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Pairings : Hermione/Drago

Résumé : Devant la mauvaise réputation qu'est en train d'acquérir Poudlard à cause de la tristesse de ses élèves, Rogue décide de réquisitionner ses préfets... En espérant que ces derniers trouvent un terrain d'entente!

Nda : Voici un nouveau chapitre... Publié le jeudi en lieu et place du vendredi... Je suis pas géniale? J'espère qu'il vous plaira, j'ai un peu galéré pour écrire la fin. Bref de bref, je n'ai rien d'important à vous dire, si ce n'est vous remercier pour toutes vos reviews qui me donnent envie d'écrire plus vite et de publier le plus rapidement possible (d'ailleurs on en voit la conséquence, je publie aujourd'hui plutôt que demain).

Je voulais d'ailleurs faire une petite précision qui m'a été demandée en review anonyme : combien de chapitres aura cette fic?

Je ne sais pas vraiment, étant donné que j'écris quasi au jour le jour. J'avais trois chapitres d'avance (dont un à peine achevé)... Inutile de vous dire que taper le prochain en une semaine va être très très chaud... :S Bref, je m'égare, je ne sais pas exactement combien de chapitres il y aura, mais ce que je peux dire, c'est qu'il y en aura une dizaine. Voilà!

Merci beaucoup à hermymalefoy33 ; Jeff-La-Bleue ; MiaSa, Sephorae ; Shoushoo ; c_Uz ; Lorelyne ; Kowala ; Elisendre , et Aiedail Choupette.

Bonne lecture!

Chapitre 2 : S'entraider.

Les notes s'élèvent. Hermione fixe son clavier. Une fausse note s'insère dans son jeu, et elle grimace. Elle ne peut quitter les touches noires et blanches des yeux, n'étant pas assez expérimentée. Mais Drago la regarde, et l'admire. Elle n'a appris le piano que durant un an. Et elle en joue déjà parfaitement. Les arpèges s'envolent, et les deux pianos se répondent. Il sourit, la regarde. Ce moment de musique partagé est plus beau que tout ce qu'il a pu espérer entendre un jour. La magie n'est pour rien dans ce concert. Ils n'ont instillé aucun des artifices dont les sorciers usent à l'ordinaire, ils louent simplement les moldus, à l'honneur ce soir.

Soudain, le moment le plus difficile va arriver. Celui pendant lequel Drago joue sur une autre octave que celle d'Hermione. Il la voit qui se crispe, imperceptiblement. Si la partition est jouée correctement, l'éclat pur fera parcourir un frisson dans l'assistance. Les sons se complètent, la grave et l'aiguë, le do et le mi, le la et le fa. À ce moment, elle est censée jouer moins fort, et Drago apporter une touche de masculinité en la musique. La virilité dans la grave et la force de l'homme en la puissance de la note. Et puis la douceur féminine au toucher plus volatile, le son aigu des anges s'envolant dans les airs, grimpant au plafond et emplissant les cœurs. La musique comme accouplement, la musique comme compréhension, la musique comme complément...

...En théorie.

..oo00°°

Je sors du cours de Flitwick avec une drôle de sensation au creux du cœur. L'échange que je viens d'avoir avec Malefoy n'est qu'hypocrisie. Mon sourire était forcé, ma main tendue un artifice, et notre petit discours de la pure superficialité. Mais si cela avait été possible... Si nous avions pu nous comprendre pour de vrai, échanger avec civilité, enterrer la hache de guerre... Entrevoir la possibilité d'une paix avec Malefoy est étrange. Et songer que j'aurais aimé que ce soit vrai me plonge dans la plus profonde perplexité.

Pourquoi aurais-je envie d'une paix avec Malefoy, par Gryffondor? Malefoy est fourbe, hypocrite, rusé, intéressé... Et la liste est longue. Je m'ébroue, tentant de chasser ces drôles d'idées de mon esprit. Une paix avec Malefoy? Utopie. Nous sommes ennemis depuis si longtemps... Et il correspond point par point au genre de personne que je hais. Si l'on cherche toutes les qualités que j'aime chez une personne, et qu'on en prend l'opposé, on trouve Malefoy.

