Enervée, Lily claqua la porte de son bureau derrière elle. Harvey sur ses talons, elle traversa l'étage à une allure impressionnante en pestant contre le jeune homme.

« Tu n'avais aucun droit de nous espionner, et encore moins de modifier ce dossier ! Vociféra-t-elle.

_ Nous sommes sensés retranscrire la vérité Lily ! Si ces animaux qui se battaient avec le loup-garou ce soir là sont des animagus, il faut l'écrire !

_ Ose me dire que tu n'as jamais modifié un seul papier !

_ Imagine que quelqu'un s'en rende compte ! Tu serais virée sur le champ ! Répondit-il en ignorant sa remarque.

_ Et sais-tu ce qu'ils risquent si le ministère réalise qu'ils ne sont pas dans le registre ? Rétorqua-t-elle à voix basse. »

Le jeune homme ne répondit rien et la suivit jusqu'à une lourde porte en chêne sculptée. Des horaires de permanence inscrit sur le mur, à côté, lui permirent de constater qu'il n'y avait actuellement personne à l'intérieur.

« Fais le guet pendant que j'entre récupérer cette fichue liasse de parchemins ! Lui ordonna-t-elle.

_ Quoi ? Mais est-ce que tu es devenue dingue ? Si quelqu'un nous surprend nous sommes finis !

_ Assume un peu la conséquence de tes actes ! S'emporta-t-elle avant de murmurer un discret « Alohomora » en s'assurant que personne ne les regardait.

L'avantage de ne pas être une personnalité importante du ministère était que personne ici ne faisait attention à elle. Enfin, cela pouvait aussi être un inconvénient, mais à ce moment précis, Lily s'estimait plutôt chanceuse. Elle posa doucement la main sur la poignée de la porte, et sans faire de bruit, elle s'engouffra dans l'immense pièce rectangulaire. Les murs étaient blancs comme les couloirs d'un hôpital, et deux bureaux en ébène se faisaient face. La jeune femme se dirigea vers celui sur lequel un gigantesque tas de dossiers était empilés, et pointa sa baguette dessus.

« Accio Affaire 623. »

Les feuilles se soulevèrent pour laisser une liasse s'échapper et atterrir dans les mains de Lily. Une à une, à l'aide de la magie, elle corrigea les quelques phrases qu'Harvey avait modifié, puis lorsqu'elle eut enfin terminé, elle reposa le dossier et quitta la pièce sur la pointe des pieds, sans un regard vers son collègue qui la suivit jusqu'à la sortie du bâtiment.

« Excuse moi, si j'avais su que c'était aussi important pour toi je n'aurais pas…

_ Tu n'avais pas à écouter à ma porte Harvey ! C'est aussi simple que cela ! Rémus m'a fait confiance !

_ Très bien dans ce cas, efface ma mémoire ! Lança-t-il.

_ Il suffirait seulement de l'altérer… Commenta James en s'arrêtant près d'eux. »

Il avait l'air d'avoir tout juste quitté le ministère, et, les mains dans les poches, il les regardait l'air impassible, mais Lily devina une once d'agacement dans ses yeux. Surprise de le voir sortir de nulle part, elle bafouilla pendant plusieurs secondes, et avant qu'elle n'ait eu le temps de faire le moindre geste, elle le vit diriger sa baguette vers Harvey et dans un murmure inaudible, modifier sa mémoire.

« Qu'est ce que je fais ici ? Les interrogea le jeune homme.

_ Tu rentrais justement chez toi. A bientôt ! lui lança James avant de passer rapidement son bras autour des épaules de Lily. »

La jeune femme se débattit pendant plusieurs minutes, et lorsqu'elle fut enfin dégagée de l'étreinte de son ami, elle l'observa. Il avait agi comme à Poudlard, comme lorsqu'ils étaient jeunes et qu'il éloignait tous les autres élèves d'elle, prétextant qu'elle était sa propriété. C'était une sorte de comportement animal qui consistait à marquer son territoire en l'enlaçant ou en effrayant quiconque souhaitant passer à la vitesse supérieure avec elle.

« Tu ne peux pas continuer à faire ce genre de choses, lui dit-elle.

_ De quoi parles-tu ?

_ Tu ne peux pas agir comme si j'étais à toi. »

Il soupira. Il savait qu'il n'avait aucun droit sur elle mais elle n'était pas autorisée à en aimer un autre que lui. Elle fronça les sourcils en devinant le fond de sa pensée, ils n'avaient jamais eu besoin de se parler pour se comprendre. Elle ne savait pas ce qu'elle s'était imaginée la semaine passée, quand ils s'étaient retrouvés tous les deux après la soirée aux Trois Balais, mais toute cette histoire de recommencer à zéro lui paraissait maintenant être une très mauvaise idée. Elle ne pouvait absolument pas être amie avec lui tant qu'il ne pouvait s'empêcher d'agir comme un prédateur. Tout son corps parlait pour lui. Un sourire en coin se dessina sur son visage, il passa négligemment la main dans ses cheveux, lui caressa légèrement le bras, puis se pencha vers elle.

