Disclaimer : rien n'est à moi.

Rating : tous publics.

Résumé : Hermione est malade. Malade à cause de lui. D'aucuns appelleraient ça Bonheur total. Hermione est juste malade. Malade de lui.

NDA: Bon... J'ai manqué gravement d'inspiration ces derniers jours, mais fort heureusement, dame Calliope cesse de me bouder. Bref, je me suis remise à écrire, même si des résidus de ma "panne" restent dans ce chapitre. J'espère seulement ne pas vous décevoir.

J'aimerais juste remercier : legitimedemence (j'adore ton pseudo ^^) ; miss-malefoy ; &mayelle ; Lucie ; sarah, lectrice de hg/dm ; et natom.

Egalement, merci à tous pour vos reviews qui me motivent à un point incroyable... J'espère vraiment que cette suite vous plaira, et que vous ne serez pas déçus par le début. Ne vous inquiétez pas, c'est tout ce que je vous demande. Je ne tomberai pas dans le cliché dramionesque, pas de peur!

Chapitre trois : with or without you

Je cours. Je volerais presque. L'espoir fait trembler mes jambes et instille en mon cœur une étrange lueur, une étrange flamme, une étrange excitation. Je m'étais promis. Je m'étais juré. Mais face à toi, toutes mes résolutions partent en fumée, et je ne peux que constater les vestiges de ce que j'aurais aimé être. Femme forte, femme déterminée, femme assurée. Et devant toi je ne suis que jeune fille en fleur. Je ne peux m'empêcher de remarquer comme tes cheveux ont l'air doux, alors que je voudrais ne voir que ton rictus méprisant. Je ne peux me que souvenir de ces nuits. De ces douces nuits avec toi.

Une étrange musique résonne à mes oreilles. La mélodie du bonheur dit-on. J'imagine, instants fugaces d'émerveillement, que tu vas me répondre oui. Que tu vas me suivre dans cette étrange entreprise pour laquelle nous sommes trop jeunes, trop étourdis, trop immatures. Mais dans laquelle nous sommes jetés par la force des choses. Je me prends à imaginer une petite maison avec un feu de cheminée. Des étagères emplies de livres, moi corrigeant des copies, toi rentrant de tes affaires. Lui ou Elle dans son parc bébé. Images doucereuses à la chute fatale.

J'arrive devant la Salle-Sur-Demande. Tu m'y as donné rendez-vous il y a cinq minutes. Cinq toutes petites minutes. Sautant sur place et remplie d'une énergie nouvelle, je me suis précipitée vers ce couloir tant rêvé. Je passe trois fois.

-Je voudrais voir Drago Malefoy-Je voudrais voir Drago Malefoy-Je voudrais voir Drago Malefoy-

La clenche se matérialise enfin, et j'exulte. La tournant en m'enjoignant la précaution et la tempérance, j'entre.

Je te vois.

Mes yeux se remplissent de toi, de ta beauté, de ta lumière, de ton charisme. Mes yeux sont éblouis, et je ne peux que te sourire, alors que j'espérais rester de glace.

Tu sembles surpris par ce sourire. Et agacé aussi. Ta mâchoire se crispe, même si tu resterais impassible aux yeux des autres. Mais moi je te connais si bien Drago Malefoy. Je sais qui tu es et je connais ton essence. Tu es existentiel aux yeux des autres et si essentiel aux miens. Je sais ce qu'il y a au plus profond de toi. Combien tu es paradoxal. Combien tu veux montrer de toi l'image que tu as de la dignité de ton père. Nos parents sont le reflet de notre devenir. Nous réagissons comme eux, et notre destin est de reproduire leurs erreurs. Même lorsque nous tentons de ne nous y soustraire, un lien reste, entre eux et nous, et nous ne pourrons jamais nous en défaire. Parce qu'ils sont notre image pour toujours. Ce que nous ne voulons surtout pas devenir, ou au contraire notre modèle pour le futur. Et nous sommes à jamais conditionnés par ce grand paradoxe de notre vie : ne pas leur ressembler tout en les gardant comme modèle.

Et tu es le meilleur exemple de cette contradiction. Tu ne veux pas reproduire les erreurs de ton père, tu ne veux sous aucun prétexte lui ressembler, tu veux être en tous points différent de lui. Et pourtant, tu as le même maintien, le même visage fermé, le même mépris pour les faibles.