Mes pas se dirigent vers la Grande Salle. Harry ne m'a pas attendu, ce dont je ne suis guère surprise. Ron ne m' a pas attendu non plus, mais c'est le contraire qui aurait été étonnant. À l'heure du déjeuner, les droits du ventre priment sur les droits de l'amitié. Alors je marche seule vers la grande salle, mes pensées exclusivement tournées vers ce bal et vers un certain blondinet rusé comme un serpent...

Je me laisse tomber sur le banc, aux côtés de Ginny. On entame une discussion sur les profs, la rentrée, les changements... Et soudain je comprends ce que Rogue a voulu dire. L'école est moribonde. Je m'en rends compte soudain, et chaque détail me saute aux yeux comme jamais. Les éclats de rire dans la Grande Salle à l'heure du déjeuner sont si rares que lorsque cela arrive, tout le monde se retourne sur la personne qui rit à gorge déployée. Si l'on regarde dans les yeux les élèves, l'étincelle de gaieté qui devrait être propre à des adolescents est gravement absente. Les yeux ternes, les conversations plates, les solitaires semblent être à présent le propre de Poudlard.

Un frisson me parcourt.

Ils ont vraiment besoin qu'on fasse quelque chose.

Fort heureusement, j'ai le soir même ma ronde à faire avec Malefoy. Les préfets s'en occupent de vingt heures à vingt-deux heures trois soirs par semaine, et les préfets en chef les quatre autres. C'est donc notre tour ce soir, et pour les trois suivants, de traquer les désobéissants. Nous allons avoir beaucoup à nous dire avec Malefoy, ce qui va sans doute nous changer des insultes... Parfois je me dis que c'est nous que nous devrions réprimander pour nos gamineries et le bruit que nous faisons dans les couloirs. Mais je ne peux m'en empêcher, il m'insupporte tellement! Il a des idées archaïques, il est étroit d'esprit, il se croit merveilleux, beau et intelligent. Or, dans le lot, il n'y a qu'une seule assertion de vraie.

Enfin... Bon. Certes, c'est vrai qu'il est assez beau, je ne peux le nier. Il a les traits fins, et même si je trouve cela peu viril, je dois reconnaître qu'ils sont dignes d'un ange. Sa couleur de cheveux pourrait être plutôt jolie, si j'y étais sensible. Mais je n'aime pas les blonds. Trop... Bon. Oui, il est beau. Mais il a une telle expression de dédain à longueur de temps sur son visage que le regarder en face devient insupportable. Le mépris qu'il affiche sans cesse me le rend laid, j'aime les gens honnêtes et bons.

Et pourquoi par Merlin suis-je en train de disserter mentalement sur le physique de Drago Malefoy? Par les bombabouses de Nicholas Flamel, je me dois d'être concentrée sur mon objectif. Voir les étudiants aussi déprimés me fait du mal. Je suis attachée à Poudlard, et je prends la résolution de faire de mon mieux pour que ce bal soit magique. Quitte à travailler avec la fouine. Je veux leur redonner le sourire...

La journée passe plutôt rapidement, un simple cours de métamorphose de deux heures ne me rebute jamais. Au contraire, c'est tellement exaltant! Ces théories qui remettent en question notre monde et nos certitudes. Avec la métamorphose, rien n'est jamais fixe, et tout peut changer. Et aller à l'encontre de la Nature que je pensais immuable quand j'étais petite, me rend euphorique.

Il me reste quatre heures avant ma tournée, et je les utilise pour lire un livre énorme et passionnant sur l'étude de la Rune qui signifie "religion", dans le parc de Poudlard. Un nouveau magicien vient juste de publier un livre dans lequel il affirme qu'à l'époque où les sorciers sont nés, les hommes dépourvus de pouvoirs l'étaient déjà depuis bien longtemps, et que sorciers et moldus cohabitèrent pas mal de temps ensembles. Or, de la cohabitation des hommes naissent obligatoirement bien des choses, comme les techniques artisanales, certaines lois ou pactes de non-agression, et, bien sûr, une religion commune. Il subodore et confronte alors les hypothèses que la croyance en les quatre fondateurs, en Merlin et autres figures emblématiques sorcières sont intimement liées aux dieux grecs des athéniens... Passionnant. Ron se moque légèrement de moi, et vient se mettre à côté de moi, une expression soudain sérieuse.

