Disclaimer : rien n'est à moi. Je joue juste avec ^^

Rating : tous publics.

Résumé : Hermione est malade. Malade à cause de lui. D'aucuns appelleraient ça Bonheur total. Hermione est juste malade. Malade de lui.

NDA: Bon... Je sais, j'écris beaucoup trop lentement;.. Mais je me suis grouillée les fesses juste pour vous! Là je suis censée faire un millier de petits toasts avec du saumon... Et au lieu de ça, je publie ;p

En tout cas, merci beaucoup à tous pour vos reviews magnifiques, et comme d'habitude, merci à emayelle ; Yuuki-Nana ; Littlemagicworld qui m'ont écrit en anonymes...

Merci pour toutes vos reviews, je vous souhaite une bonne année (en sachant qu'écrire plus vite fait partie de mes bonnes résolutions dans le top 10 ! )

Bonne lecture!


Chapitre 4 : I'm still loving you

Souffrance. Le monde n'est plus que souffrance. Souffrance. J'écris ton nom à la cime de ma vie. Dans la douleur rougeoyante, la cécité m'atteint de son fléau et de son aiguillon. Souffrance. Elle me déchire les entrailles et me mange l'utérus. Souffrance. Je lutte pour qu'Il vienne au monde. Mon enfant. Pour qu'il vive, pour le sauver.

Souffrance. Lorsque je pense à Toi. Toi qui devrait être là, qui devrait me tenir la main. Toi qu'entre deux contractions je devrais voir. Souffrance. De ne pas voir ton visage souffrant avec le mien. Souffrance. Qui n'est au diapason de personne.

-Souffle, Hermione, je suis là. Souffle. Fais comme dans les exercices, souffle. Allez ma belle, tu vas y arriver. Oui, la contraction arrive, je le sens. Quand elle sera là, pousse.

Ces mots me sont murmurés à l'oreille, et je tiens une main si fort qu'elle devient violette.

-Pousse, Hermione!

Mon corps est détruit, lacéré, déchiré, meurtri. Je me bats pour garder quelques secondes d'apaisement lorsque le spasme s'éloigne.

-Elle est ouverte à dix centimètres! Allez ma belle, tu t'es battue pendant treize heures, il est temps. L'Enfant arrive! Pousse, allez Hermione, on est tous avec toi!

La voix de Madame Pomfresh me parvient entre deux respirations précipitées, et c'est à peine si je l'entends... Et puis j'entends Ron qui est tout excité et qui me presse la main, se fichant que la sienne soit devenue bleue.

-Allez, Hermione, c'est bon, il est là! Souffle, souffle ma belle, tu es si belle, tu es si merveilleuse! Hé ma chérie, tu vas être maman! Hermione, allez, pour lui, pour moi, pour tout Poudlard!

Le timbre pourtant si viril de Ron part complètement dans les aigus, et il commence à raconter n'importe quoi. C'est drôle, pourtant, alors que je devrais commencer à paniquer comme lui, je me sens de plus en plus sage. Il arrive. Mon bébé arrive... Je souffle, je respire... Je pousse... Et puis soudain, une urgence me prend, comme quelque chose de viscéral : il faut que je pousse. Je ne peux faire autrement. Je crois que ça c'est quand le bébé pousse sur le périnée... Il faut dire que j'ai lu des tonnes... Et des tonnes de bouqu... Aaaaaaaaaaahhh

Même mentalement la souffrance se fait sentir. Alors que je divague, je pousse et je repousse... Et puis... Une heure après...

Des cris retentissent... Nous ne sommes plus cinq -Harry, Ginny, Ron, Pomfresh et moi -, mais six. Un petit bébé est là... Mon enfant. Mon enfant à moi...

De soulagement, ma tête retombe sur l'oreiller. Je reprends ma respiration erratique. Et là j'entends les doux mots bénis :

-C'est une fille! Une petite fille, toute rose, toute belle, et en bonne santé!

Les larmes perlent au coin de mes yeux et se mettent à couler. Je tends les bras, et l'Infirmière y dépose le plus beau cadeau que la vie m'aie donné. J'embrasse ma petite fille, celle pour qui je me suis battue, celle que j'aime déjà plus que je n'ai jamais aimé. Ma fille. À moi. Mes lèvres s'étirent, et les sanglots me déchirent la gorge. Je n'ai jamais été si heureuse... Ma fille!

-Monsieur Weasley, souhaitez-vous couper le cordon ombilical?

Ron tourne la tête, paniqué, vers moi. Au paroxysme du bonheur, je hoche la tête. Bien sûr. Qu'il le fasse, il m'a tant aidée, tant portée. Qu'il le fasse. Qu'importe qu'il ne soit pas le vrai père. Pomfresh se saisit de ma petite fille, et déjà le vide qu'elle laisse me fait me sentir perdue. Ron conjure un filet argenté, nous avions tant répété ce sort lui et moi, et le lien coupe nettement ce qui reliait mon fœtus à ma fille. Il la prend dans ses bras, mal assuré, malhabile, et pourtant si aimant, et la remet au creux de mes bras, dans son habitacle naturel. Elle a déjà cessé de pleurer. Je caresse le velouté de ses joues, le pétale de ses lèvres, la douceur de son front, et elle s'endort déjà. Je lève la tête, comblée, heureuse, et vois Harry et Ginny à mon côté gauche qui me regardent, attendris. Et puis je tourne la tête à droite. Et là, Ron me sourit avec bonheur, avec exaltation. Comme s'il n'attendait pas plus grand bonheur dans sa vie. Je lui souris à mon tour. Tu n'es pas là, mais je t'ai déjà oublié. Tu n'appartiens plus à ma vie. Ma vie aujourd'hui se construit autour d'Elle. Et seuls Ron, Harry et Ginny, mes amis de toujours peuvent entrer dans ce cercle.

