient perdu depuis les temps immémoriaux. Certes, cela ne leur garantissait pas toujours une victoire, mais au moins, ils ne faiblissaient pas devant le danger, ils ne reculaient pas devant l'horreur. Ils étaient l'incarnation d'une force mentale, d'un dépassement de soi au détriment de toute raison. Quand un combat devenait périlleux, la raison voulait que l'on se repli, c'était la même chose lorsque le sentiment de peur devenait omniprésent. Pourtant à bien des niveaux, la raison était mise de côté. Qui pourrait dire qu'aller affronter un Archidemon était raisonnable ? Certainement pas elle. La mission s'annonçait désespérer et profondément suicidaire, pourtant, aujourd'hui, elle suivait ce chemin, ce qui voulait bien dire que si l'on se tenait au simple fait de la raison, beaucoup de choses devraient être abandonnées.
Kaïa arriva sans peine à Dénerim, elle se dirigea vers la place du marché avant d'aller vers le commerçant nain, Gorim. Il vendait des armes et parfois des pièces d'armure, disons qu'il avait souvent des petites choses intéressantes. La mage lui fit une demande particulière, elle cherchait une tenue qui serait un mélange d'armure et de cuir, quelque chose de léger, et qui n'aurait pas forcément pour but de la protéger des coups physiques, car cela la rendrait plus lente et moins endurante. Le nain réfléchit, examina ses stocks et lui proposa de revenir un peu plus tard. La mage accepta, elle allait en profiter pour faire le plein de potions et de pièges. Les deux se montraient grandement utiles lorsqu'il fallait mener un affrontement dans des zones étroites et vastes. Le groupe était moins frais qu'aux premiers jours de l'expédition, elle comptait bien ramener quelques concoctions pour raviver force et allégresse. La jeune femme déambula ici et là entre les étales, il lui arrivait parfois d'hésiter à acheter des bricoles pour faire plaisir, car l'argent ne coulait pas à profusion. Kaïa remarqua un vendeur nain itinérant, elle ne l'avait jamais vu… peut-être parce qu'il n'était que de passage ! Elle s'approcha de ses marchandises, elle remarqua une paire de bottes… elles étaient magnifiques, elle connaissait une personne qui serait susceptible d'apprécier. Après avoir peser les points positifs et les points négatifs, la mage décida de les acheter. Ce n'était pas comme si elle dépensait l'argent qu'ils avaient tous les jours, elle pouvait bien de temps à autre se lâcher un peu, surtout s'il ne devait pas y avoir de retour ! Elle lui offrirait lorsque le cas de Marjolaine serait définitivement clos. Kaïa revint vers Gorim le commerçant nain, il lui avait trouvé quelque chose, et ce n'était pas de la marchandise naine. La mage regarda la tenue : des bottes noires qui remontaient aux genoux, un pantalon en cuir noir, un haut qui mêlait tissu et plaques d'armure, notamment une épaulière droite. Le prix n'était pas donné, mais ça en valait la chandelle, d'autant qu'elle allait compenser en revendant du matériel, notamment des pièces d'armures usagées qu'elle avait pris soin d'amener dans son sac.
Alistair sortit de sa tente, le soleil se faisait bien trop insistant pour qu'il paresse au lit comme si de rien n'était. Le Templier resta stupéfait lorsqu'il vit Kaïa, elle avait changé de façon de s'habiller : ça la rendait plus… dangereuse et tout autant plus attirante. Mais quand diable avait-elle été se dégoter une telle tenue ? Il était d'ordinaire un des premiers levés, avec Wynne et Sten, alors, il l'aurait vue si elle s'était éclipsée. À moins qu'elle n'ait pas vraiment dormi, ce qui était probable compte tenu de sa nervosité ambiante.
- Kaïa, c'est… une tenue qui vous va à ravir. Je ne m'attendais pas à ce que vous manifestiez un intérêt pour votre apparence extérieure.
- Je ne sais pas comment je dois prendre cette observation. Suis-je laide au point qu'il me soit interdit de vouloir jouer les coquettes ?
- Non… bien sûr que non, ce n'est pas ce que je voulais dire.
