Disclaimer : rien n'est à moi.

Rating : tous publics.

Résumé : Hermione est malade. Malade à cause de lui. D'aucuns appelleraient ça Bonheur total. Hermione est juste malade. Malade de lui.

NDA: Voici la suite tant attendue... Qui à mon avis en décevra plus d'un. Pas beaucoup d'actio dans ce chapitre, et une intrigue qui n'avance pas. Simplement parce qu'à la base, je ne comptais pas écrire de suite. Et puis une review sur un autre site m'a vraiment persuadée. Et là j'ai trouvé des idées. De nombreuses idées. Je sais à présent où je vais et je sais exactement ce que je vais faire.

Bref, ce chapitre n'avance pas beaucoup, et la réaction de Drago n'est pas encore pour maintenant. Parce qu'il me fallait planter le décor, le pourquoi du comment. Pourquoi elle n'avorte pas, pourquoi elle lui a dit, qui la soutient, comment pourquoi... Bref, vous découvrirez tout ça dans ce chapitre plutôt long qui, j'espère vous plaira. J'ai pas mal de trucs sur le feu, et peu de temps, mais je vais essayer d'être régulière dans la publication.

Une dernière chose et je vous laisse lire, merci infiniment pour toutes vos reviews, je n'aurais jamais cru en avoir autant.

Et merci à Ludii ; Blue ; Bbé ; Lucie, Stacy ; Jasmine ; StoirmDubh ; ange ou demon ; elo ; Laehl ; Marine B ; Yuuki-nana ; Prudence Jedusor, et &mayelle, qui étaient anonymes.

Bonne lecture!

I used to cry for you

Je crois que je me réveille. Je crois que le sommeil s'éloigne aussi rapidement qu'une feuille d'automne le ferait devant le vent d'hiver. L'air est doux, et si je sais qu'il en est ainsi, c'est parce que j'existe. Je sais que j'existe. Pour ce qui est de qui je suis, il en va tout autrement. Je ne sais où je suis ni qui je suis pendant une seconde. Et cette sensation est étourdissante. Je suis dans un état de léthargie si doux... L'air est pur autour de moi, et je prends soudainement conscience d'une main qui se promène dans mes cheveux. J'ouvre les yeux. Heureuse de ne savoir qui je suis. Et puis tout s'accélère. Je prends conscience de ma tête douloureuse. De mes seins sensibles. Et la douleur me ramène à la vie. Je suis Hermione Granger, et tu m'as mise enceinte.

Soudain, un haut-le-cœur me saisit. Alors que je m'apprête à me lever pour aller vomir, comme je commence à en avoir l'habitude, quelqu'un me soutient la tête et la penche. Je sens une bassine sous mon menton. Il n'en faut pas plus que cette petite résistance pour que je me mette à rendre le repas que je n'ai pas mangé... Les larmes coulent. Comme à chaque fois. Réaction normale paraît-il à la douleur de ma gorge.

Cette fois, c'est différent.

Tout me revient en mémoire avec une acuité incroyable. J'étais plutôt dans le cirage pourtant tout à l'heure... Je vois ton visage dont je distingue chaque pli, chaque émotion, chaque contrariété. Tu te crois impassible? Pas pour moi. Je te comprends si bien... Ma tête part en arrière et se laisse aller contre les oreillers. Je garde les yeux fermés. Je ne veux pas voir mon bienfaiteur. Je veux oublier. Oublier et dormir... Je suis si fatiguée... Je sais d'emblée où je suis et ce que j'y fais. Sûr que je me suis évanouie... Fatiguée... Dormir...

-Miss Granger...

La voix est douce. Les accents sont inflexibles. Lasse, j'ouvre les yeux. Madame Pomfresh est penchée sur moi.

-Ma pauvre enfant... Vous êtes très si mal... Le stress pour une femme enceinte est destructeur...

Elle me caresse le visage et en écarte les mèches trempées de sueur. Elle dépose un baiser sur mon front à la manière d'une mère. Les sanglots naissent dans ma gorge. J'aurais tant besoin de ma mère. Là, tout de suite. Maintenant.

Impossible.

Comme un amour pour toi. Comme d'avoir un père pour cette enfant. Comme d'espérer.

Impossible.