-Miss Granger...

Madame Pomfresh hésite, sa voix est douce, fatiguée, et basse. Elle n'ose pas briser cet instant. Et pourtant, elle doit respecter la procédure. Je lui souris et regarde Ron.

-Alors? Moment de vérité... Que décides-tu? Lyra ou Cléophée?

Il fait référence à un long débat que nous avions eu pour choisir les prénoms féminins. J'hésitais entre ces deux là, avec une nette préférence pour Lyra, en référence à un livre que j'avais adoré plus petite, et Cléophée, que Ron préférait, et qui me tentait aussi. J'avais cherché des prénoms à résonance magique, à résonance féérique. Pour que ma petite fille soit une vraie fée, une princesse. Mais je me rends compte que j'ai été stupide. Ma fille est une sorcière, et son aura sera puissante. Je le sais, et il faut que j'arrête de toujours vouloir me justifier pour faire partie du monde sorcier. J'hésite entre les deux, et face à son doux visage, un seul prénom s'impose à mon esprit. Il tourne et retourne, chavirant et se prononçant sans besoin de lèvres. Rose. Cela lui va si bien... Rose. Rose Granger... Rose Granger... "Rose, viens ici... Rose, fais tes devoirs... Rose, je t'aime."

-Rose.

Un énorme éclat de rire retentit. C'est Harry. Alors ma petite fille gigote dans son sommeil. Elle ne se réveille pas. Tant mieux : je l'aurais harponné sur place.

-Hermione... Tu me surprendras toujours...

-Moi aussi...

Ron donnait son avis, quelque peu désabusé. Et ajouta :

-Mais Rose, c'est parfait.

Ginny s'approche et m'enlace. Et je sens mon cou s'humidifier... Elle est donc si émue... Elle me ferait pleurer... Stupides filles... Je me tourne vers Madame Pomfresh.

-Rose Granger. Née le cinq mai mille neuf cent quatre-vingt-dix-sept. Mère : Hermione Jean Granger, née le dix-neuf septembre mille-neuf-cent soixante-dix-neuf. Père...

Tout le monde retient son souffle. J'en fais de même...

-Père, Drago Malefoy. Né le... Je n'en suis pas sûre, mais si je me souviens bien c'est le cinq juin mille-neuf-cent quatre-vingt.

Madame Pomfresh écrit tout cela sur un parchemin, lui lance un sort qui l'entoure d'un halo doré, et qui le fait disparaître peu après. Elle vient ensuite vers moi, m'embrasse sur le front, maternelle comme toujours, et me souffle:

-Miss Granger, si vous avez besoin, le berceau est là-bas, et monsieur Potter ou monsieur Weasley peut le ramener près de vous. Hermione, félicitations, c'est un très beau bébé.

Je la remercie d'un sourire, et lorsqu'elle se retire, mes yeux commencent à se fermer tout seuls. Je suis épuisée... Si fatiguée...

*~*~*~*

Je ressors de l'Infirmerie trois jours plus tard... Pomfresh a essayé de me garder une semaine, mais grâce à Dieu, à Merlin, et certainement grâce au professeur MacGonagall aussi, je peux rentrer. Je n'aspire qu'à une chose : reprendre les cours, et m'occuper de ma petite fille .Harry et Ron vont encore me prendre les cours pendant quatre jours, histoire que je me remette, que je ne sois pas trop fatiguée, mais je veux retourner travailler. J'ai envie d'élever ma petite fille, mais je fais le choix de m'en occuper, tout en m'occupant de mes études. J'ai de grands projets pour ma vie professionnelle, et je veux absolument les mener à bien. Je discute avec Ron qui me ramène vers ma chambre de préfète qui est devenue "chambre pour femme enceinte", et je vois de nombreux regards me dévisager. Les élèves de sixième année n'ont pas cours à cette heure-ci, et les yeux nous scrutent, Ron, Rose et moi. Et les yeux tombent souvent sur ma main, jointe à celle de Ron. Mon éclat du début d'année n'avait été vu que par des serdaigles et des serpentards de septième année. Par conséquent, grâce à la discrétion à laquelle a enjoint notre directrice et nos professeurs, ta parenté est restée à l'état de rumeur. Ainsi, logiquement, bien des élèves pensent que Rose est de Ron. Cela ne me dérange pas. Je n'ai que faire que tu ne sois pas reconnu comme le père de mon enfant. Pour moi tu es moins qu'un père, tu n'as fait que coucher avec moi. Tu ne l'as pas reconnue, et ne la reconnaîtras pas. Ces pensées relativement noires se dissipent plutôt rapidement grâce à une pression de main de Ron. Il sait lorsque je suis mal, il ressent mon désespoir, mes déprimes passagères. Nous arrivons. Rose est encore en train de dormir, elle est dans mes bras. Je donne mon mot de passe, et pénètre dans ma chambre... Ma... Chambre?

