Disclaimer : rien n'est à moi.

Rating : tous publics.

Résumé : Hermione est malade. Malade à cause de lui. D'aucuns appelleraient ça Bonheur total. Hermione est juste malade. Malade de lui.

NDA :Voici un nouveau chapitre!

Je passe en coup de vent pour vous le poster, et m'excuser encore une fois du retard accumulé.

Eeeeeeeeeuh je voulais vous dire un truc, mais quoi? Ah oui, juste une chose, j'espère premièrement que vous ne trouverez pas Hermione OOC. J'avoue que j'ai eu un peu de mal avec ce chapitre, c'est le premier dans lequel on ne la voit pas... Désespérée. Donc, changement. Donc difficulté. Deuxièmement, je n'ai plus de correcteur orthographique. En espérant qu'il n'y aura pas trop de fautes. Troisièmement : vous trouverez peut-être que ce chapitre lance une multitude de pistes, de choses qui ont changé, que je n'explique pas vraiment. Don't worry, le prochain chapitre ne sera pas une ellipse et sera dans la continuité de celui-là, vous permettant de comprendre pourquoi les personnages en sont là où ils sont.

Voilà, j'espère que vous aimerez, vraiment.

Bonne lecture à tous!

Emiwyn.

bI'm sick of you : Chapitre 4/b

bYou shoot the moon, and miss completely/b, Norah Jones, iShoot the Moon/i.

A l'aube, au moment où la nuit s'éteint et la nature s'éveille, une silhouette, ombre chinoise derrière des rideaux légers, m'attend. Alors que je profite de la douce fraîcheur matinale, des lumières de la rosée et de l'incandescence du soleil, je crois le deviner. Peut-être même est-il en train de sourire. Je parcours les pavés fissurés de notre rue piétonne, et pénètre dans notre immeuble désaffecté. J'en grimpe les escaliers avec hâte, me dépêchant d'aller retrouver mon mari avant de me remettre au travail. Je tiens la rampe d'une main, et inspire fort. Nous sommes au cinquième étage sans emplacement de transplanage. Gravissant les marches, je promène un regard agacé sur les tags fluorescents qui varient de slogans injurieux et restent affichés à peine deux secondes.

J'ouvre la porte de chez nous, pénètre dans notre chambre, où la lumière grise est accrochée par les fibres légères d'un rideau blanc. Je me trompais donc, et en souris. Il est là, son corps pâle, ses cheveux roux, sa candeur protectrice et sa douceur aimante. Endormi. Les bras sous l'oreiller, la bouche entrouverte, bienheureux, il dort. Je caresse d'une main papillonnante ses cheveux couleur de l'Aube. À peine effleuré, il se retourne dans son sommeil, et se saisit de mes doigts. Il les embrasse, ou plutôt, pose ses lèvres dessus et la passe ensuite sur sa joue mal rasée, comme un enfant le ferait d'une peluche.

Je souris, encore.

J'ôte ma main, et me penche pour lui voler un baiser. Quelques unes de mes boucles tombent. Le caressent. Je sors de notre chambre. Passe devant la porte entrebâillée de celle de notre fille. Je ne pénètre pas dedans ni ne l'embrasse dans son sommeil. Je me contente de vérifier que tout va bien. Rose se réveille en sursaut au moindre craquement, affolée. Le sommeil la terrifie, et les monstres de ses rêves n'attendent que l'obscurité pour s'emparer d'elle. Elle ne supporte pas la moindre intrusion.

J'arrive enfin dans notre minuscule cuisine, ouverte sur notre petit salon. Doucement, je sors un bol et le remplis de lait. Céréales et brioches trouvent leurs places attitrées sur la table. Ma fille déjeune à la française. Je préfère cela, le lait le matin est bien plus enrichissant que des œufs brouillés.

Tout aussi discrètement, je sors une poêle, l'huile, le bacon, les œufs, et pose tout cela en évidence près de la gazinière. Des œufs écrasés contre la porte du frigo pour cause de sortilège mal formulé m'ont encouragée à ce rituel.

Une fois la table mise, je me sors un bol de café. Me pose sur le bureau du salon, et sors plumes, parchemins et grimoires. L'horloge miniature, en face de moi, m'indique 5h3o. J'ai trois heures devant moi.

Je sors d'un pas pressé de l'appartement, et boutonne les derniers boutons de mon chemisier en marchant prestement. Je suis agacée : Ron a encore traîné au lit, m'obligeant à m'occuper de Rose, et restreignant mes heures d'étude. Je fulmine et peste. Je l'avais prévenu ! C'était soit le sommeil du matin, soit l'apéro avec les copains. Mais non, monsieur veut tout.