Ma mère, lorsqu'elle saura pour cet enfant, me tuera. Me dira que je suis si jeune. Me demandera qui est le père. Me demandera pourquoi je ne lui avais pas dit que j'étais amoureuse. Et surtout... Me demandera si je compte me marier. Je n'avais plus songé à ces inepties depuis mes douze ans et une dispute mémorable avec mes parents...

Ma mère est chrétienne. Chrétienne pratiquante. Ses parents étaient de fervents juifs, et elle s'est convertie par amour pour mon père, chrétien convaincu. Disons que j'ai parfois l'impression de ne pas être née dans la bonne famille avec mes raisonnements concrets, mon matérialisme et mon amour pour la logique. Eux qui sont si spirituels...

Les larmes se sont définitivement emparées de mon visage. Bataillon sanglant, elles massacrent mes yeux, les emplissent de rouge, et dévalent mes joues comme des soldats empressés. Je ne peux plus me battre contre elles. Tout comme je ne peux plus me battre pour toi.

Je suffoque et Madame Pomfresh ne cesse de me tamponner le visage d'un linge frais. Tout cela finit par se tarir, et la source de mes problèmes par s'éloigner. Il ne faut pas que je pense à mes parents. Ils ne sont pas ma principale préoccupation. Ma principale préoccupation pour le moment c'est cet enfant. Cet enfant qui est de toi.

Cet enchaînement de logique à la manière d'un syllogisme m'assomme une dernière fois. Juste pour que je touche le fond.

Et que je puisse rebondir.

Je lève les yeux vers Madame Pomfresh.

-Ça va mieux?

-Oui... Je crois que j'avais besoin de craquer.

-Et vous avez bien fait. Maintenant vous devez voir les choses sous un angle moins désespéré.

Je la regarde et je hoche la tête. Je soupire profondément, et sèche définitivement mes larmes. Et je demande:

-Que s'est-il passé après que je me suis évanouie?

-Monsieur... -elle serre les dents- Malefoy est retourné en cours. Sans un regard pour vous. Si vous voulez mon avis, c'est un goujat. Sinon, vos amis sont ici, à attendre désespérément que je leur ouvre votre rideau pour vous parler.

Ma voix se fait filet.

-Ils ne m'en veulent pas?

Le visage de Madame Pomfresh se durcit.

-Si messieurs Potter et Weasley ainsi que Miss Weasley ne vous avaient pas soutenue dans cette épreuve, le titre d'ami aurait été bien trop honorifique pour eux.

Mes yeux se plissent, et l'ombre d'un sourire se pose sur mes lèvres.

-Merci Madame Pomfresh.

Elle ne dit rien, se contente d'un dernier regard et se détourne.

Ainsi donc tu ne m'as même pas regardée. Tu ne m'as même pas aidée. Soit. Je ferme les yeux le temps de faire le point.

J'inspire.

J'expire.

Ma résolution est prise le temps d'une respiration. Je nous construirai, mon enfant et moi, seule. Je ne te demanderai rien. Je ne te dirai rien. Tu n'existe plus à mes yeux. Tout comme je n'existe plus aux tiens. Cette constatation ne doit pas me faire de mal.

Elle ne doit pas me faire de mal. Elle ne doit pas me faire de mal. Elle ne doit pas me faire de mal.

Je répète ce mantra, jusqu'à ce qu'effectivement, la carapace soit suffisamment solide pour ne plus être heurtée. Pour ne plus être blessée.

Tout-va-bien.

À peine ai-je déterminé cela qu'une tornade rousse s'abat sur moi. Elle me serre dans ses bras, et ses larmes coulent dans mon cou.

-Oh Hermione, je suis tellement, tellement, tellement désolée...

Je suis abasourdie. Qu'est-ce qui lui prend? Je ne peux que murmurer:

-Mais de quoi par Merlin?

Elle lève ses yeux bleus vers moi, océan perdu et malheureux.

-J'aurais dû te le dire, te prévenir pour la PS... J'aurais dû t'en parler, c'est le rôle d'une amie! C'est mon rôle... J'ai tant failli! Comment pouvais-tu connaître la protection sorcière? Tu es une née-moldue!Et moi je me déteste tant...

-Ginny!

Après plusieurs tentatives infructueuses, je réussis à interrompre sa logorrhée.