- Alors que vouliez-vous dire Alistair ?
- Et bien… que vous êtes magnifique.
Kaïa sourit, elle regarda le Templier s'éloigner, les joues roses. Un compliment ? Oui, et venant d'Alistair, c'était toujours aussi amusant. Elle savait qu'il n'avait été avec personne, alors elle se doutait bien que ce genre de remarques ne le mettait pas forcément à l'aise. La mage perdit son sourire en songeant à la suite des opérations. Il fallait qu'elle prenne une décision : qui allait l'accompagner ? Elle se doutait que la présence de Leliana était indispensable, la barde voudrait être là, c'était personnel. Kaïa aurait préféré que ça ne soit pas le cas, pour elle, c'était une double peine qu'elle s'infligeait. Et les autres ? Peut-être serait-il plus judicieux de ne faire venir que ceux qui avaient assisté au combat dans la forêt des elfes. Elle voulait ainsi éviter de trop ébruiter l'affaire, Leliana n'avait pas besoin que tout le campement soit au courant, encore moins qu'on étale son passé sur la place publique. Kaïa scruta le camp pour voir si tout le monde était réveillé, cela semblait le cas. Elle cacha soigneusement les bottes qu'elle avait achetées pour Leliana avant de se diriger vers le feu.
- Alistair, Morrigan, Wynne et Leliana, je vous veux avec moi pour régler une affaire à Dénérim. Les autres, comme d'habitude, vous surveillez le camp, entretenez le feu et … pour une fois préparez nous un bon gros repas.
Oh oui par pitié, pas quelque chose qui soit digne d'un ragoût de taverne. Elle savait que si Sten s'approchait du feu, ils auraient le droit à un lapin tellement mijoté, qu'il n'y aurait plus grand-chose à manger. Zevran lui fit un clin d'œil, il comptait bien s'en charger. Tant mieux, elle n'avait pas envie de jeuner parce que la nourriture était immonde.
Alistair récupéra son bouclier qu'il fixa derrière son dos, il accumulait de la fatigue, ses traits étaient marqués, mais ça ne l'empêchait pas de garder son humour douteux. Wynne s'avançait avec sourire, la marraine du groupe ne faisait pas son âge, elle était un mélange de sagesse et de fraicheur. Morrigan venait de récupérer sa besace, la sorcière aux yeux d'or, paraissait toujours aussi hargneuse, extérieurement c'était une très belle femme, mais sa façon de regarder suffisait à faire détaler une bande de mâles en rut. Quant à sa Leliana… elle lui semblait avoir meilleure mine que la veille. Et si la mort de Marjolaine la faisait davantage sombrer ? Cette idée angoissait grandement la mage, elle craignait que ses anciens sentiments la poussent dans les bras du désespoir et qu'elle vienne à culpabiliser de la mort de cette trainée.
- En route. Non Yuk, toi tu restes ici.
Le Malari gémit tristement, la promenade de ce matin ne lui avait pas suffit, il aurait bien voulu être lui aussi de la partie. Mais pour tout un tas de bonnes raisons, Kaïa refusait qu'il vienne, il était bien mieux à monter la garde ici. Au grand soulagement de la jeune femme, le voyage se fit en conversation, Alistair leur racontait des situations cocasses dans lesquelles il s'était retrouvé. Wynne ponctuait les récits du Templier de petites phrases amusantes du style « Je n'en attendais pas moins d'un homme casqué » ou « Mon cher Alistair, si vous tombez comme vous vous battez, nul doute que vous soyez la seule victime ». L'atmosphère était détendue, cela contrastait avec le conflit à venir. En arrivant dans le quartier marchant de Dénérim, Kaïa sentit la respiration de Leliana s'accélérer.
- La maison de Marjolaine se trouverait non loin de la cathédrale de la Chantrie.
