Chapitre III : Divine surprise

La couche de neige qui recouvrait le sanctuaire s'était épaissie durant la nuit. Les marches des escaliers entre chaque maison du zodiaque étaient totalement recouvertes. Le ciel était dégagé et la météo ne prévoyait plus de neige pour quelques jours. La température restait irrémédiablement en dessous de zéro degré. Les chevaliers d'or n'avaient pas trop à se plaindre du froid avec leurs armures d'or.

Mais cette fois-ci, ils devaient les laisser au sanctuaire. Les plus prévoyants avaient déjà sorti les gros manteaux d'hiver comme Camus, Aldébaran, Mû, Saga ou Shura et les avaient sagement préparés la veille. Ceux qui cherchaient tout à la dernière minute - et qui cherchaient encore maintenant - comme Aiolia, Aphrodite,DeathMask, Milo ou Kânon avaient déjà retourné la moitié de leurs appartements.

Aiolia était certain que son écharpe auburn se trouvait quelque part dans un de ses tiroirs. Il portait un manteau d'hiver vert-émeraude, jeans bleu et des chaussures noires. Il n'aimait pas trop s'habiller "en civil". Son armure d'or reposait sur son socle à quelques mètres de son lit tandis que son propriétaire ouvrait tous les tiroirs de sa commode, en sortait quelques affaires avant de les refermer. Bon sang, où était-elle passée ? Une valise fermée était posée sur le lit. Aiolia avait pris quelques affaires, pas grand-chose. Juste ce qu'il fallait.

Le Lion se mit à quatre pattes devant son lit et passa son bras droit sous le lit à l'aveuglette. Il toucha quelque chose de dur, il balada sa main un peu plus vers la gauche du lit et toucha quelque chose de doux. Intrigué, il l'attrapa et le ramena vers lui : une peluche de lion. Il jeta la peluche (qui représentait un lion couché) vers le socle de son armure et repartit à la pêche. Il sortit successivement une botte gauche, une boîte en carton brun,une autre peluche de lion, une souris en plastique (sans doute du chat qu'il avait recueilli quelque temps auparavant et dont il n'avait aucune nouvelle). Pas d'écharpe.

Quelqu'un frappa à la porte. Aiolia lui donna la permission d'entrer tandis qu'il repartait à l'aventure sous son lit. Habillé d'un manteau noir, d'un pantalon de la même couleur ainsi que de grosses bottines, une écharpe blanche autour du cou, Shaka cligna des yeux en voyant le Lion à quatre pattes sous le lit.

"Aiolia ? Fit-il doucement. Qu'est ce que tu fais là-dessous ?

- Je cherche mon écharpe, répondit-il en sortant une peluche représentant un chat roux."

D'un geste lent, Shaka lui tendit ce qu'il avait dans sa main droite : une écharpe auburn parfaitement pliée. Aiolia soupira d'exaspération.

"Je l'ai trouvée tout à l'heure en fouillant mes affaires, expliqua la Vierge. Je suis venu te la rendre."

Aiolia se releva,dépoussiéra son pantalon d'un geste de la main avant de prendre ce qui lui revenait. Il toucha la main de son ami : elle était glacée. Il passa l'écharpe autour de son cou et ne put s'empêcher de faire remarquer :

"Tu as les mains gelées."

Et il n'y avait pas que ça. Les joues de Shaka étaient rosies par le froid, chose qui n'arrivait pas quand il portait son armure d'or.

"Il fait très froid, murmura la Vierge. Vraiment très froid. Camus dit que ça va s'empirer dans la semaine."

S'empirer ? La température était déjà bien dans le négatif. Le plus à craindre n'était pas vraiment les épaisses couches de neige qui recouvrait tout le domaine sacré, mais plutôt le verglas sur la route. D'après Mû, ils devaient attendre un, car en bas des maisons du zodiaques pour se rendre à un hôtel ou un chalet comme cela avait été dit par Athéna(Mû lui avait passé un coup de téléphone la veille pour avoir des informations). Comment comptaient-ils rouler avec un temps aussi exécrable ?

"Les autres nous attendent en bas, fit Shaka. Il est bientôt neuf heures."

Aiolia acquiesça d'un air entendu, prit sa valise à bout de bras, et suivit son ami. Il remarqua par ailleurs qu'il n'avait pas de valise. Il ne peut s'empêcher de lui faire la remarque. Shaka se contenta de sourire :

"Aldébaran est venu la chercher hier soir."

Ha oui. Question idiote, bien sûr. Les deux chevaliers d'or sortirent de la maison du Lion. Le vent souffla en leur direction et Aiolia ne put retenir un frisson.

Dans la maison du Scorpion, son gardien avait retourné tous ses appartements. Il cherchait désespérément une chaussure droite tandis que le gardien de la onzième maison, un manteau blanc, une écharpe rouge avec un jeans bleuté et des chaussures noires, assis sur le lit, le regardait s'activer sans vouloir bouger le petit doigt. Il y avait par terre des vêtements, le casque de l'armure du Scorpion (qui s'était reconstituée dans un coin de la pièce, sans le casque, Milo ne voulait pas chercher à comprendre), des livres, une chaussure gauche et une valise fermée. Il avait déjà regardé sous le lit, dans sa cuisine, dans ses commodes, même au-dessus de sa bibliothèque. Bon sang, il avait trouvé la chaussure gauche près de son lit, la droite ne devait pas être loin.

"Tu as regardé dans la salle de bain ? suggéra le français."