-Mione, ce boulot de Préfète te bouffe... Regarde-toi, tu as des cernes de six pieds de long...

-Ne t'inquiète pas, Ron, ces fonctions me plaisent. Et il faut bien quelqu'un pour les assumer...

-Allonge-toi sur mes jambes.

Je ne m'étonne plus. Ron, avec la guerre, est devenu bien plus mature qu'il ne l'était. Il comprend à présent bien mieux les autres, et s'il a gardé son humour foireux et sa goinfrerie, il a en revanche gagné en empathie et légèrement en tact. Je mets ma tête sur ses genoux, perpendiculairement à lui, et il se met à passer sa main dans mes cheveux. Je grimace parfois lorsque ses doigts se perdent dans mes nœuds, mais dans l'ensemble, la caresse est agréable. Si agréable même que mes yeux se ferment et que mon livre bascule. Je crois qu'effectivement je suis un peu fatiguée. Ma respiration s'apaise et, doucement mais sûrement, je plonge dans un sommeil réparateur.

Je me réveille je ne sais combien de temps plus tard, alors que le soleil se couche sur le lac, filtré par les arbres de la Forêt Interdite, et le murmure des voix termine de me bercer. Ron et Harry discutent Quidditch. Je laisse les derniers fils du sommeil s'évanouir, et je me redresse.

Les garçons me regardent avec un sourire.

-Tu es mignonne quand tu dors, me dit Harry.

-Ça t'a fait du bien en tout cas, tu as l'air détendue, constate Ron.

Je me frotte les yeux et l'ensemble du visage, et m'étire. Ils éclatent de rire.

-Tu as quand même dormi près de quatre heures.

Et là je sursaute.

-Quoi?! Mais quelle heure est-il?

-Vingt heures cinq, me répond Ron, une expression interrogatrice sur le visage.

-Et flûûûûûte! Par les chaussettes de Merlin, j'avais rendez-vous à vingt heures!

-À vingt heures? Mais avec qui?

-Avec Malefoy, on a une nouvelle mission que Rogue nous a donnée, et nous devons faire notre tournée... Je vous rejoins à dix heures dans la salle commune?

Je ne les laisse même pas répondre, et cours vers le château. Il va hurler. Il déteste les retards... Et mince, le pacte de non-agression est en train de partir en fumée... Je finis par gagner notre point de rendez-vous -le hall- et Malefoy hausse un sourcil narquois en me voyant...

-Sexy ta tenue Granger...

Je me regarde dans une des grandes baies vitrées, et vois mes cheveux encore plus ébouriffés que d'habitude, rendus électriques par la main de Ron, mon chemisier qui est complètement de travers, ma jupe dont le revers est plié sur ma jambe, ce qui la fait remonter au-dessus du genou. Je me rhabille correctement, les joues rouges.

-Bon, on commence par où?

Il a l'air agacé... Je ne vois pas ce qui le défrise. Peu importe. Je me réponds à moi-même puisqu'il ne semble pas disposé à le faire.

-Par la grande salle? On prend l'aile ouest, puis la sud, on passe par l'est et on finit par le nord, histoire de surprendre les amoureux à la tour d'astronomie?

-Non, Granger, es-tu stupide ou le fais-tu exprès? Il faut surprendre les amoureux dès maintenant, sinon on leur donne du répit... Il faut qu'on fasse le contraire, d'abord l'aile est, et on termine par le sud...

-Malefoy, par Merlin! Quand vas-tu cesser de toujours remettre en cause tout ce que je dis? Les amoureux vont arriver après, bien plus tard, les filles doivent se préparer, les garçons se vanter, et ENSUITE seulement ils vont à la tour. Alors que pour l'instant ce sont les gamins de deuxième année qui sont en train de chercher la meilleure bêtise à faire, généralement dans les toilettes, et surtout celles de Mimi, dans l'aile Ouest... Tu sais en plus que j'ai raison!

Il grimace.

-Très bien.

Cet effort semble lui avoir coûté. Je reste stupéfiée.

-Ferme la bouche, Granger, on dirait un Strangulot.

Ok. Stupéfiée est un mot savant, les enfants, pour dire que je suis élégamment la bouche grande ouverte, les yeux vitreux et que je reste ainsi de loooongues secondes.