-Ginny, ce n'est certainement pas ta faute. Tu ne pouvais pas savoir, tu es née dans le monde sorcier. Et moi j'aurais dû te demander quand j'ai senti que... Je n'aurais jamais dû me laisser charmer par un serpent. Tout est de ma faute et tu n'as rien à te reprocher.

Elle souffle

-Tu es sûre, tu ne m'en veux de rien?

-Oui je suis sûre de moi.

-Je suis rassurée... Moi je m'en voudrai toute ma vie, mais si toi tu ne rajoutes pas de culpabilité sur mes épaules, alors je ne suis pas obligée d'aller me jeter de la tour d'astronomie...

Je souris, trop faible pour rire, et je tourne le regard vers les deux grands muets. Les yeux obscurcis par la colère contre moi, le visage obscurci, la bouche tendue en un pli amer... Ils me contemplent. J'essaye de mettre le plus de conviction possible dans ma voix pour leur parler.

-Je suis désolée les garçons.

-Je vais le tuer.

-Je vais le massacrer.

Le problème étant que nous avons choisi le même moment pour parler. Le temps que mon cerveau fasse la mise au point, je garde une expression atterrée. Et un sourire vient doucement étirer mes lèvres. La plénitude qui envahit à ce moment mon visage doit être largement visible. Je n'ai jamais su cacher mes émotions.

-Merci...

Ils me serrent dans leurs bras. Ils vont m'aider. J'en ai la conviction. Je le lis dans leurs yeux.

-Miss Granger...

Cette fois, c'est Madame Pomfresh qui vient me parle.

-Le professeur MacGonagall demande à vous voir.

-Il faut vraiment que j'aille dans son bureau?

Là tout de suite maintenant? Je m'en sens si peu capable... La lassitude envahit mon corps par avance. Mais ce que directrice veut, élève exécute...

-Non, vous n'avez pas saisi. Elle demande la permission de vous voir.

-Oh...

L'étonnement me saisit. La directrice Minerva MacGonagall demande la "permission de me voir"?

-On va y aller Hermione...

Mes amis me font sortir de ma torpeur...

-D'accord. Et, Madame Pomfresh, s'il vous plaît, dites au professeur qu'elle peut venir...

Elle s'éclipse l'espace de deux secondes et mon professeur préféré entre dans ce qui pourrait être appelé "chambre d'hôpital" grâce au semblant d'intimité que les rideaux tentent d'apporter.

-Bonjour Miss Granger.

-Bonjour Professeur.

-Je pense que vous vous doutez de l'objet de ma présence ici.

Je regarde mon ventre d'un air éloquent.

-Allez-vous me renvoyer?

Ma voix est rauque. Les larmes ne sont pas loin. Si j'ai tant caché que j'étais malade de toi, c'est aussi et surtout pour qu'Elle ne le sache pas et que je ne sois pas renvoyée. J'ai tellement peur qu'elle soit déçue de moi...

Elle laisse alors ses rides s'étirer, et sa bouche former un tout petit sourire.

-Vous n'avez rien fait de répréhensible, Miss Granger. Aimer un homme et avoir un enfant est parfaitement normal, et même très répandu. Il n'y a rien d'interdit là dedans. Ni d'amoral. Bien sûr que non je ne vous renverrai pas. Je vais vous aider, et déterminer avec vous des mesures à prendre. J'imagine que vous souhaiteriez ne plus avoir cours avec Monsieur Malefoy.

Je grimace.

-Vous imaginez bien, professeur.

-Cela n'est pas possible pour toutes les matières, je suis désolée. Mais vous pouvez d'ores et déjà vous passer de cours de Soins aux créatures Magiques. Le professeur Hagrid m'a prévenu qu'il ne voyait aucun inconvénient à vous donner des cours particuliers. Le professeur Bandowski de Runes Anciennes est également d'accord pour travailler avec vous quelques heures certains soirs dans la semaine. Malheureusement... Malheureusement le professeur Rogue n'a pas accepté de diviser son groupe, de changer son emploi du temps, ou d'aménager des heures pour son filleul. Je suis désolée.

-Je comprends professeur. Je pense en revanche rester la fin de la journée à l'infirmerie. Pourriez-vous remercier les professeurs Hagrid et Bandowski de leur gentillesse. Je le ferai aussi moi-même, bien sûr, mais vous les verrez certainement dans l'après-midi...

