Crédits : les personnages, à quelques exceptions près, appartiennent à Maki Murakami, nous nous contentons simplement de les emprunter.
Merci à tous ceux et celles qui suivent cette histoire !
CHAPITRE X
« 13 décembre 1937. Non satisfaits d'avoir remporté la bataille de Nankin, les soldats de l'armée Shôwa vont alors se livrer à six semaines d'exactions : le massacre de Nankin (ou Viol de Nankin, Sac de Nankin) commence. Entre 100 000 et 300 000 victimes seront à déplorer selon les sources.
[…] « « Enfoncer. Tourner. Relever. Enlever. » Voilà ce que scandait un lieutenant japonais à ses officiers, armés de baïonnettes. Ils économisaient ainsi les munitions », raconte à l'époque un Américain témoin des exécutions. « Le pire était le traitement des femmes. Elles étaient violées sous nos yeux puis éventrées. Mêmes les vieilles Chinoises enduraient les viols collectifs. Les Japonais leur enfonçaient parfois des bambous dans la vulve jusqu'à ce qu'elles meurent. C'était insoutenable. »
Selon certains historiens, la bataille de Shanghai a été déterminante : « Avant la bataille, les Japonais pensaient que la guerre serait rapide. Pourtant, la résistance à laquelle ils ont été confrontés – et ce, malgré une victoire japonaise – leur a fait comprendre que le conflit serait long et difficile », explique Adain Clooney, professeur d'histoire à Princeton.
[…] C'est sans compter l'unité 731, créée en 1925 par Shiro Ishii à la prison de Harbin puis reproduite par des unités homologues dont la 1644 basée à Nankin. Sous prétexte de « Prévention des épidémies et purification de l'eau », divers tests étaient réalisés sur des cobayes humains comme le traitement des engelures : les Chinois recevaient de l'eau glacée sur les bras jusqu'à l'épaule et une fois le membre inutilisable, il était amputé puis on passait au bras suivant, puis aux jambes, ne laissant que le tronc et la tête. Le prisonnier recevait alors des agents pathogènes comme la peste afin qu'il serve jusqu'au bout. »
Mal à l'aise, Sakura marqua une pause dans la lecture de son article. Elle savait que l'histoire regorgeait de massacres mais celui-ci était relativement récent et perpétré par des membres de son propre peuple. Un lourd et horrible héritage, caché et démenti par le négationnisme volontaire de certains politiciens. Les livres d'histoire ne négligeaient-ils pas eux-mêmes ce massacre en ne le mentionnant pas ou le minimisant ? Après une gorgée de thé brûlant, elle se replongea dans sa lecture.
L'étudiante se demandait quel pouvait être le lien entre les agresseurs de Fujisaki et la boîte à musique tant convoitée. Au milieu il y avait Soleil d'Hiver. Cette chanson de Masayuki Oshima dénonçant justement le massacre de Nankin. Qu'avait aussi trouvé cet idiot de Sobi ? Il avait questionné la mère d'Hiroshi et Yuji qui lui avait appris que le « Lennon japonais » avait un aïeul qui s'était illustré pendant la guerre. Quel était son nom déjà ? Tadahiko Inoue. Mais des batailles il y en avait eues beaucoup.
La jeune fille observa le diagramme qu'elle avait dessiné. Au centre, la boîte à musique. Une flèche vers la gauche indiquait « agresseurs ». Celle vers la droite « Masayuki Oshima, assassiné à cause de la boîte à musique ?, Soleil d'hiver, Nankin ». Elle rajouta une flèche au-dessus d'Oshima et inscrivit « Tadahiko Inoue, militaire, bataille de ? ». Où pourrait-elle trouver les états de service d'Inoue ? Elle referma l'onglet de la page web qu'elle consultait après l'avoir mis dans ses favoris et consulta encore quelques autres sites mais demeura bredouille.
Elle haussa les épaules et retourna au dossier qu'elle devait terminer pour la faculté.
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Cette première nuit de cohabitation « forcée » dans le petit appartement de Nakano avait permis de tout mettre à plat entre les deux garçons. D'un côté, la démarche de Nozomi Arata, la courte relation avec Akira Mori, les défauts reprochés, et de l'autre, la relation sexuelle qu'Hiroshi préféra garder anonyme dans un premier temps et quelques reproches aussi. Tout se termina néanmoins en douceur dans la chambre à coucher. Enfin, ils semblaient prêts à être véritablement ensemble.
Une seule ombre – et non des moindres – planait sur leur couple : celle de madame Fujisaki.