Je me reprends.

-Que se passe t-il? Tu es d'accord avec moi?

-Non. Simplement on va opérer comme tu le dis, et on verra si tu as eu raison. En théorie, ta solution a l'air bonne. Mais je parie ma baguette que dans les faits, il aurait fallu suivre ce que j'ai dit.

Assurée, je commence à prendre la direction de la Grande Salle. J'entre à l'intérieur, un lumos au bout de ma baguette, puisque la lumière a décru très sensiblement. Je la pointe sur tous les coins et recoins. Rien. Personne. Pas de points à retirer. Tant mieux...

Je commence alors à monter les escaliers du hall d'entrée, et une fois en haut, prends à gauche. Il me suit. Un petit chien. Nous n'avons pas commencé à discuter de Rogue, mais personnellement, je n'ai pas très envie d'engager la conversation. Je suis calme et posée comme fille, mais il ne faut pas non plus me pousser. Or, trop souvent, je perds mon calme devant lui. J'avais réussi depuis ma troisième année à garder mon flegme devant lui et à intimer le même comportement de mes amis. Mais depuis le début de l'année, cette sagesse ne semble plus être de mise dans mon esprit et mon corps. Cela devient physique. Je ne peux le supporter, je ne peux lui parler civilement, je ne peux être amicale ou ne serait-ce que polie. Il m'énerve. C'est aussi simple que cela.

Il s'est soudain arrêté. Je me tourne vers lui, agacée.

-Qu'est-ce que tu fabriques?

Il me montre d'un doigt un recoin de tapisserie, et l'index sur la bouche m'impose le silence. D'un coup de baguette, il dévoile le malheureux. Un gamin de onze ans. Du genre de Neville. Du genre pataud qu'on laisse derrière parce qu'on n'en a rien à faire de lui, et que comme ça on est tranquille parce qu'il y en a un qui aura pris pour tout le monde. Du genre moi. Le gamin lève alors son menton tremblant vers Malefoy, implorant silencieusement sa pitié. Je devance l'autre serpentard qui, si je lui en laisse le temps, va martyriser ce pauvre gamin.

-De quelle Maison fais-tu partie?

-Serdaigle.

La petite voix fluette tente de se raffermir.

-Il me semble que tu es bien loin de ta Salle Commune... Que fais-tu ici?

Il semble s'en remettre directement à moi à présent. À mon humble avis, il a remarqué les sceaux de nos maisons et a compris où allaient ses intérêts.

-Je me suis perdu en cherchant les toilettes.

L'excuse minable répétée mécaniquement me fait pressentir le groupe d'insoumis qui se fiche des règles tant qu'elles ne sont pas pour eux.

-Tu n'auras rien pour cette fois, mais sache que tu as dépassé l'heure du couvre-feu. La prochaine fois, tu auras droit à des points en moins. Quel est ton nom?

-Martial Deauclaire.

Je me souviens de l'ex-petite amie de Percy. Ce gamin doit connaître le pouvoir et l'importance des préfets. Ce qui serait la raison de cet air désolé sur le visage...

-Martial, retourne à ton dortoir, et la prochaine fois, ton escapade te coûtera cinq points. Va dormir.

-Mais...

Cette fois, ses lèvres se tordent, et les larmes ne sont pas loin...

-Je connais plus le mot de passe pour rentrer!

Je soupire.

-C'est "Mens sana in corpore sano". Allez, vas-y.

En même temps, je les comprends ces gamins. Un mot de passe aussi long et en vieux latin...

Je reprends ma marche, oubliant Blondie.

-Hé oh! T'as pas l'impression d'exagérer?

-Pardon?

-D'abord, je suis ce que tu dis, nous faisons TON périple, ce que TU as décidé, et maintenant, alors que je trouve un gamin en faute, tu t'en charges et tu le laisses repartir sans même des points en moins.

-Non mais ho! Oui, nous suivons Mon périple comme tu dis, mais parce que c'était le meilleur, et je te signale que si je t'avais laissé ce pauvre Martial, tu en aurais fait du Miamhibou. Alors ne te moque pas de moi, tu sais que je fais ce qui est juste!

