Les jours passaient et rien ne s'améliorait. Ils passaient leur temps à se disputer et Lily prenait un malin plaisir à donner des retenues à James. Son poste de préfet en chef lui était plus précieux que n'importe quoi d'autre. C'était la seule façon qu'elle avait de se venger, et pourtant, cela ne la soulageait pas le moins du monde.

« Potter ! Lâche cette baguette ! Hurla-t-elle en courant à sa rencontre. »

Severus Rogue était pendu en l'air, la tête en bas. Sa robe de sorcier retombait sur son visage et dévoilait un caleçon peu avantageux.

« Qui veut me voir enlever le caleçon de ce bon vieux Servilus ? Lança-t-il en ignorant superbement la jeune femme. »

Elle sortit brutalement sa baguette de sa poche et la dirigea vers lui. Autour de James, Rémus avait l'air désolé, Sirius et Peter riaient de bon cœur, et au loin, plusieurs élèves s'étaient arrêtés pour observer la scène.

« Potter, je te préviens, si tu ne baisse pas cette baguette, je…

_ Tu quoi ? Renchérit le jeune homme en s'approchant de la préfète à toute allure. »

Severus Rogue tomba lourdement à terre lorsque le sortilège se brisa, puis il s'enfuit à toutes jambes vers l'entrée du château, abandonnant Lily face au seul homme qui connaissait ses faiblesses sur le bout des doigts. Il s'était stoppé à seulement quelques centimètres d'elle, et il était si près qu'elle sentait son parfum venir la narguer. Ses yeux noirs la fixaient avec attention, mais elle ne comptait pas céder.

« Alors Lily Jolie, que comptes-tu faire de moi ? Murmura-t-il en approchant son visage du sien. »

Elle resta de marbre, et alors qu'un sourire en coin apparaissait sur le visage du jeune homme, elle le repoussa brutalement, puis pointa sa baguette sous son cou. Rémus se rua vers eux, et d'un simple geste de la main, elle lui fit signe de ne pas s'en mêler. Elle pouvait très clairement voir de la surprise dans les yeux de James. Son sourire avait disparu, mais il n'avait pas peur.

« Tu t'en sortiras seulement avec des retenues tous les jeudis pendant un mois, et…

_ Mais j'ai entrainement le jeudi ! Protesta-t-il.

_ Et je t'assure que si tu t'approches encore à moins de deux mètres de moi, je ferais en sorte que tu ne puisses aller à aucun entrainement de toute l'année, chuchota-t-elle à son oreille avant de rentrer au château. »

Elle s'adossa contre le mur de son dortoir, elle était enfin parvenue à lui tenir tête. Son cœur lui avait hurlé de le laisser s'approcher d'elle encore et encore, mais sa raison l'avait emporté et elle n'en était pas peur fière. Elle ne pouvait pas le laisser dicter sa vie et elle ne pouvait pas le laisser utiliser son pouvoir sur elle, il l'avait déjà trop fait. Elle ferma les yeux, soupira, et se détendit. Elle avait réussi. Au fur et à mesure des semaines, sa haine envers lui s'intensifiait. Le voir se pavaner dans toute l'école avec Mélissa Perkins à son bras était devenu insupportable pour elle. Il avait toujours cette habitude de ne tenir compte de personne d'autre que de sa petite amie, mais à chaque fois qu'il était avec elle, il balayait des yeux chaque couloir, et lorsque son regard tombait sur Lily, il glissait quelques mots à l'oreille de Mélissa qui gloussait comme une…

« Dinde ! Cette fille est une vraie dinde ! S'exclama Lily avec rage.

_ Tu exagère Lily… Elle n'a pas la science infuse, c'est clair, mais…

_ Oh je t'en prie Rémus, il y a deux jours, elle croyait encore qu'un épouvantard est la chose que les moldus mettent dans leur potager pour effrayer les oiseaux !

_ Est-ce bien Evans que j'entends médire ainsi ? Lança narquoisement Sirius Black. »

La jeune femme se retourna hâtivement et, fatiguée de tous les combats qu'elle menait contre les maraudeurs, salua Rémus. Elle n'avait aucune intention de rester dans la même pièce que le meilleur ami de James, et encore moins ce jeudi soir, jour de la dernière retenue du dénommé Cornedrue. D'une main, elle attrapa ses livres, mais lorsqu'elle voulut sortir de la pièce, Sirius se planta devant elle.

« Les dénigrer ne le fera pas revenir, dit-il simplement.

_ Mais je n'ai aucune envie qu'il revienne, Black, rétorqua-t-elle.

_ Sais-tu qu'un sondage lancé par mes soins t'as placé en première place du classement des plus grosses jalouses de tout le monde sorcier ?