C'est en contemplant la silhouette gracile de son amant endormi que Nakano prit la résolution d'aller s'entretenir avec elle. Se déplacer à Kyoto avec la menace latente des malfrats étant impossible (K l'en aurait empêché), il décida de lui téléphoner dans l'attente de s'y rendre en personne aussitôt que possible. Dans la pénombre, l'éclat de son bracelet – le cadeau de Suguru pour son anniversaire – acheva de le convaincre.
Gonflé à bloc, le jeune homme ne prit pas de gants et annonça de but en blanc que Fujisaki et lui étaient à nouveau ensemble, et que la menace proférée quelques semaines auparavant ne l'inquiétait plus.
« Je serai peut-être poursuivi mais le scandale éclaboussera aussi votre famille et pire encore, la réputation de votre fils. Est-ce vraiment ce que vous souhaitez, madame Fujisaki ?
- Et vous ? Est-ce ce que vous souhaitez aussi ? lui rétorqua son interlocutrice. Si vous l'aimez, quittez-le. Sa réputation sera souillée à cause de votre immoralité.
- Fujisaki a grandi, madame. Il n'a plus dix ans. Sachez que j'ai écouté ses peurs, ses doutes mais ses désirs aussi. Je comprends que vous auriez préféré pour lui une jeune fille de bonne famille mais… on ne choisit pas ce genre de sentiment. Je ne lui ai jamais manqué de respect. Je ne l'ai jamais forcé. Je l'ai… écouté. Avec tout le respect que je vous dois, vous devriez en faire autant », dit Hiroshi, très calmement cette fois.
Haruka Fujisaki ne répondit rien mais il sentit qu'elle s'efforçait de garder son calme à l'autre bout du fil.
« Je vous assure que ce ne sont pas des paroles en l'air, madame Fujisaki. Je vous promets de le traiter correctement et le préserver d'un scandale. Pendant deux ans, personne n'a rien soupçonné. Il en sera de même pour les années à venir. Je regrette vraiment de ne pas pouvoir m'exprimer et me défendre en personne, mais avec les événements récents, notre manager nous retient à Tokyo. Dès que la situation sera plus calme, je viendrai plaider mes intentions. »
Nouveau silence palpable, puis madame Fujisaki déclara, d'une voix glacée :
« Je vous attends, monsieur Nakano. D'ici là, tâchez de ne pas manquer de respect à mon fils sinon vous connaîtrez l'étendue de ma colère. »
La conversation prit fin après un succinct échange de politesses. Au moins Hiroshi se sentait-il en règle avec sa conscience.
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Quiconque utilisait régulièrement une arme à feu savait que l'entretien se faisait après son emploi. Cependant, les deux petites frappes qui faisaient face à K n'avaient rien de professionnels, et il était facile de les impressionner en nettoyant l'impressionnant Magnum 357. Sans un mot, le grand Américain démonta adroitement l'arme et l'essuya complètement à l'aide d'un chiffon. Avec un torchon retenu par une ficelle, il enleva les traces de poudre - inexistantes, vu que le revolver n'avait pas servi. Toujours sans rien dire, il brossa l'intérieur du canon. Il l'essuya de nouveau puis humecta le torchon d'un peu d'huile anti-rouille et graissa soigneusement le mécanisme. Enfin, il astiqua le canon sans oublier la crosse et le fût. Il remonta calmement le Magnum et glissa des balles dans le barillet.
« Good ! Nous pouvons commencer ! s'exclama-t-il.
- On ne sait rien de plus ! plaida le premier, un petit homme trapu. On vous l'a déjà dit. Deux inconnus nous ont engagés et ils ont payé en liquide.
- I see, I see. Mais comment étaient-ils, ces hommes ?
- Le bar était sombre ! poursuivit le premier.
- Et comment est-ce qu'ils vous ont-ils contactés ? Vous les connaissiez déjà ?
- On en sait rien, nous ! Ils nous ont trouvés dans un bar où on va souvent, et là ils nous ont payés cash. »
K arma son Magnum d'un geste désinvolte.
« Je suis fatigué, et quand je suis fatigué, je suis long… à la détente… »
Pour appuyer son propos, il pressa sur la détente. Le premier voyou porta sa main à son oreille, l'air à la fois incrédule et horrifié ; elle saignait.
« Oups, s'excusa le manager. Comme je suis maladroit !
- On vous jure, on ne sait rien de plus ! » supplia le second, terrorisé.
K soupira. Il n'y avait vraiment rien à tirer de ces minables. La police allait les embarquer et il faudrait les faire suivre un temps mais il doutait fort d'aboutir à quelque chose par ce moyen. Ces types n'étaient rien d'autre que des pions.