-Ah bon? C'est juste d'adapter les punitions en fonction des personnes, en fonction de la frimousse ou de l'âge du gamin? C'est juste de t'approprier ce qu'un autre a trouvé, de t'approprier la gloire d'un autre? C'est juste d'avoir de tels préjugés, comme quoi simplement parce que je suis à serpentard je suis incapable de pitié et je mange tout cru les petits enfants? Arrête Granger, tu es étroite d'esprit, et tu es injuste.

Je reste bouche close. Son laïus aurait pu me toucher s'il n'avait pas senti à plein nez le "je me rapproche de Granger pour faire un bal digne de ce nom". Je reprends ma marche le long du couloir de l'aile Ouest. Il nous reste trois ailes de sept étages chacune. Je sens le découragement me saisir. Mais j'avance.

-Tu pourrais me répondre quand même.

Je sursaute. C'est quoi cette manière de s'approcher silencieusement des autres et de parler comme ça tout d'un coup. Qu'il peut m'agacer!

-Je ne veux pas te parler. Si préparer quelque chose avec toi signifie m'aplatir devant toi, il en est hors de question.

-Arrête Granger, personne ne t'a demandé de t'aplatir. Simplement d'accepter les idées des autres. Ou au moins de les écouter. Mais non. Toi tu sais tout, tu as tout lu, tout vu, et c'est ton point de vue le meilleur. Moi j'aimerais que tu écoutes ce que j'ai à dire et à proposer.

Je soupire. Je suis honnête, c'est l'une des qualités de ma maison. Et je le suis en premier envers moi-même. Je sais qu'il a raison. Je sais qu'il m'a mouchée, et je me dois de le reconnaître. Fût-il un Serpentard. Fût-il Drago Malefoy.

-Ok. Propose.

-Quoi?

-Si tu es si intelligent et si tu as effectivement tant de choses à proposer, vas-y, je t'écoute. Propose quelque chose pour la soirée du trois juin.

Il semble réellement pris de court. Tant pis, ça lui apprendra. Mais il se reprend.

-Eh bien... Je n'avais pas prévu d'y réfléchir si vite, mais soit. Je pense... Je pense qu'il faudrait qu'on s'occupe de faire le recrutement un jeudi, toi et moi avons la matinée du lendemain libre. Donc nous pouvons consacrer la soirée du jeudi au recrutement plus qu'à nos devoirs. Par exemple, on met des affiches dans chaque salle commune demain, et on présente le projet, créer ou reprendre une pièce, créer des décors, ajouter la musique, et la jouer. On met une feuille sur laquelle ils écrivent leur nom. On leur dit que c'est facultatif et que ne participent que ceux qui sont prêts à donner de leur temps. Et on leur donne rendez-vous, voyons... Nous sommes le jeudi vingt-et-un octobre? Dans ce cas, vingt-et-un plus quinze... Nous serons le jeudi quatre novembre, et on interrogera les Serdaigles. On prend le plus motivé, et celui qui est le meilleur en théâtre. Il faudra qu'on fasse un recueil de questions à lui poser, et..

-Stop!

Je l'arrête. Je n'en peux plus de ce déferlement de paroles. Il faut que je reprenne mes esprits... D'autant plus que je ne l'avais jamais vu s'intéresser à quoi que ce soit. Et là, il m'explique sans m'insulter, de façon posée comment il voit les choses. Je n'avais jamais remarqué d'ailleurs qu'il avait tendance à parler avec ses mains. Ses belles mains d'aristocrate.

Bref.

-Je suis d'accord avec toi, mais ne crois-tu pas qu'il faudrait attendre un peu, et mettre toutes ces idées par écrit?

-Si tu as besoin d'écrire pour retenir, à ce moment, d'accord...

Il m'énerve!

-Non. Je n'ai pas besoin d'écrire pour retenir, mais je pense que dans le déferlement d'idées qu'on va avoir, on ne va pas se souvenir de tout. Ce qui serait dommage...

-J'ai envie de te proposer quelque chose, mais j'ai bien peur que tu me tombes de nouveau dessus à bras raccourcis...

-Quoi?

-On arrête là la ronde. On laisse pour une fois les amoureux et les galopins s'amuser dans le château, et nous on va à la Salle-Sur-Demande, s'occuper de tout ça...