Tirant sur mon chemisier, lissant mes cheveux, et inspirant à fond, je tourne sur moi-même et arrive à l'Université. Depuis trois ans que je la fréquente, je connais les lieux comme ma poche. Directement, je prends un couloir pour arriver dans l'aile "Droit Sorcier". Arrivant devant la porte marquée au nom d'Ignace MacPherson, j'entre sans même frapper.

-Professeur MacPherson, je suis profondément désolée pour mon retard.

-Madame Weasley, je vous en prie, cessez de vous excuser toujours profondément, cela devient inconvenant. Tenez, prenez un siège au lieu de dire des idioties. Elen ? Amenez-nous du café, s'il-vous-plaît, et sortez voir votre amie, j'ai besoin de discuter avec Madame Weasley.

-Merci Elen, j'ajoute. Et je vous en prie, professeur, appelez-moi Hermione. Le "madame" me gêne, vraiment.

-M'en contrefous. Tant que vous ne m'appellerez pas Ignace...

En disant ces mots, le maître de conférence tire des bouffées verdâtres d'une longue pipe en bois. Les volutes de fumée ont l'odeur âcre de ces tabacs bon marché. J'ai pourtant fini par m'y habituer.

-Vous êtes professeur. Je suis élève. Point.

-C'est là, ma chère, que le bât blesse. Vous êtes une brillante étudiante, et je me contente de relire vos écrits en acquiesçant comme un benêt. Mais avant que vous ne protestiez en allongeant encore les préliminaires de cette conversation, j'aimerais passer à ce qui est véritablement intéressant. Où en êtes vous ?

Je ravale toutes mes protestations en souriant. Ignace est ainsi : m'ôtant la parole pour avoir le dernier mot.

-Cette semaine... Eh bien... J'ai fait un énorme bond en avant.

Finie la rigolade, les yeux délavés et jaunis de mon vieux professeur alcoolique sont focalisés sur moi.

-En fait... Comment vous exposer les choses ? Cette année, je me suis rendue compte que mon champ d'étude était trop large, vous vous souvenez ? Evoquer toutes les créatures opprimées n'était pas des plus intelligents. Il m'est arrivé la même chose il y a deux jours. Certes, se focaliser sur les loups-garou était mieux, les sorciers de Grande-Bretagne -et a fortiori un jury- était plus prêts à en entendre parler que de la libération des Elfes de Maison, mais...

Je suis à ce moment debout, parcourant de long en large la petite pièce qui sert de bureau à mon maître de mémoire. Je mordille l'une de mes mèches et ne le regarde pas. Ma concentration est extrême, et parfois, l'une de mes main lâche ma mèche entortillée pour se joindre à sa sœur dans un mouvement brusque censé appuyer mes propos. Je dois être assez pathétique vue de l'extérieur.

-Mais en fait...

Nous sommes interrompus par la jeune Elen, assistante de mon professeur, qui revient avec deux mazagrans aux fleurs jaunes et un théière remplie de café aux décorations aussi laides et aussi typiquement anglaises que les tasses. La jeune femme pose en supplément deux iscones/i avec un sourire, et Ignace hausse les yeux devant un comportement... So british. J'échange un sourire avec lui qu'elle ne voit pas, et elle nous sert notre café qu'elle doit considérer comme un affront à notre patrie.

-Reprenez.

-Merci beaucoup, Elen, dis-je avec une véritable reconnaissance. Le service est adorable. Sur un sourire, elle se retire.

-Donc je disais... Oui, je veux encore rétrécir mon champ d'étude. Pourquoi me documenter autant sur les loups-garou, sur leur manière de vivre, sur le processus de transformation etc, tout ça pour des loups-garou qui ne veulent pas intégrer notre communauté ? Je ne vois pas l'intérêt de créer des lois pour des êtres humains qui préfèrent vivre parallèlement à notre société. Je ne tente pas de régir la vie des vampires par exemple, alors je veux laisser les loups-garou qui veulent vivre en tant que... Je n'aime pas ce mot, mais tant pis, en tant qu'animal. Je veux m'occuper de ceux qui souhaitent vivre comme des sorciers, et ne surtout pas iforcer/i qui que ce soit. Comprenez-vous ?

-Je comprends tout à fait, et attendais depuis quelques semaines que vous vous en rendiez compte. C'est ce pour quoi je vous ai encouragée à lire iDes loups-garou et des bêtes/i, de Stencia Marpoll.

Je me fige.

-Vous voulez dire que mes idées sont déjà chez Marpoll ?

-Ce que je veux dire, c'est qu'il est révolutionnaire de s'atteler à la création de lois pour aider des créatures hybrides et considérées comme bestiales dans notre monde. Mais la distinction entre le loup-garou bestial et le loup-garou sorcier existe depuis déjà fort longtemps.

Je comprends mieux. Mais l'ampleur de la tâche me semble énorme et m'abat.

-Il faut que je recommence tout.