Il les escorta dans le hall de N-G, sous le regard effaré des employés, jusqu'à l'entrée où les autorités les attendaient.
À peine débarrassé des malfaiteurs, il vit Suguru et Hiroshi venir vers lui, l'air inquiet. Un de ses hommes était venu les chercher un peu plus tôt à leur appartement, vu que lui avait été occupé avec les deux cambrioleurs amateurs une bonne partie de la nuit. Il n'avait pas vu le temps passer.
« Que se passe-t-il, K ? » s'enquit le guitariste, les yeux rivés à la voiture de police qui s'éloignait lentement le long du parvis. Il se passait décidément trop de choses en rapport avec la police, ces derniers temps.
« Deux crétins ont essayé de nous cambrioler. Comme s'ils en avaient eu la capacité… fit K avec une moue méprisante.
- Mais ils cherchaient quoi ?
- La boîte à musique… » répondit dit Suguru comme une évidence. Est-ce qu'il s'agissait de… mes agresseurs ?
- Je ne crois pas. Je t'accompagnerai plus tard au commissariat pour que tu essaies de les identifier, mais c'étaient des amateurs, ceux-là. »
N-G conservait encore la boîte à musique que Tohma devait renvoyer à sa propriétaire et visiblement, elle excitait les convoitises. Il ne s'agissait cependant pas d'un fait de notoriété publique mais il était facile de conclure que la maison de production constituait le meilleur endroit pour la garder en sécurité. Faire appel à deux espèces de pieds-nickelés pour la récupérer relevait par contre d'un singulier manque de discernement.
« Pensez-vous que nous pourrions consulter le rapport d'expertise la concernant ? demanda le claviériste.
- Aucune idée. Pour ça, demandez au boss. »
Suguru convint de rendre visite à son cousin à la pause. Si celui-ci acceptait de lui confier une copie du document, il y trouverait peut-être quelque chose d'utile. Dans tous les cas, ça valait la peine d'essayer.
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La polémique née des accusations de Keichi Lake n'avait pas tardé à retomber après l'annonce de l'abandon de toute poursuite, et si quelques journalistes s'étaient questionnés sur la boîte à musique que le parolier avait mentionnée, l'affaire n'était pas allée plus loin. Les Bad Luck étaient lavés de tout soupçon de plagiat et leur cote de popularité était au beau fixe. La seule ombre au tableau venait de la – ridicule – tentative de cambriolage dans les locaux de N-G Productions, signe que les agresseurs de Suguru n'avaient pas renoncé et que la sécurité des membres du groupe était menacée.
Pas question, cependant, de laisser filtrer quoi que ce soit dans la presse et les média. Même K faisait un distinguo entre une occasion de faire un coup publicitaire et ce qui constituait peut-être une affaire liée à un meurtre ; après tout, Masayuki Oshima n'avait-il pas été assassiné ?
Histoire de voir les choses sous un angle positif, Suguru et Hiroshi étaient à nouveau ensemble, et avec le soutien de son petit ami, le claviériste était déterminé à tirer au clair cette affaire de boîte à musique. La police ne remonterait sans doute pas bien loin à partir des deux petites mains arrêtées à N-G, mais lui avait déjà une certaine idée sur la manière de procéder.
Les deux garçons étaient assis côte à côte sur le canapé, Ikkyoku roulée en boule sur les genoux d'Hiroshi. Le rapport d'expertise de Toru Okada, les informations réunies par Sobi, ainsi que les résultats de leurs propres recherches étaient étalés devant eux, sur la table basse.
« Nous sommes bien d'accord, cette boîte à musique a réellement appartenu à Masayuki Oshima », affirma Suguru d'un ton catégorique en sélectionnant une des feuilles contenant les renseignements compilés par Sobi. Il plaça à côté une photo en gros plan de l'intérieur de la boîte, montrant l'inscription gravée au revers du couvercle, juste à la lisière du rectangle de soie bleue. Il avait pris des dizaines de photos durant la période où il l'avait eue entre les mains.
« Manifestement oui, vu qu'il en a réutilisé la mélodie.
- Non, je veux parler de ceci. » Le garçon pointa de l'index la courte phrase « Pour K. avec tout mon amour. T. ». « Si je me fie aux notes de votre ami, le grand-père d'Oshima s'appelait Tadahiko Inoue et sa femme Kaede, ce qui correspond bien au K et au T. La coïncidence serait énorme autrement, vous ne trouvez pas ?
- Ça colle, en effet. Mais ensuite ? Comment trouver le lien avec tes agresseurs ?