La pièce dans laquelle je rentre est magnifique. Les larmes me viennent aux yeux, et finissent immanquablement par couler... Mes amis... Mes merveilleux amis...

-Qui... Qui a fait ça?

La chambre n'a plus de murs nus tendus de vagues tapisseries médiévales rouges. Non, les murs sont recouverts d'un tissu que je sais extrêmement cher, qui a pour faculté d'isoler les chambres, d'en augmenter le chauffage ou de les refroidir à la manière des radiateurs moldus. Ce qui ressemble à des draps de soie est d'une finesse incroyable, et d'une résistance à toute épreuve.

Harry et Ginny sont déjà dans ma chambre, et me regardent, ravis de ma réaction. Ils ont redécoré toute ma chambre... Le tissu aux murs est beige, et mon lit à baldaquin a des rideaux couleur vieux bois de rose. Accordé aux rideaux, il y a près de mon lit un berceau de bébé, tout rose et blanc, un vrai berceau de petite fille avec un mobile composé de fées et de korrigans, et avec des draps tout rose. Je marche à l'intérieur, abasourdie, et touche du bout de mes doigts tremblants le parc pour enfant, rempli de peluches, de jouets et cubes d'éveil magique... Harry me dirige vers l'armoire qui est couleur vieux rose elle aussi, et me l'ouvre. Elle est remplie de mes affaires d'un côté, et d'affaires pour bébé de l'autre. Tant que je ne savais pas quel sexe serait celui de mon bébé, je n'avais acheté que quatre changes blancs. Et là, l'armoire est remplie de vêtements pour petites filles. Les larmes coulent complètement à présent, et je demande à Ron de tenir ma fille dans ses bras. Je me jette dans les bras de Harry et Ginny, et pleure en bredouillant des" merci" certainement pas à la hauteur de leur cadeau. Je regarde encore et découvre de nouvelles choses comme une table à langer remplie de tous les produits nécessaires, et je vois sur le berceau que le nom de Rose est gravé en violet. Et puis je constate soudain que certains jeux dans le parc sont des puzzles qui étaient comme les miens lorsque j'étais petite.... Je vogue de surprise en surprise, étourdie par tant de nouveauté, ébahie par tant de beauté.

-Je... Pourquoi... Enfin... Je... Merci!

Ils éclatent tous les trois de rire, et je reprends ma fille des bras de Ron.

-Ma toute petite fille, je chuchote, ma toute petite Rose, tu vas aller dormir dans ton nouveau berceau... Tu vas bien dormir avec ton beau mobile...

Je chuchote des milliers de mots doux, babillant sans cesse. Je suis déjà folle de ma fille. À dire vrai, qui ne l'est pas? MacGonagall ne peut s'empêcher de lui faire les yeux doux chaque fois qu'elle la voit, et Pomfresh gagatise sans honte devant elle. Harry entre en pâmoison lorsqu'elle sourit, et lui fait des cadeaux considérables, tandis que Ginny la couve d'un regard protecteur et presque maternel. Ce qui ne me dérange pas du tout, d'ailleurs. Ginny est sa marraine, et je suis ravie et soulagée de me dire que ma petite fille est entourée de gens aimant. Elle ne manquera d'ailleurs pas de père. Elle aura Ron et Harry.

En parlant de Ron, il l'aime tant que je ne doute pas qu'elle trouvera comme un père en lui. Il sera toujours là pour elle, il m'aidera à l'élever, il me l'a dit. Je sais qu'il sera toujours là pour moi, et je suis certaine qu'il en va de même pour Rose. Savoir Ron à mes côtés est des plus rassurants. Je n'affronte pas la vie seule, et mes amis m'épaulent dans toutes mes épreuves.

Je couche ma petite fille, et enclenche le mobile, car elle s'est légèrement réveillée. Harry saute de mon lit, et s'approche du berceau. Il embrasse ma fille sur son front, et entoure le berceau de volants de princesse. Il met un doigt devant sa bouche, ferme les rideaux, et là, tout d'un coup, me faisant sursauter violemment, il hurle. Il s'arrête, et me fait un très très large sourire.

Je le fusille du regard, et il me dit à voix haute :

-C'était pour te montrer combien les rideaux insonorisent son berceau...

J'inspire et expire. Après le cadeau qu'ils viennent de me faire, serait-il malvenu de le tuer? J'hésite... Ginny se lève, et fait:

-Harry Potter, tu n'es vraiment qu'un abruti. Tu ne te rends pas compte qu'elle vient d'accoucher et qu'elle a peut-être droit à un peu de calme?!

Il éclate de rire, et bientôt, Ron le rejoint.

-T'as vraiment besoin de rire comme un imbécile, Ron? Gin' a raison, je viens d'accoucher, et vous n'en avez rien à faire!

Ron me regarde, moqueur, et dit :

-Ton accouchement a vraiment bon dos, parfois tu nous envoie paître parce qu'on prend trop soin de toi, mais par contre, il t'est bien utile quand tu veux nous rabaisser...