-Certainement pas ! Vous avez réduit votre champ d'étude, ce qui signifie que tout ce que vous avez déjà étudié sur ces différences prendra forme dans votre introduction, en première partie lorsque vous définirez votre problématique. Et puis... N'oubliez pas que vous avez deux ans d'avance, et que, techniquement, vous avez encore deux ans devant vous pour établir et écrire votre mémoire.

-Mais je veux le terminer l'an prochain.

-Et soutenir votre thèse l'année d'après. Je le sais. Savez-vous qu'il vous est autorisé de vivre, également ?

-Oui, bien sûr... Mais je veux faire bouger les choses. Rapidement.

-Vous y arriverez, vous y arriverez.

Le conversation se poursuit pendant deux heures sur mon mémoire. Je sens que je suis proche. La rédaction ne m'a jamais posé problème, à Poudlard, je pouvais écrire trois rouleaux de parchemin sans presque m'en rendre compte. Je n'aurai aucun mal à remplir mon mémoire et à organiser mes idées une fois ma problématique tenue. Mais cela reste mon problème principal. Nous arrivons aux vacances, et je n'ai toujours pas de loi à proprement parler. Mon but, et c'est ce pourquoi Ignace m'a remarquée, est de créer une loi pour que la discrimination envers les Loups-Garous qui veulent vivre de leur côté "humain" et travailler, soit punie. Mais il me faut un angle d'attaque bien précis, une loi qui englobera tous ces loups-garous sans en omettre, et trouver la sanction juste, la sanction qui ne sera ni trop dure ni trop souple. Changer les choses mais ne pas choquer la population sorcière. Changer les choses, mais ne pas brusquer les Loups-Garous. Changer les choses, mais le faire en douceur. La douceur n'a jamais vraiment été mon fort. Je n'aime pas prendre de pincettes, je préfère dire les choses, surtout lorsqu'elles sont si évidentes.

Je mets ma cape d'été par dessus mon chemisier à manches courtes, et salue Ignace. Il me fait un sourire de guingois, un de ses sourires typiques lorsque je pars. Un de ces sourires qui me dit "et maintenant, que vais-je faire ?". Je voulais Ignace comme professeur. Je le voulais comme maître de mémoire. Et je le veux comme maître de thèse. Pour devenir Maître, plus haut diplôme universitaire, il faut mener une idée jusqu'au bout. Dans ma spécialité, en droit, il faut sept ans pour la mener et devenir Maître de Droit. Je pourrai ainsi défendre les créatures les plus opprimées, ouvrir mon cabinet, ou travailler au Ministère. Je ne sais pas encore vraiment... Tout ce que je sais, c'est que cette fameuse idée, cette thèse, peut être une réinterprétation d'une loi existant déjà, ou la création d'une nouvelle. Ça peut être une nouvelle forme de défense, ou encore, et c'est le plus fréquent, l'épistémologie d'une loi.

Je sors du bureau, et cours à la Bibliothèque. Il faut que je travaille sur cette distinction dont Ignace me parlait, à propos de la potion Tue-Loup, à savoir si elle doit entrer en compte dans ma loi, si le Ministère doit en tenir compte ou non... Si elle doit être remboursée par Sainte-Mangouste ou non, si cela est un choix de la prendre ou une obligation... Je soupire. Tant de travail... Et le Ministère de la Magie qui n'a absolument aucune loi pour les Loups-Garous, si ce n'est l'abrogation de celle de Hiatus l'Ignare qui datait de 1152, en 1879 qui désignait les Loups-Garous comme bêtes à abattre, et celle de Dolores Ombrage en 1995 qui leur interdisait, ainsi qu'à d'autres "créatures hybrides" d'exercer tous types de métiers divers et variés.

Toutes ces réflexions me mènent à la bibliothèque où je passe plus de trois heures. Je me documente, je réfléchis, j'exploite toutes mes idées, comme chaque jour.

Je sors une fois une dizaine de livres empruntés, et hume l'odeur fraîche d'herbe coupée. Les travaux de Printemps sont entamés. Nous sommes le vingt-cinq mai, et je dois me dépêcher d'aller chez Harry. Nous avons beaucoup à préparer, des courses à faire, et des gâteaux à cuisiner.

Je sors de l'Université, arrive dans la rue et transplane, rêveusement. Je réfléchis à tout ce que je dois acheter... Il va falloir de quoi prendre l'apéritif, il va falloir acheter tous les ingrédients pour le fondant au chocolat préféré de ma fille, et commencer à enfourner le rôti. Heureusement que j'ai pris des cours de cuisine intensifs l'été dernier chez Mrs Weasley. Nous avons passé juillet et août au Terrier, avec Harry et Ginny, à jouer au Quidditch, profiter du soleil, dégnomer le jardin et préparer à manger pour une armée de jeunes gens à l'estomac toujours immensément vide.