- Vous n'avez pas lu le rapport d'expertise commandé par mon cousin. En voici une photocopie. Il y est écrit que le morceau de soie collé au dos du couvercle n'est pas d'origine et qu'il a certainement été rajouté pour cacher des chiffres gravés à l'intérieur. « 35-40-132-30 ». Ça ressemble à une sorte de code, non ? »
Hiroshi s'empara de la feuille, intrigué. Un peu court, pour un code, et il y figurait beaucoup de « 3 ». Était-ce un indice pour trouver une éventuelle clef de décryptage ? Sitôt qu'il s'agissait de chiffres, c'était plutôt sa partie, mais concernant cette étrange suite, une réflexion plus approfondie était de rigueur.
« Je ne sais pas, répondit-il. Mais je vais y réfléchir. Qu'avons-nous de plus ? »
Suguru prit une autre feuille sur la table. « Hé bien, pour meubler mes soirée solitaires quand j'étais assigné à résidence chez mon cousin, j'ai poursuivi mes recherches sur Oshima. Il est né à Yokohama et était fils unique. Son père est décédé dans un accident de la circulation quand il avait neuf ans. Quant à sa mère, elle serait toujours en vie, du moins je n'ai rien trouvé mentionnant son décès. Oshima était un artiste populaire, on lui prête quelques liaisons avec des femmes plus ou moins célèbres mais il n'étalait pas sa vie privée au grand jour, apparemment, et certaines personnes que je connais feraient bien de s'en inspirer, d'ailleurs…
- Shuichi n'a rien à voir dans cette discussion, l'interrompit Hiroshi.
- Je sais, mais je n'ai pas pu m'en empêcher. Donc, il est sorti avec quelques artistes plus ou moins populaires dans les années 80, mais à l'époque de sa mort, il vivait depuis six ans avec une certaine Satoko Hataji, qui n'était pas du tout de ce milieu. Je n'ai pas trouvé grand-chose la concernant, sauf qu'après la mort d'Oshima, avec qui elle n'était pas mariée, elle a quitté Tokyo pour partir dans le Sud de Kyushu, dont elle était originaire. Sur sa vie privée, je n'en sais pas plus.
- Et sa vie publique ?
- Hé bien, apparemment, il était très populaire : pas idiot, avec le physique romantique qui plaisait aux jeunes filles… et aussi à leurs mères. Pas d'histoires de drogue ou de scandale sexuel d'aucune sorte. Musicalement, après des débuts plutôt rock, il s'est inscrit dans la mouvance des artistes engagés, écologiste et surtout antimilitariste. Mais j'ai noté quelque chose d'intéressant : entre la fin de 1991 et 1993, il a fait une sorte de break, apparemment dû à des problèmes de santé, et j'ai effectivement vu qu'il avait quasiment disparu de la scène et qu'il avait fui les média. Son manager de l'époque s'appelait Miroku Hasebe, et il est toujours en activité. »
Suguru reposa la feuille sur la table basse et se frotta la tête d'un air pensif.
« Je suis convaincu qu'il y a des pistes à explorer dans tout cela. Seulement… nous ne pouvons pas nous en occuper tout seuls. Mon idée, c'est que nous pourrions demander à des amis de nous aider. Narumi et Shinichi sont d'accord, je leur ai déjà demandé. Croyez que j'ai bien réfléchi au problème.
- Je vois ça, dit Hiroshi en passant son bras autour des épaules de son petit ami. Et je dois dire que tu as fait du bon boulot. » Il l'attira contre lui et l'embrassa sur le bout du nez. « Je crois bien que tu mérites une récompense… »
Il glissa ses mains sous le tee-shirt du jeune garçon et caressa sa peau souple. Depuis qu'ils s'étaient remis ensemble, il prenait conscience à quel point Suguru comptait pour lui, combien il avait envie de lui et de sa présence à ses côtés. Cette rupture avait été salutaire, en fin de compte. Et vu la manière dont le jeune garçon lui répondait, il paraissait en être de même pour lui.
Dérangée, Ikkyoku bondit des genoux du jeune homme et alla se recoucher sur une chaise tandis que les deux occupants du canapé l'investissaient tout entier.
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Suite à la pitoyable tentative de vol dans les locaux de N-G, il avait été décidé que la boîte à musique resterait en possession de Tohma Seguchi jusqu'à ce que les agresseurs de Suguru soient identifiés, afin de garantir la sécurité de sa propriétaire légitime, Akane Osaki. Celle-ci, d'ailleurs, ignorait tout de la convoitise qu'excitait sa boîte, Tohma ne lui ayant rien dit de sa véritable motivation pour la conserver ; en outre, la jeune fille était plutôt flattée qu'une de ses possessions intéresse le puissant patron de la plus célèbre des maisons de disques japonaise et avait accepté de bonne grâce de la lui confier.