Le muffle! Comme si j'allais laisser tomber et négliger mon rôle de Préfète! C'est un devoir qui nous a été donné! En même temps, je ne me sens pas de me mettre à réfléchir sur cette organisation de dix heures à minuit... Je suis suffisamment fatiguée comme ça...

-Non.

C'est avec résignation que je prononce ces mots.

-C'est une mauvaise idée. C'est notre devoir de nous occuper de tout ça.

-Oui, mais Rogue nous a surchargés, il ne faut pas qu'il oublie que nous avons un peu trop de tâches. Donc je pense qu'il ne nous en voudra pas trop si nous négligeons un peu les gamins, et si nous nous focalisons sur l'image de Poudlard. D'ailleurs ce qu'il veut, c'est que les élèves aient le sourire. Les laisser s'amuser un peu le soir venu n'est pas non plus si néfaste, et peut participer à leur redonner le sourire. Et bon. Ce n'est pas comme si on était en pleine période scolaire : dès vendredi on est en vacances. Laisse-les souffler, Granger.

Je le regarde dans le fond des yeux sans le voir. Je teste tous ses arguments. À mon plus grand dam, ils sont justes et justifiés. Il a raison. Pour la deuxième fois de la soirée.

-Ok.

Je me contente de souffler cette réponse. J'ai honte quelque part...

Il se tourne alors et commence à marcher vers la Salle-Sur-Demande. Je lui emboîte le pas, peu fière de ce que je m'apprête à faire. J'ai toujours détesté négliger ce qu'on m'avait confié. Nous arrivons devant le mur vierge que je connais par cœur grâce à l'AD, et je le regarde défiler trois fois, un air concentré sur le visage.

Une poignée apparaît, et comme à chaque fois, je ne peux m'empêcher de m'émerveiller devant la magie. Il pousse la porte, et s'efface pour me laisser passer. Nous entrons et je regarde autour de moi, méfiante. Des tentures sont dressées sur les murs, de couleur verte. Je trouvais le vert froid et neutre, avant. Et je me rends compte là que tout compte fait, le vert est une jolie couleur. Les tentures sont pour certaines très foncées, presque vert bouteille, et d'autres vert prairie, ce qui rend les murs un peu plus chaleureux. En revanche, le feu de cheminée que Malefoy a invoqué érige des ombres inquiétantes sur les murs, et des chandeliers nous grandissent tous les deux. Je ne me sens pas vraiment à l'aise, et mes cheveux se dressent sur ma nuque. Au moment où je pense cela, les chandeliers sont remplacés par des sphères de lumières plus vives, et des fauteuils rouges apparaissent autour d'une table basse en bois chaleureux. Je l'entends soupirer derrière moi.

-Avais-tu vraiment besoin de demander des fleurs?

Je me retournes et vois un bouquet sur une grande table. Je rougis légèrement, et me dirige vers le bouquet. Les lys sont blancs et roses. Je m'approche et leur odeur entêtante me propulse dans mes souvenirs estivaux chez mes parents. Je secoue la tête. Ce n'est pas le moment.

-Où veux-tu qu'on travaille?

Il me désigne la table, et sort plume et encre de son sac. Je sors également du parchemin. Un air fatigué sur le visage, il me dit:

-Bon. D'abord, est-ce que tu es d'accord avec moi pour les affiches et les jeudis.

-Oui.

Notre fatigue commune nous oblige à faire au plus vite. Et pour cela de reconnaître la valeur des idées de l'autre.

-On met quoi sur l'affiche?

-On peut présenter ça comme une petite annonce. Genre "Recherche une personne passionnée de théâtre, qui aime écrire, ou qui aurait envie d'adapter un classique pour représentation devant tout Poudlard. Seule obligation : travailler avec un représentant de chaque Maison, et d'écrire sur les Moldus, ou d'adapter une pièce Moldue. Casting jeudi quatre novembre".

Je dicte et il note. Je crois que j'aime assez cette position.

-C'est une bonne base, dit-il. Mais je pense qu'il faut adapter en fonction des Maisons.

-Comment ça?