Je suis furieuse, comment ose t-il dire ça? Non je ne profite pas de mon accouchement! Je suis fatiguée, mais évidemment, Môssieur est trop occupé par sa petite personne pour s'en rendre compte!

-Si c'est comme ça, Ronnie, ne t'inquiète pas, je ne vais plus rien te demander... Et puis si je t'agace tant que ça, tu peux toujours t'en aller, la porte est grande ouverte!

Il rit doucement et s'approche de moi, il me prend dans ses bras et referme ses bras puissant dans mon dos.

-Je rigolais, Hermione...

Je grommelle quelques mots dans lesquels les mots "abruti", "insupportable" et "m'énerve" percent... Il se redresse, et continue de caresser mon dos. Je ne peux me défaire de ses bras, je suis réellement bien, blottie contre son torse. Je suis bien dans ses bras, je suis bien quand il est là, et lorsqu'il est absent, il me manque. Je crois que je ne l'aime très fort. Pas d'amour amoureux, mais je l'aime. Assurément je l'aime. Pas comme il le voudrait, pas comme je le devrais. Mais je l'aime très, très fort. S'il partait, je crois que je me sentirais plus démunie que lorsque mes parents m'ont reniée.

Noël, selon mes prévisions, s'était mal, très mal passé. Lorsque je suis rentrée dans la maison imposante que mes parents aiment tant parce qu'elle montre à leurs amis leur excellente position sociale et qu'elle est, selon eux, digne de notables, ma mère a, d'emblée, senti que quelque chose était différent. Je n'ai pas voulu faire traîner les choses en longueur. Mes sacs que j'avais faits venir de Londres par un accio et qui avaient subi un sortilège de Désillusion, étaient déjà dans le hall. J'ai enlevé mon manteau, et suis entrée dans le salon. Mon père était assis, un cigare entre les doigts, et je me suis approchée de lui, l'embrassant sur les deux joues, et le serrant contre moi. Malgré nos avis divergents sur la religion, la magie, la politique et sur bien d'autres sujets, je l'aime profondément. Et mon acharnement pour la justice, mon amour pour les livres et la connaissance, ainsi que mon courage de Gryffondor me viennent de lui. Lorsque je commence quelque chose, je vais jusqu'au bout. Et ça, c'est caractéristique de la famille Granger.

Avec ma mère, en revanche, nous sommes si différentes que j'ai souvent l'impression d'être une enfant adoptée que mon père aurait eue avec une maîtresse. Je me suis faite tant de films lorsque j'étais enfant, imaginant que j'avais une maman très belle dont mon père était tombé amoureux, et puis que Madame Granger était une femme stérile que mon père avait déjà épousée, bien des années auparavant, et qu'il m'avait gardé parce que ma vraie mère était morte, ou alors parce qu'elle était princesse d'un petit rocher et qu'elle avait trop de responsabilité pour me garder avec elle. Parfois je me disais aussi que mon père avait obligé ma "vraie" mère à partir parce qu'il voulait me garder pour lui tout seul, parce qu'il m'aimait trop. Je m'étais imaginée vraiment énormément de scénarii avant de grandir pour de bon, et de me rendre compte que mes yeux chocolats, mes cheveux cassants et ébouriffés, ma haute taille, mes grandes jambes et mes hanches un peu trop épaisses me venaient de ma mère. Que j'étais son portrait craché.

Ce soir-là, j'avais donc sauté sur le canapé, forçant un peu la joie de le revoir, par peur de sa réaction à mes révélations, et lui avais plaqué deux baisers sur les joues.

"Comment allez-vous, père?" avais-je dit.

"Bien", avait répondu mon père, enchaînant d'emblée ensuite sur les notes.

"J'ai toujours de bonnes notes, père.". Il avait eu un sourire satisfait. Ma réussite était la sienne. Il avait compensé la frustration de ne pouvoir l'étaler aux yeux de ses amis par une volonté de fer de faire de moi la meilleure sorcière, en rêvant secrètement être convié à de grandes réunions ministérielles, et que des gens de haut rang le voient comme un être exceptionnel à la fille exceptionnelle. Manque de bol : je ne suis, certes, pas trop bête, et je pense avoir de bons raisonnements, mais je ne suis certainement pas un être d'exception.

Et puis j'avais demandé à mes parents si je pouvais leur parler de quelque chose. Bottant ainsi en touche ma mère qui, je le savais, allait poser bien des questions, ne me laissant pas le temps de parler, finissant par me dire sèchement d'accoucher au plus vite et d'abandonner mon enfant dans un orphelinat. Ou de le faire adopter. Alors j'ai commencé, inspirant fortement, et disant "Mère, Père, il faut que je vous parle de quelque chose." Les lèvres pincées, ma mère s'était assise, très droite, aux côtés de mon père. Lui, se contentait de me regarder avec un semblant d'affection et un peu d'intérêt. Mon père s'intéressait malgré tout très peu à moi. Très pris par son travail de dentiste de riches, il s'était contenté de mettre les livres sur des étagères qui m'étaient accessibles, et de m'interroger sur ceux que j'avais déjà lu. Mais tout cela tenait plus de la récitation de connaissances que de l'échange d'intérêts communs père/fille. Depuis toute petite, j'avalais des livres, les apprenant de mon mieux pour les réciter devant mon père et faire sa fierté. Je l'aimais tellement, et j'étais si admirative de lui que j'aurais fait n'importe quoi pour attirer son intérêt. Il me regardait donc, un peu ennuyé car il aurait voulu, j'en étais sûre, terminer son journal avant de m'écouter. Mais bon, je venais de rentrer, alors il faisait un effort. Je pris ma respiration et décidai de tout dire très vite.