En toi demeure malgré tout cette petite part qui voudrait être heureux, qui voudrait aimer qui tu veux, quand tu veux, et où tu le veux. Cette petite part que j'aime tant. Et tu penses que cette petite partie rebelle n'est que de ton propre fait. Tu voudrais aimer le monde et être optimiste. Et c'est pourquoi tu as fini par baisser ta baguette devant Lui. Tu penses que tu t'es construit toi-même autour de cette nouvelle idée. Tu penses qu'elle ne vient que de toi. Alors qu'elle est celle de ta mère et que toute l'éducation de Narcissa tournait autour de ça : te montrer une alternative au monde que ton père avait construit pour toi.

Je suis devant toi, et je pense à tout cela. Ce que tu es, ce que tu seras, ce que tu serais. Je te conjugue et tu me subjugues. Je te souris encore, et m'approche, timide, tremblante. Je ne veux pas que tu me refuses. Accepte-moi Drago, laisse-moi juste de nouveau une petite fois te toucher, respirer ton odeur, cette odeur mentholée que j'aime si fort. Cette odeur qui me réconforte en toute circonstance. Parce que mon cœur se plait à se rappeler ton étreinte.

Je m'approche, et tu restes de marbre. Mais le simple fait que tu ne me repousses pas est un encouragement. Tu m'acceptes. Soupirant imperceptiblement, je continue, et, doucement, je lève une main tremblante. Je la pose sur ton torse. Simplement. Tu me regardes, de tes yeux insondables. Je sais que bientôt, tu me repousseras. C'est une certitude à présent. Et même si je suis déçue de ton comportement, même s'il m'attriste, je ne peux m'empêcher de t'aimer. T'aimer de tout mon cœur, t'aimer de tout mon être. Amour non partagé. Amour non voulu. Amour tant honni.

De nouveau très doucement, comme pour apprivoiser un animal sauvage, je penche ma tête, et mets ma joue tout contre toi. Je suis beaucoup plus petite que toi, alors je n'atteins pas ton visage. Je me contente de ta poitrine. Je suis là et je la sens se soulever au rythme lent et suave des va-et-viens de l'air dans tes poumons. J'entends ton cœur battre, et je calque ma respiration sur la tienne. J'aime cette sensation. Alors je ferme les yeux, et tu refermes tes bras sur moi.

Tu caresses mon dos, attentionné comme tu peux l'être parfois. Mais je sens dans tes doigts de pianiste, tes longs doigts d'aristocrate, peu d'implication. Je me redresse. Après tout, il faut qu'on discute.

-Tu voulais me parler?

Ta voix est douce. Si douce. Ce timbre grave et profond me donne des frissons. Ce ton qui traîne légèrement et cette vibration de velours m'ont fait succomber à la tentation il y a de ça quelques mois... Je ferme les yeux. Tout en toi est aimable, et je me dois de garder la tête froide.

-Oui. Viens t'asseoir.

Je lui désigne deux fauteuils qui viennent d'apparaître.

-J'aimerais savoir... Si... Si tu comptes être présent ou non pour l'Enfant, et à quel degré. J'aimerais savoir si tu seras là pour lui ou elle, et... Pour moi. Ou juste pour notre enfant. Ou ... pas du tout.

Ces quatre derniers mots ont eu bien du mal à franchir la barrière de mes lèvres. Tu baisses la tête, et des mèches viennent mêler leur éclat doré à l'argent de tes yeux. Si séduisant. Si beau. Si désirable. Si charismatique. Et si dangereux. Lorsque tu relèves la tête, je sais ce qu'il en est. Tout est clair, et je pense que l'éclat de ma souffrance se lit sur mon visage. Tu ne seras pas là. Ta décision est prise depuis longtemps. Depuis ce jour où je me suis effondrée devant toi. Et rien ne te fera changer d'avis. Tu prononces tout de même les mots. Et tu tentes de ménager ma douleur. Comme quoi, tu as vraiment grandi et mûri. Tu es un autre homme.