Ni une ni deux, Milo partit sans demander son reste. Il émit un juron audible jusqu'en Russie quand il aperçut ladite chaussure confortablement installée près de sa baignoire. Cela faisait juste deux heures qu'il cherchait. Il revint dans sa chambre, prit l'autre chaussure avant de s'installer près de son ami pour les enfiler.

"Tu devrais ranger un peu, fit remarquer Camus."

Milo se contenta de hausser les épaules. Il rangera à leur retour. Ce n'était pas pressé.

Le chevalier du Scorpion portait un manteau beige, un jeans bleu et ses fichues chaussures noires. Enfin prêts, le deux chevaliers d'or quittèrent les appartements du huitième gardien pour se rendre à la première maison du zodiaque. Ils rencontrèrent Shura portant un manteau noir, une écharpe rouge et un jean noir, sortant de la maison du scorpion.

Aphrodite en était certain : il sera encore le dernier. Ce n'était pas de sa faute si cette valise refusait de se fermer. Il avait déjà enlevé une partie de ses vêtements, qui jonchaient maintenant le sol. Il avait déjà utilisé cette valise pour retourner en Suède. Il n'avait jamais eu autant de mal à la fermer. C'était vrai qu'il avait l'habitude de prendre deux ou trois vêtements et ensuite son armure d'or pour se rendre dans son pays. Mais pas pour deux semaines.

Le chevalier des Poissons soupira avant de s'asseoir sur sa valise pour l'obliger à se fermer. Après quelques acrobaties, il réussit tant bien que mal à fermer le premier loquet. Très bien, plus qu'un maintenant. Il tendit la main droite vers celui-ci et tenta de le fermer, sans succès. Il se positionna plus vers la droite de la valise pour que son poids l'aide à refermer cette partie. Il tira sur le loquet d'un coup sec et le referma. Il soupira de soulagement, s'enleva de la valise avant de la prendre et de sortir de ses appartements. Il s'empara au vol de son écharpe bleu clair qui traînait sur sa table de nuit. Il portait un manteau bleu foncé, un pantalon de la même couleur et des bottes noires. Une fois sorti de son temple, il soupira une nouvelle fois devant le nombre de maison à franchir et se mit en route.

Portant un manteau bordeaux, un jeans bleu, des bottines brunâtres et une écharpe jaune claire, Mû faisait les cent pas devant la première maison du zodiaque. Il consultait sa montre tout les cinq minutes depuis un bon moment avant de reprendre sa marche. Que faisaient-ils bon sang ? Il était neuf heures et quart ! Ils étaient tous en retard. Ils avaient pourtant dit qu'ils se donneraient tous rendez-vous en bas de la maison du Bélier pour neuf heures ! Non, franchement, ils exagéraient. Et pas de trace d'Aldébaran qui devait être le premier à être là. Les jumeaux n'étaient pas très ponctuels, du moins, surtout Kânon. Deathmask...il ne savait pas en fait. Il venait toujours aux réunions à l'heure, pourtant. Et Camus ? Lui qui était là toujours un quart d'heure à l'avance ! Il devait attendre Milo sans doute. Aphrodite, on ne pouvait pas compter sur lui. Il était toujours le dernier aux réunions bien que sa maison fût la plus proche de la salle du grand pope (Mû n'avait jamais cherché à approfondir ce sujet). Quant à Shura, il était un peu comme Camus, toujours en avance. Shaka, il ne fallait pas en parler. Lui, en retard ? Mû n'y croyait pas et pourtant, sa montre en était témoin, il avait bien un quart d'heure - maintenant vingt minutes - de retard ! Et le chat. Ce chat fougueux de la cinquième maison, où était il encore passé ?

Mû se promit intérieurement de leur passer un savon.

Il avait téléphoné à Athéna la veille pour connaître les directives. Elle avait été enchantée que sa lettre eût été acceptée (Aphrodite qui était resté avec Mû cette soirée-là avait eu qu'une seule envie : étrangler le Bélier avec le cordon du téléphone) et avait expliqué qu'un, car viendra les prendre le lendemain à neuf heures et demie du matin pour les amener dans un endroit de la Fondation Graad.

Et Mû avait prévu le coup. Il avait avancé l'heure du rendez-vous d'une demi-heure à cause des possibles retardataires. Et résultat des courses : neuf heures vingt et personne à l'horizon.

Ils n'allaient tout de même pas lui faire faux bond maintenant. Il était à deux doigts d'aller les chercher par la peau du cou et un coup de pied aux fesses pour certains.

Il consulta sa montre : neuf heures vingt-cinq. Il jeta un regard en haut des escaliers menant à la maison du Bélier. Il soupira en voyant arriver Aldébaran - qui portait un long manteau brun, un pantalon beige ainsi que des chaussures de la même couleur - tenant trois valises, Aiolia et Shaka.

Ok. Trois sur dix.

Tendant le bras gauche vers eux, Mû ne put s'empêcher de tapoter sa montre d'un doigt frénétique en leur faisant bien comprendre qu'ils étaient terriblement en retard. Arrivé à sa hauteur, Aiolia parla le premier :

"Les escaliers sont extrêmement dangereux entre la quatrième et la troisième maison, expliqua-t-il en se frottant les mains pour les réchauffer. On a failli se casser trois fois une jambe.

- La neige, ça glisse...murmura Shaka comme pour clore le débat.

- Moué...Quoi qu'il en soit,je peux comprendre que vous soyez en retard vous deux si vous avez fait attention entre chaque marche, déclara Mû en mettant les poings sur les hanches. (Il désigna le Taureau du doigt), Mais toi ! Tu étais pourtant à la deuxième maison que je sache."