-Eh bien, par exemple pour les Serdaigle "Recherche personne passionnée de théâtre, ayant une grande connaissance de la littérature théâtrale sorcière et moldue pour créer ou adapter une pièce, et la présenter devant tout Poudlard. Recherche également personne capable de travailler avec un représentant de chaque Maison, et d'écrire sur les moldus ou d'adapter un classique moldu. Rendez-vous jeudi quatre novembre." Leur ego surdimensionné sera flatté par la connaissance demandée et la notion de "capable".

-Oui, c'est vrai. Donc pour les Poufsouffles, on rajoute qu'on a besoin d'eux. Ils ont une générosité tellement naturelle qu'ils le prendront comme un coup de main à nous donner.

J'ignore son ricanement.

-Et puis pour les Serpentards, on rajoute l'idée de briller devant les professeurs et peut-être quelques personnalités politiques.

Il me regarde, intéressé.

-Oui, ça pourrait être pas mal. Là tu peux être sûr que tous ceux qui ont été discrédités pendant la guerre rappliqueront aussi sec.

Je dresse l'oreille, vivement intéressée.

-C'est ton cas?

Je n'ai pas pu m'empêcher de le lui demander. Je dois être incorrigible. Il soupire. Ferme les yeux. Hésite sur ce qu'il peut me dire ou non. Il reste impassible. C'est tout de même incroyable un tel degré de maîtrise de soi. J'ai tenté de le provoquer, et il n'a même pas répondu!

-Non. N'oublie pas que j'ai été innocenté de toute les charges portées contre moi.

Ça je le sais. Il me prend pour une idiote ou quoi? Je sais parfaitement qu'il a été blanchi de tout. Mais si l'opprobre n'a pas été jetée sur le nom de Drago, elle l'a été sur celui de Lucius... Il doit chercher à s'affranchir de la réputation paternelle...

-Et ton père?

Cette fois, il se crispe notablement.

-Quoi mon père?

Et il me parle sèchement à présent.

-Ton père n'a pas été innocenté. Tu dois avoir peur d'un jour pâtir de sa réputation, non?

Je le vois pâlir et perdre le peu de couleur qui peut tapisser ses joues. Il manque de s'énerver. Je le vois à la veine qui bat sa tempe. Je le vois dans ses yeux. Nous sommes si proches. Sans nous en rendre compte, nous nous sommes à moitié levés de nos chaises, et, mains à plat sur la table, nous avons approché nos têtes. Nous nous fusillons du regard. Nous sommes à la fois en posture offensive et défensive. Je vois qu'il est prêt à me hurler dessus, à perdre son flegme légendaire. Mais non. Il se rassied, se saisit de sa plume, de son parchemin, les glisse dans son sac et commence à se lever.

-Que fais-tu? Nous n'avons pas fini!

Je lui cours après. S'il part, je suis perdue. Je n'arriverai jamais à tout terminer seule, et si j'échoue à tout préparer correctement, c'est sur moi que tout retombera puisqu'il est le filleul de Severus Rogue.

-Attends!

Je lui saisis le bras avant qu'il ne tourne la poignée de la porte.

Les mots ont du mal à sortir et se perdent dans ma gorge. Ils se font nœud et se fondent dans mon palais, refusant de franchir la barrière de mes lèvres. Je me force, mais n'y arrive pas. Je sais que ce serait mieux pour notre travail que je le dise. Je fais un dernier effort. Nous ne nous quittons pas des yeux, et il suit mon combat contre mon corps, contre ma répulsion.

-Je suis désolée.

Ça y est. Ils ont enfin été prononcés. Son visage à lui se radoucit. Il prend ma main, et la glisse dans sa paume. Ses longs doigts et sa grande paume recouvrent entièrement ma petite main. Ses doigts sont froids, alors qu'il fait très chaud dans la pièce. Mais c'est une fraîcheur agréable. Et douce. Il ne me quitte pas des yeux, et agite nos mains de haut en bas, dans un simulacre de traité de paix.

-Si nous travaillons ensemble, il faut que nous arrêtions de nous disputer sans arrêt.

Sa voix est bizarrement rauque. Il doit être surpris lui aussi de cette situation inédite. Me voir échanger une poignée de main avec Drago Malefoy m'abasourdit au plus haut point. Même si cela n'est plus aussi répugnant. Au contraire, notre collaboration pourrait être fructueuse, et j'ai envie d'y croire tout d'un coup. De croire que lui et moi sommes doués et pouvons collaborer.