« Est-ce que je t'ai déjà dis que tes yeux sont les plus étincelants que…

_ Que tu ais jamais vu ? Oui Potter, tu me l'as déjà dit des dizaines, peut-être même des centaines de fois, et je t'ai toujours répondu que tes phrases de dragueur de plage ne m'atteigne pas. Surtout quand elles sont prononcées à tort et à travers, ajouta-t-elle, agacée.

_ Viens boire un verre avec moi au Chaudron Baveur, lui ordonna-t-il sans prendre compte sa remarque.

_ Ecoute James, je crois que je n'ai pas été assez claire l'autre soir. Je ne veux pas que l'histoire se répète. Si tu m'apprécie un tant soit peu, arrête de jouer avec moi, trancha-t-elle avant de transplaner sans lui laisser le temps de répondre. »

Elle s'allongea sur son lit, à la fois bouleversée, furieuse, et confuse, réalisant douloureusement qu'il n'avait vraiment pas changé, qu'il était toujours le même charmeur, toujours ce beau parleur insouciant et immature qui lui avait brisé le cœur. Il était toujours cette personne pour qui elle éprouvait des sentiments aussi dérangeants que plaisants. Vouloir renouer avec lui était loin d'être une décision raisonnable, elle le savait, mais il lui était indispensable. Certes, sa respiration devenait étrangement irrégulière en sa présence, son cœur se serrait douloureusement comme dans un étau pour lui rappeler la féroce souffrance qui l'avait ravagé quelques années plus tôt mais sans lui, sa vie était monotone, tout était silencieux, trop silencieux.

« Joyeux Anniversaire Lily ! S'exclamèrent Rémus, Peter, Sirius, et James en chœur en entrechoquant leurs chopes de bière-au-beurre.

_ Merci… Mais je vous avais dis que ce n'était pas la peine… Dit-elle en rougissant légèrement. »

Tous les regards étaient braqués sur elle en ce 30 janvier. Elle savait qu'elle devait plus cet anniversaire improvisé à l'esprit festif de Sirius qu'à autre chose, mais ce n'était pas important. Elle était heureuse de pouvoir passer cette soirée en leur compagnie. Elle aimait cette ambiance conviviale qui régnait au sein de leur groupe, mais ce qu'elle aimait par-dessus tout était sans conteste pouvoir passer du temps avec James comme autrefois. Assis en face d'elle, il lui jeta un sourire complice, et trinqua. Il semblait avoir abandonné ses faux airs de mauvais garçon prétentieux, mais jamais Lily ne baissait sa garde. Elle le connaissait assez pour savoir qu'il savait attaquer lorsque sa proie s'y attendait le moins, quand elle était le plus vulnérable.

Elle était rendue à sa troisième bière-au-beurre et ses joues rosissaient dangereusement. La discussion se faisait de plus en plus animée, et les garçons autour d'elle commençaient à fanfaronner dans tous le pub, ayant contaminés la clientèle avec leur bonne humeur naturelle. Sirius, Rémus, et Peter étaient tous les trois parti s'asseoir derrière le bar, flirtant avec la serveuse, se chamaillant pour savoir lequel d'eux arriveraient à obtenir un rendez-vous avec elle, mais James était resté assis en face de Lily. Il se pencha subtilement vers elle, et alors que le vacarme se faisait de plus en plus assourdissant, il se mit à lui chuchoter quelques mots qui la firent sourire.

« Je pensais que tu avais abandonné, murmura-t-elle.

_ Tu devrais me connaître pourtant, depuis le temps… Répondit-il en ne cillant pas.

_ Je te connais, et c'est pour cette raison que je pense que tu devrais calmer tes ardeurs.

_ Franchement Lily. Tu sais aussi bien que moi qu'il y a quelque chose entre nous, qu'il y a toujours eu quelque chose entre nous, et qu'il y aura toujours quelque chose entre nous alors arrêtons de tourner autour du pot. Sors avec moi... Une nouvelle fois… Ajouta-t-il rapidement. »

Elle se mit à sourire de plus belle. Il jouait, encore et toujours, et cela n'avait pas l'air de le fatiguer. Il y avait une part de vrai dans ce qu'il disait, mais il n'était pas sérieux, elle le voyait, elle le sentait.

« Est-ce que tu crois vraiment que tes belles paroles vont me toucher assez pour que je te réponde oui ?