Aldébaran passa sa main dans ses cheveux. En fait, il avait attendu Shaka pour venir. Et à neuf heures dix, il avait commencé à s'inquiéter de ne voir arriver personne. Ils s'étaient pourtant donné rendez-vous à huit heures quarante-cinq. Quand il avait vu Aiolia et Shaka arriver ensemble, il n'avait pas pu retenir une once de jalousie se manifester au creux de son ventre. Shaka avait alors expliqué qu'il avait oublié quelques affaires et avait retrouvé l'écharpe du Lion, ce fut pourquoi il s'était arrêté dans la cinquième maison. Le Taureau avait demandé ce que faisait l'écharpe chez lui. Ce dernier avait complètement ignoré la question et s'était contenté de les presser pour se rendre au point de rendez-vous.

Aiolia ne se souvenait même pas de quand datait ce prêt d'écharpe. De toute manière, il était bien incapable de dire quand il en avait eu besoin auparavant.

Aldébaran ne savait que dire pour justifier son retard auprès de Mû. Avant même qu'il ait pu articuler un mot pour dire un semblant d'excuse, Mû se jeta sur les nouveaux arrivants, montre désignée du doigt. Saga et Kânon tout deux habillés de la même façon, manteaux bleu marine, des chaussures noires et un pantalon de la même couleur, descendirent les marches du premier temple, valise au bout du bras. Aiolia fut bien incapable de discerner les jumeaux.

"Et demi ! Vous arrivez à neuf heures et demie ! s'écria Mû en leur montrant sa montre. Je vous avais pourtant dit d'être là à neuf heures pile !

- Hé ho, fit un des deux jumeaux - Aiolia paria sur Kânon. Il y a pas le feu. Puis, apparemment, nous ne sommes pas les derniers !

- Vous n'avez pas honte ? continua le Bélier sur sa lancée. Une demi-heure de retard ! C'est pas croyable ça ! (le deuxième jumeau lui attrapa les poignets et se mit à dire "calme, calme" de façon répétée) J'ai fait exprès d'avancer l'heure, car je savais que vous êtes en retard quand il ne s'agit pas d'entraînement, mais là, vous exagérez.

- On se calme ! fit le jumeau qui tenait les mains de Mû. Nous sommes désolés du retard. Kânon n'avait pas préparé sa valise hier soir. On a dû tout faire en quatrième vitesse.

- Et tu me voyais avec lui, ne put s'empêcher la Vierge de murmurer au Lion."

Le gardien de la cinquième maison secoua la tête avant de lever les yeux au ciel. C'était bien ce que les autres chevaliers d'or reprochaient à Mû : il voulait tout contrôler. Quand les réunions avaient recommencé au sein des douze maisons, il était celui qui réprimandait les retardataires (à quel titre, personne ne le savait). Il était celui qui organisait les rondes, les patrouilles, les entraînements, les missions extérieurs. Quand Poseidon avait attaqué le sanctuaire et qu'Aiolia avait voulu aller au sanctuaire sous-marin, c'était encore lui qui avait refusé de le laisser partir (sinon il devait le tuer, disait-il, une excuse idiote que le Lion n'avait jamais avalée). Et là, encore une fois, il voulait assurer le bon déroulement des opérations à savoir les chevaliers à l'heure pour partir pour ces vacances. C'était peut-être parce que son ancien maître avait été Pope qu'il agissait de cette manière. Il n'y avait pas vraiment de chef parmi les chevaliers d'or. Athéna était la seule à donner encore des ordres.

Saga, tenant toujours les poignets du Bélier, tenta de le rassurer sur le fait qu'ils partiront bien et que le, car n'étant toujours pas là, ils n'étaient pas vraiment en retard. Le gardien de la première maison le jaugea avant de détourner la tête vers sa propre maison et de se plaindre que c'était toujours pareil avec eux. Kânon ne fit aucun commentaire et se frotta les bras pour se réchauffer. Même habillé de cette façon, il avait encore froid, même si c'était vrai. Il n'avait pas aussi froid que la veille. Il se trouvait ridicule en habit dit civil et ce gros manteau l'empêchait presque de respirer. Et aussi, pour couronner le tout, il avait le même que son frère, habillé de la même façon. Kânon avait passé des années à lutter pour qu'on ne les confonde pas. Et voilà qu'il donnait une occasion en or pour le faire. C'était bien une chose que Kânon ne supportât pas : qu'on le prenne pour son frère. Son frère qui était si droit si enclin à la justice et à l'esprit de la chevalerie. Ils étaient jumeaux certes, mais bien différents. Il espérait que les chevaliers d'or ne seraient pas dupes et qu'ils avaient assez de jugeote pour faire la différence entre les deux jumeaux. Ce qui n'étaient pas le cas de ni Mû ni Aldébaran ni d'Aiolia, car aucun de trois n'était bien capable de dire qui était qui. Quoique Mû en sentant les mains chaudes et douces d'un des jumeaux avait reconnu presque immédiatement les mains de Saga. Quant à Shaka, il avait toujours les yeux fermés, se fiant donc à son sens de l'odorat pour les distinguer.

Saga lâcha doucement les poignets de Mû. Ce dernier ne put s'empêcher de consulter sa montre et d'émettre un râle d'exaspération. Certes, aucune trace pour le moment du car, mais aussi aucune trace des autres chevaliers d'or. Il commençait par croire qu'ils lui avaient posé un lapin.

Il était prêt à aller les chercher par la peau du dos quand il vit enfin Deathmask descendre les marches de son temple, habillé d'une veste noire, d'un pantalon gris et de chaussures de la même couleur. Mû ne put s'empêcher de penser que le voir dans ces habits lui procurait un certain charme. Bizarrement, le Bélier ne fit pas le même cirque de la montre avec le Cancer et le laissa même tranquille quand celui-ci les rejoignit, valise à la main. Saga le salua et il lui répondit d'un hochement de tête entendu. Mû adressa un sourire timide au gardien de la quatrième maison.