-Oui. J'arrête de te parler de la guerre, des mangemorts, de ta ruse et de ta stupidité. J'arrête de te parler de ton père, et je te promets de ne plus prononcer un mot sur ta famille ou tes amis.

-Je te promets de ne pas te traiter de Sang-de-Bourbe. Je te promets de ne pas te parler de tes amis et de ne pas les critiquer en ta présence. Je te promets d'essayer de te considérer comme une personne normale. Ne m'en demande pas plus, je n'en suis pas capable.

-Nous sommes d'accord.

Cette fois, la poignée de main est plus vigoureuse, et, contrairement à cet après midi, plus sincère. Du moins, j'ose l'espérer... Parole de Serpentard, parole à deux mornilles dit le proverbe. Mais cette fois je veux y croire. Ne serait-ce que pour espérer.

Deux heures plus tard, il est dix heures et demi, et nous sommes affalés dans les fauteuils rouges. Enfin. Je suis affalée. Lui il est élégamment allongé dans sa commodité de conversation. Je suis profondément exténuée, et mes yeux se ferment tous seuls. Je les laisse clos pour un instant. Nous avons réussi à faire de jolies affiches. Malefoy a triplé de volume ses parchemins, et je l'ai laissé écrire. Mes pattes de mouche sont bien moins attirantes que son écriture calligraphiée. Il s'est appliqué, et nous avons fait de bons petits discours propres aux Maisons. Celui de Gryffondor est d'ailleurs pacificateur et demande l'union des maisons pour être plus forts et meilleurs.

Les lettres que nous avons écrites dansent devant mes yeux. J'ai même retrouvé un sort pour les colorer. Malefoy a voulu que les fioritures brillantes soient en or, en blanc et en noir. Il dit que c'est classe. J'ai préféré le laisser faire. Et c'est vrai que nos affiches sont jolies. Des fioritures dorées sur fond noir, une écriture carmin, prairie, azur ou solaire, et les mots importants en blanc.

Les phrases que nous avons rédigées se baladent, et mes yeux les laissent danser à leur guise sans plus les suivre. Le ballet se fait vert et rouge, or et noir, et je vois des lettres se détacher... Je crois que je sombre légèrement dans l'inconscient.

J'entends alors une voix agacée qui m'appelle.

-Granger! Granger par Merlin, vas-tu te réveiller?

J'émerge enfin, me disant qu'il exagère pour cinq minutes pendant lesquelles j'ai fermé les paupières.

-Une heure que tu dors, et trois fois que je t'appelle. Tu exagères!

J'écarquille les yeux.

-Une heure? C'est une blague?

-Non.

Il est agacé, et je me dis que je suis peut-être malade pour être aussi fatiguée... Je dois être en anémie, je n'arrête pas depuis le début de l'année, alignant les heures supplémentaires.

-Bon. Pendant que tu dormais, j'ai établi la liste des personnalités qu'il faudrait, à mon avis, inviter.

-En parlant de cette soirée, tu as une idée de ce qu'on va bien pouvoir faire nous?

Il soupire.

-Non. Je n'en ai pas la moindre idée.

Je baille à m'en décrocher la mâchoire.

-Je te propose qu'on voie ça demain. Là je suis trop fatiguée, je vais aller me coucher. Tu me donnes la liste? Je vais la regarder et peut-être y ajouter des noms.

Nous nous levons en même temps. En état léthargique, je prends mon sac et ma cape et nous sortons de la Salle sur Demande. Les couloirs sont vides et sombres. Je frissonne et mets ma cape. Nous descendons l'un et l'autre les escaliers mouvants. Puis nous arrivons sur le palier sur lequel nous devons nous quitter. Je lève les yeux vers lui.

-Bo -hoooooooooooo-nne nuit, Malefoy.

Ma phrase est coupée par un affreux bâillement qui le fait grimacer.

-Ouais, c'est ça, bonne nuit Granger. Et dors, je ne sais pas ce que tu fabriques la nuit, mais tu as une sale mine.

Et voilà. Un p'tit commentaire, histoire de me dire ce que vous en pensez?