-Non, Hermione. Premièrement parce que je ne me sens pas prêt à élever un enfant. Je sais que toi non plus et que je laisse ce poids reposer sur tes épaules seules. Mais ne me fais pas payer une négligence de ta part. Je pensais que tu avais la PS. Parce que pour moi, toutes les sorcières l'ont, et je ne me suis pas posé la question de savoir si tu avais été mise au courant. Pour moi, cela allait de soi.

Je baisse les yeux à l'entente de ces implacables accusations. Tu as raison. Tu as entièrement raison. Cette constatation fait remonter plus encore la boule que j'avais dans la gorge et me tire des larmes. Perles de pluie, perles de vies, elles creusent leurs sillons sur mon visage. Je sens une main se saisir de mon menton. Tu es là, juste devant moi, juste face à moi. Et tu me regardes, attentif. Tes si beaux yeux sont plongés dans les miens, et je sais que je te fais du mal à pleurer ainsi. Mais je sais également que tu ne reviendras pas sur ta décision. Tes doigts caressent ma joue. Pourquoi ne peux-tu pas rester méprisable? Tu es si doux, et si adorable que je ne peux t'en vouloir. Les sanglots à présent déchirent ma poitrine. Je ne peux que prononcer quelques mots.

-Mais comment vais-je faire?

Déchirée, entaillée, et faible, ma voix est rauque et exprime tout mon désespoir. Je te sens qui me prends dans tes bras. Tu passes une main sous mes genoux, t'assieds à ma place, et me garde ainsi recroquevillée. Tu caresses mes cheveux, et déposes plusieurs baisers légers sur mon front. Tu me caresses le dos, et, progressivement, mes sanglots se calment. Le remous des vagues ralentit, et finit par stagner. L'océan tourmenté de tes yeux me regarde de nouveau.

-Je sais que tu t'en sortiras. Je sais que tu y arriveras. Parce que tu es forte et merveilleuse. Tu es adorable et intelligente. Tu trouveras un homme qui prendra vraiment soin de toi et de ton enfant. Mieux que moi. Bien mieux que moi... Ne me demande pas d'assumer ça. J'en suis vraiment incapable. Et je ne le veux pas. Je veux garder mon image auprès des serpentards et du monde aristocratique. L'annonce que tu as faite a déjà fissuré ce prestige que j'avais, et...

-Drago, pour l'amour de Merlin, comment voulais-tu que je fasse? J'étais seule et désespérée! Ne peux-tu comprendre cela?

-Si je le comprends, mais je ne veux surtout pas que cela se reproduise. Jamais. Tu m'entends?

La colère monte en moi, et je me redresse, furieuse.

-Tu es ignoble. Tu es un être méprisable. Tu n'assumes jamais la conséquence de tes actes, et tu te retranches sans cesse derrière ton petit ego misérable. Tu me fais vomir. Mais comment ai-je pu croire que tu avais assez de sensibilité pour m'aider? Je ne te demande pas de m'aimer, je ne te demande pas de m'épouser... Je... Je te demande seulement de m'aider à assumer! Nous pourrions élever cet enfant séparément, il irait chez toi et chez moi, il aurait un père et une mère, il serait normal!

Je me suis levée, et je te regarde dans le fond des yeux. Je veux que chaque mot se grave en toi, et que tu prennes enfin conscience que ce qu'il y a de beau en toi, n'est que cette petite partie compréhensive. Malheureusement, elle se réduit à vue d'œil. Si vite. Trop vite. Je te vois changer. Je vois la douceur sur tes traits se durcir. Et tu prends l'expression que tu réserves au commun des mortels et dont tu m'avais protégée pendant quelques mois. De nouveau j'ai droit à ton mépris et à ton indifférence.

-Je suis un Serpentard, je suis un Malefoy, et je suis renommé. Il est hors de question que je perde mon prestige en m'acoquinant avec une fille sans prestige et sans position sociale... Reconnaître que j'ai un enfant avec toi veut dire que je dois me marier avec toi. Et tu m'es bien trop inférieure pour que je le fasse.

La colère me monte au nez... En même temps que les larmes. Alors le masque est bien de retour. Tu me hais et tu me méprises.

-Donc tu ne feras rien?

-Tu as besoin d'argent?