-Effectivement, et je m'y emploierai avec grand plaisir. N'oubliez pas, surtout. Nous ferons notre possible pour que vous puissiez passer une grossesse des plus aisées, pour que vous accouchiez dans les meilleures conditions, et enfin que vous puissiez élever votre enfant pour les quelques semaines qui resteront, à Poudlard. Si mes calculs sont exacts, bien sûr.

Je hoche la tête. Nous avons couché ensemble le vingt-cinq septembre. Si tôt, lorsque j'y réfléchis... Tu as mis vingt-cinq jours à me séduire... Enfin... J'accoucherai ainsi vers le vingt-cinq mai. Et comme les bébés n'arrivent jamais au terme prévu...

-Vous pourrez vous absenter chaque fois que vous le souhaiterez, et messieurs Potter et Weasley se chargeront de vous apporter les cours. Si cela doit durer plus de temps, nous mettrons en place un système d'échange qui chargera vos autres camarades de gryffondor de vous les donner. Sachez qu'au moindre besoin, vous pourrez vous adresser à moi. N'importe quand. Comme vous avez déjà votre chambre de préfète, je ne pense pas utile de vous en donner une autre. Tout ceci vous va t-il?

Une fois encore, je hoche la tête. Les mots se perdent dans ma gorge. Je ne réussis à articuler qu'un mot.

-Merci...

-Au revoir Miss Granger. Reposez-vous bien.

Elle se retire alors, et Madame Pomfresh revient. Elle me fait boire une potion de sommeil sans rêves. Morphée m'accueille à bras ouvert, content de me revoir tant je l'ai boudé ces derniers temps...

*~*~*~*

Quelques jours plus tard, je sors enfin de l'infirmerie. Les soins prodigués par Madame Pomfresh commençaient à me taper sur le système. Oui je suis enceinte, oui je suis jeune, mais non ce n'est pas pour autant que je suis une héroïne ou une martyre. Et encore moins une handicapée! Je n'ai jamais aimé que l'on me dise quoi faire, comment et où. J'aime mon indépendance. Bref, je sors enfin et me rends dans ma chambre de préfète. Cette histoire de chambres particulières m'est vraiment précieuse, je peux enfin être seule et inviter mes amis quand bon me semble sans être entourée de Lavande ou Parvati que je ne supportais plus.

Oups. Je crois qu'être enceinte me rend de fort méchante humeur...

Je me rends à la bibliothèque. Il est 8h30 et les cours ne commencent que dans une demi-heure. Rien de tel à ce moment qu'un bon livre et un feu de cheminée. Même si nous ne sommes pas encore en plein cœur de l'hiver, les couloirs de Poudlard sont frais.

*~*~*~*

Calée entre coussins et bouquins, je maudis Madame Pince. Je n'aurais jamais cru penser cela, mais elle me chouchoute. J'en ai MARRE!!

Je me lève, agacée, et vais en cours avec cinq minutes d'avance. Je patiente, et mes amis me rejoignent enfin. Ils n'étaient pas prêts et ne s'attendaient pas à ce que je sorte si vite...

-Hermione, tu es déjà dehors? Mais, et ton bébé, il ne va pas en souffrir? Et tu ne te sens pas fatiguée? Tu crois pas qu'il faudrait que tu ailles te reposer?

-Harry James Potter! Ce "bébé" comme tu le dis n'en est encore qu'au stade de fœtus d'à peine un millimètre. Je passe une mauvaise grossesse, mais j'ai tout ce qu'il faut pour m'en remettre... J'ai plus de potions que n'importe quelle femme moldue, alors je t'en supplie, laisse-moi tranquille!

Il se tait alors, rouge de confusion, et gêné. Je me sens tout à coup coupable. Il voulait être gentil. Il voulait être attentionné. Je franchis les quelques centimètres qui nous séparent, et me jette à son cou. Il ne s'y attendait pas après une telle diatribe, et m'ouvre ses bras.

-Je suis désolée, Harry... Je ne voulais pas être si méchante! Je... Je... Ils me tapent tous sur le système! Je ne suis pas handicapée, c'est tout ce que je voudrais que vous compreniez... Tout va bien, je n'ai plus de nausées, et... Et je me sens bien!

J'ai dit ces derniers mots en regardant Harry dans les yeux. Le couloir s'était tu, et écoutait ce que je disais. Tant mieux, le message n'en sera que plus clair...