En bas de l'immeuble de mon ami, j'appuie sur la sonette qui le prévient de mon arrivée. Je sors mes clefs de chez lui, et entre directement. Les rampes en bois ciré, les belles marches au tapis bleu roi, les murs blancs me font l'envier, comme à chaque fois. Harry a toujours eu de grands moyens, et il vit aujourd'hui dans un appartement digne d'un palace. Il a voulu nous aider, Ron et moi. Ce que nous avons toujours refusé...

Je frappe à une porte rouge, au premier étage. Il m'ouvre sa porte et ses bras, et je l'embrasse avec effusion. Nous ne nous sommes pas vus depuis deux semaines. Mon ami m'a manqué.

-Entre, vite, il faut que tu voies.

Je pénètre à sa suite et arrive dans la petite entrée. J'ôte mon manteau, et reste bouche bée En face de moi se trouve le salon dont la porte est ouverte. Et la vision des banderoles mauves, des fleurs roses, des napperons, des dentelles, et du service posé sur la table en porcelaine, me laisse bouche bée.

-C'est joli ?

Hum... Comment lui dire...

-Harry... C'est magnifique, mais...

-Quoi ? Oh non... Hermione, me dis pas que j'en ai encore trop fait... !

Rose, ma fille, a été élevée dans la dentelle, les franfreluches, le rose, le mauve, les princesses et les papillons. Elle en fait aujourd'hui une overdose, et lui demander de porter une robe devient une bataille digne de celle de Poudlard. Alors voir sa seconde maison ainsi travestie va devenir de l'ordre de la trahison.

-Peut-être... Peut-être faudrait-il...

Harry s'assoit sur son fauteuil en cuir et me montre le canapé d'un vague geste de la main.

-Je n'en peux plus, j'y ai passé mon après-midi.

Je réprime un sourire attendri, et lui lance:

-Tu as passé tout un après-midi à décorer une pièce?

-Tu n'as pas idée du temps que ça prend ! Non et plus sérieusement, je n'ai pas fait que cela, j'ai été aussi faire les courses.

-Non, vraiment ? Harry, tu es un amour!

-Merci, je sais.

Je ris, et il saute sur ses pieds.

-Que veux-tu pour l'apéritif ?

-Il est cinq heures !

-Eh bien... On va prendre un apéritif léger! Ok, d'accord... Que dirais-tu d'une bièraubeurre ?

-Oui, pourquoi pas... Mais ne la fais pas chauffer, fraîche, ce sera très bien.

Nous partons dans sa cuisine, et il me sert la boisson. Nous buvons tout d'abord en silence.

-Bon, pour la déco, on fait quoi ?

-Le bleu est sa couleur préférée, on va peut-être pouvoir lancer un sort aux bannières et à la nappe...

-Bonne idée. Donc le bleu, c'est ton dernier mot ?

-Oui, Harry. C'est joli aussi le bleu, il y a couleur azur, couleur outremer, couleur lapis-lazuli, couleur gris bleuté... Il y a une infinité de bleus... Et c'est aussi joli que le rose.

Il fait la grimace.

-Oui, mais le bleu, c'est pour les garçons.

J'éclate de rire.

-Qu'est-ce que tu peux être archaïque toi alors... !

Il me pousse du coude. Je le repousse. Il me jette son poing dans l'épaule. J'en fais de même.

Je me lève, ce petit jeu peut durer très longtemps, autrement.

-Bon. Ils arrivent tous vers huit heures, il faut peut-être qu'on s'y mette, non ?

-Tu as emmené une robe ?

-Je te demande pardon ?

-As-tu emmené une robe ? Tu vas te faire belle pour les trois ans de ta fille, tout de même!

-Je te signale qu'à force de repousser sa fête, nous sommes presque un mois après sa date de naissance. Et ensuite... Non mais tu m'as bien regardée en face ? Comme si imoi/i j'allais mettre une robe juste pour un petit anniversaire...

-Allez! Mione! Comme en quatrième année, et comme pour le jour de l'Entrée à l'Université... S'il te plaît...

-Laisse-moi tranquille Harry! Je vais me remaquiller avant que tout le monde n'arrive, c'est déjà beaucoup!

Il se lève, en marmonnant que je pourrais faire un effort. Harry adore recevoir. Il aime encore plus le faire dans les règles de l'art. Le début de ses réceptions, lorsqu'elles sont un tantinet formelles, lorsqu'elles ont un objectif bien précis, est toujours solennel. Avec Ron, nous nous sommes toujours battus pour qu'il comprenne qu'il ne faut pas tant en faire, mais c'est parfois difficile de le lui faire comprendre sans le vexer. Je crois qu'il comprendra en grandissant. C'est juste qu'il n'a... Jamais vraiment vécu ça. Il angoisse pour chaque repas chez lui, et veut toujours nous recevoir comme des rois.