La police enquêtait sur les commanditaires de la tentative de vol ; les Bad Luck, eux, travaillaient à un troisième titre après World's end, tout en préparant un concert qui devait avoir lieu le jour de l'équinoxe d'automne, réunissant plusieurs artistes de N-G. Officiellement, tout allait parfaitement bien pour eux, il n'était question de menaces d'aucune sorte et personne, en dehors de leurs proches, n'était au courant.
Suivant l'idée lancée par Suguru, les tâches avaient été réparties afin de procéder aux recherches. En raison de ses connaissances en histoire moderne, Sakura avait été chargée de se rendre au NIDS, le National Institute for Defense Studies, afin d'y consulter les archive militaires relatives au capitaine Inoue et ses états de service ; Sobi, qui présentait bien en dépit de son apparence peu orthodoxe, avait pour mission de retrouver la mère de Masayuki Oshima, si elle était toujours en vie, et d'en apprendre plus sur son fils. En sa qualité de musicien – il était voloniste classique – Shinichi avait pris en charge de soutirer des informations à Miroku Hasebe, l'ancien manager d'Oshima. Pour finir, Narumi était chargée de retrouver l'ancienne petite amie du chanteur disparu. En définitive, une équipe d'investigation disparate mais très fortement motivée.
« J'ai l'impression d'être un agent secret dans un film, avait gloussé Narumi au téléphone, et à sa voix, on devinait fort bien son excitation. Tu peux compter sur moi pour te ramener toutes les informations que je pourrai ! »
Ne restait donc plus qu'à attendre le résultat des recherches ; en attendant, Suguru avait soumis à Tohma la proposition de partenariat avec le 100% Chocolate Café, et l'idée avait séduit le directeur de N-G Productions, qui avait la vue longue et imaginait déjà quelles pourraient être les retombées pour sa société à l'occasion de périodes telles que Noël ou la Saint-Valentin. Associer le nom de Bad Luck à des chocolats rappelant la musique – Pianissimo et notes de différentes couleurs – avait de grandes chances de séduire une clientèle jeune et féminine.
De l'entrevue entre les parties concernées, il avait résulté la signature d'un contrat et l'évocation de quelques stratégies publicitaires. C'est ainsi qu'il avait été décidé de la création d'un single inédit qui serait vendu uniquement en supplément d'un coffret d'assortiments baptisé « Concerto ». Date prévue de lancement : début décembre, ce qui laissait presque deux mois au groupe pour composer un titre supplémentaire. La fin d'année s'annonçait donc studieuse avec, pour commencer, une séance de photos dans le café. Sakano avait déjà été dépêché pour prendre rendez-vous avec un photographe.
« C'est une super idée ce partenariat, déclara Shuichi alors qu'il regagnait le Studio 3 en compagnie de ses camarades pour y discuter de manière plus approfondie de leur nouvelle collaboration. Je parie que Yuki ne pourra pas résister quand je lui offrirai un coffret Concerto. Ces chocolats en forme de notes sont géniaux ! Et drôlement bon, en plus. J'en reviens pas que notre musique ait pu les inspirer à ce point ! »
Suguru s'abstint de préciser que c'était pour lui, et lui seul, qu'avaient été créés ces chocolats. Mais il s'agissait là d'une bonne publicité pour Bad Luck, à tous les sens du terme, loin des prestations tapageuses dans des émissions télévisées qui l'étaient tout autant, des scoops douteux des tabloïds et des polémiques ciblant leur intégrité de musiciens. Et puis, tout le monde aimait le chocolat ; associer un produit populaire et apprécié à l'image du groupe ne pouvait qu'occasionner un rapprochement positif dans l'esprit des gens. Oui, ce partenariat était une bonne chose, et le garçon espérait qu'Akira Mori en retirerait lui aussi de substantiels bénéfices. Après tout, c'était lui qui était à l'origine du projet.
« J'ai même déjà une idée de titre pour le single, poursuivit Shuichi, décidément motivé par l'opération. Flavor of love. Qu'est-ce que vous en dites ?
- C'est une excellente idée, Shu, approuva Hiroshi.
- En effet, renchérit Suguru. Nous comptons sur vous pour écrire un superbe texte, monsieur Shindo.
- Vous pouvez me faire confiance ! J'ai déjà plein d'idées ! »
Hiroshi et Suguru échangèrent un sourire. Les jours à venir s'annonçaient fastes pour les Bad Luck.
A suivre...
Le témoignage de l'Américain et du professeur sur les événements de Nankin sont purement fictifs mais inspirés de faits véridiques.