Flitwick arrive et brise la bulle de stupéfaction qui avait pris place parmi les Gryffondors et les Serdaigles de septième année. Il nous fait rentrer, et son regard s'attarde sur moi. Étonnement, tristesse, compassion font place dans ses yeux, et il détourne vite le regard pour ne pas croiser le mien. Génial.

*~*~*~*

Je suis allongée dans un des sofas de la Salle Commune. Je commence quand même à avoir mal au dos. Nous sommes en décembre et j'ai un tout petit ventre qui commence à pointer sous mon tee-shirt. Il commence à être visible. Ce qui est un véritable problème. Pas pour les élèves ou les professeurs... Oh non, ils savent tous depuis le mois de septembre. Les plus ahuris comme Neville le savent depuis deux semaines, et certains très perspicaces comme Luna ou Padma Patil l'ont su avant même que je ne le sache moi-même...

Non, le problème n'est pas pour eux. Ni même pour toi. Voilà bien longtemps que je te l'ai avoué dans ce couloir, que je t'ai craché ce que tu m'avais fait. Enfin... Ce que tu m'avais fait... Tel était l'esprit dans lequel j'étais à l'époque. Je voyais ce qui m'arrivait comme une maladie. Aujourd'hui, je me rends compte à quel point j'ai été stupide. Cet enfant, enfin, ce futur enfant est certainement la plus belle chose qui me soit arrivée dans ma vie. Et je n'ai pas besoin de toi. Même si... J'ai envie de venir te voir. Histoire de savoir si tu compteras être présent pour lui ou elle. Histoire de savoir si tu as une quelconque envie d'assumer ou si je devrai me débrouiller définitivement seule...

Je soupire. Non, ce n'est pas toi problème, même si tu n'assume pas notre enfant, il deviendra mon enfant, et tu ne feras définitivement plus partie de ma vie. Le problème, c'est que d'ici quelques tout petits jours, c'est Noël. Et qui dit Noël dit parents. Et qui dit parents dit révélations. Dispute. Répudiation? Pourraient-ils me renier? Eux mes parents si chrétiens au pardon censé être si facile.

Ils ne t'ont jamais rien pardonné.

Une toute petite voix me souffle cette phrase, et je me renfrogne. Bien sûr que non ils ne me pardonneront pas. Quand j'étais petite, la moindre bêtise me valait une punition très dure, et jamais ils ne me pardonnaient, même lorsque je me traînais à leurs pieds, si triste que ma maman m'en veuille tant d'avoir abîmé son vase chinois qu'elle avait eu à une vente aux enchères. Non, ils ne me pardonneront pas. À savoir à présent si ma "faute" est plus importante que leur amour pour moi.

Je sais d'ores et déjà ce qu'il en est. Bien sûr. Ils ne me pardonneront pas. Et ils ne voudront plus me voir. Parents coup de vent, parents occupés, parents dentistes. Parents qui ne m'ont jamais rien appris, parents qui m'ont oubliée des centaines de fois à l'école, parents qui m'offrent du fil dentaire et des pennies à mon anniversaire. Parents qui se fichent de moi. Parents qui ne me comprennent pas. Je soupire encore. Pour la troisième fois.

La main qui passait dans mes cheveux se fige. Énervée. Le souffle qui appartient au corps qui me soutient se tend. Et je suis sûre que les yeux océans caractéristiques de sa famille me fixent, désolés.

-Mione...

-Ne t'inquiète pas Ron. Tout va bien.

Je m'en veux de lui parler toujours de mes problèmes. Je suis plus proche de lui que je ne l'ai jamais été. Il est là pour moi en ce moment, et il m'est vraiment précieux. Il me soutient tellement que je commence à avoir honte d'être si faible. Dès que je trébuche, il me rattrape. Dès que je flanche, il me porte. Dès que mes blessures s'ouvrent de nouveau, il les panse de ses mots. Ron est là. Pourquoi? Je n'en sais rien. Je ne sais pas s'il attend quelque chose en retour, ni quoi.

Ou plutôt si. Je le sais. Depuis toujours je crois.

Il m'attend.

Viendra un jour où il n'attendra plus.

Je ne veux pas y penser. Je veux juste avoir conscience de son aide, de ses bras, et du soutien qu'il m'apporte.