_ Tu as…

_ Oui, j'ai fais un sondage, malheureusement je n'ai pas de médaille, ni de coupe à te remettre, mais tu as gagné un nouveau surnom. Bonne chance pour le supporter, Lily Jalousie. »

Les mains de Lily se crispèrent, son visage se tendit, ses dents se serrèrent, et elle s'enfuit avant de perdre patience. Elle arriva en courant dans la salle de retenue, s'assit à côté du bureau du professeur McGonagall qui lui adressa un léger signe de tête, et ouvrit un des grimoires qu'elle avait ramené de la bibliothèque un peu plus tôt. Sa présence aux retenues qu'elle donnait aux élèves n'était pas obligatoire, mais avec son statut de préfet en chef, elle était tout de même souhaitée. Cela ne lui posait pas de problème, surtout qu'elle prenait un malin plaisir à voir James coincé dans une salle de classe, ratant le moment qu'il attendait tous les jours avec impatience : son entrainement de quidditch. Elle entendit la porte claquer et leva les yeux. Il avança jusqu'au bureau du professeur de métamorphose puis attrapa la feuille qu'elle lui tendait et retourna s'assoir à sa place habituelle, sans un regard à Lily. Les sourcils froncés, il griffonna sur sa feuille sans avoir l'air de réfléchir le moins du monde. Il passa une main dans ses cheveux comme il avait l'habitude de le faire, les ébouriffant un peu plus qu'ils ne l'étaient déjà. Il avait tout d'un gentil garçon, d'un homme tendre, charmant, et courtois, et la jeune femme se surpris à penser que cette facette de sa personnalité lui manquait épouvantablement. Ils étaient devenus si complices au fil du temps qu'elle avait pris l'habitude de lui confier ses secrets et ses pensées les plus intimes sans retenue. Il savait l'écouter, mais il ne lui avait jamais réellement parlé de sa vie à lui. Il était fils unique et Sirius était comme un frère pour lui. C'était les deux seules choses qu'elle connaissait de sa vie. Elle soupira. Comment avait-il pu devenir un tel monstre ? Où puisait-il cette méchanceté dont il faisait preuve lorsqu'il entrait en conflit avec elle ? Comment pouvait-il avoir été si doux, et être devenu si brutal ? Elle n'avait aucune réponse à ces questions. Il était parvenu à remplacer toute l'amitié qu'il éprouvait pour elle par une froideur sans égale, et cela rendait Lily dubitative, car même si elle clamait haut et fort que leur relation était terminée et qu'elle ne voulait plus rien avoir à faire avec lui, elle n'avait aucun moyen de tirer un trait sur les sentiments qui persistaient. Mais elle aimait un fantôme. L'homme qu'il était l'année passée n'était pas celui qui se tenait à quelques mètres d'elle. Elle était amoureuse d'un souvenir auquel elle pensait constamment.

« J'ai fini. »

La voix de James résonna dans la salle de classe presque vide, et d'un signe de tête, le professeur McGonagall lui demanda de porter sa feuille à Lily. Comme toutes les semaines, elle avait l'habitude de corriger ses copies. Elles étaient souvent très bonnes, parfois parfaites, et ce jour là, elle l'était, car quand la jeune femme observa le parchemin, elle y découvrit quelques phrases à son attention.

« Rejoins-moi dans la salle commune. »

Elle ne cilla pas et corrigea la copie sans un mot, puis elle griffonna un simple « OK », lui tendit son travail, et quitta la pièce après avoir salué le professeur. A chaque pas qu'elle faisait, elle sentait son cœur taper contre sa poitrine. Elle ne savait pas ce qu'il lui voulait, mais elle était déterminée à rester forte. Elle se posa sur le canapé et attendit un moment avant que le portrait ne pivote à nouveau et que James n'entre. Il jeta un regard rapide vers les escaliers du dortoir, et, l'air sérieux, s'arrêta juste devant la jeune femme.

« Mélissa et moi, c'est terminé. »

Cette simple phrase détendit légèrement Lily, mais elle n'avait aucune envie d'être la personne qui le consolerait, même si elle doutait clairement qu'il lui ait demandé de le rejoindre pour cette raison.

« J'ai une question. Est-ce que je peux ? Demanda-t-il. »

Elle eût un instant la sensation de retrouver l'homme qu'elle aimait, de retrouver le souvenir qu'elle chérissait tant. Le ton de sa voix était doux et son air de chien battu ne lui laissait pas le choix. Elle acquiesça silencieusement, et le regarda droit dans les yeux.