Ces mots sont de trop. Le ton sur lequel tu le dis, le visage que tu prends, et ce sourire que tu arbores me font sortir de mes gonds. Je saute sur toi et bourre ton ventre de coups de poings. J'oublie mon malheur, j'oublie mon amour pour toi, j'oublie tout pour n'être plus que colère. Je tente de te faire mal, et soudain, une faiblesse dérobe mes jambes. Je m'effondre à terre, et tu restes devant moi à me toiser. Finalement, tu daignes m'aider à me relever. Je me dégage de tes bras. Je n'ai donc plus droit qu'à ta pitié... Je prononce les prochains mots avec soin, et les articule pour que tu saisisses bien l'ampleur de ma haine. Je t'aime et je t'abhorre. Peut-on vraiment ressentir tant de sentiments opposés pour une seule et même personne?

-Va te faire foutre, Malefoy.

Sur ce, je me détourne. Mon cœur est en miette, ma fierté jetée à terre, mon amour piétiné. Je n'aurais jamais dû t'écrire. Jamais je n'aurais dû te revoir. Tu me hais. Tu me méprises. Je ne représente rien pour toi. Absolument rien. Et il ne faut plus que tu représentes quoi que ce soit pour moi. J'étouffe les derniers sentiments qui fleurissent en mon sein, et fais taire les plaintes de mon âme. Après tout, oui, je t'aimais. Mais il ne s'agissait que d'un amour d'adolescente. Et il ne me reste plus qu'à t'oublier.

Je ne t'aime plus. Tu n'existe plus.

Je ne dois plus t'aimer, et tu ne dois plus exister.

Je marche vers ma salle commune. Abattue. Si abattue... J'ai espéré, vraiment. J'ai vraiment cru que ce serait possible, et l'image que j'ai d'un cottage avec toi et moi se désagrège lentement. Comment ai-je pu formuler tel fantasme? Il faut vraiment que tu aies eu une influence incroyable sur mon esprit pour que je me prenne à penser à toi ainsi. J'oublie. Il faut que j'oublie.

J'arrive enfin chez les Gryffondor. Un tableau charmant se présente alors à mes yeux. Ron est sur le canapé, il lit un magazine de Quidditch. Je crois qu'il m'attend.

Harry quant à lui, est effondré sur sa copie de potions. Bouche ouverte, tête nue, et la nuque baignant dans l'encre séchée, dort. Il est étendu sur la grande table, sous une cape, pâle dans son lit studieux où la lumière pleut. Souriant comme sourirait un enfant malade, il fait un somme. Nature, berce-le chaudement : il a froid. Le parfum de la cheminée ne fait pas frissonner sa narine; il dort dans le crépuscule, la main sur sa poitrine, tranquille. Il a une plume brisée dans son poing droit.

[spéciale dédicace à CharlenePotter, j'espère que cela va te plaire ;p ]

Je souris, et tente de cacher mes yeux de la lumière rougeoyante. Des langues de feu se précipitent par la fenêtre, et le crépuscule m'éblouit. Il pare de ses couleurs de flamme la pièce, et le rouge des Gryffondors s'en trouve rehaussé. Harry remue dans son sommeil.

Je me détourne, et ce simple geste suffit à attirer l'attention de Ron sur moi. Il me regarde, et un sourire fleurit. S'étendant jusque ses yeux, il semble véritablement heureux de me voir. Il se lève aussitôt, et voit mes larmes. Il s'approche, et, sans un mot, me prend dans ses bras. Son odeur réconfortante de gingembre agit comme un baume, et des larmes curatrices se mettent à couler. Il me protège, il est là et sait mieux que personne éloigner les ombres de mes peurs. Je me recule doucement, et me dérobe à ses bras qui m'attendent. Je le sais. Mais j'ai besoin de lui.

-Merci, je souffle.

-Surtout pas. Ne me remercie pas pour ce qui est normal. Je suis ton... ami.

Ce mot semble avoir du mal à franchir la barrière de ses lèvres. Je souris. Il semble soudain pris d'une illumination, et il me jette un coup d'œil étrange.

-Je peux te demander quelque chose?

-Bien sûr...

-Raconte-moi.

Je suis interloquée. Que veut-il savoir qu'il ne sache déjà?