-Ron... Je crois que je vais aller voir Malefoy.

-Pardon?

Il est si surpris que sa main tressaute dans mes nœuds et m'arrache une grimace.

-J'aimerais que mon enfant aie ses deux parents présents pour lui. Et j'aimerais avoir fait tout ce qui était en mon pouvoir si ce n'est vraiment pas possible.

-Très bien, Mione.

Sa voix est résignée. Comme toujours. Il me passe tous mes caprices. Il les accepte et y répond. Il obtempère toujours, même s'il a cette voix résignée. Cette fois, je sais que je le heurte. Parce qu'il m'attend.

Je suis si égoïste...

-Tu ne veux pas me dire ce qui te perturbe depuis tout à l'heure? Je ne peux pas croire que ce soit Malefoy...

Sept ans d'amitié... Sept ans qui lui permettent de lire en moi comme dans un livre ouvert. Et plus encore depuis la guerre.

L'année dernière, tu as fait rentrer les mangemorts dans Poudlard. Tu voulais tuer Dumbledore. Tu en as été incapable. Incapable de tuer, incapable de faire du mal de tes propres mains. Cette fois, il fallait que tu infliges la douleur, au lieu de la déléguer à tes sbires. Or, tu es quelqu'un de sensible. Trop sensible. C'est ce qui m'avait touchée l'année dernière. Et en début de cette année. Lorsque tu m'as raconté ta peur, tes entrailles qui te brûlaient lorsque tu y pensais, je me suis sentie mal pour toi. Compatissante. Cette tâche était bien trop lourde pour toi. Tu ne peux tuer. Tu ne peux faire de mal. Tu as trop connu la douleur, tu sais trop ce que c'est pour pouvoir l'infliger à ton tour. Et surtout à un homme qui t'avait fait tant de bien.

Dumbledore avait tout prévu... Prévu de mourir par la main de Rogue, laissant encore un espion dans les rangs de Voldemort en plus de toi. Il avait prévu que, bien que serpentard affirmé, tu comprendrais l'importance du sacrifice, et que pour une fois, tu voudrais te tourner vers le bien. Parce que tu n'es ni un tortionnaire, ni un meurtrier. Et que tu comprendrais l'importance de l'Ordre. Devenir un espion ne fut pas simple pour toi. Mais je dois avouer que tu as été grandiose. Nous informant de tout, et épargnant bien des prisonniers. Tu risquais de mourir, mais tu l'as fait. Je ne t'en aurais jamais cru capable.

Cette guerre était une guerre éclair. Voldemort avait à peine eu le temps de terrifier la population sorcière, qu'il était déjà mort. Cet été-là, l'Ordre a traqué tous les horcruxes, et s'est renseigné pour savoir comment les détruire grâce à certains livres de Magie Noire appartenant à Poudlard. Et en un été, tout fut terminé. Six horcruxes furent détruits. Le dernier, Harry, devait à son tour être détruit. Mourir.

Une bataille avait alors éclaté un jour en plein cœur de Londres. Simplement Yaxley et Dolohov qui s'étaient attaqués dans une ruelle sombre à Nymphadora Tonks. Elle les avait tenus en respect pendant de longues minutes, le temps que son Patronus ne trouve les autres membres de l'Ordre. Qui avaient tranplané. Devant ce renfort inattendu de l'autre côté, les deux Mangemorts avaient pressé leurs Marques. Leurs condisciples et leur Maître avaient alors débarqué. Et Harry avait été tué. Ne sachant exactement comment cela s'est passé, je ne peux pas vraiment conter la renaissance de mon ami.

Je crois simplement que Harry avait deux personnalités en lui. Une qui était horcruxe, qui était Voldemort. Et l'autre qui était Harry Potter, homme porté par tout un peuple, homme aimé plus que personne. Et cet amour était bien plus fort que la noirceur que Voldemort avait pu instiller en lui. Ainsi, sa partie "aimée" avait pu survivre seule... Et il était réapparu.

Tuer Voldemort n'était alors plus qu'une bagatelle puisqu'il n'était maintenu en vie que par un tout petit fil. Que Harry avait rompu d'un avada. Le seul qu'il n'aie jamais pu lancer. Et tout était terminé. Les gens s'étaient à peine rendus compte de la guerre, puisque Voldemort avait œuvré dans l'ombre pendant un an et demi. Et il n'en était sorti que cet été là. Qui l'avait vu mourir pour de bon.