Que diraient Mère Perpetua, Sœur Theohild et Sœur Justine, si elles savaient qu'une Orlaisienne meurtrière se trouvait non loin de chez elles ? Kaïa acquiesça, oui de ce qu'ils savaient, la maison de Marjolaine n'était pas loin, il fallait guetter les toitures et les portes…La jeune femme leur fit signe, il lui semblait bien avoir trouvé, il s'agissait de cette demeure. Kaïa saisit nerveusement la poignée avant d'ouvrir. Elle eut tout juste le temps d'entrer dans le vestibule que deux guerriers lourdement armés se jetèrent sur elle. Wynne les figea le temps qu'Alistair se mette en première position et que tous les autres puissent s'armer. Leur supériorité numérique joua en leur faveur, puisqu'au bout de quelques passes d'armes et de jaillissement de sorts, les guerriers s'effondrèrent. Morrigan récupéra sur leurs corps argent et objets vendables avant de suivre le reste du groupe dans sa progression. Ils accédèrent à la salle principale. Un grand tapis orangé aux motifs raffinés siégeait sous leurs pieds.
Une femme sortit de l'ombre : elle avait de longs cheveux noirs, soigneusement attachés, un visage gracieux, plein de noblesse et un regard brun intense, un savant mariage de malice et de fourberie.
- Leliana, c'est si charmant de vous revoir, ma chère.
- Epargnez-moi vos plaisanteries, je sais que vous êtes…
La voix de la barde était contenue, mais derrière les mots, Kaïa sentait l'émotion qui la prenait. Elle toisa avec sévérité la noble, qui à bien des égards, avait un comportement théâtral. Leliana n'eut pas le temps de poursuivre, Marjolaine venait de lui couper la parole avec un faux air navré.
- Oh, vous devez excuser ce logement miteux... j'essaie d'être un bon hôte, mais vous voyez avec quoi je dois composer. Ce pays sent le chien mouillé. Partout. Je ne peux pas échapper à l'odeur. Partout. Maintenant encore, elle est dans mes cheveux, dans mes vêtements... beurk.
Kaïa perdait patience, si elle croyait qu'en jouant les prudes de bonne famille, elle allait s'en sortir, c'était mal la connaître. Elle ne ressentait que dégoût et colère en sa présence. Cette femme était hypocrite et manipulatrice, pas étonnant qu'elle soit si dangereuse.
- Pourquoi avez vous envoyé des assassins aux trousses de Leliana?
Marjolaine ignora royalement la mage, elle prit un air affligé en regardant la barde. Kaïa sentit d'ailleurs une violente jalousie s'emparer d'elle, elle ne supportait pas la façon dont la noble regardait Leliana.
- Votre compagnon est si sérieux !
- Vous avez manigancé, vous m'avez fait arrêtée et torturée. Je pensais qu'en Ferelden, je serais libéré de vous, mais il semble que je n'y suis pas. Que s'est-il passé pour que vous me détestiez ainsi ? Pourquoi voulez-vous que ma mort soit si terrible ?
Au moins, Leliana, malgré son état, ne se laissait pas déstabiliser, elle répondait avec ardeur, ne se laissant pas déconcentrer par l'influence de son ex-amante. Il fallait avouer qu'elle la connaissait bien, tellement bien… Kaïa décida de se mettre un peu en retrait dans la conversation, car elle n'arrivait pas à cerner Marjolaine, et elle ne voulait pas lui donner l'avantage verbal.
- Morte ? Cela n'a pas de sens. Je vous connais, ma Leliana. Je sais ce dont vous êtes capable avec quatre, cinq hommes... vous pouvez les expédier facilement. Ils ont été envoyés pour vous donner une raison de venir ici. Et regardez ? Vous voici.
Ah non ! Elle n'avait pas le droit de dire « ma Leliana » ! Pour qui se prenait-elle ? Elle pensait peut-être que la barde lui appartenait à vie ? Mais ce n'était pas un objet ! Elle était libre de ses choix et de ses sentiments. Cette putain n'allait pas longtemps parler ainsi, elle ne le tolérerait pas !
- Nous ne vous croyons pas.
Kaïa répondit les poings fermés, elle devait se contenir, si elle s'écoutait, cela faisait un moment que la conversation se serait terminée, elle n'aimait pas du tout cette façon de communiquer, non, c'était bien trop…
- Ignore ce qu'elle dit. Elle ment, je connais comment elle fonctionne. Que trafiquez-vous Marjolaine ? Pourquoi êtes-vous en Ferelden ?