Fort heureusement, il ne fait que hausser les épaules et marmonner dans sa barbe, ce soir. Une fois dans la salle, les sorts pleuvent, et à la manière des fées de la Belle au Bois Dormant, nous redéfinissons toutes les couleurs des tissus. Une heure et demi plus tard, tout est installé, cadeaux sur la chaise de Rose, champagne au frais, gâteau au fond du refroidisseur magique, de quoi grignoter sur la table du salon, et décorations en place.

Je m'assois, fourbue, dans le canapé, et prends la bièreaubeurre que je n'avais pas terminée. Harry me regarde, perdu dans ses pensées, fronçant les sourcils.

-Dis, t'es sûr que quatre bouteilles de champagne pour sept adultes, ça va suffir?

-Tu rigoles oui ? Ca va être largement suffisant ! D'autant plus que tu sais bien que Ron ne va en prendre que pour trinquer, il ne boira que du Whiskey ensuite, et que Molly n'aime pas ça. Et puis moi je ne compte pas trop boire.

Il est surpris. Au fur et à mesure des années passant, lui et Ron m'ont appris à passer de bonnes soirées, à comprendre que l'alcool n'était pas non plus nocif, et que dans toute mesure et dans un cercle uniquement amical, il pouvait même être agréable.

-Mais que t'arrive t-il ?

-Harry, je t'en prie !

Il éclate de rire et vient prendre ma fièvre, faussement inquiet. Il se rassoit et une fois qu'il est bien posé sur son fauteuil, je décide de lui dire ce que je sais depuis la veille et que j'ai gardé pour moi.

-Harry ?

-Oui ?

-Tu sais, si je ne bois pas beaucoup ce soir, il y a une raison bien précise.

Il me regarde, s'attendant à une plaisanterie de ma part, s'apprêtant à éclater de rire.

-Je suis enceinte.

Sa tête est impayable. Les yeux immensément ouverts, la bouche béante, il est l'image même de la surprise.

-Ne le dis pas à Ron. Il n'est pas au courant. A dire vrai, tu es le premier.

Il se lève et vient me prendre dans ses bras. Je le vois très ému, et j'en suis heureuse. Je n'appréhendais pas particulièrement sa réaction, mais... Mais je ne sais pourquoi, je doutais... Reminiscence, certainement.

-Mione, c'est... C'est merveilleux. Mais... Mais c'est un accident, non ?

Je me rembrunis.

-Oui. Disons que ça fait un moment que Ron a envie que Rose ait un petit frère, mais je freinais des deux pieds. Je crois que je n'étais pas vraiment prête. Et puis... Et puis je prends la pilule. Mais chez les Sorciers comme chez les Moldus, rien n'est jamais certain, et il restait une possibilité minime que je tombe enceinte... Mon gynécomage m'a dit que j'étais une femme particulièrement fertile !

Je ris, un peu de larmes dans les yeux.

-Mione... je sais que c'est pas mes affaires, et si ça te dérange que je te demande ça, dis-le moi surtout. Mais... Mais... Enfin, on avait tous plus ou moins remarqué que ça n'allait pas des masses entre Ron et toi. Même Ginny l'a remarqué, c'est dire. Et elle est venue m'en parler, ce qui est encore plus incroyable. Mione... T'es sûre d'avoir envie de cet enfant ? Parce que ces derniers temps, on pensait tous plus ou moins que... Eh bien que Ron et toi alliez vous séparer.

Je suis assez surprise par ces paroles. Mais Harry est loin d'avoir tort. Ces derniers temps étaient très difficiles entre mon mari et moi. Nous nous éloignons de plus en plus. Et j'ai l'impression qu'il a besoin de vivre sa jeunesse. Qu'il se restreint pour Rose et moi. Et bien qu'il ait adopté depuis deux ans de façon officielle ma fille, ma crainte s'est confirmée cette année qu'il avait besoin d'être un peu jeune. D'être frivole. Et ma culpabilité est allée crescendo, n'osant plus rien lui demander. Et le jour où lui m'en a demandé trop, j'ai craqué. Puis c'est lui qui a fait tout ce que je lui ai demandé. Ni l'un ni l'autre n'étions vraiment heureux.

Il y a trois mois, nous avons même songé à divorcer. Nous séparer pour toujours, cesser de nous faire du mal. Mais je ne peux le quitter, et il ne peut vivre sans moi. Je croyais que ce besoin de protection qu'il faisait naître en moi, ce besoin d'avoir ses bras autour de mon corps était révolu. Que je n'étais plus la petite fille perdue des premiers instants de Rose. Il est parti prendre un appartement. Nous n'en avons parlé à personne. Il a vécu dans une chambre miséreuse pendant une semaine. Jusqu'à ce qu'il vienne frapper à la porte en me disant qu'il avait un besoin désespéré de moi. Je l'ai vu plus mal que jamais. J'ai cru que mon coeur s'était brisé en mille morceaux, j'ai cru que jamais je ne pourrais être heureuse. J'ai eu l'impression d'avoir été une source de malheur pour lui, une source d'horreurs. Mon sentiment de culpabilité qui ne s'est jamais tu est devenu plus fort que jamais.