Nous avions alors repris cette année comme si rien ne s'était passé.

Les autres étudiants savaient à peine ce qu'il s'était passé. La terreur avait pris ses droits sur le monde sorcier, mais à peine avait-elle eu le temps de figer de peur des milliers de sorciers, que son instigateur avait disparu. Nous avions finalement surestimé la menace. Heureusement.

Cette année est bizarre. Les autres ne savent pas exactement ce qu'il s'est passé, alors ils rient, ils pleurent, ils vivent comme il y a deux ans. Harry, Ron, Ginny, moi et quelques autres qui ont vécu la guerre de près le savent. Savent qu'on a évité le pire. Savent ce qu'il y avait dans les caves du Ministère. Savent que ce dernier avait l'intention de faire des rafles de nés-moldus. Savent que des listes existaient de noms de Sang-de-Bourbe, comme ils disent.

Une poignée d'étudiants savent à côté de quelle horreur on est passés. Et cette poignée a parfois du mal à s'en remettre. Mes plaies ne sont pas refermées. Mes douleurs ne sont pas passées. La discrimination me ronge encore le cœur, et l'humiliation de voir mon nom sur ces listes reste gravée en ma mémoire.

Pour les autres, rire est toujours normal. Vivre est toujours normal.

On n'est pas sérieux quand on a dix-sept ans.

Moi je mourais un peu chaque jour. Et je t'ai croisé. Nous nous sommes compris. Comme par magie. Tu m'as parlé. Je t'ai écouté. C'était si bien... Je regrette tant cette époque. Personne ne m'a comprise comme toi. Pas même Ron...

Ron. Ron qui a tant gagné en compassion. Ron qui me comprend maintenant, qui m'aide.

Mais Ron qui m'attend.

Soudain, le besoin de te voir devient urgent. Je veux te voir, savoir si je te manque autant que tu me manques. Savoir si l'enfant que je porte est important pour toi. Savoir si les quelques jours que nous avons passés ensemble t'ont fait autant de bien qu'à moi.

Savoir.

Je veux et je dois te parler.

Je me lève des bras d'un Ron hébété. Je pose rapidement mon livre et vais à la table de la salle commune. Ron me regarde abasourdi. Je n'ai même pas répondu à sa question... Je vais voir Harry.

-Harry, je peux t'emprunter ta chouette?

Il lève les yeux de son devoir de potions.

-Tu m'aideras en échange?

Je souris, attendrie. Lui non plus n'a pas changé. Extérieurement.

-Bien sûr.

Elle est là-haut. Elle n'aime pas beaucoup la volière.

-Merci.

Je monte la chercher. Je prends un bout de parchemin à Harry au passage et l'un de ses plumes usagées qui devrait faire l'affaire pour quelques mots.

Je griffonne:

"Je peux te voir ce soir?

H."

J'espère que la réponse sera positive. Je redescend et ouvre la fenêtre. Je chuchote la destination à Hedwige, pour que personne ne m'entende.

Je m'assois à la table de Harry. Ginny est concentrée sur son travail et ne lève même pas les yeux. Harry m'adresse un regard désolé.

-S'il te plait Mione. Je n'arrive pas à comprendre! Je crois que j'ai bien décrit tous les ingrédients et tous les effets, et j'arrive au bon résultat, mais je suis obligé de tricher sur la dose de belladone et sur celle de queues de rats d'Albanie...

Je soupire et sais d'avance ce qu'il manque. Je regarde son devoir, et comme de fait:

-C'est parce que tu as oublié d'insérer dans ta préparation l'herbe des rois. Elle atténue la douleur, et donc annule un maximum la belladone -et c'est pour ça que tu dois tricher en mettre deux cents grammes et non cinquante-, et augmentent celle des queues de rats. Donc si tu mets trente grammes d'herbe des rois, tout se rééquilibre, et en plus, ton patient ne souffre pas le martyre.

-Ah d'accord... Merci Mione.

Soudain, j'entends le bruit caractéristique des coups de becs sur une vitre...

Alors? Verdict, est-ce que c'est tellement pourri qu'il faut que je supprime ce chapitre pour laisser le one-shot un peu meilleur?