"Mère, Père, je... Je... Je suis enceinte. Et je compte le garder".

Je n'oublierai jamais leurs regards. Mère était affligée pendant une seconde. Pendant une seconde, j'avais lu la tristesse dans son regard. Et puis elle s'était figée, se redressant. Elle m'avait regardée, droit dans les yeux. Avait dit "Henry, j'ose espérer que tu vas réagir.".

"Henry" avait réagi. Henry m'avait regardé. Et Henry avait perdu la seule lueur d'intérêt qu'il y avait dans son regard. Je sais qu'il m'aimait. Il m'aimait tant que j'étais sa petite fille, pas embêtante, calme, qui ne pleurait pas et apprenait ses leçons. Dès que quelque chose dépassait, ça ne lui plaisait pas. Et la venue de Rose ne lui plaisait vraiment, vraiment pas.

Il m'avait juste regardée. Glacée d'un regard. "Tu es enceinte, Hermione?". "Oui", avais-je répondu. "Oui, je suis enceinte. Et je compte le garder". J'avais répété à dessein mes paroles, montrant ma détermination, et avais vu son visage se fermer plus encore. Ne laissant sur ses traits qu'un vague mépris dépourvu d'intérêt, et indifférent. Il s'était reconcentré sur son journal, et avait lâché "Dans ce cas, tu quitte la maison immédiatement. Ta mère et moi sommes prêts à te pardonner ton écart de conduite, à condition que tu abandonnes l'enfant. Si tu le fais, tu peux revenir. Dans l'alternative, oublie-nous".

Je m'étais tournée vers ma mère, dans un état second. Hébétée, abrutie de tristesse, hors du temps et incapable de prendre en compte ces paroles tant elles étaient dures. Je m'étais tournée vers ma mère. Celle qui m'avait mise au monde. Celle qui avait arraché de ses entrailles un petit corps qu'elle avait nourri. Et lorsque mon regard croisa le sien, elle baissa la tête. Se tournant vers mon père, puis revenant sur moi. Toute émotion avait disparu. Je n'étais plus qu'une étrangère sous son toit, une étrangère indésirable.

Je suis une enfant. J'ai dix-huit ans. Je ne savais que faire devant le mépris et l'indifférence de mes parents. Je suis partie, j'ai pris mon petit sac dans l'entrée, je me suis tournée et ai contemplé le petit hall qui avait abrité mes jeux, mes poupées barbies et mes livres de science-fiction. Je suis une enfant. Que pouvais-je faire? Me révolter contre mes deux parents?

Je suis une enfant. J'ai eu besoin de réconfort. Alors je suis partie, j'ai transplané là où je savais que j'aurais de l'affection, de la chaleur humaine. J'ai transplané dans cette maison où l'amour transpire, où la mère en a tellement à donner qu'elle a fait suffisamment d'enfants pour constituer une équipe de quidditch. Où la mère a tant de tendresse en son cœur qu'elle en a gardé un peu pour moi.

J'ai transplané au Terrier. J'ai frappé à la porte. J'entendais des rires et de la musique de l'autre côté. La famille Weasley avait été épargnée par la guerre éclair menée par Voldemort. Épargnée est un bien grand mot. Peut-on réellement se dire épargné lorsqu'on a vu des enfants se faire tuer, lorsqu'on a vu des hommes mourir, simplement parce qu'ils n'étaient pas bien nés? Mais chaque membre de la famille avait survécu, et chaque jour ils en remerciaient Merlin.

J'ai frappé ce soir là à la porte, et ai entendu toute musique s'arrêter. Ne restaient plus que les battements de mon cœur qui assourdissaient le silence environnant. Une voix me demanda, ne perdant pas les bonnes habitudes, "Quel est le prénom de notre septième fils?" Je comptai mentalement sur mes doigts, et dit "Ce n'est pas un fils, c'est une fille, et c'est Ginny. Ginevra Molly Weasley."

La voix reprit, faisant fi de la mienne, à bout de souffle et éraillée. "Qui êtes-vous?" Je répondis "Hermione Granger, je suis née le 19 septembre 1979, mon chat est Pattenrond et mon patronus est une loutre. Cela est-il suffisant?". La personne derrière la porte ouvrit enfin la porte, et, frigorifiée, je m'approchai.

Arthur, le grand dégingandé, l'homme lunaire et rêveur sentit instantanément que quelque chose n'allait pas. Un tel homme n'aurait jamais pu avoir tant d'enfants s'il n'avait pas eu la fibre paternelle, et s'il n'avait appris à déchiffrer les émois des autres. Un peu mal à l'aise, comme toujours, il me fit un grand geste du bras et me proposa d'entrer. Ce soir là, nul ne me demanda quoi que ce soit. Nous étions le vingt décembre, et cinq jours plus tard, c'était Noël.