Il était bien là, prêt à partir. Plus besoin de s'inquiéter ou de stresser.

Il était dix heures moins quart quand Shura,accompagné d'Aphrodite, de Milo et de Camus, descendit les marches du premier temple. Mû refit la scène de la montre non sans crier :

"Vous avez vu L'HEURE ? NEUF HEURES QUARANTE-CINQ ! J'avais dit NEUF HEURES !

- Quoi ? Vous n'êtes pas encore partis, non ? fit Shura en arrivant à sa hauteur. Pas la peine de hurler.

- Je hurle, car c'est inexcusable pour un chevalier d'avoir autant de retard !

- Tu m'excuseras, ce n'est pas en qualité de chevalier qu'on a été convié à cette connerie, dit Aphrodite avec mauvaise humeur.

- Et la ponctualité ? Vous connaissez ? s'emporta le Bélier. Ce n'est pas croyable ça. Surtout toi, Camus ! Je t'ai jamais vu avec autant de retard !"

Shaka, visiblement irrité par le comportement du gardien du premier temple, rétorqua :

"Il n'y a pas eu mort d'homme que je sache. Pas la peine de stresser autant.

- Et puis, ça m'arrive d'être en retard, avoua Camus, comme si cette étiquette de toujours à l'heure ne lui convenait pas. J'ai été en retard à mon entraînement la semaine passée.

- De cinq minutes, ne put s'empêcher d'ajouter Milo. "

Mais le Bélier n'en démordit pas :

"Et dire que je vous ai donné une demi-heure d'avance pour être sûr et certain que vous ne louperez pas le car et vous arrivez avec trois quarts d'heure de retard !

- Oui, mais le car n'est pas là, non ? répliqua Shura, avec dédain. Ce n'est pas grave si nous sommes en retard. C'est bon, on en parle plus."

Un ange passa durant lequel le Bélier arrêta de consulter sa montre toutes les trente secondes et que Kânon frissonna de la tête au pied.

Il fut dix heures du matin tapantes quand le car arriva lentement devant le sanctuaire. À son bord, seulement le chauffeur. Pas de trace des chevaliers de Bronze. Un peu surpris, Aiolia fit la remarque au chauffeur, un homme trapu et portant un uniforme bleu, tandis que celui-ci ouvrit le compartiment pour ranger les valises sur le côté du car.

"Je n'ai que vous à prendre, répondit l'homme."

Sceptique, Aphrodite renchérit :

"Vous êtes sûr ? On nous avait pourtant dit que nous serions avec les chevaliers de Bronze là-bas.

- Je ne sais pas. On m'a juste dit de venir vous chercher, répliqua le chauffeur."

Tandis qu'Aldébaran et Shura s'activaient pour mettre les valises dans le compartiment, Mû réfléchissait à son coup de fil à Athéna. Elle n'avait pas dit que les Bronzes avaient annulé. Et elle n'avait pas dit non plus qu'ils allaient venir. Allaient-ils donc se retrouver à onze là-bas ? Par contre, elle avait bien affirmé que ni Dohko ni Aiolos ne seraient là, car ceux-ci avaient des affaires à régler aux cinq anciens pics. Des foutaises d'après Aiolia. Des excuses d'après Aphrodite.

Peut-être que les chevaliers de Bronze les attendaient déjà là-bas. Oui, cela devait être ça.

Les chevaliers d'or grimpèrent dans le car les uns après les autres. Saga fut le premier et Aldébaran le dernier. Au premier rang s'installèrent Camus et Milo (Milo du côté de la fenêtre), derrière eux, Aphrodite et Shura (côté fenêtre). De l'autre côté du car, les jumeaux dont Saga du côté de la fenêtre, derrière eux, Mû et Aldébaran (côté fenêtre), encore derrière eux Aiolia et Shaka(côté fenêtre) et quelques rangs en arrière, Deathmask s'installa seul, le regard perdu à travers la fenêtre du car. Un peu de tranquillité enfin.

Le car démarra,fit demi-tour et s'engouffra lentement sur la route. Aucun chevalier d'or ne savait où ils allaient exactement. Si c'était à la montagne, sur la plage ou quelque part en ville. Tout ce qu'ils savaient c'était qu'ils seraient là-bas pour deux semaines. Deux semaines. Aphrodite restait campé sur ses positions quand il affirmait que cela allait tourner au vinaigre. Les autres chevaliers d'or ne comprenaient pas pourquoi. Après tout, comme l'avait dit Camus, ils étaient assez disciplinés pour ne pas se battre entre eux. Même DeathMask ne semblait pas vouloir la bagarre. Il préférait qu'on le laisse tranquille, tout simplement.

Le car s'engagea dans une route parsemée d'arbres sur le côté et dont les branches étaient couvertes de neige. Le spectacle était à la fois beau et déprimant. Rien que de voir toute cette neige donnait des frissons à Kânon et Saga seul le savait qu'il avait enfilé trois pulls au moins avant de mettre son manteau. Kânon avait toujours été quelqu'un de frileux de toute manière. Il était du genre à rester collé à un radiateur ou à s'endormir devant le feu de la cheminée. Et rien qu'à l'idée de se rendre au royaume d'Asgard pour une visite officielle, lui glaçait le sang. Non pas qu'il redoutait les guerriers divins, mais bien qu'il ne supportât pas le froid, tout simplement. Le jumeau de Saga allait jusqu'à dormir avec trois couvertures l'hiver pour ne pas avoir froid.