-Raconte-moi tout depuis le début. Ta relation avec lui, pourquoi tu as cédé. Si tu l'aimes. Ce qui te fait peur maintenant. Et ce qu'il s'est passé tout à l'heure.

Je me fige. Tout lui raconter signifie me mettre à nu et lui dévoiler ce dont j'ai honte. Lui raconter la séduction d'un serpent...

Il me prend la main doucement, et me la caresse. Il la tire ensuite, et m'entraîne vers l'un des canapés les plus confortables de la Salle Commune. Je le regarde d'un œil neuf. Après tout, je pense que parler de tout ça et extérioriser mon sentiment de honte peut me faire du bien. Et j'aurais son avis...

Alors je commence à parler. Ma voix est encore un peu rauque et un peu cassée. La cassure devient fissure et puis fêlure. Je peux enfin parler librement. Et je raconte.

Nos peurs. Tes pleurs.

Notre attente. Ton attention.

Nos blessures. Tes cicatrices.

Nos discussions... Si longues discussions. Le Bien. Le Mal. Le Bon côté. Le mauvais. Et les héros. Ceux qui restent dans l'ombre. Ceux qui sont obligés et ceux qui sont libres. Ceux qui ont peur, et ceux qui oublient cette peur.

Je raconte.

Comme je me suis sentie basculer. Comme j'ai compris que je ne ressentais plus de haine envers toi, mais de la compassion. Comme j'ai compris qu'une force irrésistible m'attirait vers toi.

Je raconte.

Ce jour en cours de potions. Ce jour où j'ai vu que je n'étais plus seulement attirée par toi. Ce jour où je n'ai pas écouté un seul mot du professeur Rogue, mais où j'écoutais mon cœur battre et s'accélérer lorsque, étrangement, tu tournais la tête vers moi.

Je raconte.

L'été horrible. À attendre la rentrée. À avoir peur. Peur que tout se soit évaporé. Que ce que je ressentais soit parti en fumée. Tout en l'espérant.

Je raconte.

Cette fameuse rentrée. Ce n'était plus qu'une attirance. J'étais propulsée vers toi. Mon regard ne voyait que toi. Je ne respirais que pour toi. Chacun de mes gestes n'attendait que toi. Lorsque je parlais, j'espérais que tu m'entendes.

Je raconte.

Nos rondes de Préfets-En-Chef... Nos discussions avaient repris, et tu ne me regardais décidément plus avec le mépris que tu réservais aux autres. Les sujets avaient changé. Ce n'était plus la guerre, ou notre engagement. Mais la liberté d'aimer. C'était notre sujet favori. Nous ne cessions d'en parler. De l'amour en général. La douleur de celui qui aimait sans retour, le bonheur de la passion partagée.

Je raconte.

Cette nuit. Lorsque j'ai pris ce bain. Que je n'ai pas fermé. Obnubilée par mon Piètre en potions. Par la chute de mes notes dans les matières qui se déroulent en cours communs avec les Serpentards. Cette nuit, lorsque tu es entré et que tu m'as vue.

Je raconte.

Le reste va très vite. Ces nouvelles rondes tendues. Mon désespoir de perdre tous ces moments de joie partagée. Et mon agacement, ce soir-là, lorsque je me suis plantée devant toi, espérant te faire réagir. Lorsque tu m'as embrassé, dur et passionné, doux et attentionné. Cette nuit, lorsque tu m'as aimé sauvagement, puissamment, virilement. Cette nuit, où j'ai ressenti pour la première fois ton regard, tes mains, tes caresses. Je n'ai pas de pudeur pour Ron à ce stade de la conversation. Je raconte notre nuit d'amour. Je raconte comme tu m'as aimé, comme nous nous sommes aimés. Je raconte nos mots, je raconte ton souffle, je raconte mon bonheur.

Je raconte...

Ces derniers jours. Lorsque tu as repris ton masque de froideur méprisante et méprisable. Et ma découverte. Mes nausées. Mes douleurs. Et surtout ma peur. Ma grande peur. Peur de décevoir, peur d'accueillir un enfant, peur de ne pas savoir l'éduquer correctement, peur de mettre en péril mes études, peur de n'avoir jamais de père à lui offrir, peur d'avoir à affronter ses questions.