Il m'a dit qu'il m'aimait. Qu'il ne savait pourquoi, mais que lorsqu'il me voyait, il avait besoin de me prendre dans ses bras. Que si je le lui demandais, il ferait tout pour arrêter la pluie, pour déplacer des montagnes. Que j'étais la femme de sa vie. Irrévocablement.

Ron a toujours eu un penchant extrêmement romantique qui m'a toujours plus ou moins agacée. Il est du genre à me caresser le dos dès que je passe devant lui. A me prendre la main lorsque nous marchons. A m'embrasser dans le cou. Toute cette guimauve qui m'a toujours gênée. Qui m'a toujours poussée à m'asseoir à son opposé en société, à prendre Rose dans mes bras dans la rue, à l'embrasser sur la bouche dès qu'il s'aventure dans mon cou.

Je m'égare. Harry semble attendre une réponse.

-Je... Oui. Cette année a été difficile. Vraiment compliquée. Mais... Il y a trois mois, je me suis rendue compte que je ne pouvais vivre sans lui. Sans son sourire et sans son soutien. Et... Et la même de son côté. Alors il est... Il m'est revenu. Et tout va mieux depuis.

-Alors... Mione... Tu es heureuse ?

La question que je redoute toujours. Bien sûr que non, je ne suis pas heureuse. Je n'ai pas le mari que je voulais, mais je suis amoureuse de lui. J'ai été abandonnée par toi, l'amour de ma vie, et je ne t'aime plus alors que tu es le père de ma fille. J'ai un enfant qui souffre d'indépendance compulsive alors que j'ai trop d'amour pour elle, et qu'il m'étouffe. J'aimerais une jolie maison comme le Chalet aux Coquillages, et j'ai un appartement pourri dans un quartier difficile. J'aimerais être brillante, et parce que j'ai trop à gérer dans ma vie, je suis tout juste bonne.

Alors comme toujours, je mobilise chaque partie de moi. J'aime Ron. J'aime ma fille. J'ai déjà beaucoup. Et je suis enceinte. D'un nouvel enfant. Je suis mariée, et j'ai un joli intérieur, même si l'extérieur craint. J'ai des amis formidables, et un maître à penser stimulant.

-Oui, bien sûr Harry. Pourquoi me demandes-tu ça?

Il détourne la tête, et dans un murmure me dit:

-Parce que je veux le meilleur pour toi. Tu es la femme que j'aime le plus aujourd'hui, et je veux que tu sois heureuse. Et si tu ne l'es plus, un jour, j'aimerais que tu me le dises. Pour que je puisse faire en sorte de remuer ciel et terre pour que tu le redeviennes.

Je pose ma tête sur mon épaule. Et sans le regarder, je lui demande :

-Et toi, tu es heureux ?

Je le sens soupirer, plus que je ne l'entends. Près de moi, son coeur bat plus fort. Il va mentir. Il va me dire que oui, bien sûr. Lui aussi est heureux. Il va me dire qu'il a tout de dont il a besoin, et qu'après tout, le jour où il rencontrera la femme de sa vie, il le saura instantanément. Il ne le comprendra pas après des années de fréquentation, comme Ginny.

-Non. Tu le sais. Ne détourne pas la conversation.

Je suis surprise. Mais après tout, ma supposition n'est que le résumé de multiples phrases qu'il m'a sorties ces deux dernières années, alors qu'il voit son ex-copine batifoler avec une multitude d'hommes, quand lui est malheureux.

Je comprends Ginny. Elle a raison. Et puis... Elle ne fait ça que parce que Harry ne lui a pas offert ce qu'elle voulait. Elle l'aime toujours, mais elle sait qu'entre lui et elle, pour le moment, ça ne peut pas fonctionner.

-J'aimerais tant être père...

Voilà. C'est là que le bât blesse. Harry meurt d'envie d'être père. A vingt ans. Et lorsqu'il en avait dix-sept, c'était la même chose. L'impatience est son second prénom, et il oublie qu'il a une vie. Il oublie que durant dix-sept années, il a dû se consacrer à un Mage Noir, et qu'aujourd'hui, il a droit d'apprendre à vivre pour lui. C'est ce que Ginny pense. Ce que je pense. Sauf que dans mon cas, je ne sais pourquoi, mais les responsabilités me tombent dessus à bras raccourcis. Je ne peux faire autrement, je ne maîtrise pas ma vie. Je regarde un biberon, et je tombe enceinte. Il suffit que je me dise que nous n'avons pas réglé le Lumos Général de notre appartement pour que la facture arrive le lendemain par Hibou Express. Tout est ainsi.