Shaka était frileux lui aussi. Il ne pouvait s'empêcher de souffler dans ses mains pour se réchauffer ou de les caler entre les jambes. Ses joues étaient rosies par le froid et son souffle se matérialisait devant sa bouche. Aiolia quant à lui n'était pas quelqu'un qui redoutait le froid. Bien au contraire. Il avait chaud pour le moment. Il avait enfilé un pull alors que d'autres les avaient empilés (comme Kânon ou Aphrodite). Vraiment, il s'était attendu à pire hier en voyant le jumeau de Saga autant trembloter, mais au final, il n'avait pas si froid que cela.

Camus était dans son élément même s'il avait pris quelques précautions comme mettre deux pulls et des chaussettes chaudes. Ce n'était pas le froid sibérien, mais cela se rapprochait. Il aurait pu tout aussi bien se balader dans la même tenu que Kânon hier sans avoir le moindre frisson. Vraiment, ils appelaient cela avoir froid ?

Milo n'avait jamais supporté le froid. C'était pourquoi il s'était enfilé trois pulls et deux paires de chaussettes. Et ce gros manteau ne lui évitait pas de frissonner de temps à autre.

Aldébaran et Shura qui venaient tous les deux de pays relativement chauds n'étaient jamais vraiment préparés à la neige. Ils pensaient tous les deux que c'était quelque chose de fascinant.

Saga ne se plaignait pas trop du froid. Il se disait qu'il avait toujours son cosmos pour le réchauffer au pire. C'était aussi ce qu'il répétait à son frère à chaque fois que celui-ci grelottait de la tête au pied.

Deathmask. Personne ne savait vraiment ce qu'il pensait de la neige et de ce froid sibérien qui frappait la Grèce depuis quelques jours. Il restait des journées dans sa maison à contempler la neige tomber par sa fenêtre, l'esprit ailleurs. Et pour ce qui était du froid en lui-même. Il se disait que quelques laines et l'on en parlait plus.

Mû regarda un instant la paume de ses mains. Il avait encore en tête le moment où Saga lui avait agrippé doucement les poignets pour tenter de la calmer. Ses mains douces et incroyablement chaudes. Dans le passé, Mû avait passé quelques moments avec Saga sans vraiment chercher à aller plus loin. Ils avaient pris le temps de prendre le thé ensemble, de discuter pendant les entraînements. Mû avait appris beaucoup de choses sur Saga comme le fait qu'il aimait le rugby (il n'était pas très football contrairement à Milo ou à Shura), le café au lait ou passer du temps sur la place à regarder les étoiles. Ces petites choses de la vie qui faisaient sourire plus d'un.

Le problème aussi avec Saga c'était qu'il fallait aussi accepter son frère dans les pattes toute la sainte journée. Où que Saga allât, Kânon le suivait à la trace. Même quand Kânon n'était pas prévu pour les entraînements, il venait et restait assis dans l'arène à le regarder lancer des Galaxian Explosion ou des coups de poing à ses adversaires. Visiblement, Kânon qui, pendant des années, était resté éloigné de son frère ne supportait plus d'être mis de côté. Quant à Saga, il ne s'était jamais plaint de la soudaine place qu'occupait son frère. Il trouvait même cela normal venant de son jumeau. Même si parfois, il voulait juste être un peu seul.

Saga.

Mû savait que ce n'était pas la même chose qu'avec Deathmask. Ce dernier avec qui il était très proche et en même temps terriblement éloigné de lui. Le Cancer venait très souvent chez le Bélier pour passer du temps avec lui et Mû trouvait cela très agréable. Mais le caractère glacial du quatrième gardien l'avait moult fois refroidi. Ce n'était pas toujours facile d'avoir une discussion avec lui. Il fuyait certains sujets comme son alliance avec Hadès, le fait qu'il avait voulu avec Aphrodite affronter le dieu des enfers tout seul (et ce fut à ce moment-là que le juge des enfers Rhadamanthe les avait rattrapés). Il ne parlait pas non plus de ses combats contre Shiryu qu'il qualifiait lui même de ridicules et de stériles. Non, il préférait de loin écouter Mû, même quand celui-ci n'avait que Saga à la bouche passé un moment. Deathmask s'était contenté d'acquiescer. Il détestait pourtant ces moments où le Bélier parlait de quelqu'un d'autre avec autant d' enthousiasme. Il ne savait pas pourquoi. C'était ce genre de moment où il avait qu'une seule envie : fuir la première maison du zodiaque. Non, décidément, il détestait quand Mû était comme ça. Et il détestait encore plus quand celui-ci faisait ce que les autres appelaient "le Bélier en chef". DeathMask arrivait à l'heure aux réunions du sanctuaire même s'il trouvait ces réunions tout à fait stériles. Cela parlait de la situation au sanctuaire, des apprentis, des chevaliers d'argent et de bronze, de la position d'Athéna au niveau de la paix, de trois ou quatre babioles administratives, bref, rien qui pouvait intéresser le Cancer. Pourtant, il venait quand même. Non pas par ce que cela était obligatoire, mais seulement pour faire plaisir à ce Bélier.

Peut-être que le Bélier ne voyait pas les efforts qu'il prodiguait pour rester à ses côtés. Autant la relation qu'il avait avec les autres chevaliers était presque inexistante, autant celle qu'il entretenait avec le Bélier était bel et bien présente.

Si seulement, il pouvait oublier le Gémeaux ne serait-ce qu'une semaine ou deux. Cependant, il pouvait compter sur Kânon pour mettre une barrière entre le Bélier et son frère. L'ancien général des mers étant devenu terriblement collant et très restrictif envers tout ce qui approchait son frère.