Et je n'avais plus de famille.

Je passai cette soirée dans les bras de Ron. Il ne m'avait pas lâchée de la soirée, et je n'avais pas cessé de trembler. Personne ne m'avait interrogée, sentant que ce n'était pas le moment. Comme à l'accoutumée, Molly me reçut mieux qu'une reine, m'embrassa, et me réchauffa de son amour trop absent dans mon entourage. Ron arriva, et comprit à mes yeux ce qui s'était passé. Le garçon maladroit était bien intelligent lorsqu'il s'agissait de comprendre les maux qui s'emparaient de mon être. Il m'avait pris dans ses bras. Et les larmes avaient enfin pu couler.

La soirée et les jours suivants m'ont permis de me relever, de me remettre. Je n'ai jamais été aussi proche de Ron, et Molly et Arthur ne m'ont jamais donné autant d'amour, à leur manière. Grâce à Arthur, j'ai pu penser à autre chose, en l'aidant à bricoler un moteur de voiture. Molly était toujours là pour moi, me prenant dans ses bras, me préparant sans cesse de la nourriture et me disant toujours "si tu as besoin de quoi que ce soit, je suis là". Noël était arrivé rapidement, et bien qu'ils ne roulent vraiment pas sur l'or, j'avais eu un cadeau de chacun des Weasley. Harry aussi était là, et lui, Ron et Ginny m'avaient réconforté. Nous avions beaucoup parlé, et j'avais fini par enterrer la douleur dans un recoin de mes sentiments. J'avais décidé de les oublier, comme mon père me l'avait si bien conseillé. J'avais tenté d'occulter dix-huit années de ma vie.

Je suis une enfant. Alors j'ai songé à abandonner le mien,. Celui que j'étais trop jeune pour avoir, tout ça pour récupérer ma famille. J'ai songé à le laisser, à le faire adopter, et à revenir dans leurs bonnes grâces. Et Harry, Ron et Ginny m'en avaient dissuadée, sachant avec leurs mots me montrer que mes parents n'étaient pas digne de l'être et qu'il ne fallait surtout plus que je fasse quoi que ce soit pour leur plaire. Que ce temps là était révolu.

Ces pensées noires, ces souvenirs me torturent toujours aujourd'hui, bien des mois après. Mais je crois que je garderai toujours en moi cette absence, cette lâcheté, cet acte ignoble qu'ils ont fait. Je crois que je serai toujours déçue, que toujours je pleurerai leur absence. Plus grave. Je crois que j'espérerai toute ma vie qu'ils me reviennent.

Je frissonne, et reviens au présent. Des bras m'enserrent toujours, et une paire d'yeux bleus me regardent avec attention et affection. Je me blottis contre Ron, et tente d'oublier. Un raclement de gorge se fait entendre.

-Bon... Les amis, nous on va vous laisser, Ron, je monte dans le dortoir. Gin' tu viens?

Ginny suivit son amoureux, embrassant, juste avant de sortir, ma joue.

-A ce soir dans la grande salle?

-Oui, à ce soir.

Mes deux amis sortent, et je reste seule avec Ron. Je soupire.

-Je pensais à...

-Tes parents.

Je relève la tête, surprise.

-Comment le sais-tu?

Ma voix est douce, et quémande seulement des informations, sans exprimer une surprise quelconque. Je ne m'étonne plus qu'il me connaisse si bien.

-Lorsque tu penses à tes parents, tes yeux se voilent, tu pars dans un autre monde, et tu revis les dernières fois où tu les as vus. Et puis généralement, ton visage se contracte, et tu t'efforces d'oublier. Ça se voit dans tes yeux, tu les fermes, tu les plisses, et tu sers tes poings.

Un silence s'impose dans la pièce. Je ne savais pas que je donnais tant d'indices sur mes souffrances mentales. La voix de Ron s'élève à nouveau. Cette fois, elle est plus feutrée, et il chuchote presque.

-Lorsque tu penses à... À lui, ton visage devient doux, et tu fermes généralement les yeux. Tu rêves à un avenir. Ton visage opère l'inverse que lorsqu'il s'agit de tes parents. Parce que d'abord tu rêves, et puis tu prends conscience de la fragilité de ce rêve. Et alors ton visage se contracte de douleur. Tu ouvres les yeux et un éclair de souffrance passe dans tes prunelles. Tu t'assombris, tu te courbes, et tes bras viennent se croiser sur ton abdomen.

Je ferme les yeux, et reviens me blottir. Ron lit si bien en moi... Il me protège, il est là, toujours, pour moi. Je respire à plein nez son odeur de cèdre, odeur réconfortante, et me rends compte que je serais incapable de vivre sans lui. Il fait à présent partie de ma vie... Je sens soudain son étreinte se resserrer de façon brutale. Et il reprend la parole, cette fois sa voie est complètement étouffée, et bien que je ne sois qu'à quelques centimètres de lui, j'ai du mal à percevoir ce qu'il dit.