Et puis je raconte aussi...

Je raconte aussi la petite part de bonheur qui prend de plus en plus de place en moi. Ce petit bout de personne qui est une part de ma chair. Ce petit atome qui s'est divisé en des milliers et qui va faire une personne. Une personne que j'éduquerai et qui m'aimera sans condition, sans attente.

Je raconte pour finir...

Cette dernière nuit. Lorsque je suis venu te voir. Mon bonheur de retrouver le visage que j'aime tant. Celui que tu me réservais avant. Qui m'a fait espérer. Imaginer. Entrevoir.

Et ton rejet.

Oui, je raconte ça également. Comme tu m'as jetée plus bas que terre, comme tu m'as rayée de ta vie, comme tu m'as oubliée. Et comme tu as repris ton masque.

Lorsque je termine, je suis à bout de souffle. Et le soleil se lève.

Le regard de Ron qui n'a pas dévié durant notre conversation de mes yeux, s'en détache enfin, et sa main se lève pour caresser ma joue. Un rayon de soleil atterrit dans mes cheveux et fait luire leur couleur chocolat. Je le vois qui se trouble. Je le vois qui secoue la tête. Et pour éviter une scène que nous regretterions tous les deux, je me lève. Je suis un peu étourdie et un vertige me saisit. Je me rattrape à la table, fais tomber une bouteille d'encre sans le vouloir. Le bruit du verre sur le parquet réveille Harry. Et Ron qui se précipite pour ramasser la bouteille. Je suis un peu fatiguée je crois. Heureusement que nous sommes samedi.

-Bordel, le soleil se lève?! Mais pourquoi ne m'avez-vous pas réveillé?

Ron et moi regardons Harry, interloqués.

Je ne prête même pas attention à ces paroles. Je suis trop fatiguée. D'un pas lourd et empesé, je sors de la salle commune. Ron ne me retient pas. Je crois qu'il sait que si nous recommençons à parler, nous irons jusqu'au déjeuner. Je marche jusqu'au tableau de petites fées et de korrigans dans une clairière. J'essaye d'en trouver un qui ne dors pas, et, fort heureusement, un lutin à la chevelure flamboyante vient d'ouvrir les yeux.

-Respectabilité.

Le tableau pivote, et je me retrouve dans ma chambre individuelle. À droite se trouve la salle de bain, et à gauche ta chambre. Je m'effondre sur mon lit, et ne prends pas le temps de me déshabiller. Je m'écroule et dors instantanément.

*~*~*~*

Bien des mois ont passé, et à présent, je suis clouée au lit. Paraît que je ne suis vraiment pas faite pour les grossesses... Celle-ci est vraiment difficile, et chaque matin je bénéficie de cinq potions différentes. Malgré tout, dès que je me lève, le décor tangue et je finis par tomber évanouie.

Nous sommes en mai, et je sais que je vais bientôt accoucher. Ma grossesse s'est déroulée assez bien je dois dire. J'ai énormément souffert des nausées, des vomissements, j'ai eu mal au ventre, et mon bébé m'a donné de nombreux coups, mais il a toujours été en bonne santé. La première échographie que m'a faite Madame Pomfresh m'a fait pleurer de bonheur. J'ai si hâte qu'il naisse. Si hâte qu'il arrive, que je puisse le prendre dans mes bras. Nous sommes le cinq mai, et j'attends avec impatience vingt jours. Théoriquement, je pourrais même accoucher aujourd'hui...

On frappe à la porte. Le professeur MacGonnagall m'a autorisée à donner le mot de passe à Ron, Harry et Ginny, et ils viennent me voir tous les jours avant les cours. Ils sont adorables. Ils me soutiennent mieux que n'importe qui, et ils savent me réconforter au mieux. Ils entrent, tout pimpants et m'embrassent sur les deux joues.

-Bonjour Mione!

Harry, comme toujours, est enthousiaste et me plaque deux énormes bisous sur les joues. Presque à m'en faire mal...

-Bonjour ma chérie...

Ginny est beaucoup plus douce, elle m'embrasse également sur les joues et me caresse les cheveux.

-Comment vas-tu ce matin?

-Bien, Gin', merci. Je crois que c'est pour bientôt.