Harry pourrait être heureux. Mais il ne sait pas comment faire. De toutes façons... Qui sait ? Qui a la recette du bonheur ? Comment être heureux avec une personne lorsque nous n'avons pas le même but dans la vie, les mêmes envies? C'est ainsi, et Harry le sait.

Je le serre dans mes bras.

-Tu as Teddy. Et tu as Rose...

Il hoche la tête, prend une inspiration profonde et me plante un baiser sur la joue.

-Dis, tu ne parlais pas de te remaquiller ?

Je le gronde du regard, et me détourne. Je me saisis de mon sac, et prends la trousse ainsi que la chemise grise que j'avais prévues.

Un quart d'heure plus tard, je suis toujours dans la salle de bain. Je regarde mon ventre. Il ne présente aucune rondeur, je ne suis enceinte que depuis deux semaines. C'est reparti... Je soupire. Et puis j'entends la porte s'ouvrir. Harry passe la tête par l'entrebaillement.

-Tu es prête ?

-J'arrive.

Il entre derrière moi, et passe ses bras autour de ma taille. Nous nous regardons tous les deux dans la glace, lui derrière moi. J'observe nos deux visages. Je vois mes cheveux que j'ai coupés récemment. Ils sont courts au carré, et mes boucles encadrent mon visage, enfin disciplinées. L'adolescence enfin évaporée, oubliée, mes cheveux ont cessé de casser systématiquement, et j'ai appris ce que se coiffer signifiait. Un léger maquillage me montre que j'ai bien évolué depuis le Collège. Je suis une adulte. Et ça se voit.

Je souris à notre reflet. Harry a lui aussi changé. Ses lunettes sont à présent carrées, oubliées les petites lunettes rondes de l'Enfant-Survivant. A présent, il a ses jolis yeux derrière une paire de lunettes sorcières nettement moins repoussantes. Je le regarde et le trouve beau. Il a laissé un peu pousser ses cheveux, et n'est pas rasé depuis quelques jours. En fait, il est assez mignon. Ainsi, dans cette position, on dirait un couple. Je souris à cette idée. Je ne suis pas loin d'éclater de rire.

-Quoi ?

-J'étais en train de me dire qu'on formerait un joli couple.

Une expression de dégoût passe sur nos visage, si identique que c'en est surprenant. Nous éclatons de rire et il se détourne.

-Bon, faut peut-être qu'on bouge, il reste les derniers cadeaux à mettre sur la chaise.

Une sonnette retentit.

-Va t'en occuper, je vais ouvrir.

Le temps que Molly et Arthur se fassent ouvrir la porte du bas, puis montent, je dispose les derniers cadeaux que Harry, Ron et moi offront à Rose. Mes beaux-parents entrent et serrent Harry puis moi dans leurs bras. Je respire à fond l'odeur de viande et de légumes que Molly traine derrière elle, synonyme pour moi de sûreté et d'amour.

-Hermione chérie, tu es resplendissante.

-Merci, Molly. Où est Rose ?

-Finalement, c'est Ron qui est allé la chercher. Il a dit qu'apparemment tu t'en étais occupée ce matin, et qu'il voulait aller la chercher.

De nouveau, la sonnette retentit, et c'est un ballet d'interruptions stridentes, le temps que tout le monde soit là. Les conversations remplissent l'air d'une joie partagée. Il ne manque plus que mon mari et ma fille. Rose ne sait pas que nous fêtons ce soir son anniversaire. De nouveau, Harry s'approche de la porte. Ce doit être eux.

Je m'approche, et vois les tâches de rousseur de Ron rougir d'excitation. Rose pousse la porte et saute dans les bras de son parrain.

-Eh, 'gade ce que j'ai appris aujou'd'hui! Bon-jour tonton Ha-rry !

Harry fond sur les joues de ma fille et la dévore de bisous.

-Bravo ma jolie ! C'est bien, félicitations ! Eh, Rose, tu ne trouves pas qu'il y a beaucoup de gens ?

A ce moment là, ma rêveuse, ma distraite de fille regarde autour d'elle et une expression surprise passe sur ses traits. Attendrie comme seule sait l'être une assistance face à un enfant, nous rions tous. Je m'approche.

-Joyeux anniversaire, Rose.

-Oh maman c'est trop trop bien!

Nous entonnons évidemment tous pendant la soirée les traditionnels chants de l'anniversaire, les trois bougies sont soufflées allègrement, et les cadeaux dûments offerts et utilisés. George et Angelina n'ont pas lésiné sur les Feuxfous Fuseboum, et Ron, en gamin qu'il est, a promis à sa fille d'en tirer une partie sur le balcon.