-Et quand tu penses à moi, tu as toujours cette lueur d'incertitude dans le regard. Tu sais... Tu connais mes sentiments, mais ils te font peur. Alors généralement, une sorte de gêne apparaît dans tes yeux. Tu détournes ton visage de moi, et si tu es dans mes bras, tu t'écartes avec une excuse bateau. Mais dès que tu ne penses plus à moi, tu es là, dans le creux de mes bras, et tu glisses ta main dans la mienne. Lorsque tu prends conscience de... Je ne sais pas, de mes bras, ou de mon corps, tu te blottis plus encore, et tu soupires de contentement...

Je tressaille. Le moment des explications semble venu, mais j'ai peur, je suis terrifiée. Parce que je dois m'engager. Je lui dois des explications, et, pire que tout, une réponse. Une réponse à son attente, une réponse à ses sentiments.

Je me redresse, et m'écarte de lui, ne quittant pas ses yeux océan. Je... Ma respiration est erratique. J'ai du mal à rationaliser. J'aimerais tant l'aimer, l'aimer comme lui m'aime, l'aimer comme une femme aime un homme, et chercher autre chose avec lui que la protection. Parce que je sais que viendra un jour où je n'aurai plus besoin de réconfort. Et ce jour-là, qu'arrivera t-il? M'éloignerai-je? Je ne peux pas faire ça à Ron. Parce que je ne l'aime pas.

Parce que je t'aime toi.

Mes sentiments, malgré la déception, malgré la peine, malgré la douleur, sont restés inchangés. J'aime tout de toi, j'aime tes yeux, tes cheveux, et ton sourire, oui, bien sûr, mais j'aime aussi ton côté bougon, ta façon de ne jamais savoir ce que tu veux, ta ruse, ta roublardise, et ta passion aussi parfois. J'aime quand tu souris d'un air narquois, et que tout d'un coup, tu te jettes sur moi pour m'embrasser si fort que j'en perds la raison. Mais derrière tout ça, il y a ton choix.

Nos vies sont dictées par nos choix.

C'est le cas pour nous. Tu m'as abandonnée, parce que tu préférais suivre ta vie, suivre ton chemin, et que tu trouvais un enfant et une fille comme moi bien trop encombrants pour suivre ton ambition. Et que tu ne nous trouvais pas à la hauteur, pas à ta hauteur.

Je lève les yeux sur Ron, et vois son regard préoccupé, et pourtant attentionné. Il attend une réponse, ferme, mais me laisse le temps dont j'ai besoin pour la prendre. Ses grands yeux bleus où pétille toujours une étincelle de malice, sa bouche toujours étirée en sourire, ses fossettes toujours creusées... Ses cheveux roux plutôt mi-longs encadrent son visage qui, s'il a gardé quelques rondeurs de l'enfance, s'émacie de plus en plus, s'affermit, laissant entrevoir l'homme déterminé qu'il sera. Ron est beau. Cette constatation me frappe, et me surprend. Oui, Ron est beau, il est désirable, et il est désiré. Et il perd son temps avec moi. Il m'attend, il m'aime et me respecte. Alors que toi, tu as toujours pris, souvent sans mon consentement total, toujours à contre-pied de mes envies. Lui prend son temps. Il me laisse décider.

Mais je ne peux pas lui faire ça. Je ne peux pas lui dire que je l'aime, entamer une relation avec lui simplement parce que je me sens en sécurité dans ses bras... Je prends ma décision. Mon visage s'affermit, je le sens, et puisqu'il me connait si bien, Ron le sent également. Il détache ses bras de moi, dépose un baiser sur mon front, et commence à s'éloigner. Aussitôt, je sens sa chaleur disparaître, je sens son odeur partir, je sens sa protection s'évaporer. Et je me sens si vulnérable, si malheureuse, si perdue...

La sensation est horrible. J'ai l'impression d'être abandonnée une troisième fois. Je ne peux pas le supporter, et soudain, des sanglots me déchirent la gorge. La solitude me pèse, soudain, et je sens que je ne serai pas capable d'assumer Rose seule, que je ne serai pas capable de vivre sans lui. Le vide se fait autour de moi, en l'espace de quelques secondes, et je me mets à trembler. Je comprends que je suis incapable d'essuyer un troisième rejet, tout comme je comprends que je ne peux vivre sans Ron. Du moins, pas dans l'immédiat.

Le rappeler devient une évidence. Il n'est pas encore parti. Il marche à pas empesés vers le tableau de sortie de ma chambre. Je cours, et traverse les quelques mètres qui me séparent de lui. J'arrive, et me blottis dans ses bras. Je m'accroche désespérément à son cou, je passe mes mains dans ses cheveux, agitant leur odeur que j'aime depuis que je le connais. Je mets mon visage dans son cou, et lui souffle :

-Ne pars pas. Sans toi, je ne suis plus rien. Ne pars pas, je t'en supplie, je te veux près de moi, j'ai besoin de toi, j'ai besoin de toi à mes côtés. Si tu pars... Si tu pars...

Je suffoque, et les larmes s'échappent de mes yeux à torrents. Je lève le regard, et fixe ses prunelles. Je le sens indécis. Je le sens malheureux. Alors je fais le geste qui s'impose. Bien que je n'aime pas ça. Bien que ça ne me plaise pas.