Elle sourit. Je répète ça depuis dix jours...

Ron s'approche et me dépose un unique baiser sur la tempe. Il garde ses lèvres contre ma peau, mais ne dit rien. Il me regarde, protecteur et aimant. Je sais qu'il attend. Qu'il m'attend. Et qu'il m'aime. Je crois que je le sais depuis toujours.

Harry se penche sur mon ventre et le découvre. Il en embrasse le bout rebondi et dit:

-Salut mon bonhomme! Fais pas trop souffrir ta mère s'teuplait, j'ai pas très envie qu'elle soit de mauvais poil aujourd'hui. Et puis si t'es sage avec elle quand tu naîtras, dans... Dix ans, je ferai une partie de quidditch avec toi. Ok? Ça marche.

Je souris, attendrie, et vois Ginny qui, comme tous les matins, le bouscule.

-Arrête abruti, laisse ma filleulE tranquille. Ce sera une FILLE, et je lui mettrai des robes tout le temps, et je l'emmènerai faire les magasins. Et t'auras intérêt à ne pas lui apprendre à jouer au quidditch! C'est dangereux, et c'est pas pour les filles.

J'éclate de rire et dis :

-Et c'est toi Ginny qui dit ça!

-Exactement ma chérie. Et je te signale que c'est moi le parrain, et c'est moi qui décide parce que je suis l'homme!

Ginny se redresse de mon ventre, et regarde Harry droit dans les yeux. Ce dernier déglutit difficilement.

-Ah bon? C'est toi l'homme? C'est toi qui décide et qui m'impose les choses?

Sa voix est douce et dangereuse. Harry ne s'y trompe pas...

-Non non... Non bien sûr... Non... Ce serait...

Elle hausse un sourcil, et nous éclatons tous de rire. La soumission du Survivant face à Ginny n'est un secret pour personne. Mais nous savons tous aussi qu'il sait très bien imposer sa vision des choses à celle qu'il considère déjà comme sa femme, de façon plus... Douce, plus... Féminine. Je souris à cette comparaison, et une voix chaude à mon oreille me demande:

-Qu'est-ce qui te fait sourire comme ça?

Je souris plus énigmatiquement encore.

-Rien... Rien d'important.

Ron soupire.

-Dans ce cas...

Il se redresse.

-Je t'apporte les devoirs et les cours ce soir.

Il se détourne vers la porte de ma chambre, et le petit couple le suit. Je soupire. Je les aime beaucoup, mais ils font beaucoup de bruit. Et me fatiguent vite. Une vague de culpabilité s'étend sur moi à cette constatation, et je me sens méchante. J'éclate en sanglots. Alors qu'ils sont toujours là pour moi, je me comporte mal avec eux et n'attends qu'une chose lorsqu'ils sont à mes côtés : qu'ils partent. Mes sanglots redoublent, et je lève la tête de désespoir. Et lis un post-it que Ron laisse toujours à cet endroit.

"Arrête de pleurer, ce ne sont que tes hormones de femme enceinte, tu n'as rien fait de mal, et il n'arrivera rien à ton bébé".

Mes larmes s'arrêtent instantanément, et je me rends compte qu'effectivement, je pleure pour rien. Ce post-it est efficace, ce n'est pas la première fois qu'il me sert. Mais je l'oublie à chaque fois.

Calmée, je prends un livre et le pose sur mes genoux. Je lis, et mon cerveau s'embrume. Je suis déjà de nouveau fatiguée, et je sens mes paupières qui deviennent lourdes. Ma tête tombe sur l'oreiller et les rêves viennent peupler mon monde. Des rêves de layettes et de feux de cheminée.

*~*~*~*

Les haillons du sommeil commencent à se retirer, et je suis nue sous les assauts du réveil. Mes paupières papillonnent et finissent par s'ouvrir.

Je me suis encore endormie...

Je soupire et tente de me redresser. Soudain, un déchirement dans mon ventre me fait hurler. Je sens de l'eau chaude entre mes jambes, et violemment, je tire le drap vers la droite pour l'écarter de mon corps.

Je me fige.

Ça y est.

J'espère ne pas vous avoir ennuyés, et que vous avez apprécié cette suite...

Vous me laissez un commentaire pour m'en parler?