« Est-ce que tu éprouve toujours ses sentiments pour moi ? »

Lily détourna les yeux. Pourquoi une telle question ? La réponse était évidente. Il la connaissait mieux que quiconque, et pourtant…

« Je te trouve odieux. Vraiment. Me poser cette question après tout ce que tu as fait… Non James, je suis désolée mais je n'y répondrais pas. Je ne te connais même pas. J'ai connu quelqu'un qui portait le même nom que toi, mais crois-moi, vous n'avez rien en commun. Tu crois qu'il suffit de sourire et de faire les yeux doux pour que je te décroche la lune ? Lui, il savait qu'il suffisait simplement d'être vrai, répondit-elle. »

Les yeux du jeune homme s'agrandirent sous l'effet de surprise et il entendit ses amis rire en haut de l'escalier. Une dizaine de Gryffondors descendirent les marches du dortoir pour observer l'expression de stupéfaction qui ne quittait pas le visage de James.

« Désolé mon vieux, pari perdu, déclara Sirius. »

Furieuse, Lily ne put retenir son geste et sa main vint s'écraser sur la joue de James. Elle n'arrivait pas à croire qu'il ait pu lui tendre un piège pareil. Il était mesquin, comme un enfant blessé qui cherche à tout prix à se venger, et pourtant, c'était lui qui lui avait brisé le cœur quelques mois auparavant.

« Lily, attends, je suis…

_ N'essaies pas de te donner bonne conscience en me disant que tu es désolé James, s'il y a une chose que j'ai appris de toi cette année, c'est que tu n'as absolument aucune conscience, conclut-elle avant de grimper quatre à quatre les marches du dortoir des filles. »

Il demeura immobile pendant un long moment, fatalement touché par ses propos et avec l'impression persistante d'avoir commit quelque chose d'irréparable. Lui, James Potter, fils unique, profondément aimé par ses parents autrement dit, pourri gâté adulé de tous autant pour ses prouesses de quidditch que pour son physique avantageux avait pour la première fois été confronté à des critiques négatives qu'il ne pouvait nier. Il était un véritable abruti et les mots de Lily résonnaient en lui comme une condamnation. Il l'avait perdu pour de bon.

Plusieurs mois défilèrent sans que les deux jeunes sorciers ne s'adressent la parole, et pourtant, l'un d'eux regrettait amèrement ses actes. Assis au fond de la classe de sortilège, James Potter avait les yeux rivés sur le dos de Lily Evans. Il avait été ami avec elle pendant un peu moins d'un an, puis était sorti avec elle pendant deux petits mois, mais jamais il n'avait pensé à l'aimer. Il avait adoré sa compagnie et sa personnalité qu'à présent il détestait. Il s'était refusé à penser qu'elle lui plaisait plus que n'importe quelle autre jeune femme parce qu'il n'avait aucune envie d'aimer. Il ne voulait dépendre de personne. Eprouver des sentiments était pour lui une torture qui ne valait pas la peine d'être vécue, et par-dessus tout, il ne voulait pas faire parti de tous ces gens que l'amour affaiblissait. Pourtant, il était là, imperturbable, le regard fixé sur elle, sur sa nuque, sur ses cheveux roux qu'elle avait attaché en un chignon négligé dont quelques mèches s'évadaient pour aller s'entortiller autour de ses doigts fins, et il n'avait aucune idée de ce que le professeur de métamorphose racontait car la seule chose qui l'intéressait se trouvait en face de lui. Il ferma un instant les yeux, et comme un boomerang, tout lui revint en pleine figure. Il se revoyait dans la salle commune, assis sur le canapé rouge sang pendant qu'elle, la tête sur son épaule, lui racontait sa journée. Scrutant le feu qui crépitait en face d'eux, il l'écoutait attentivement car elle était la seule personne qu'il avait envie d'entendre. Sa voix de velours glissait dans l'air comme une captivante mélodie qu'il souhaitait être sans fin, et lorsqu'elle s'arrêtait, il souriait simplement, et attendait qu'elle s'endorme contre lui pour pouvoir se maudire de s'attacher trop vite à elle. Mais c'était terminé. Il était seul, maintenant. Il avait longtemps pensé avoir toutes les cartes en main, mais elle ne jouait plus avec lui. Elle ne lançait plus les dés comme elle le faisait au début de l'année, il n'avait plus droit aux retenues le jeudi soir, ni même aux regards noirs, il n'existait plus. Il n'avait pas abattu ses meilleures cartes car il avait déjà perdu. Souvent aimé, rarement méprisé, jamais ignoré, il réalisait à présent qu'elle était la seule à l'avoir fait passer par les trois phases. La dernière étant de loin la pire. Il avait pensé aller lui parler le jour de Noël, mais elle l'avait tout de suite stoppé, et aucune autre occasion ne s'était présentée après ce jour là. Elle lui manquait, il l'admettait douloureusement.