Kaïa acquiesça, bien sûr qu'elle ne la croyait pas, elle ne lui faisait pas confiance, qu'importe ce qu'elle essaierait de lui faire croire au sujet de son amie. La mage se doutait qu'il s'agissait de calomnies, et de mensonges. Marjolaine sourit, elle avança soigneusement, faisant des gestes maitrisés :
- En vérité ? Vous avez le savoir, vous pouvez l'utiliser contre moi. Pour ma propre sécurité, je ne peux vous laisser. Avez-vous pensé que je ne savais pas où vous étiez ? Avez-vous pensé que je n'observais pas ma Leliana? « Que prépare-t-elle » ai-je pensé. « Une vie calme, des vêtements lourds, des cheveux misérables et malpropres comme un garçon... » Je me suis dit que vous planifiez quelque chose. J'ai donc observé... Mais aucune lettre n'a été envoyée, aucun message. Vous avez à peine parlé à quelqu'un. Intelligent, Leliana, très intelligent. Vous m'avez presque bernée. Mais après, vous avez quitté la Chantrie si soudainement... Quelle conclusion devais-je en tirer ? Dites-moi.
De quoi parlait-elle ? Elle avait espionné Leliana ? Visiblement oui, et ce bien avant que la mage ne la rencontre et ne lui propose de venir avec elle. Leliana semblait hésiter entre incrédulité et surprise.
- Vous pensez que je suis partie à cause de vous ? Vous pensez que j'ai toujours un quelconque plan pour... me venger ? Vous êtes folle ! Paranoiaque !
Ah ça pour être folle, cette femme semblait complètement hystérique. C'était comme si Ferelden entier lui en voulait et œuvrait avec Leliana pour la voir chuter. Un sourire haineux se forma sur le visage de Kaïa :
- Tout ne tourne pas autour de vous, Marjolaine.
Il était grand temps qu'elle ouvre les yeux, oh et puis non, elle allait bientôt les fermer pour toujours. C'était conversation était une parodie, autant parler avec un Mabari et s'attendre à ce qu'il réponde par des mots ! Marjolaine ne se laissa pas impressionner, son attention finit enfin par se poser sur la mage.
- Ah, c'est ce que vous pensez ? À votre place, je ne croirais rien de ce qu'elle dit. Pas un mot. Elle vous utilisera. Vous la regardez et vous voyez une fille simple... une amie, loyale et chaleureuse. C'est un spectacle.
Leliana se raidit légèrement, elle ne voulait pas que son ex compagne monte la tête du Garde des ombres, parce qu'elle avait des sentiments pour elle et puis… ses paroles étaient si venimeuses… si malsaines…
- Je ne suis pas vous, Marjolaine. Je suis partie parce que je n'ai pas voulu devenir comme vous.
Marjolaine sourit de plus bel, elle maniait parfaitement l'art de la séduction et de la corruption. Kaïa se doutait qu'elle ferait des ravages si elle devenait inquisitrice pour Loghain !
- Mais vous êtes moi. Vous ne pouvez pas y échapper. Personne ne vous comprendra comme je le fais, parce que nous sommes pareilles. Savez-vous pourquoi vous étiez un maitre de la manipulation, Leliana ? C'est parce que vous aimez le jeu, vous jouissez du pouvoir qu'il vous donne. Vous ne pouvez pas changer ou nier cela.
- Tout se termine aujourd'hui, Marjolaine.
Kaïa avait décidé de clôturer la discussion, elle ne supportait plus l'air supérieur de cette femme, sa langue affutée, ses mots fielleux et cette façon de toujours faire Leliana sienne. Deux guerriers et deux mages sortirent des pièces adjacentes, cette femme n'était pas assez stupide pour être seule… Deux mercenaires Qunari, rien que ça ? Elle avait les moyens de se payer leurs services ! Mais contrairement à ce que pouvait penser la mage, Marjolaine aussi savait se battre, d'ailleurs, elle venait de tirer des dagues, elle avait bien un arc, mais… elle semblait chercher le corps à corps. Alistair s'occupait des Qunari avec l'aide de Wynne pour le protéger, car deux gaillards contre lui, son armure allait être mise à rude épreuve. Kaïa se moquait des mages qui restaient, pour elle l'unique confrontation qu'il y avait c'était… avec Marjolaine. Elle prenait ça très personnellement, sans doute trop. Pour autant pouvait-on lui reprocher ? Kaïa déchainait ses attaques, elle avait envie de la faire souffrir, de la voir mourir dans la douleur… Morrigan fit dévier une de ces attaques pour que cela propulse Kaïa. Oh mais c'était involontaire… Pas tant que ça, elle redoutait que les sentiments négatifs de la mage brise le voile, et là ce ne serait pas des mages qu'ils auraient à combattre mais des démons. Kaïa pesta, pas possible d'être aussi gourde et de lui envoyer des sorts dans le nez !