Deathmask avait assisté à une dispute entre Camus et Kânon, car le français était resté toute l'après-midi avec l'ancien pope sans avoir prévenu ce bon vieux dragon des mers. Une véritable crise de jalousie avait alors éclaté et Saga avait eu beaucoup de mal à faire comprendre à son frère qu'il fût bien assez grand pour se débrouiller seul ou bien pour passer du temps avec qui il en avait envie.

L'inverse n'était pas vrai. Kânon partait les fins de semaine «on ne savait où» pour revenir le dimanche soir et Saga ne cherchait même pas à savoir où il se rendait. Son jumeau ne lui disait rien et il l'acceptait. Il considérait qu'il n'avait pas de comptes à lui rendre. L'ancien pope soupçonnait une aventure que son jumeau refusait d'en parler. Mais si Saga avait le malheur de partir deux malheureux jours sans dire à son frère où il allait, il avait droit à un véritable interrogatoire de police et Athéna seule savait que Kânon n'était pas du genre à lâcher prise tant qu'il n'avait pas obtenu ce qu'il voulait.

Et quand Mû avait le malheur de venir voir Saga, Kânon devenait pire qu'une mère poule, ne les laissant jamais seuls plus de deux minutes. Pourtant le Bélier ne venait jamais avec une idée derrière la tête, contrairement à ce que pensait Aphrodite. Il considérait Saga comme un très bon ami, c'était tout.

Un ami et c'était tout. C'était ce que Deathmask se forçait à croire.

Saga n'était pas le seul à venir voir Mû : Shaka se rendait souvent dans la deuxième maison du zodiaque et ensuite passait quelques instants dans la première maison. C'était plutôt des visites de politesse qu'autre chose bien que Mû aimât les conversations avec la Vierge.

Le Cancer ne s'avouera jamais qu'il avait une certaine fascination pour le Bélier d'or. Il avait ce quelque chose que les autres ne possédaient pas. Peut-être que le fait que le premier gardien lui faisait confiance et acceptait sa rédemption sans broncher qui était différent des autres chevaliers d'or ?

Si seulement il pouvait oublier le troisième gardien. Vraiment.

Le car continuait sa route silencieusement tandis que les chevaliers d'or discutaient tranquillement entre eux. Le sujet des conversations était porté pour la plupart sur les hivers.

Camus racontait à Milo les longs hivers qu'il avait passés en Sibérie et qui étaient bien plus rigoureux que celui qu'ils avaient en ce moment. Le grec ne pouvait s'empêcher de croire qu'il exagérait quand il prétendait qu'il y avait pire comme hiver.

Mû avait engagé une conversation avec Kânon qui se tenait à genoux sur son siège, le ventre contre ce dernier, la tête sur la main, dont le coude posé sur le haut du siège. Le Bélier parlait des hivers qu'il avait passés à Jamir. Ces longues journées enfermées dans sa tour et impossible d'en sortir tellement le blizzard était virulent. Kânon répliquait que là où il était pendant des années,c.-à-d. au cap Sounion et ensuite au sanctuaire sous-marin, il passait des mois de décembre humides, mais pas si glaciaux que ça. Saga contemplait le paysage par la fenêtre tandis qu'Aldébaran, les bras croisés écoutait ses deux amis.

Shaka, tremblant de la tête au pied, les joues rosies par le froid, trouvait que les chevaliers se plaignaient un peu trop. Après tout, il ne faisait pas si froid que cela. Aiolia, voyant l'état de son ami,se contentait de lever les yeux au ciel et de dire "mais oui, mais oui".

Aphrodite et Shura avaient une tout autre conversation.

"Je me demande vraiment où cela va nous mener, cette sortie entre chevaliers, avoua Shura en se frottant les mains pour se réchauffer.

- Je ne nous donne pas trois jours avant de nous faire mutuellement la tête, répliqua Aphrodite.

- C'est Noël dans trois jours, fit remarquer la Capricorne.

- Et alors ?"

C'était vrai ça. Et alors ? Les chevaliers d'or n'avaient jamais souhaité Noël avant. C'était un jour comme un autre au sein du sanctuaire. Bon, cela leur arrivait de le souhaiter, mais sans plus. Ce jour-là, Shaka était toujours d'humeur exécrable, d'ailleurs. Aphrodite ne pouvait s'empêcher de l'appeler "Marie" durant cette période. La Vierge se retenait de l'envoyer dans un des six mondes. C'était bien une chose que le sixième gardien ne supportait pas : les blagues relatives à son signe et à son rang par la même occasion. Non vraiment, c'était du niveau «maternelles». Et Aldébaran avait une expression bien à lui pour dire à quelqu'un qui rêvait éveillé : "Tu as vu la Vierge, toi". Bon sang, à chaque fois, Shaka pensait qu'il parlait de lui. La première fois que la Taureau avait sorti cette expression à la Vierge, cette dernière avait cligné des yeux d'incompréhension, cherchant où il venait en venir.

Ha oui, Shaka, c'était juste une idiote d'expression. Comme toutes les autres par rapport à son signe.

Heureusement, Athéna n'avait pas fait de faute dans son statut en écrivant la lettre. Il ne savait pas ce qu'il aurait fait sinon. C'était déjà assez pénible certains jours, il ne fallait pas en rajouter. Bon, il avait le respect des chevaliers d'argent et de bronze et eux, n'oseraient pas faire de blagues idiotes. Quant à ses homologues d'or, c'était tout autre chose. Du moins, quand Shura et Aphrodite s'y mettaient...