Je tiens alors à ce moment là ma petite Rose dans mes bras, et émerveillée, elle regarde les couleurs vives peupler le ciel de leurs artificielles splendeurs. Le rouge, l'or et le bleu se reflètent dans ses yeux, et elle ne cesse d'éclater de rire en montrant les différentes formes. J'en profite pour l'embrasser comme je veux, passer ma main dans ses cheveux bruns bouclés, pour la câliner. Les mêmes que les miens. Nous n'avons aucun mal à faire passer Rose pour la fille de Ron, et la mienne. Elle me ressemble tant qu'elle n'a rien de... De son vrai père. Alors pourquoi aurait-elle quoi que ce soit de Ron ? Elle est mon portrait craché, ainsi que, à mon grand déplaisir, celui de ma mère. Elle a le menton de Jane Granger, née Manson, nos cheveux bouclés, nos petites mains, nos grands yeux marrons, et une multitude d'autres caractéristiques qui lui viennent de moi. Elle n'a que le nez d'un peu plus fin, mais pour autant de la même forme que le mien. Elle a également ces fossettes lorsqu'elle sourit, qui ressemble aux tiennes, mais puisque tu ne souris jamais vraiment...

-Maman, arrête, tu me tires les cheveux!

Elle me prend la mèche que je tiens entre mes doigts, et s'intéresse de nouveau au spectacle. Une fois terminé, je la garde sur mes genoux, et la câline. Elle est fatiguée et se blottit contre moi. J'adore lorsqu'elle est ainsi, douce et aimante. J'aime aussi son caractère indépendant, je suis fière d'elle, elle sait particulièrement bien se débrouiller. Elle cherche les solutions avant de m'appeler, et si je brûle chaque fois de les lui donner, je me réfrène et la laisse les découvrir.

La respiration de Rose se fait plus régulière, et je constate qu'elle s'est endormie. Il est tard, et je regarde Ron. Il comprend instantanément, et se penche à l'oreille de Harry.

-Nous allons partir, Rose s'endort. Harry, laisse tout comme ça, je vais revenir t'aider demain...

-Oui, bien sûr, tu as raison. Allez va t-en au lieu de dire des conneries.

-Harry, surveille ton langage.

Il hausse les yeux au ciel et m'embrasse sur les deux joues. Je salue tout le monde de la main, leur souhaite à tous une bonne nuit, et les remercie encore une fois d'être tous venus et d'avoir autant couvert ma fille de cadeaux.

Nous rentrons tous les trois grâce au transplanage, et Rose se réveille à l'arrivée. Je lui remets d'office la tête entre mes bras et lui dis de se rendormir. Je la couche dans sa chambre emplie d'images de licornes et autres animaux.

-Veux-tu un dernier verre avant d'aller te coucher ?

Ron a une bouteille de vin rouge entre les mains, ainsi que deux verres. Je souris. Je crois que c'est le moment.

-Oui... Mais une larme, juste de quoi trinquer avec toi. Il faut qu'on parle.

Il me regarde dans les yeux, effrayé. Il se rassure grâce à mon sourire.

-Qu'y a t-il ?

-On va sur le balcon ?

Il me prend mon châle, et nous allons sur ce qui constitue le seul luxe que nous nous offrions.

Les lumières de la ville de Londres forment un étrange spectacle, et la nuit étoilée donne une atmosphère de mystère et de romantisme à la soirée. Nous trinquons, plus par habitude que par réelle envie, et je bois une gorgée de mon vin. Je repose mon verre, sachant que je ne le terminerai pas.

-Alors ?

Je prends une inspiration, me lève et me penche au dessus de Ron. Je l'embrasse doucement, tendrement. Je le sens qui pose son verre, puis qui pose ses mains sur mes hanches. Il sourit contre mes lèvres, et me dit, dans un souffle "si c'est ce que tu avais à me dire, ça me convient tout à fait aussi". Je ris et apprécie ses bras autour de moi. Notre baiser se fait plus profond, et je sens ses mains plus insistante. Elles passent sous ma chemise, et caressent mon dos, mes hanches. Je suis tout près de laisser tomber la révélation et d'apprécier ce moment de tendresse avec Ron comme il se doit. Mais non. C'est trop important... Je m'assois sur ses genoux. Et cherche comment lui annoncer.

Que dire ? Comment formuler ? Comment faire en sorte que ce soit le plus doux, le mieux possible ? J'aimerais tant trouver la meilleure formule pour que cela reste le meilleur moment de sa vie. Il me regarde, et ma main joue avec les petits cheveux de sa nuque.

-Hermione... Tu me fais un peu peur là.

Je cesse de chercher. On se moque de la formule après tout. Je le regarde, et m'apprête à me délecter de son visage surpris et heureux.

-Ron... Je suis enceinte.