Je me mets sur la pointe des pieds, et je pose mes lèvres sur les siennes. J'y dépose un baiser tout léger. Voyant qu'il ne répond pas, et que ses bras sont toujours ballants, je recommence. Cette fois, j'embrasse ses lèvres plus franchement, une fois, deux fois, trois fois. Je veux le faire réagir. Plus que tout, je veux sentir ses bras autour de moi. Alors j'y mets plus de ferveur. Je m'agrippe à ses épaules, je caresse sa nuque, et j'embrasse ses lèvres de ma langue. Espérant un retour. Espérant qu'il réagisse. Enfin. Qu'il ne me laisse pas ainsi, seule, embrassant une statue. Mon baiser est une supplique, une imploration, un appel. Je veux sentir ses bras autour de moi, je veux retrouver cette sensation de sécurité.

Lorsque ma langue, timide, touche légèrement ses lèvres, je le sens sursauter. Mais il ne réagit pas pour autant. Je tente d'y aller plus franchement, et me rends compte que tout ceci n'est pas moi. Un vertige me saisit. Je me sens tellement nulle. Je n'arrive même pas à faire flancher un homme qui m'aime. Je ne dois pas être faite pour l'amour démontré, pour l'amour physique. Tu m'as laissée, certainement aussi pour cette raison. Et toutes mes tentatives pour ramener Ron à moi échouent. Je m'écarte de lui. Désespérée.

Il bouge enfin. Il soupire, passe sa main dans ses cheveux. Semble vivre un supplice. Ce doit être une torture d'être embrassé par moi. Je sens une grande main chaude se saisir de ma joue.

-Ce n'est pas toi, ça, Hermione. Ce n'est pas ce que je veux de toi. Je veux que tu m'aimes. Pas que tu te donnes à moi. Si tu ne m'aimes pas, tant pis, j'y survivrai. J'aurai du mal, mais... J'y survivrai. Mais je ne supporterais pas que tu ailles à l'encontre de tes désirs, simplement parce que tu te sens seule.

Je ne lève pas la tête, et la main finit par quitter ma joue.

-Je ne vais pas à l'encontre de mes désirs. Tu me demande de l'amour, alors que j'ai perdu tous ceux qui m'en avaient donné un minimum. Mes parents m'ont rejetée, Drago m'a rejetée, ma famille n'a pas fait un seul pas vers moi lorsqu'ils ont su que mes parents m'avaient reniée... Je suis perdue, Ron. Je suis mal en point, et effectivement, je tremble à l'idée de me retrouver encore seule. Mais je tremble surtout à l'idée de te perdre. S'il y a bien une chose dont je suis sûre, c'est cela. Je ne veux pas que tu partes. Je te veux près de moi. Effectivement, je ne suis pas claire dans mes sentiments. Mais comment peux-tu m'en vouloir? Je t'aime déjà, Ron. Je t'aime... Je ne dirais pas comme un frère, parce que je n'en ai jamais eu, alors je ne sais pas comment ça fait. Pas comme un ami non plus, c'est trop réducteur... Je ne sais pas comment je t'aime, mais je sais qu'il n'y a qu'un pas entre cet amour et la passion commune. Attends-moi, Ron. Aime-moi, et attends-moi. Je ne serai pas toujours comme ça.

Je relève la tête, et croise son sourire bleu, empli de larmes, je relève mon cœur, et vois ses promesses dorées, emplies d'avenir.

Il me prend dans ses bras, un peu brusquement, et cette fois, c'est lui qui prend l'initiative. Il m'embrasse, éperdu, il m'embrasse comme s'il avait laissé sa raison sur le bord du chemin, comme s'il mourait de ce baiser, comme s'il n'avait jamais vécu que pour assouvir ce désir. Sa langue danse avec la mienne, si effrénée, que j'en perds quelque peu le rythme.

Ses mains se saisissent de mon visage, ses pouces caressent ma mâchoire, et descendent dans mon cou.

Mes mains quittent son cou pour ses épaules. Je sens ses muscles sous le pull, je sens la tension qui l'habite, et je sens son empressement dans ses clavicules nouées. Mes mains descendent encore, et se retrouvent sur son torse. Il étouffe un gémissement de surprise entre nos lèvres, et, comprenant que tout cela risque d'aller un peu trop loin, un peu trop vite pour moi, je m'empresse de remonter mes mains dans sa nuque. Il m'enserre alors, me presse contre lui, et l'une de ses mains descend dans le bas de mon dos, effleurant la chute de mes reins.

Notre baiser se termine enfin dans une ultime capture de mes lèvres. Il plonge alors son visage dans mon cou, et l'embrasse par à-coup. Sa bouche s'approche de mon oreille, et en saisit entre ses lèvres le lobe. Il le lâche pour me souffler:

-Je t'aime, Hermione.

Je tressaille, et il le sent. Les mots se perdent dans ma gorge. Et une toute petite bête s'empare de mon ventre. Cela ressemble à de la peur. Il est si près de moi qu'il sent mon sang battre plus vite. Alors il ajoute:

-Je t'aime, et je sais qu'il est trop tôt pour obtenir une réponse de toi. Pour le moment, je t'aime tellement que je t'aime assez pour deux.

Voilà ! Vous me dites ce que vous en avez pensé? Petit bouton vert, siouplé, en cadeau de fin d'année ;p