Aiolia avait l'habitude qu'on le traitait de matou, chat, boule de poil, sac à puce,... Il ne les relevait de toute manière jamais. Shaka l'appelait quelquefois "Chaton" et ça, par contre, ç'avait le don de l'énerver. Il ne savait pas pourquoi ce terme le mettait dans cet état. Peut-être le fait qu'un chaton était doux, adorable et inoffensif. Vraiment, il le voyait comme ça ?

Le Capricorne avait comme titre "la chèvre" ou "idiote de chèvre", cela dépendait des personnes. Il n'avait pas envie de répliquer que la chèvre avait une queue de poisson aussi. Cela lui passait au-dessus.

C'était bien sûr de la taquinerie entre chevaliers. Rien de plus. Cela volait très bas par moment. Vraiment très bas.

Le car prit un tournant avant de s'engager dans une route montante. La neige n'était pas dégagée et le chauffeur ralentit doucement. Saga n'avait aucune idée où ils étaient. Et il ne savait pas que la Fondation Graad avait un hôtel ou quelque chose comme ça dans les environs. Il faisait confiance à Athéna, mais tout de même, c'était étrange.

Un grand chalet apparut à l'horizon tandis que le car continuait à monter la pente de la route. Bien. Ce n'était pas un hôtel. Le Gémeaux ne sut pas si c'était mieux ou pire. L'endroit avait l'air d'être coupé du monde, en plein milieu d'une forêt enneigée. Que cherchait Athéna exactement en les mettant dans un tel endroit ? Aphrodite ne put s'empêcher d'émettre une remarque :

"Et bien, mes cocos, bienvenue en enfer.

- N'exagère pas, réprimanda Camus. Cela n'a pas l'air si terrible que ça.

- Ça m'a l'air surtout très paumé, comme endroit, ajouta Milo. Le centre-ville doit être à une heure de route."

Le car s'arrêta à quelques mètres du chalet dont le toit était complètement recouvert de neige. Les chevaliers d'or sortirent un à un. Un vent glacial les accueillit.

"Tiens ? s'étonna Saga. On n'est pas seuls."

Postés devant le mur à gauche de la porte d'entrée, deux hommes dont un à la chevelure dorée et un à la chevelure argentée les attendaient. Celui aux cheveux d'argent avait les bras croisés et semblait trembler de froid. Ils portaient tous deux deux longs manteaux de la même couleur que leurs cheveux, un pantalon noir et des bottes de la même couleur. De toute évidence, ce n'était ni des chevaliers de bronze ni des chevaliers d'argent. En sentant leur cosmos, Shaka eut un frisson. Il fut incapable de dire si c'était de froid ou d'horreur. De toute évidence, c'était aussi des combattants comme eux. Ils se ressemblaient beaucoup, sans doute étaient ils frères ou quelque chose comme ça.

Saga s'approcha d'eux, ses pieds s'enfonçant jusqu'aux chevilles dans la neige. De plus près, il remarqua qu'ils avaient tous les deux des yeux étranges, de la même couleur que leurs cheveux. Celui à la chevelure argentée avait les joues rouges, tremblant de tous ses membres. Le doré était impassible.

"Bonjour, euh...vous êtes aussi ici à cause d'Athéna ? tenta le Gémeaux."

Les deux frères ne répondirent pas, se contentant de le dévisager. Shura eut une illumination et cria :

"Bordel ! Éloigne-toi d'eux, Saga !"

L'intéressé fit machinalement un pas en arrière avant de se tourner vers le Capricorne :

"Heu ? Oui ? Quoi ? Fit il, perplexe. C'est quoi le problème ?"

Shaka prit la parole, d'une voix sereine, tout en ayant les bras croisés :

"Je crois que ce sont les dieux jumeaux de Hadès. Au vu de leur cosmos..."

Au son "jumeaux", Kânon s'écria :

"Jumeaux ? Où tu vois des jumeaux toi ?

- Et que font des sbires de Hadès ici ! demanda Milo. Je croyais qu'on devait être avec les chevaliers de Bronze.

- Et ça y est c'est déjà le bordel ! s'exclama Aphrodite."

Le dieu à la chevelure doré plissa les yeux tandis que son homologue éternua. Bon sang, il ne se souvenait plus qu'il faisait si froid que ça sur Terre.

"Nous sommes bien les dieux gardiens de Hadès,expliqua le doré. Je suis Hypnos et voici mon jumeau, Thanatos.

- Comment ça jumeau ? s'écria à nouveau Kânon.

- Et que faites-vous ici ? demanda Saga en ignorant complètement son frère.

- Hadès nous a dit de venir, sous la demande d'Athéna."

Aphrodite ne put s'empêcher de cracher

"Elle nous fait chier jusqu'au bout celle-là.

- Aphrodite, gronda Camus. Reste calme.

- Quoi ? On devait être avec les Bronzes et madame nous pond deux dieux des enfers !

- Pas des enfers, rectifia paisiblement Shaka. Hypnos est le dieu du sommeil et son frère celui de la mort.

- Bah, encore pire !"

Kânon ne démordait pas de cette histoire de jumeau :

"Non, sérieusement, vous appelez ça des jumeaux, vous ?

- Bah d'après la mythologie, commença la Vierge, mais l'ancien général le coupa net.

- La mythologie peut-être, mais là ! Regarde-les ! C'est pas des jumeaux ça !"

Hypnos lança un regard mauvais à Kânon :

"Nous sommes jumeaux, certifia-t-il.

- Non, vous n'êtes pas pareils, fit Kânon avec mauvaise humeur.

- Comment ça.. pas pareil ? intervint le dieu de la Mort sans arrêter de grelotter.