_ A vrai dire, non, mais accorde moi au moins le mérite d'avoir essayé. »

Elle éclata de rire et éloigna son visage du sien. L'euphorie du moment l'empêchait de mettre de la distance entre eux, mais elle restait sur la défensive, et lorsqu'il tendit le bras vers elle pour caresser ses cheveux, elle se leva du banc et, comme si tous les démons du passé la rattrapaient, elle ressentit un vide immense dans son cœur. Il lui manquait une partie d'elle-même, et cette partie, il la possédait. Elle était en lui, dissimulée aux yeux de tous, cachée derrière ses grands airs, derrière son sourire enjôleur. Elle ressentit brusquement le besoin de s'évader et de ne plus sentir son regard oppressant sur elle, alors elle quitta le pub un moment. L'air frais de janvier glissait sur son visage pâle et lui rappelait une nouvelle fois toutes ces soirées passées en haut de la tour d'astronomie, emmitouflés dans leurs couvertures, à contempler l'immensité du ciel. Elle entendit la porte des Trois Balais s'ouvrir à nouveau, puis se refermer, mais elle ne se retourna pas car elle était presque certaine que la personne qui se tenait derrière elle n'était autre que James Potter.

« Sors avec moi un soir, dit-il.

_ Je ne peux pas.

_ Je ne t'ai même pas donné de date, reprit-il, amusé.

_ Peu importe, je serais malade, répondit-elle en souriant alors qu'il tournait autour d'elle comme un prédateur prêt à bondir.

_ Pourquoi ?

_ Parce que tu es toi. Tu es un enfant. Tu ne fais que jouer, et je suis fatiguée de toujours jouer avec toi. »

Il s'arrêta en face d'elle, la dévisagea, et se rendit compte qu'elle avait raison. Il n'était pas sérieux. Il se pavanait devant elle, il flirtait, il s'amusait, son comportement avec elle était identique à celui qu'il avait avec les autres femmes, et ce n'était pas normal. Elle n'était pas comme les autres, elle n'était comparable à personne.

« Tu me manques, avoua-t-il. »

Elle posa les yeux sur lui, touchée, troublée, surprise. Il n'avait jamais été aussi sincère avec elle. Elle avait toujours parlé à sa place, elle s'était livrée, lui avait tout dit, mais James, lui, restait habituellement silencieux. Ces trois petits mots avaient suffit à remettre en question toute sa détermination à le tenir à une distance raisonnable.

« Je suis là, pourtant.

_ Tu es à un mètre de moi Lily. Ce n'est pas ce que je veux, dit-il en se rapprochant.

_ Je n'ai pas confiance en toi, admit-elle subitement. »

Il s'arrêta, offusqué, essayant du mieux qu'il pu de dissimuler sa déception. Il était condamné. Si elle n'avait plus confiance en lui, il était fichu. Il ne pouvait rien faire pour la convaincre qu'il était authentique, tout ne dépendait que d'elle. Pourtant, au même moment où les mots étaient sortit de sa bouche, Lily se souvint de leur dernière soirée à Poudlard, lorsqu'avant de commettre l'irréparable, elle l'avait clairement entendu dévoiler à Rémus ses sentiments pour elle, preuve irréfutable de sa franchise.

« J'ai seulement commis l'idiotie de ne pas penser à t'aimer comme tu le méritais, murmura-t-il en se rapprochant d'avantage. »

Elle baissa les yeux alors qu'elle sentait ses joues s'empourprer. Elle aurait voulu qu'il ne s'arrête jamais de parler. Jamais le son de sa voix n'avait été aussi posé, et jamais il n'avait semblé si réfléchi. Elle ferma les yeux, inspira profondément, et se mit à réfléchir. James était quelqu'un d'incontrôlable. Il avait beau avoir de nombreuses qualités et très peu de défauts, elle ne pouvait pas oublier qu'il lui avait brisé le cœur une fois, et que cela était comme une vocation pour lui. Cependant, elle l'aimait, elle existait pour lui, et ce n'était pas des facteurs à négliger dans l'équation.

« Je… Je ne sais pas… Je ne sais pas quoi te dire, bafouilla-t-elle. »

Elle sentit sa main frôler la sienne, et elle ouvrit les yeux. Il se pencha doucement, et l'embrassa comme si c'était la première fois, sans laisser balader ses mains sur tout son corps comme s'il n'éprouvait pour elle qu'une attirance superficielle, juste un baiser chaste pour lui montrer qu'il ne jouait plus et qu'il n'avait jamais été plus sérieux.

« Bon anniversaire, lui glissa-t-il ensuite à l'oreille avant de retourner dans le pub. »

Elle avait le souffle coupé. James avait réussit à la faire revenir quelques années en arrière, il lui avait permit de se souvenir à quel point elle adorait sa façon de l'embrasser, de l'enlacer, comme si elle était la personne la plus importante à ses yeux, et pourtant, elle pleurait. Une douleur atroce irradiait tout son corps, une de celles qui est inconsolable, qu'aucun mot, ni aucun geste ne peut guérir. Elle était amoureuse de la personne la plus sentimentalement inaccessible, et la plus imprévisible au monde.