Les minutes passaient et les forces de Marjolaine diminuaient, Kaïa lui lança un sort agressif, bien décidée à en découdre. Elle voulait que cela se termine dans le sang, maintenant ! Marjolaine peinait à se remettre sur pied, elle était épuisée, secouée et sans doute à bout d'endurance. Kaïa récupéra une des dagues de la noble avant de s'approcher. Leliana doutait, elle n'était pas certaine que la situation devait se terminer ainsi, elle capta le regard de la jeune femme, cherchant une réponse à ses desseins. Kaïa poignarda une première fois la noble sous une côte pour ne pas la tuer immédiatement. Elle murmura à son attention :
- Aucun mot ne vous sauvera, aucune plaidoirie. Je vais vous saignez pour tout ce que vous avez fait à ma Leliana.
Scrutant les yeux bruns aux rayons orangés de Marjolaine, Kaïa la poignarda une seconde fois sous l'estomac. Elle pouvait lire l'incertitude dans le regard de la noble, la peur de ne pas savoir, de ne pas deviner les intentions de l'autre. La situation était assez jubilatoire, elle sentait le sang chaud sur sa main, le souffle brisé de Marjolaine, elle détenait sa vie. Que le Créateur devait apprécier ce pouvoir, décider de qui doit vivre ou mourir…
- Achève-la… s'il-te-plait…
Leliana n'était pas aussi mauvaise, elle en voulait à Marjolaine, mais elle ne pouvait pas faire durer son supplice. C'était au dessus de ses forces, en dépit de tout, cette femme avait été son mentor… la femme qui lui avait appris les Arts de l'espionnage, de la séduction et du paraître, mais bien plus encore. Elle lui avait appris à aimer…
Kaïa se reprit, elle finit par planter la lame dans le cœur de la noble, son regard papillonna plusieurs fois avant de se fermer. Cette fois c'était fini, il n'y aurait plus de Marjolaine pour faire du mal à sa barde… Et si une autre femme, une ancienne conquête venait se remettre sur sa route, elle pourrait s'en débarrasser comme aujourd'hui.
Morrigan récupéra l'arc de Marjolaine ainsi qu'une armure et une rune. Cela pouvait s'avérer très utile, il ne fallait rien laisser au hasard et ce n'était pas une morte qui leur ferait des leçons de morale sur le vol et ses méfaits. La sorcière s'arrêta un instant pour observer Kaïa. Elle était terrible ! Tout ce sang sur ses mains, le brasier qui brulait dans ses yeux et la mort qui l'entourait de son halo fatal…
- Et bien ! N'attendez pas que les gardes viennent nous embrocher !
- Vile sorcière, vous voir dorer sur une broche me ferait grand plaisir.
- Dites plutôt que vous voudriez m'embrocher avec votre corps Alistair. Seulement, je crains qu'il vous faille d'abord une notice pour comprendre comment cela fonctionne.
Morrigan passa devant lui avec un sourire narquois. Alistair rougit avant de marmonner ces logorrhées habituelles. Wynne et le Templier suivirent alors que Leliana restait sur ses positions à regarder le corps de Marjolaine baigner dans son sang. Kaïa lui fit signe, elle savait que c'était difficile, mais il fallait vraiment partir sous peine d'avoir les forces de Denerim aux trousses. Le groupe quittait la ville avec un empressement non feint, Leliana regarda la ville une dernière fois :
- Adieu Marjolaine…