- Il suffit de vous regarder pour comprendre !"

Les deux dieux s'échangèrent un regard avant de se tourner de nouveau vers le jumeau de Saga.

"Je ne vois pas où tu veux en venir, dit Thanatos avec dédain.

- Il le fait exprès, c'est pas possible, râla le dragon des mers. Il est blond ! Toi, tu as les cheveux...gris. Et les yeux ne sont pas de la même couleur. DONC vous n'êtes pas jumeaux. Impossible de vous confondre.

- Mais on est jumeaux !

- Dans vos rêves !

- Kânon, va pas nous faire un incident diplomatique avec les sbires de Hadès ! intervint Camus.

- Quel incident ? Ils ne sont pas jumeaux, qu'ils ne le prétendent pas l'être.

- Mais qu'est ce que tu en as à foutre qu'ils soient jumeaux ou non ? ajouta Milo.

- Je te signale qu'entre Saga et toi, on ne vous confond pas, fit Shura avant de caler ses mains derrière la tête. Il suffit de voir qui est le plus chiant des deux et c'est réglé."

Kânon maugréa quelque chose d'inaudible tandis que Mû se rapprocha de Saga.

"Pourquoi êtes-vous là, au fait ? demanda le Bélier. On ne vous attendait pas.

- Comme je vous l'ai dit, nous sommes ici à la demande d'Athéna, reprit Hypnos tandis que son frère ne put s'empêcher de lancer un regard hautain au chevalier d'or.

- Elle vous a aussi contacté par lettre ?"

Hypnos plissa les yeux, réfléchissant quelques secondes :

"Non, c'est Hadès qui est venu nous trouver. Athéna lui aurait demandé d'envoyer des hommes de son armée sur terre pour se familiariser avec sa garde la plus haute de la hiérarchie.

- Il aurait pu quand même envoyer les juges, non, mais franchement, râla Thanatos.

- Familiariser ? répéta Aphrodite. Ça veut dire quoi ça ? "

Le dieu du sommeil haussa les épaules. Hadès les avait trouvés plus tôt dans la journée pour les envoyer sur terre. Avant même qu'un des jumeaux ait pu émettre une objection, le dieu des Enfers leur avait certifié que c'était un ordre et non pas une faveur. Bien évidemment, Thanatos avait râlé pendant plus d'une heure sur le fait qu'il faisait froid sur terre, qu'ils n'auraient pas leur armure, que c'était une insulte à leur rang et tout un tas d'autres trucs que Hypnos n'avait pas écouté. Cela faisait des millénaires que son frère était comme ça, ce n'était pas une paix retrouvée qui changerait quelque chose.

Et puis le dieu de la mort ne supportait pas les humains. Son frère ne les détestait pas, mais ne les aimait pas non plus. Et ils ne savaient pas ce qu'ils faisaient là, sur terre, avec onze humains à supporter pendant deux semaines sans avoir recours à leurs pouvoirs divins. Car Hadès leur avait interdit de les utiliser, même pas pour intimider. Il avait signé la paix avec Athéna, ils ne devaient pas l'oublier.

Et les voilà, depuis une heure à faire le pied de grue dans la neige et le froid. Thanatos haïssait autant le froid que les humains. Son frère ne semblait pas être touché par le changement de température. Des fois, le dieu de la mort se demandait s'il était fait pareil que lui. Non, sérieusement, avec son armure, il se fichait du temps qu'il faisait, mais là, en habit d'humain pour l'occasion, il faisait terriblement froid. Trop même. En plus sa gorge lui faisait mal, son nez était bouché et il avait chaud. Pour il ne savait quelle raison, il avait chaud et tremblait de la tête au pied.

"Je ne comprends pas, elle avait dit les chevaliers de Bronze ! déclara Aphrodite. C'était bien ce qu'il faisait marqué non ?

- Hadès a dit qu'on était en remplacement, expliqua calmement Hypnos. Car les chevaliers de Bronze ne voulaient pas venir.

- Non, mais je rêve là..."

Thanatos éternua avant de frissonner de la tête au pied. Mû le remarqua avant d'approcher sa main droite du front du dieu de la mort. Avant même qu'il ait pu faire quelques centimètres, Hypnos se positionna entre lui et son frère, le regard hautain. Mû retira rapidement sa main, perplexe. Qu'avait-il fait ?

"Quand est ce que tu comprendras qu'en approchant un jumeau, tu auras toujours le deuxième sur le dos ? fit Deathmask avec mauvaise humeur."

Mû voulait juste toucher le front de Thanatos, car il avait l'impression qu'il faisait de la température, à le voir recroquevillé et grelottant.

Un silence pesant s'installa entre les chevaliers d'or et les dieux jumeaux. Hypnos était resté devant son frère, comme pour le protéger. Mû le dévisageait, ne comprenant toujours pas ce qui ne tournait pas rond chez lui. Ne voyait-il pas que son frère n'avait l'air pas bien ? D'ailleurs, depuis quand un dieu tombait-il malade ?

"Je crois que ton frère fait de la température, murmura le Bélier."

Hypnos plissa les yeux d'un air mauvais, mais ne bougea pas.

"Je ne suis pas malade, certifia Thanatos avec mauvaise humeur. Juste...un peu chaud.

- Je crois que le dieu de la mort est en train d'attraper la crève, lança Deathmask, les mains dans les poches.

- On devrait rentrer, suggéra Saga. Il sera mieux à l'intérieur."

Le dieu du sommeil acquiesça d'un air entendu. Aphrodite secoua la tête avant de soupirer d'exaspération :

"Ça va être joli les deux semaines..."